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le guide de lectures > les classiques >> p1


Ils ont inventé la littérature du voyage. Sans eux on ne parlerait pas d'écrivains voyageurs. Leurs récits sont aujourd'hui des classiques, devenus incontournables. Il faut avoir lu BOUVIER, CHATWIN ou MAILLART, comme il faut avoir lu RABELAIS, PROUST ou JOYCE... Sur cette page:

R de AYALA, J-P GUENO - Les plus beaux récits de voyage - Laurie LEE - Un beau matin d'été.   Peter FLEMING - Courrier de Tartarie. Sybille BEDFORD - Visite à Don Otavio. Jean-Claude BOURLES - Le grand chemin de Compostelle - Redmon O'HANLON - Au cœur de Bornéo. Jason GOODWIN - Chemins de traverse. Éric NEWBY - Un petit tour dans l'Hindou Kouch. Henry David THOREAU - De la marche. Robert BYRON - Route d'Oxiane.


R. de AYALA ; J-P GUENO - Les plus beaux récits de voyages.


 

R. de AYALA ; J-P GUENO - Les plus beaux récits de voyages

Certes, on n’apprendra pas grand chose dans ce livre sur les voyageurs présentés (qui ne sont pas tous des écrivains : on y croisera des peintres, des savants, des aventuriers.) Les notices biographiques sont très souvent anecdotiques (ce qui à un certain charme), donc trop succinctes pour le néophyte, peu utiles pour le connaisseur. Mais l’intérêt de ce livre n’est pas là : il réside dans les reproductions des pages manuscrites des voyageurs. Et là c’est un éblouissement. Montre moi comment tu écris et je te dirai qui tu es ! Quel voyage ! Quelles surprises, quels étonnements, devant ces lignes bancales, ces ratures, ces pâtés, ces rajouts, ces brouillons ou au contraire ces textes impeccables.

On repérera les manies : Vieuchange (Smara, 1933) écrit sur de petits feuillets, d’une écriture qui danse, mais pas plus de cinq mots par page. Théodore Monod comme Raymond Roussel n’avaient sous la main qu’un livre de recettes / dépenses. Stendhal, toujours vif (ou agité ?) On constatera que dans les siècles passé, quand le récit de voyage ne pouvait être transmis qu’en l’écrivant sur des carnets, quand les machines à écrire, appareils photos et autres caméscopes n’existaient pas encore, l’écriture était très lisible. Au XVIIIe, par exemple, le président de Brosses (Rome, 1739) ou Nicolas de Frémery (Chine, 1742) ont une écriture parfaitement déchiffrable. Il en est de même dans les siècles antérieurs, comme l’écriture de Jehan Sauvage (Moscovie, 1586).

Ce livre vous permettra également de vous remémorer que le XVIIIe était le siècle de la mer et de la navigation vers les extrêmes. Surville (mers du Sud, 1767), Bougainville (Tahiti, 1768), Marion-Dufresne (Pacifique, 1772), Kerguelen (terres australes, 1774). Au XIXe on voyage beaucoup pour le plaisir (ou les plaisirs) : Chateaubriand, Sand, Lamartine, Dumas, Flaubert ; mais il y a encore de grandes découvertes : René Caillé (Tombouctou, 1828).

Les plus belles pages selon mes goûts : Delacroix (Maroc, 1832) et ses merveilleuses aquarelles ; Victor Hugo (le Rhin, 1848-50), le prince de Joinville (Espagne, 1853), qui eux aussi dessinaient, ce qui donne un charme supplémentaire aux manuscrits. Segalen, Gauguin... Quant à la plus belle écriture : à vous de voir... Trop lourd et volumineux pour le sac à dos. Mais indispensable dans la bibliothèque. Éditions de la Martinière 2002.


 

«Penchée en avant, dans l’herbe jusqu’à la ceinture, la silhouette de ma mère, accrochée là comme une boule de laine de mouton, est la dernière chose que je vis en quittant la maison pour partir à la découverte du monde.» Laurie LEE

Laurie LEE - Un beau matin d'été

«Penchée en avant, dans l’herbe jusqu’à la ceinture, la silhouette de ma mère, accrochée là comme une boule de laine de mouton, est la dernière chose que je vis en quittant la maison pour partir à la découverte du monde.» Ainsi commence ce récit, par un dimanche matin ensoleillé de Juin 1935. Partir, partir et ne rien avoir d’autre à faire que «dépenser une matinée entière rien qu’à faire le tour d’une colline» et «contempler un monde qu’aucun de mes mots ne savait dire.» Partir avec un violon sous le bras, en espérant qu’il aidera à survivre. D’abord c’est Londres qui, «par ce beau matin d’été, mijotait doucement dans un léger grondement métallique.» Puis le grand voyage, vers l’Espagne, simplement parce que l’auteur sait quelques mots dans la langue dupays.

L’Espagne : rien à voir avec les brumes anglaises. Il y fait chaud. Première impression, à l’arrivée à Vigo : «Ce fut dans une ville nimbée par une lumière verte et mouillée que je débarquai, une ville qui sentait le déchet jeté à la mer.» Après la visite des premiers bars espagnols il faut aller plus loin, marcher. Les chemins sont longs et pénibles. L’arrivée dans les villages qui semblent d’un autre temps est parfois incertaine. Mais partout «les sous y étaient rares mais on les distribuait avec générosité. On aimait la musique, c’était clair.» A Madrid, «dans les rues, l’odeur de la pierre lavée et de l’excrément frais se mêlait au parfum délicatement acidulé du bois de pin.» Madrid, une ville aux ruelles étroites dans laquelle «la vie ne semblait pas avoir de programme bien net.» Et toujours le violon, qui favorise les rencontres, et qui permet de manger. Et de boire, beaucoup. Puis c’est Cadix, «étincelante de lumière africaine (...) un dessin qu’on aurait gribouillé en blanc sur vitre de verre bleu.» Suit une errance sur la côte Sud, à la vie bien particulière : «L’endroit n’avait pas grand chose à offrir - mais ces habitants avaient tout le temps qu’il fallait pouren profiter.»

Brusquement les temps changent. Et les mœurs. Février 36 : l’Espagne vote à gauche. L’auteur nous fait rencontrer des hommes et des femmes pleins d’espoir. Jusqu’à ce qu’arrive des Canaries, en avion, le général Francisco Franco. Également connu sous le nom de «Boucher des Asturies». La guerre civile éclate. Il devient difficile de rester. Les bombardements s’intensifient sur ces villages côtiers. Plus d’autre choix que de partir ailleurs. Ironie, le départ se fera sur un navire anglais, venu chercher ses ressortissants. «Ainsi donc, c’était arrivé : longue d’une année, mon aventure prenait brusquement fin. Un bras gigantesque tout droit sorti de chez moi me rattrapait. Le destroyer qui dansait sur l’eau de la baie n’était pas autre chose qu’une gouvernante à tablier.»

Ce récit est plein de vie, de rencontres, de dialogues, de descriptions pittoresques, comme ces bals improvisés dans les bars, ou celle d’une procession religieuse «qui sortit de l’église en traînant les pieds.» Il a été rédigé une trentaine d’année après le voyage. Ce décalage est d’ailleurs très intéressant car il permet un certain recul, un regard parfois ironique sur ce vagabond d’une autre époque, sur ses façons d’être, sur ses remarques et ses pensées. Un beau matin d’été est considéré à juste titre comme un chef-d'œuvre de la littérature de voyage. A lire absolument.

Les premières lignes.«Penchée en avant, dans l’herbe jusqu’à la ceinture, la silhouette de ma mère, accrochée là comme une boule de laine de mouton, est la dernière chose que je vis en quittant la maison pour partir à la découverte du monde.» Phébus 1987.

Du même auteur: Rosie, ou, Le goût du cidre. Un classique de la littérature vagabonde : une enfance – miséreuse et pourtant heureuse – dans une famille de ploucs de l’Angleterre des années 30, qui cultivent la marginalité comme un des beaux-arts… Classé par la rédaction de LIRE parmi "les 20 meilleurs livres de l’année 1991". Phébus 1991.


 

«J’ai la conviction superstitieuse que toute tentative invraisemblable, à condition d’être entreprise avec un minimum de sens commun et sur une échelle modeste, possède une sorte de droit divin à un hasard heureux répété à une cadence régulière.» Peter FLEMING

Peter FLEMING - Courrier de Tartarie

C’est en 1935 que deux voyageurs (Ella Maillart et Peter Fleming) décident de tenter une traversée risquée dans des territoires peu connus : de Pékin, en Chine, au Cachemire, en Inde, à travers les déserts de l’Asie centrale. L’essentiel du récit se situe en Tartarie, qui désigne principalement le Turkestan chinois, ou Sinkiang (ou Xinjian). Principaux lieux traversés (en sept mois et six jours, 5600 kilomètres) : le Koko Nor (le lac du Démon), Cherchen, Khotan, les abords du Takla Makan, Yarkand, Kashgar, où «dormir dans un lit était devenu une coutume excentrique et distrayante», Gilgit, le Karakoram.

Pour l’éditeur, Peter Fleming aurait «inventé le récit d’aventures distancié, où la stricte information et l’humour composent un cocktail parmi les plus toniques.» Et c’est vrai que l’on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de ce récit. Un voyage qui, sans passeports et dans des régions que la guerre civile dévastait, aurait pu ne pas avoir lieu. «Aucun de nous n’estimait nos chances d’aboutir à une sur vingt.» Et c’est pourquoi, tout au long du périple, nos deux voyageurs seront toujours entre deux chaises : les retards, ou autres tracasseries administratives, «une végétation susceptible de prospérer avec rapidité sur le sol de l’Asie», les «chances d’échec», n’empêchent pas «l’allégresse débordante», et le «hasard heureux» la «probabilité d’un succès». La philosophie de base : «Arrivons d’abord et voyons ensuite». La croyance qui forge tout : «J’ai la conviction superstitieuse que toute tentative invraisemblable, à condition d’être entreprise avec un minimum de sens commun et sur une échelle modeste, possède une sorte de droit divin à un hasard heureux répété à une cadence régulière.»

La caravane avance, «longue et circonspecte, avalant la distance comme une chenille mange une feuille.» Les étapes s’enchaînent. Courtes ou infiniment longues. Calmes ou tempétueuses. «La nuit tombait. Au dehors, le pays de fer se glaçait en silence sous la lune (...) Un loup hurlait. Une étoile tombait du ciel immense. Le campement dormait.» Manger, boire, dormir, et avancer. Telles étaient les leitmotiv, pour les hommes comme pour les bêtes. Il suffit de mettre un pied devant l’autre, dans un monde qui «à l’exception de la terre et de la mer, n’offre aucun contraste plus frappant que le désert et l’oasis.»

Considéré à juste titre comme un classique, Courrier de Tartarie est, selon l’auteur, «une randonnée couronnée d’un succès immérité». Tant mieux, ça nous fait de la lecture, et de la grande. Il ne reste plus qu’à lire également Oasis interdites, d’Ella MAILLART (Kini, dans le récit de Fleming), autre version du même voyage.

Les premières lignes: «La plupart des voyages débutent de façon moins tranchée qu’ils ne s’achèvent ; fixer la véritable origine de celui-ci dans le temps ou dans l’espace est une tâche à laquelle je ne m’attacherai pas. Il me semble commode de faire partir mon récit du moment où je me suis rendu compte, non sans une légère sensation de plaisir et de surprise, que j’étais effectivement en route.» Édition Phébus 1989, collection Libretto.

A lire aussi: Un aventurier au Brésil. Au début des années trente, un jeune Anglais tout droit sorti des meilleures écoles se joint à une expédition lancée sur les traces du légendaire colonel Fawcett, mystérieusement disparu dix ans plus tôt dans les parages du Mato Grosso. Payot 1993.


 

L’un des postulats de la logique géographique mexicaine est que le plus court chemin entre deux points passe par un troisième point éloigné. Quand on veut aller d’un endroit à un autre, il faut commencer par se rendre ailleurs. Sybille BEDFORD - Visite à Don Otavio.


Sables mouvants, fragments autobiographiques, est paru chez Christian Bourgois en avril 2006.

 

Sybille BEDFORD est décédée en février 2006 à l'âge de 95 ans.


 

Sybille BEDFORD - Visite à Don Otavio

«Faites-nous la bonté de nous considérer comme des voyageuses.»

Première partie: le voyage. Une anglaise non conformiste et un brin risque tout part, dans les années 50,  à la conquête de Mexique. Mais d’abord il faut quitter les États Unis. «Des flèches se dressent sur la ligne d’horizon. Une cathédrale? Non, des puits de pétrole.» Traversée du Texas. Arrivée au Mexique, et tenter d’oublier la littérature et les images que fournissent les agences de voyages. Comme un mexicain souriant sous un grand chapeau. Le désert de la Sierra Madre est «couleur fauve» et  le Mexique est «le plus vieux pays du Nouveau Monde, où Montezuma avait vécu dans la splendeur.» Quant à Mexico: «la ville est là, vous êtes dedans.»

Le Mexique, son Histoire, ses histoires. Sybille Bebford narre ses aventures de voyageuse, comme cette découverte du marché aux voleurs, dresse le portrait de personnages locaux inoubliables, et relate des conversations à bâton rompu.  Comme ici, en attendant un hypothétique train.

- Les voyageurs arrivent à n’importe quelle heure.
- Ils n’arrivent donc jamais à l’heure des trains ?
- Qui peut la connaître, fit le porteur ?
- Mais ils ne cherchent pas à savoir ?
- Pourquoi se donner tant de mal ? C’est une belle gare, non ? Tout entière à l’ombre.

Le tout écrit sans avoir pris de notes, avoue-t-elle.

La deuxième partie du livre est consacrée à la visite à Don Otavio, que je vous laisse découvrir. La troisième partie revient sur le(s) voyage(s) et sur l’Histoire un peu obscure et compliquée du Mexique, ce petit pays encore médiéval, qui vit passer Cortés et Maximilien de Habsbourg, ce pays anarchique où «personne n’a consulté personne, rien n’est connecté à rien.» Pour terminer cette description, on conclura, avec l’auteur, que «l’un des postulats de la logique géographique mexicaine est que le plus court chemin entre deux points passe par un troisième point éloigné. Quand on veut aller d’un endroit à un autre, il faut commencer par se rendre ailleurs.»

Le voyage suppose surprises, clichés, solitude et évasion. C’est bien le cas ici, dans ce récit riche, foisonnant même, raconté avec une verve qui fait que sa lecture est un enchantement. Un nouveau livre des Merveilles, disait Chatwin. Un classique de la littérature de voyage.

Les premières lignes : «Le hall supérieur de Grand Central Station est aussi monumental, aussi magnifique que les termes de Caracalla. - Je vous ai réservé deux chambres sur Isabella la Catolica, annonça Guillermo. – Vous êtes trop gentil, répondis-je.» Éditions Phébus 1998.

A lire aussi: ses romans (ou auto fictions): Une erreur de compas (10/18), et Une favorite des dieux (10/18), qui forment un diptyque d'une virtuosité pétillante. Dans le contexte d'une petite société très privilégiée, au cosmopolitisme et à l'oisiveté d'un âge révolu, Sybille Bedford achève un passionnant portrait de groupe avec dames : un tableau familial qui, de la grand-mère américaine trop puritaine à la jeune intellectuelle de mœurs libres, en passant par Constanza, la fille aristocrate déclassée, célèbre une certaine idée, résolument moderne, de la femme.

Saint Jacques de Compostelle, en «cette lointaine Galice où très longtemps s’arrêta le monde connu des hommes» Jean Claude BOURLES

Jean Claude BOURLES - Le grand chemin de Compostelle

C’est en juillet 1993 que l’auteur, accompagné de sa femme, décide de rejoindre Saint Jacques de Compostelle, en «cette lointaine Galice où très longtemps s’arrêta le monde connu des hommes». De Saint Jean Pied de Port partent des pèlerins en tous genres, certains plus soucieux de performance que de motivation spirituelle, et qui marchent vers le tombeau de Saint Jacques, frère de Jean et comme lui apôtre, un tombeau renfermant probablement plus de légende que de réalités historiques, mais vers lequel on se dirige pourtant depuis 1000 ans, comme vers Rome ou Jérusalem.

Un périple dur, fatiguant. On ne compte plus les problèmes physiques (tendinites, insolations, chutes) et on déplore quelques accidents, les morts de Compostelle, renversés par des voitures ou des camions, sur ce Camino Francès qui n’est parfois que le bas-côté d’une route nationale.

Un périple étrange, où chacun, même muni de ses insignes symboliques (la gourde / le salut, le bourdon / bâton d’espérance, la coquille / écuelle de charité), est seul avec ses joies ou ses souffrances, alors qu’il chemine pourtant au milieu d’une foule de marcheurs. «Étrange comme même ici, sur ce chemin qui en principe devrait nous émanciper de nos craintes et phobies, nous demeurons conditionnés par la peur de l’autre.»

Marcher, manger, boire et dormir. Actes primordiaux qui occupent le pèlerin. Avec cependant ce caractère que «dès l’instant où elle s’inscrit dans la durée, la marche secrète une sorte d’euphorie.» En raison de l’effort physique, notamment, mais aussi par «les rapports pas toujours facile avec la nature, les autres, ou leur absence, les rencontres, la solitude.» Le pèlerinage est une longue marche, mais aussi un retour sur soi.

Avec les questions habituelles du pèlerin : qu’est-ce que je fais là ? L’auteur répond «car enfin, jour après jour, je marche vers un fait dont je conteste par ailleurs l’authenticité : la présence du corps de l’apôtre dans le sarcophage de Compostelle.» D’autre part : «pourquoi tous ces gens ? Pourquoi, en cette fin de siècle où l’on s’acharne à éradiquer toutes velléités de nomadisme chez l’individu, ceux-là partent-ils ?» Névrose collective, comme la ruée vers l’or ? Pourquoi, après tant d’événements (Luther, le siècle des Lumières, la guerre civile espagnole, le Seconde Guerre mondiale...), ce chemin existe-t-il encore dans la mémoire des hommes ?

Dans ce récit, composé d’un tiers de descriptions des lieux, un tiers d’Histoire, un tiers de réflexions personnelles, nous suivons l’auteur - pèlerin pas à pas, jusqu’à la découverte de Compostelle du haut d’une colline. Cris de joie, larmes, émotions. Même si la ville disparaît aujourd’hui sous les nuages de fumée des zones industrielles. Puis c’est le geste traditionnel : porter la main sur la colonne de marbre où l’apôtre figure en majesté. Mais l’arrivée est bien difficile. Trop de marchands, trop de touristes. Après des jours de marche, d’effort, de solitude, la réalité de la ville est difficilement supportable. D’où le sentiment d’être «naufragé d’un projet achevé».

Les premières lignes : «Partir, nous en rêvions. Le plus souvent à voie haute. Peut-être pour prendre date. Partir pour déchiffrer l’espace et les traces sur la draille, retrouver l’accent et les goûts rudes, les heures sans concession et certains soir de défaite...» Éditions Payot & Rivage 2001.

A lire aussi: la trilogie, avec Retours à Conques (Payot), Du Velay à l'Aubrac. Deux cents kilomètres à pied en neuf jours. Un tronçon de l'itinéraire historique qui mène les pèlerins à Saint-Jacques-de-Compostelle; et Passants de Compostelle (Petite bibliothèque Payot), les observations de divers pèlerins et hôtes recueillies par l'auteur sur la route de Compostelle et ses interrogations sur la popularité de ce pèlerinage.

Sur le même thème: Un paysan picard à Saint-Jacques-de-Compostelle (1726-1727), de Guillaume Manier (Payot 2002). Ce récit de voyage admirablement présenté par Jean-Claude Bourlès est un vrai livre d'aventures. Celles d'un jeune tailleur picard parti en 1726 pour Saint-Jacques avec trois compagnons. Son témoignage sur la France qu'il traverse puis sur le nord de l'Espagne est un extraordinaire portrait sur le vif qui s'adresse tout autant aux pèlerins de Dieu qu'aux pèlerins de l'histoire. Escapades avec Don Quichotte et autres aventures espagnoles (Payot 2003) est une fresque somptueuse de cette Espagne si bien incarnée par l'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche. Une Bretagne intérieure (Flammarion 1998), pour changer de direction.



Redmon O'HANLON - Au cœur de Bornéo. 

Deux anglais, que l'on imaginerait mieux bien sapés dans une party, décident de s'enfoncer dans la jungle à la recherche d'un animal mystérieux. Pleins d'enthousiasme mais ignorants des réalités locales, ce prétexte les conduira de catastrophes en renoncements, mais aussi de surprises en découvertes.

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

A lire aussi: Help (Payot), Une expédition de tous les dangers (maladies, faune, population, etc.) en Amazonie, à la rencontre des Yanomami. O'Hanlon au Congo (Flammarion 1998); Atlantique Nord (Hoëbeke 2004), est le récit d'une autre épopée, aux Orcades avec le capitaine Jason à bord du chalutier Norlantean, à la pêche dans les grands fonds au large du Groenland.


«D’après une plaque apposée au mur, Liszt avait tenu l’orgue ici, autrefois. Mais cela ne nous aidait en rien à trouver un toit.» Jason GOODWIN


Jason GOODWIN - Chemins de traverse.

Le sous-titre du livre éclaire sans aucun doute sur son contenu : Lentement, à pied, de la Baltique au Bosphore. L’objectif de l’auteur, historien de Cambridge, (de sa compagne et d’un ami qui fera un bout de chemin) est donc de partir du nord de la Pologne et de rejoindre Istanbul. Traverser l’Europe de l’Est. 3000 kilomètres. Et «pas question de trains ni d’autocars :ce serait un pèlerinage. Je me rendrais à Istanbul à pied. Je tiendrais un bâton à la main, je porterai un havresac et je sentirai la route s’ouvrir sous mes pas.» On achète les chaussures, on les fait à ses pieds dans Charing Croos Road en sortant le chien, on consulte les cartes, on hésite en faisant le sac (qui de toute façon sera trop lourd et qu’on allégera plus loin), tout ça pour faire les premiers kilomètres... en voiture, entre le débarcadère et Gdansk, le vrai point de départ.

Et voilà, c’est la route. L’heure de se livrer à la marche. Marcher c’est aussi du temps pour réfléchir, pour «engendrer des obsessions, les agiter et leur donner du ressort.» Saviez vous, par exemple, qu’un fromage de cinq cent grammes, soulevé maintes et maintes fois au cours d’une journée de marche, finissait par peser quatre tonnes ? Quand on y pense... n’est-ce pas l’heure de la pause repas ?

La Pologne, «un pays avec un haut et un bas, mais sans côtés», est traversée (ou plutôt : descendue). Nombreuses pages sur l’Histoire, l’ancienne ou la récente (nous sommes en 1990, mais ici ou là on croit encore aux vampires), sur les États, les villes, les peuples. Czestochowa, la ville de la Vierge Noire, l’âme de la Pologne, ville à l’atmosphère désespérée, où l’on retrouve l’ivrognerie et la détresse fourbe propres à ce pays . Histoire, réalités et préjugés se mélangent. Cracovie. Puis la Slovaquie. Les textes sont parfois très beaux, poétiques. Notamment quand les lieux s’y prêtent. «La montagne est déconcertante. Son paysage est plissé et secret. Un pic lointain ressort dans un rayon de soleil, tandis que des monts plus proches se perdent dans la brume. Un nuage bas, en suspens, crée un horizon illusoire (...) Les mots et les habitudes butent sur le passages des cols.» Ailleurs on trouve des associations d’idées saugrenues, comme à Budapest où, «d’après une plaque apposée au mur, Liszt avait tenu l’orgue ici, autrefois. Mais cela ne nous aidait en rien à trouver un toit.» Puis c’est la Roumanie, la Transylvanie. Un pays où rien n’est simple, ou tout est doute, et que les voyageurs traversent à un moment important de son histoire. «Ceausescu était un imbécile, Iliescu, lui, est un malin.»

Si la première partie du livre est plus " voyageuse ", avec ses histoires de marche, de chemins, de chaussures, d’ampoules, la suite est plutôt faite de rencontres, de dialogues, ce qui est justifié en raison de l’importance des changements politiques récents dans les régions traversées. C’est donc aussi un document intéressant sur l’histoire au début des années 90, après la chute du mur de Berlin. Comme en cette Roumanie, «la fiole au cafard», bientôt quittée pour le Danube et la Bulgarie. Et enfin la banlieue d’Istanbul, où le voyage s’achève, avec son lot de contrastes. «Le truc, c’était l’indécision. Durant des mois, nous avions changé notre argent à la banque, quand on en trouvait une. Nous étions descendus à l’hôtel, s’il y en avait un ; nous avions acheté des provision, pris des repas ou des consommations partout où nous trouvions une épicerie, un restaurant ou un bar. Et ce qui nous frappa en passant la frontière turque, puis en cheminant sur la grande route qui entrait dans Edirne, ce ne fut pas la vue des minarets ou la nouveauté de la langue, mais l’indécision paralysante et débilitante où nous nous trouvions précipités. Tout était à profusion.»

Rien à jeter : un grand récit de voyage, par un voyageur qui sait voir et écouter, qui sait raconter, et qui suit les traces (géographiques et littéraires) de Patrick Leigh Fermor, qui est passé par ici une cinquantaine d’années plus tôt.

Les premières lignes : «De loin, le voyageur apercevait les remparts massifs de la ville, des toits, des dômes et des minarets qui escaladaient sept collines en forme d’œuf, et une forêt de mâts aux voiles déferlées comme les tentes d’une armée en croisade. Dans la cité se trouvait, semblait-il, la moitié du trésor de la planète.» Éditions Phébus, 1995.

 

«J’éprouvais cette répulsion envers un mode de vie étranger que connaissent un jour ou l’autre tous les gens qui voyagent au loin. J’avais envie de vêtements propres, d’un bain chaud, de prendre un verre.» Éric NEWBY

Éric NEWBY - Un petit tour dans l'Hindou Kouch

Pour résumé il s’agit du récit d’une expédition réalisée en 1956 en vue de gravir le mont Samir (6500m) en Afghanistan et de traverser une contrée peu connue où vivrait encore le souvenir de Gengis Kan et de Tamerlan : le Nuristan, «l’un des endroits les plus isolés du monde, où convergeaient tous les vents de l’Asie et où les montagnes ressemblaient à l’ossature du monde perçant sous la peau.»

L’explorateur :un employé d’une maison de haute couture, qui ignore tout des Afghans, qui n’a jamais chaussé les crampons ni escaladé le moindre mur, de pierre ou de glace. En fait : qui a peu voyagé. Il est accompagné par un diplomate guère plus aguerri. Autant dire déjà que le récit sera riche en péripéties diverses. Après une courte exposition nous faisant rapidement visiter les milieux de la mode londonienne, la préparation commence par des leçons d’alpinisme au pays de Galles. Epique. Mais si on veut devenir explorateur, il faut y passer.

Suit le voyage. Istanbul, la Perse, l’Afghanistan, par l’antique route des caravanes «où tournaient d’étranges moulins à vent fixés sur des tours en terre, avec non loin de là un campement de nomades et sur la colline proche, un grand caravansérail abandonné», et le Nuristan, «terre de Lumière», territoire montagneux ou des mollah à longues barbes font circuler le narguilé. «L’un des grands avantages d’un voyage dans cette partie du monde, c’est que, si l’on sait attendre, il se produit quelque chose. On n’imaginerait pas de faire la même chose en Angleterre, d’aller s’accroupir à l’entrée d’un village.»

La montagne a besoin d’hommes à la chaire dure. Les deux anglais vont en baver. Flancs de montagne, parois rocheuses, pentes enneigées, murs de glace : l’exploration s’avèrera particulièrement difficile. «Nous sous sentîmes, tout à coup, des nains. Là, devant nous, se dressait toute la masse du mont Samir : la paroi est, pareille à un haut mur de jardin hérissé d’éclats de verre, le sommet couvert de neige, les glaciers, enfoncés très hauts sous la base de la montagne.» Après plusieurs tentatives, les deux novices échoueront près du but, conscients qu’ils ne pouvaient faire plus. Mais quelle aventure ! Même si l’accueil par les populations locales n’est pas toujours réjouissant. Les nomades, les bergers, la plupart du temps vêtus comme au Moyen Age, armés de lances ou de fusils, ne sont pas toujours d’un abord facile. Déceptions : «j’éprouvais cette répulsion envers un mode de vie étranger que connaissent un jour ou l’autre tous les gens qui voyagent au loin. J’avais envie de vêtements propres, d’un bain chaud, de prendre un verre.»

Ce récit, à l’écriture alerte, bourré d’histoire vraie et à l’humour constant, de lecture facile, se termine par la rencontre inattendue avec Thesiger, autre grand aventurier qui passait par là. Quant à l’auteur, il sera bientôt gagné par la passion des voyages, deviendra directeur des pages Voyages de l’Observer jusqu'en 1974, et permettra à de nombreux «travel-writers» de faire leurs débuts dans ses colonnes.

Les premières lignes : «Toutes lumières allumées et toutes portes fermées pour nous protéger des courants d’air épouvantables qui remontaient l’escalier de service, le salon d’essayage ressemblait à un four bardé de miroirs.» Préface de Evelyn Waugh, traduit de l’anglais par Marianne Véron, Petite bibliothèque Payot / voyageurs.

Né en 1919 à Londres, Eric Newby a sillonné la planète dans les circonstances les plus ahurissantes et exercé les métiers les plus divers (mousse, employé de haute couture, chroniqueur à l'Observer, etc.). A lire aussi: La dernière course du blé (Payot).


 

«Je voudrais dire un mot de la Nature, de la Liberté absolue de la Vie sauvage, par opposition avec une Liberté et une Culture simplement policée...» Henry David THOREAU

Henry David THOREAU – De la marche

Si l’envie vous prend
De quitter votre demeure,
Vous pouvez faire le tour du monde
En suivant la vielle Route de Marlborough.

Henry David THOREAU (1817-1862) n’a que rarement quitté Concord, sa ville natale du Massachusetts, sinon pour s’en éloigner de deux kilomètres, jusqu’à la forêt cédée par Emerson, sur les bords de l’étang de Walden, où il construira une cabane et où naîtra sa philosophie.

Au Moyen Age les pèlerins adaptaient leur mode de vie à leur (dé)marche. Aujourd’hui nous ne serions plus que «des croisés au cœur défaillant» et nos pas nous ramènent chaque soir «auprès de l’âtre d’où nous sommes partis. La moitié de la promenade consiste à revenir sur nos pas.» Avec tout un ensemble de conséquences : attachement aux biens matériels, manque d’ouverture d’esprit, par faiblesse quotidienne, servilité «dans l’habitude que nous avons de chercher une loi à laquelle obéir.» Les hommes seraient plus attirés par la Société que par la Nature. Autrement dit : sommes nous prêts pour aller marcher ?

Première étape : marcher quatre heures par jour, par les champs et les collines, pour entretenir la santé physique. En profiter pendant que le paysage n’appartient à personne. Deuxième étape : la marche, qui n’est évidemment pas qu’un exercice physique, donne à penser, et permet donc d’entretenir la santé intellectuelle. Activité subversive ! Marcher jusqu’à sentir que «chaque homme soit une antilope sauvage, une partie intégrante de la Nature.» A partir de là, toute analyse et toute réflexion devient possible, jusqu’à la conclusion que c’est dans une vie sauvage, c’est à dire sans contrainte, que réside la philosophie, et la liberté.

Texte écologique, dans tous les sens du terme, De la marche démontre le caractère dérisoire des besoins matériels, explique «l’art de se promener» et comment s’éveiller par la communication avec la nature. Comme l’écrit le traducteur dans la postface, Thoreau, «philosophe dans les bois», n’écrit pas sur la nature, mais depuis la nature. Et conclut : «La marche est une lecture du lieu qui prélude à la compréhension inépuisable de soi.»

Les premières lignes : «Je voudrais dire un mot de la Nature, de la Liberté absolue de la Vie sauvage, par opposition avec une Liberté et une Culture simplement policée – afin de considérer l’homme comme un habitant ou bien une partie intégrante de la Nature, plutôt que comme un membre de la société. » Traduction et postface par Thierry Gillyboeuf, éditions Mille et une nuits. Ce texte a également été publié par Terradou / Cerep en 1991, suivi de Promenade d’hiver, dans une traduction de Thierry Fournier, avec des illustrations.

Écrivain majeur de l'Amérique du XIXe siècle, Henry David Thoreau (1817-1862), apparaît comme un jalon essentiel dans la genèse de la conscience moderne. Passionné par le microcosme naturel de sa petite ville de Concord, dans le Massachusetts,  il affectionna tout particulièrement la forme de voyage, qui lui offrait la possibilité de concilier ambitions littéraire et confrontation à une altérité géographique, sociale, ethnique et historique propice à aiguiser son regard et sa réflexion.

A lire aussi: Les Forêts du Maine (2004). L'auteur a rassemblé les récits des voyages qu'il fit dans les forêts du nord-est des États-Unis en 1846, 1853 et 1857. En le suivant pas à pas à travers ces vastes espaces naturels d'une beauté fascinante, à la rencontre des pionniers et des Indiens, le lecteur contemporain est entraîné dans une aventure intellectuelle qui l'invite à réfléchir au rapport moderne de l'homme à son environnement.

Journal 1837 - 1861 (Denoël 2001). Dans ce journal, qu'il tint pendant vingt-quatre ans, il témoigne en grand observateur de la nature; il raconte ses innombrables expéditions à pied dans les espaces sauvages de l'Est américain, ses navigations en compagnie des Indiens sur les rivières du Maine et du Massachusetts, ainsi qu'un long séjour au Canada en 1850.

Walden, ou la vie dans les bois (Gallimard - Imaginaire), Ce récit évoque une expérience de vie pendant deux ans et deux mois dans une cabane en bois au bord de l'étang de Walden dans le Massachusetts.


 

«Quiconque a tant soit peu lu les récits de voyage des années 30 est amené à considérer Route d’Oxiane de Robert Byron comme le sommet du genre.» Bruce CHATWIN.

Robert BYRON - Route d'Oxiane

En 1933, l’anglais Robert BYRON (1905-1941, il disparut en mer à 36 ans quand son bateau fut torpillé au nord de l'Ecosse par la marine nazie), un gentleman érudit, quitte Venise pour l’Inde, via la Perse et l’Afghanistan, à la recherche des origines de l’architecture et de la culture islamique. Cinquante ans plus tard Bruce CHATWIN entame ainsi la préface à cette Route d’Oxiane: «Quiconque a tant soit peu lu les récits de voyage des années 30 est amené à considérer Route d’Oxiane de Robert Byron comme le sommet du genre.» Plus loin il ajoute, à propos de ce « texte sacré» que «mon exemplaire personnel, aujourd’hui écorné, couvert de taches, avachi par quatre voyages en Asie centrale, ne m’a pas quitté depuis le jour de mes quinze ans.»

Ce journal d’un esthète (on apprendra qu’à Larnaca l’occupation anglaise n’est pas parvenue à pervertir complètement la cuisine grecque) ne me passionne pas. Certes, cette description de « l’Orient dans sa confusion primordiale » est sans aucun doute l’un des livres à mettre dans le sac à dos pour un voyage entre Téhéran et Kaboul, ou tout au moins quand il sera possible de refaire cette route. En attendant, il faut se contenter de descriptions un peu trop froides à mon avis, que l’humour parvient parfois à dérider un peu. « Nous avons aujourd’hui parcouru cinq farsakhs avec dans le ventre un simple bol de caillebotte tandis que les selles de bois mettaient nos anatomies à la torture. » Ou, plus loin : « Un bol de lait est arrivé tout chaud de la vache. Nous avons ouvert la bouteille de whisky en son honneur. »

Moi d’habitude si friand de tout ce qui s’est écrit sur les routes d’Asie, ne vibre pas à la lecture de Byron. Que le caravansérail persan ait conservé «une cour intérieur carrée, protégée par d’énormes portes » m’intéresse. Que cette cour soit «grande comme un collège d’Oxford» me laisse assez froid. Inutile de continuer. Je l’avoue : je n’arrive pas à entrer dans ce classique. Cette note de lecture ne vous aidera donc pas. Faites vous votre propre idée.

Les premières lignes : «Venise, 20 août 1933. Ici comme un coq en pâte : cela change agréablement de la pension de la Giudecca d’il y a deux ans. Nous sommes allé au Lido ce matin. Le palais des Doges est bien plus impressionnant vu d’un canot automobile que d’une gondole. La baignade, par une journée calme, doit être ce qu’on trouve de pire en Europe : une eau pareille à de la salive brûlante, des mégots qui viennent mollement échouer dans votre bouche, et des bans de méduses.» Petite Bibliothèque Payot 2002.

A lire aussi: De la Russie au Tibet. Récit drôle, vivant et lyrique à la fois d'un long périple entrepris au début des années 30. L'auteur explore avec curiosité Moscou, Leningrad et se passionne pour les églises de Novgorod. Puis, après un voyage plein de péripéties, rejoint le Tibet qui le charme tant par la magie de ses paysages que par l'hospitalité de ses habitants.


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