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le guide de lectures > les classiques >> Nicolas Bouvier


Nicolas BOUVIER (Genève, 1929-1998) est le chantre de l'aventure authentique. La découverte, l'émerveillement, sont retranscrits dans une langue personnelle riche, imagée, sensuelle. Un vrai voyageur doublé d'un vrai écrivain: le classique de la littérature de voyage. Sur cette page:

Nicolas BOUVIER - L'usage du monde - Chronique japonaiseLe poisson - scorpion - Journal d'Aran et d'autres lieux - Le Vide et le plein Carnets du Japon 1964-1970 -L’Échappée belle ; éloge de quelques pérégrinsL'œil du voyageur  Collectif - Autour de Nicolas BOUVIER - Eric RECHSTEINER - Indigo street. Frédéric Lecloux - L'Usure du monde - François LAUT - Nicolas Bouvier l'oeil qui écrit. Collectif - L'oreille du voyageur. Nicolas Bouvier de Genève à Tokyo.



Ces pages sont illustrées par des photographies de Éric RECHSTEINER, avec son aimable autorisation. Photographe français installé à Tokyo depuis plusieurs années, il est parti sur les routes de Nicolas Bouvier, des Balkans au Japon. Son recueil de photos Indigo Street - Sur les routes de Nicolas Bouvier - préface de Gilles LAPOUGE, est paru en novembre 2005 aux éditions de la Boussole. Lire ma chronique ci-dessous. Voir le blog du photographe.


«Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.» Nicolas BOUVIER



>>> Retrouvez cette chhronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Nicolas BOUVIER - L’Usage du monde

«Lorsque le voyageur venu du sud aperçoit Kaboul, sa ceinture de peupliers, ses montagnes mauves ou fume une fine couche de neige (...) il se flatte d’être arrivé au bout du monde. Il vient au contraire d’en atteindre le centre.» C’est le genre de remarque typique de Nicolas BOUVIER. Des descriptions à la hauteur de son talent, des phrases très belles.

C’est en 1953 que l’auteur genevois (accompagné du peintre Thierry VERNET) débute son périple. Belgrade, «une ville trop pressée par l’histoire pour soigner sa présentation», puis la région, pleine de violons, d’accordéons, de danses. Ce sont les Balkans, avec des régions aux noms biens connus : Serbie, Macédoine, Kosovo... et des chemins «qui appartiennent aux furets, aux meneuses d’oies, aux carrioles noyées de poussière.» La vieille Fiat fait ce qu’elle peut. Pas grave : «nous nous refusons tous les luxes sauf le plus précieux : la lenteur.» Ce voyage est l’occasion de nombreuses réflexions. «Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.» Et de constater que «la mobilité sociale du voyageur lui rend l’objectivité plus facile.»

Puis c’est Istanbul, et les routes de l’Anatolie. «Le monde a changé d’échelle, c’est bien l’Asie qui commence.» Les grandes étendues offrent une certaine liberté. On peut foncer (à trente kilomètres heure) la nuit tous feux éteints pour ménager la batterie, et même dormir dans la voiture. Et puis s’arrêter où l’on veut, quand on veut. «La vie de nomade est une chose surprenante. On fait quinze cents kilomètres en deux semaines, toute l’Anatolie en coup de vent et on reste six mois à Tabriz, Azerbaïdjan (...) une ville ni turque, ni russe, ni persane, mais un peu de tout cela.» Et toujours des paysages grandioses. «C’est une question d’échelle, dans un paysage de cette taille, même un cavalier lancé à fond de train aurait l’air d’un fainéant.» Puis c’est Téhéran, et «ses platanes comme on n’en voit qu’en songe, immenses, chacun capable d’abriter plusieurs petits cafés où l’on passerait bien sa vie.» Et cette couleur, cet inimitable bleu persan. Mais la route continue, vers le Pakistan. La voiture a bien des faiblesses, mais les garagistes du coin font des prouesses. En attendant la réparation on se restaure. «Il faut savoir que du Kurdistan au Caucase, on mesure le bonheur d’un coin de terre à la qualité de ses melons.»

Et puis il y a toutes les rencontres. Ce récit est truffé de dialogues, de tranches de vies et d’échanges plus ou moins curieux selon les coutumes locales. Car on y croise de nombreux peuples, qui cohabitent comme il peuvent, selon les vicissitudes de l’Histoire. C’est le cas bien sûr en Yougoslavie, mais aussi plus loin, avec des Tabrizi, des Kurdes, des Arméniens… Autant d’occasion pour le «flâneur émerveillé», adepte d’un «nomadisme frugal» , d’écrire des pages merveilleuses. Car ce récit, qui est devenu un classique, est un chef-d'œuvre. A lire absolument.

Les premières lignes. «Belgrade. Minuit sonnait quand j’arrêtai la voiture devant le café Majestic. Un aimable silence régnait sur la rue encore chaude. A travers les rideaux crochetés j'observai Thierry assis à l'intérieur. Il avait dessiné sur la nappe une citrouille grandeur nature qu'il remplissait, pour tuer le temps, de pépins minuscules.» Librairie Droz 1963. Édition Payot 1992.


Istanbul. Photographie de Éric RECHSTEINER.


 


Frédéric LECLOUX - l'Usure du monde

En novembre 2004, Frédéric Lecloux quitte Genève pour refaire le périple parcouru par Nicolas Bouvier, au volant d’une Fiat. Son voyage durera plus d’un an. Il en résulte un album de voyage exceptionnel: L’usure du monde.

Frédéric Lecloux est écrivain, voyageur et photographe. Né en 1972 à Bruxelles, il vit aujourd’hui dans la Drôme. Il a publié Au coeur de l'Himalaya (1998) et Katmandou 2058 (2003) à La Renaissance du Livre, et Lentement vers l'Asie chez Glénat (2006). Ses photographies, distribuées par l'agence Vu, sont régulièrement exposées en France et à l’étranger.

Préfacé par Éliane Bouvier, ce (gros) livre propose un itinéraire personnel, celui de l'auteur, accompagné de sa femme et de leur jeune enfant, sur les routes fréquentées jadis par Nicolas Bouvier.  L'Usure du monde, ainsi nommé en hommage à Nicolas Bouvier, alterne photographies et récit de voyage, et conduit le lecteur dans un glissement poétique à travers les pays de l'ex Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan. Le Bec en l'air 2008. Voir aussi le site consacré au livre; et le site du photographe


«L'Usure du monde: pour raconter l'émotion qu'avait suscité la lecture de l'Usage du monde, et se débarrasser du poids et de l'emprise de ce livre.»


«Moi je n’y suis pour rien, si ce n’est que la porte de notre maison a toujours été ouverte, et qu’elle le reste… Frédéric fait partie de ceux que je nomme «les enfants de Nicolas», et il y en a beaucoup, et je les aime comme Nicolas l’aurait fait.» Éliane Bouvier. Préface.


«Plus le temps de pose est long et plus il y a de matière et d'informations qui rentrent dans la photo.»


«Il n'y a pas de place pour la lenteur aujourd'hui.»

En 1998 Frédéric Lecloux lit l'Usage du mode, de Nicolas Bouvier, et il est frappé par la puissance poétique qui se dégage de ce récit. Tellement frappé qu'il avoue qu'il ne lira plus rien pendant un an! Comment faire? Refaire le voyage?

Ce voyage ne pouvait être entrepris qu'une fois les conditions matérielles réunies, et avec la caution morale d'Éliane Bouvier. Le départ eut finalement lieu depuis Coligny, tout un symbole. Mais pourquoi refaire cette route?

«Aller en Inde était une très ancienne envie», comme cette envie qui a poussé Kenneth White sur la route bleue du Labrador. D'autre part, dit l'auteur, il n'y avait pas de volonté de refaire le voyage de Nicolas Bouvier, ni d'aller exactement sur ses traces. Mais de s'en approcher, de voir, de ressentir. De se libérer. Bien sûr les traces de Bouvier ont parfois rejoint les voyageurs. Les photos sont là pour le prouver.

Lecloux est un photographe plutôt qu'un écrivain. «La photographie est un moyen de raconter des histoires qui m'encombrent l'esprit.» Frédéric fait des reportages sur le Népal, ce qui lui permet de trouver sa voie, son langage, que l'on peut résumer ainsi: des portraits frontaux de personnes dans leur cadre de vie, des objets du quotidien et leur puissance symbolique,  les paysages et leur poésie.

Extrait « Et vous, atterré par ces empilements de contraires où même le Rien devient musique, vous ne trouvez plus la sortie. Plutôt, vous percevez si violemment la catastrophe centrale que cela a dû représenter pour Nicolas Bouvier d’avoir figé cette route, au prix d’un affolant labeur, dans une telle parcimonie de mots si faits les uns pour les autres, qu’il vous est devenu intolérable de n’être pas lui, au temps et au lieu qu’il dit. »

Le résultat de ce passé de photographe et de la lecture de l'Usage du monde est ce superbe livre, qui pèse un certain poids, mais qui les vaut!

Il s'agit d'un reportage photographique illustré de courts textes sur les notions essentielles du voyage, de l'ailleurs, de la rencontre, de l'image que l'on donne et de celles que l'on reçoit. La «poésie du monde» de Nicolas Bouvier, selon Frédéric Lecloux. Une façon lente de voyager, le goût pour l'autre et l'ailleurs, se débarrasser de son moi pour mieux recevoir ce que l'autre peut donner. Chaque photo représente plusieurs jours de voyage et raconte une histoire à elle toute seule. L'ensemble de ces photos créent une oeuvre.

Extrait - «J’ai voyagé sans coller aux guêtres de Nicolas Bouvier au lieu près, au cadrage près, au mot près. Et surtout pas "sur les traces de Nicolas Bouvier", que le vent des routes a lissées depuis longtemps, mais bien au contraire en travaillant à mettre à fleur de peau l’émotion que son ouvrage m’a procuré. Un voyage pour le voyage, pour ce qu’il est, qui se suffise à lui-même. Une vraie dérive qui se donne le temps du monde des gens…» Éditions Le Bec en l'air 2008.


«J’ai débarqué, consigné mon bagage à "Tokyo Central" et suis parti au hasard dans cette ville interminable, une brosse à dent dans la poche.»


 

Nicolas BOUVIER - Chronique japonaise

Ce récit d’un séjour au Japon est le livre qui fit connaître l’auteur. La première partie intitulée la lanterne magique est une chronique, le récit bref mais suffisant de l’histoire et de la culture de ce pays. Comment est né le Japon, quelles sont ses valeurs, d’où viennent ses coutumes, ses traditions, le comportement actuel de ses habitants. Leur mythologie n’est pas la nôtre, et on est parfois charmé pas des notions qui ne sont pas occidentales (et qu’on aimerait avoir dans nos bagages) comme celle-ci : la mer est souvent mauvaise, mais «un vaisseau chargés de "justes" a de meilleures chances d’arriver à bon port. On rêve aux contacts que l’Europe aurait pu établir avec l’Ancien et le Nouveau Monde si les navigateurs du XVIe siècle avaient été choisis ainsi. Il est vrai qu’ils ne s’en allaient pas pour apprendre, mais pour piller.» On lira au passage une courte défense de Marco Polo, un exposé sur le No. En résumé : une introduction historique et culturelle... sans avoir besoin de lire un livre d’histoire.

1956, l’année du singe est le titre de la deuxième partie. Bouvier réside au Japon. Quand il débarque à Tokyo, il se décrit comme «un quidam embarqué à Ceylan, qui s’acquittait de basses besognes dans les entrailles du navire pour compléter le prix de son passage et qui semblait avoir passé longtemps sur les pistes d’Asie, dans quel but au juste ?» Mais puisqu’il était là... «J’ai débarqué, consigné mon bagage à "Tokyo Central" et suis parti au hasard dans cette ville interminable, une brosse à dent dans la poche.» La lecture de cette partie vous entraînera sur les traces de l’auteur ; d’autres chapitres conduisant à Kyoto en 1964, «au nombre des villes du monde où il vaille la peine de vivre quelque temps». On apprendra au passage assez de choses sur le Zen pour comprendre ; et qu’un petit boulot de concierge permettait en ce temps là à un voyageur de survivre. Un bon livre, brillant, voyageur, historique, enchanteur. Un livre de Nicolas Bouvier, en somme.

Les premières lignes : «Kyoto, le 24 février 1964. En cherchant un logis. Visité en fin d’après-midi une ancienne maison seigneuriale, funèbre et belle, perdue dans le sud-est de la ville au-delà d’Uji. Vieux couple de patriciens désargentés qui louent une aile de leur immense demeure.» Éditions Payot &Rivages 2001.


Mont-Fuji. Photographie de Éric RECHSTEINER.



«J’ai trois mois d’argent et la vie devant moi. C’est à moi de lui faire des offres.»


 

Nicolas BOUVIER - Le poisson-scorpion

«J’ai trois mois d’argent et la vie devant moi. C’est à moi de lui faire des offres.»

Tout ne va pas toujours bien pour les flâneurs émerveillés. La solitude, la maladie, un vent de folie sont parfois au rendez-vous. Les «faiblesses d’ivrogne», la «bile qui remonte à la gorge» feront partie de souvenirs écrits bien des années après un voyage difficile à Ceylan, île de malchance, de chaleur et de violence.. D’où ces phrases plus dures que d’habitude. «Voyager : cent fois remettre sa tête sur le billot, cent fois aller la reprendre dans le panier à son pour la retrouver pareille.» Ou : «on ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels.»

Quand il est «immobile sur ma chaise à m’expliquer avec la fièvre ou les souvenirs», ou quand «retrouver le prénom de mon père me prend parfois plusieurs minutes», Bouvier passe le temps en regardant vivre des insectes exotiques. Et les réflexions sont de circonstance : «la vie des insectes ressemble en ceci à la nôtre : on n’y a pas plutôt fait connaissance qu’il y a déjà un vainqueur et un vaincu.» Quand il marche sur les grèves, là où «la route s’arrête tout bonnement dans le sable comme quelqu’un qui juge en avoir assez dit» c’est pour d’improbables rencontres, comme ce prêtre revenant qui déclare voilà bien longtemps que j’ai trop chaud pour prier.

Le poisson-scorpion est un livre d’errance plus que de flâneries, le récit d’un voyageur vivant ses moments de perdition dans une atmosphère moite et surchauffée. A connaître, mais après les oeuvres majeures de l’auteur.

Les premières lignes : «Le soleil et moi étions levés depuis longtemps quand je me souvins que c’était le jour de mon anniversaire, et du melon acheté ans le dernier bazar traversé la veille au soir.» Éditions Gallimard 1996, repris dans la collection Folio.

> A lire aussi

Le Poisson-Scorpion Nicolas Bouvier, par Jean-Xavier Ridon (University of Nottingham) aux éditions Zoë.

Le Poisson-Scorpion de Nicolas Bouvier est bien plus qu'un récit de voyage. Conte fantastique et autobiographique autour de l'affaissement physique et mental d'un voyageur arrivé au bout de sa route et isolé sur l'île de Ceylan (Sri Lanka) en 1955, Le Poisson-Scorpion recherche la formule magique par quoi donner un sens à une telle expérience d'immobilité. Texte miroir dans lequel de nombreuses voix d'auteurs se répondent dans un jeu d'échos, ce livre dialogue aussi avec son lecteur et réfléchit au pouvoir de représentation des mots. Entre magie et rationalité, réalité et fiction, Nicolas Bouvier engage ses lecteurs à s'interroger sur un genre littéraire, le récit de voyage, dont il renouvelle les frontières. C'est d'abord à une expérience humaine qu'il nous convie. Dans cette expérience de « disparition » où l'écrivain voyageur fait face à ses propres démons et à l'ombre de sa mort, Bouvier nous rappelle l'importance d'une ouverture à l'autre et la nécessité d'apprendre à écouter le monde.


Sri Lanka. Photographie de Éric RECHSTEINER.




Nicolas BOUVIER - Journal d’Aran et d’autres lieux

Rien. «Rien est un mot spécieux qui ne veut rien dire. Rien m’a toujours mis la puce à l’oreille.» Les îles d’Aran? Quelque chose à voir? à faire? Il fallait y aller voir. L’occasion fut un reportage pour un journal, en 1985. «Empaqueté comme un esquimau je suis sorti pour voir de quoi ce rien était fait.»

Ce rien est fait de chemins avec tous ces lacets inutiles, car «autrefois les chemins étaient empierrés par les femmes qui n’aimaient pas que le vent les décoiffe ; quand il tournait, elles en faisaient autant.» Ce rien c’est aussi «le vent du large nous colle le froid à la mâchoire et aux tempes.» Ou la vie des gens. Et comme souvent chez cet auteur, en quelques mots mêlés dans une même phrase, on aura une idée des coutumes actuelles et des traditions, sans compter une pointe d’humour : «Les hommes bricolent ou boivent à la maison ; les femmes tricotent pour les touristes de l’été. Et pas n’importe comment : chaque village des îles a son motif qui est comme une marque. Autrefois, c’était pour reconnaître les noyés rejetés par la mer : les crabes et les poissons ne mangent pas la laine.» Bref : ce rien c’est beaucoup de choses. Beaucoup de «non-lieux que le voyage tient pour nous dans sa manche.» Le journal d’Aran est pour moi un sacré voyage. On n’échappe pas aux embruns, aux nuits noires sur la lande, aux bruits, aux odeurs d’une région, et on suit l’auteur comme si on était son ombre, sans le moindre ennui.

Ce livre est complété par Les Chemins du Halla-san, sous titré The Old shittrack again (retour sur la vieille piste de merde), un récit de voyage en Corée en 1970, avec Éliane, «la femme qui me plait», dans un pays à l’époque sans étrangers, ce qui explique que «les Coréens viennent regarder le voyageur sous le nez, avec une sorte d’urgence. Le regarder d’aussi près qu’un dentiste puis, leur curiosité satisfaite, s’éloignent avec parfois un bref salut du menton, ou alors en pouffant.» Xian, le troisième récit, est plutôt le portrait du guide touristique obligé, dans une «Chine bruegelienne». Trois récits variés, aux tonalités différentes. Peut-être le livre idéal pour découvrir Nicolas Bouvier.

Les premiers lignes: du Journal d’Aran : «Clon-mac-noïse, février 1985. La rivière se love à fleur des prés couverts de gelée blanche. Elle est bordée de saules et de moutons couchés qui font deviner son cours imprévisible comme il doit l’être : un méandre de plus est ce qu’une rivière peut faire de mieux ; c’est d’ailleurs ce qu’on attend.» Éditions Payot & Rivages 2001.


«Il entre du surréalisme dans l’état de voyage. Le voyageur se doit d’être un voyant.»


 

Nicolas BOUVIER - Le Vide et le Plein – Carnets du Japon 1964 - 1970

En 1964 - 65, Nicolas Bouvier séjourne au Japon – pays qu’il a déjà fréquenté en 1956 à la fin d’un périple de cinq ans dont il tirera l’Usage du Monde. Il rédigera les Chroniques japonaises à son retour à partir d’extraits de ses journaux. C’est la totalité de ses carnets de cette époque qui sont publiés aujourd’hui. Bien que mélangées dans les textes, on trouvera facilement deux parties dans ces récits : une vue générale mais aussi personnelle du Japon, de ses villes, de ses mœurs ; les points de vues bien connus de Bouvier sur le voyage, qui parfois vous «défait»,et sur la quête de soi.

Le Japon, donc, ses habitants, ses mœurs. L’âme collective qui l’emporte sur l’individu. Le formalisme, le signe pour la chose, l’emportent sur l’acte, sur l’initiative personnelle. Les grades, les dan, le travail l’emportent sur l’homme. Pas d’égoïstes, au Japon. «Pendant près de mille ans, l’étranger n’est pas plus entré au Japon que le Japonais n’en sortait.» Ceci explique peut-être cela. Les descriptions, comme captées sur le vif, sont souvent des textes courts, ciselés, au vocabulaire précis mais poétique. Exemples : je japonais, comparé au bambou, son arbre : «gracieux, dur, des sensibilités et des frémissements au bout des branches, vernissé à l’extérieur et creux dedans.» Ou bien : «Le ciel et la mer du même gris égal, et le cap Kyoga : un tas de terre et de roc dans une attente de pluie.» Les rencontres avec les coutumes sont parfois l’occasions de raconter de belles histoires, comme celle de la traditionnelle cérémonie du thé. On en profitera également pour réviser sa géographie, par quelques réflexions imagées : si on plaque un calque du Japon sur une carte du monde, on s’aperçoit qu’il s’étend de Copenhague à Casablanca. Mais il n’a pas de grands paysages. Le paysage est «ravissant, délicat ou inquiétant, ça n’est jamais majestueux, toujours l’air d’avoir été arrangé par un antiquaire.»

Beaucoup de choses sur le voyage, le voyageur. «Il entre du surréalisme dans l’état de voyage. Le voyageur se doit d’être un voyant.» Pour NB, les systèmes de pensées sont fixes, les voyages sont mobiles. C’est bien le problème, et si l’on veut en tirer quelque chose, il faut absolument accepter de se «défaire.» D’où cette idée que le voyage doit secouer : «le voyage n’a pas de sens s’il n’est pas justement un chambardement constant des attitudes que l’on avait au départ.» Et le fameux concept que le voyage peut détruire : «Le voyage ne vous apprendra rien si vous ne lui laissez pas le droit de vous détruire. Un voyage est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n’a jamais coulé ne sauront jamais rien de la mer.» Et cette notion de la quête : «Ramasser ce qui est pour moi, et cela seulement. C’est peu mais c’est pour moi. Voilà pourquoi je voyage.» La quête permanente pour «trouver tantôt mieux tantôt pire.» NB se moque de ceux qui «font le tour de la question.» Lui, ce sont plutôt les questions qui l’entourent… «Le quotidien n’existe pas. L’ordinaire n’existe pas.» Pour revenir au Japon, et terminer par une comparaison entre deux modes de pensées : «vous en voulez trop, répondront les Japonais, restez donc à votre place et apprenez à regarder par la fenêtre. Mais l’Occidental ne veut pas de place, il veut des trajets, et des cordes sur lesquelles tirer.» Il n’est pas trop difficile de reconnaître l’auteur, et peut-être le lecteur… Ces fragments ordonnés sont d’une lecture facile, enrichissantes sur le pays visité et sur l’auteur.

Les premières lignes : «Nous vivions alors dans un temple sévère et superbe que nous partagions avec un potier australien, quelques mille-pattes géants, une grande couleuvre centenaire et des araignées aux mœurs paisibles mais qui sortaient tout droit de la science-fiction. Frondaisons merveilleuses, cigales, et les clochettes et sûtras de l’office des morts chaque matin dans les cimetières voisins.»Textes rassemblés, mis en forme et préfacés par Grégory LEROY. Collection Étonnants voyageurs, dirigée par Michel le Bris, éditions Hoëbeke 2004.


Japon. Photographie de Éric RECHSTEINER.



«L’essence de la bonne écriture n’est pas le talent – notion spécieuse et floue – mais le courage de dire les choses telles qu’on les a réellement perçues et non comme un consensus de personnes «autorisées» souhaiteraient qu’on les ait senties.»


Nicolas BOUVIER - L’Échappée belle - éloge de quelques pérégrins

«Vousétendez les bras, vous touchez la montagne.»

A propos de la Suisse il y a quelques idées reçues : pays stable, sédentaire, raisonnable, industrieux, entièrement voué à l’épargne. Et le pendule à coucou serait l’unique contribution de ce pays à la culture occidentale. Il y a aussi des vérités surprenantes : les Suisses sont des nomades, plus que les Irlandais, et ce depuis deux mille ans et les premières hordes helvètes. Nomades par goût de l’ailleurs et de l’aventure, comme ce Thomas Platter, qui voyage en Europe vers 1500, ou son contemporain Paracelse, médecin et alchimiste.  Nomades en raison de la disette et de la nécessité, aussi ; puis, à ce «nomadisme imposé» va succéder «l’exode pédagogique», comme cette Mademoiselle O, la préceptrice suisse à laquelle Nabokov a consacré un récit. Autrement dit : tous les Suisses ne sont pas restés les pieds dans leurs sabots à garder les vaches. «Grandir puis déguerpir» avait été la devise de l’un d’eux, le petit Nicolas, qui, à huit ans, traçait avec l’ongle de son pouce le cours du Yukon dans le beurre de sa tartine. Ce qui plus tard le conduira au voyage, «et le voyage, ensuite, à l’écriture.»

L’écriture a fait de Nicolas Bouvier l’un des grands du récit de voyage. Peut-être parce que pour lui «l’essence de la bonne écriture n’est pas le talent – notion spécieuse et floue – mais le courage de dire les choses telles qu’on les a réellement perçues et non comme un consensus de personnes «autorisées» souhaiteraient qu’on les ait senties.» Il a cherché sa voie, son style. «Les mots ont leurs limites parce qu’ils ont une odeur, une couleur, une histoire, une opacité. Ils ont été mêlés à quantité d’affaires louches.» Quelques anciens lui ont appris que l’on pouvait écrire autrement. «Gobineau, avec quelques autres de ces flibustiers orientaux déjà cités, m’a ouvert la grande épicerie des adjectifs où je suis allé me servir avec tout le mauvais goût que je me souhaite.» Il suffit alors de lire quelques lignes de l’auteur pour comprendre.

Dans ce livre, Nicolas Bouvier rend hommage à tous ces suisses qui ont, comme lui, fait preuve d’une originalité pas toujours facile à assumer. Un peu sa famille, si l’on veut. Défilent au fil des pages : Louis Gaulis, Ramuz, Lorenzo Pestelli, Vahé Godel, Henri Michaux, Albert Cohen. Et Ella Maillart, bien sûr. Nicolas Bouvier tient Oasis interdites pour un chef-d’œuvre, «ce livre dont les protagonistes sont l’espace, le silence et une forme de bonheur dont on ne guérit jamais.»

On ressort de ce livre convaincu qu’il ne reste plus, comme les protagonistes de cette Suisse vagabonde, ces pérégrins et autres conteurs, qu’à partir le cœur au vent, même si l’on sait que «le voyage pose les bonnes questions sans fournir toutes les réponses.»

Les premières lignes : «Je veux célébrer ici une Suisse dont on parle trop peu : une Suisse en mouvement, une Suisse nomade qu’on évoque trop rarement, une Suisse saisie depuis deux mille ans par la tentation et la passion «d’aller et venir». Ce silence et cette omission m’irritent. Ce nomadisme m’intéresse. Éditions Metropolis (Genève)


Japon. Photographie de Éric RECHSTEINER.



Réédition avril 2008 dans une nouvelle collection économique en petit format.

Nicolas BOUVIER - L'œil du voyageur

La seule chose à dire sur cet ouvrage est qu'il est fabuleux, et qu'il s'agit du complément indispensable à l'Usage du monde. L'œil du voyageur propose des textes et des photos couvrant l’intégralité du voyage de 1953-54, de Genève à Ceylan. Si la plus grande partie de ce texte deviendra l'Usage du monde, d’autres récits étaient destinés à un ouvrage commun avec Jacques MEUNIER, et parlent de l'étape Kaboul - Colombo non décrite dans l'Usage du monde.. Quant aux photographies elles sont pour la plupart inédites. Et absolument époustouflantes de puissance évocatrice et en même temps de simplicité. Les paysages sont fabuleux. Et bien évidemment tout ceci est plein de charme et d’humour. La voiture des voyageurs est une Fiat Topolino, une sorte d’Ovni dans ces steppes désertiques. Ces photos en révèlent beaucoup sur les régions traversées, mais sans doute aussi sur Nicolas BOUVIER lui-même. La préface est intéressante. Coédité par le musée de l’Élysée de Lausanne et les éditions Hoëbecke 2001.


L'Oreille du voyageur. Projet initié par Hervé Guyader. Textes de Laurent Aubert, Anne Marie Jaton, Nadine Laporte et Henri Lecomte. Éditions Zoé.

«Une vie sans musique, ça n'aurait pas grand sens.»

Collectif - L'oreille du voyageur. Nicolas Bouvier de Genève à Tokyo

C'est sous le titre évocateur L'Oreille du voyageur que les éditions Zoé publient un fort beau livre consacré à Nicolas Bouvier photographe et amateur de musiques.  Dans les années 80, avant que ces musiques deviennent à la mode on disait musiques extra européennes. On dira aujourd'hui musiques du monde. Des photos de musiciens, d'instruments, mais aussi des textes, des poèmes, des lettres de Bouvier, complètent les analyses des contributeurs de ce livre. Celles et ceux qui ne connaissent pas seront sans doute surpris de voir l'écriture de Bouvier, sur les carnets reproduits.

«Une vie sans musique, ça n'aurait pas grand sens.»

Cette phrase a bien été prononcée par l'écrivain Nicolas Bouvier. C'est ce que nous rappelle Hervé Guyader dans le premier article de ce livre: Nicolas Bouvier et la musique, de Genève à Tokyo. Ce qui ne surprend pas quand on apprend que Bouvier a même été critique musical pendant ses années de faculté ,«essentiellement, dit-il, pour se faire de l'argent de poche et sortir des étudiantes aux chevelures flamboyantes.» Peut-être aussi par ce que quelques ascendants avaient appris la musique avec Messager et écrit quelques oeuvres classiques.

C'est facile à dire mais ça va mieux en le disant: la musique est un langage universel, et elle permet d'assurer la transition d'un pays à l'autre. Bouvier et Vernet l'ont découvert (en fait ils le savaient depuis déjà plusieurs voyages) et en ont tiré profit, en jouant et en enregistarnt les musiciens locaux, qui dans tous les lieux et de tous les temps, traduisent en musique les évènement quotidiens comme les révolutions.

On apprendra également que Bouvier aimait beaucoup Les Chants d'un compagnon errant, de Mahler, ou le Chant nocturne du voyageur, de Schubert, et que le Quatuor à cordes en sol mineur de Debussy a servi de support à la rédaction du Poisson scorpion.

Laurent Aubert, ethnomusicologue, a rédigé une chronique sur la musique tzigane; Henri Lecomte, un autre ethnomusicologue, traite de la musique japonaise; Nadine Laporte relit le Poisson Scorpion en écoutant Debussy; Anne Marie Jaton conclut par un texte autobiographique sur ses rencontres avec Bouvier.

Ce livre vaut bien sûr aussi pour les photos de musiciens, et les reproductions de pages de carnets de Bouvier - à l'écriture absolument hallucinante! - en rapport avec la musique. Il est complété par un CD comprenant des extraits d'entretiens sur la musique réalisés par la radio de la Suisse Romande, et réjouira les amateurs de l'écrivain.

Un extrait d'une feuille de carnet - «Deux ans plus tard, en route vers l'Est, sans destination bien arrêtée, je me suis trouvé piégé dans une bourgade du Sud- Ceylan où j'ai passé près d'une année fauché, seul et malade, avant de pouvoir "m'arracher". Bien plus tard encore j'ai écrit l'histoire de ce pourrissement, de cette déroute, de cette dérive qui a bien failli m'emporter. Pour m'en défaire et m'en libérer. J'ai dédié ce récit entre autre à CLaude Debussy. Parce que tout au long de cette période funeste et solitaire, l'Andante du Quatuor à cordes de Debussy a résonné dans ma tête, représentant tout ce que l'Europe avait de plus aimable et de plus acéré, me guérissant de mes fantasmes. Je peux dire que cette mélodie s'est littéralement tenue à mon chevet comme un garde-malade et m'a donné la force d'aller plus loin, jusqu'au Japon. Elle restera pour toujours liée aux images de ce petit cauchemar équatorial.» Éditions Zoé 2008.


Collectif - Autour de Nicolas BOUVIER / Résonances

Cet ouvrage contient les textes communiqués lors d’une journée d’étude organisée à l’Université de Pau en novembre 1999, et sont rassemblés par Christiane Albert, Nadine Laporte et Jean-Yves Pouilloix. Il s’agit donc d’une exploration de l’oeuvre de Bouvier, et le lecteur trouvera de nombreuses informations sur l’auteur, sur ses débuts (voyage en Laponie à dix-huit ans) ; sur son style en tant qu’écrivain. Car il était plus un écrivain qu’un voyageur, ce qui le différencie de ceux que l’on regroupe sous le terme écrivains voyageurs). Ce que nous appelons les récits de voyages de N.B. sont avant tout des récits tout court, dans lesquels le texte, les mots, sont aussi importants sinon plus que ce qu’ils décrivent ou racontent. «Lorsqu’une chose rencontre le mot pour la dire -et souvent ces fiançailles se font attendre longtemps-, c’est de la poésie, et lorsqu’une image trouve enfin la phrase qui l’aime et qui l’habille, c’est encore de la poésie.»

On trouvera également, au travers des contributions diverses (Titouan Lamazou, Pierre Starobinski, Jean Louis Etienne...), de quoi se faire une idée sur le genre récit de voyage. Un excellent livre sur le récit de voyage en général, et sur Nicolas Bouvier en particulier. Éditions Zoé 2002.


Japon. Photographie de Éric RECHSTEINER.



En 1953, Nicolas Bouvier se lance dans un voyage vers l'orient. S'inspirant des principaux textes de l'écrivain, le photographe Éric RECHSTEINER a suivi les étapes essentielles des routes de L'Usage du Monde. INDIGO STREET, éditions de la Boussole 2005.


 

Indigo Street – Sur les routes de Nicolas Bouvier - Photographies de Éric RECHSTEINER

Textes extraits de l’œuvre de Nicolas Bouvier – Préface de Gilles LAPOUGE

Si vous connaissez un tout petit peu la littérature de voyage, vous savez que Nicolas Bouvier est parti vers l’Orient, en 1954 (Yougoslavie, Turquie, Anatolie, Iran, Afghanistan, puis l’Inde, puis le Japon) pour trois années de routes et de déroutes, et que de ce voyage est né l’Usage du monde, un récit de pérégrinations et d’errance, un livre culte, sans doute le livre référence de la littérature de voyage. Ce livre de photos illustre le parcours de l'écrivains voyageur. Une préface de Gilles Lapouge et des textes de Bouvier le complètent.

Vous allez penser : les mosquées d’Istanbul, les coupoles de Samarkand, le pont sur le Bosphore, les néons de Tokyo, on connaît déjà, inutile d’en remettre. Et ça tombe bien : c’est justement ce que Eric RECHSTEINER ne photographie pas. Il propose autre chose. En s’inspirant des textes de l’auteur, il a parcouru les routes de l’écrivain voyageur durant plusieurs années, tout juste cinquante ans après, et rapporté ces photographies, souvent légères et intimistes, à la recherche de l’instant fugitif, proches de l’esprit et la sensibilité de l’œuvre de Bouvier. «Ses poèmes me tenaient lieu de boussole. Loin de l’illusion de retrouver les traces d’une époque révolue, j’avais simplement envie d’être à mon tour du bon coté de l’existence.»

Comme l’écrit Lapouge dans la préface : «Bouvier écrit comme un peintre étale des couleurs, comme un musicien fait entendre des notes. Il montre. Il n’ajoute pas de commentaires.» Éric RECHSTEINER a choisi, lui, de mettre des extraits d’œuvres de Nicolas en face de ses photos. Ce qui permet de relire quelques textes célèbres, ou à connaître. Comme celui-ci, extrait du Poisson Scorpion: «On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels.» Éditions de la Boussole 2005.


Nicolas Bouvier (1929-1998) : écrivain- voyageur ? Sans doute, mais d'abord écrivain tout court.

> La bio de Bouvier par François Laut >> Note de lecture à venir

 

François LAUT - Nicolas Bouvier - L'oeil qui écrit

Nicolas Bouvier (1929-1998) : écrivain-voyageur ? Sans doute, mais d'abord écrivain tout court, et puis aussi Genevois, poète, photographe...

A seize ans, celui qui s'emploiera à «raconter le voyage pour apprendre à écrire» sait qu'il veut sillonner le monde et inventer un art de la vie. Il part sur la route de l'Orient, d'abord en auto avec un ami jusqu'à Ceylan, puis seul jusqu'au Japon. Quand il rentre à Genève pour se marier et fonder une famille, il a quasiment dans sa besace la matière des trois livres qui font sa réputation aujourd'hui: L'Usage du monde, Chronique japonaise, Le Poisson-Scorpion. Il lui faudra du temps pour les écrire, il lui faudra voyager encore à travers le monde, et aussi voyager dans sa mémoire.

Ce portrait se fonde sur des documents inédits: la correspondance de l'écrivain (notamment avec le peintre Thierry Vernet, son meilleur ami), ses feuilles de route et ses carnets. François Laut, qui l'a connu, a également interrogé ses proches. C'est donc un Nicolas Bouvier intime qu'il nous raconte, introspectif, souvent déprimé, toujours ironique, pleinement artiste. Payot 2007.

Si le récit de voyage ressortit de l'autobiographie, écrire la biographie d'un écrivain voyageur parait être une gageure. Mais parler de soi (entre autre) n'a jamais empêcher les biographes de chercher ce qui pouvait compléter les textes publiés de ces écrivains ou ce qui pouvait le cas échéant ne pas avoir été dit. C'est ce qu'a fait François Laut, ami de la famille, qui a eu accès à la correspondance de Bouvier, à ses carnets de voyages inédits.

Ce que confirme l'auteur dans cette biographie, la première consacrée à cet auteur, c'est que pour Bouvier tout était voyage.

Je n'ai pas encore lu ce livre, mais il est évident que c'est un incontournable. Je vous en parlerai dans un prochain numéro. Voici la présentation de l'éditeur et les premières lignes.


A lire aussi...

Bleu immortel: Voyages en Afghanistan, Anne Marie Schwarzenbach, Ella Maillart, Nicolas Bouvier. Éditions Zoe.


Les oeuvres de Nicolas Bouvier sont publiées dans la collection Quarto, chez Gallimard en juin 2004. Ce volume comprend tout ce qu'il faut lire, et des photos et illustrations.

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Nicolas Bouvier - Thierry Vernet - Correspondance des routes croisées
"La vie est tellement incandescente. Ici comme là-bas. Vieux frère je te lance un grand pont." Ces propos de Vernet à Bouvier du 17 août 1955 traduisent l'intensité d'une relation faite de passion et de fraternité. Depuis l'âge du collège, Nicolas Bouvier (1929-1998) et Thierry Vernet (1927-1993) ont rêvé ensemble d'accords majeurs avec le monde, par le voyage et par la création. L'un devient écrivain, l'autre peintre : en mots et en images, ils diront ce que l'on ne peut connaître qu'une fois. De Cologny à Paris, de Kaboul à Colombo, de Tokyo à Genève, leur correspondance est un fil tendu entre deux vies mises en commun. Nourrie de l'expérience de la route, elle exprime aussi la beauté d'une aventure humaine, celle d'une amitié indéfectible. Zoé 2011. Des extraits existent en CD audio (Zoé).

Nicolas Bouvier, espace et écriture
Essai. Hervé GUYADER. Ce livre en est le prolongement d'un colloque tenu à Brest en 2008.. Les auteurs, issus d'horizons intellectuels et géographiques différents - Jean Starobinski, Michel Butor, Jacques Lacarrière, Gilles Lapouge, le photographe Jean Mohr, un spécialiste de poésie japonaise, une musicologue, des voyageurs, des écrivains et des universitaires -, soulignent le caractère humaniste et universel de l'oeuvre de Nicolas Bouvier. Editions Zoë 2010.

Bleu immortel : Voyages en Afghanistan, Anne Marie Schwarzenbach, Ella Maillart, Nicolas Bouvier. En 1939, Anne Marie Schwarzenbach et Ella Maillart arrivèrent en Afghanistan après avoir traversé, en voiture, les Balkans, la Turquie et l'Iran. De ce voyage elles rapportèrent leurs impressions, transcrites en textes et en photographies. Près de quinze ans plus tard, Nicolas Bouvier suivait leur route jusqu'en Afghanistan, avant de poursuivre vers le Japon en passant par l'Inde et Ceylan. C'est la première fois qu'un livre réunit les écrits et les photos de ces trois écrivains voyageurs, suisses et célèbres. Éditions Zoë 2003.

Nicolas Bouvier : Paroles du monde, du décret et de l'ombre, par Anne-Marie JATON, Presses universitaires romandes 2003. Nicolas Bouvier, après avoir été refusé, ignoré, s'est acquis une réputation extraordinaire et le cercle de ses lecteurs ne cesse de s'accroître. Pourtant l'auteur s'est tenu à l'écart de toutes les modernités littéraires. Anne Marie Jaton détruit ici l'icône de l'"écrivain du voyage"

Le hibou et la baleine. (+ 1 DVD) Éditions Zoë 2003. Dans ce petit livre sont réunis de façon brève et fulgurante tous les thèmes chers à Nicolas Bouvier : du bestiaire fabuleux aux axes du monde et au " point de non-retour ", de la figure du corps sidéral et du corps écorché à la volonté constante d'apprivoiser et de conjurer la mort. Ce parcours contient dix haltes et accompagne le film magnifique de Patricia Plattner, Le Hibou et la Baleine. L'édition originale de 1993, enrichie de nombreuses illustrations couleurs, est toujours disponible.

Dans la vapeur blanche du soleil. Les photographies de Nicolas Bouvier. Éditions Zoë 2002. Pour la première fois, une sélection de photographies de Nicolas Bouvier est rassemblée en un livre. Images essentielles qui font résonner les mots. Ici, le rapport entre poésie et photographie s'instaure et restaure un dialogue entre deux modes d'expression auxquels Nicolas Bouvier tenait particulièrement. Les images nous entraînent sur les routes de Yougoslavie, de Macédoine, de Turquie, d'Iran et d'Afghanistan puis du Pakistan et à travers l'Inde pour s'arrêter à Ceylan, au Japon.

Le Japon de Nicolas Bouvier. Textes et photos. Éditions Hoebeke 2002. À partir de 1955, peu après le périple qui l'a mené de Genève à Ceylan, Nicolas Bouvier effectue de longs séjours au Japon. Il figure alors parmi les tout premiers "vagabonds" à parcourir à pied ce pays encore méconnu en Europe. Il en ramènera la matière d 'un de ses livres les plus célèbres: Chronique japonaise. C'est à Tokyo que l'écrivain devient vraiment photographe. "Pour survivre", explique-t-il, il s'essaie au portrait de ses voisins de quartier vendeur de parapluie, marchande de soupe ou maquerelle... Mais Nicolas Bouvier se prend vite au jeu et, lors de ses pérégrinations à travers l'archipel, il s'intéresse à tous les sujets d'une culture populaire qu'il découvre au fur et à mesure qu'il la photographie.

Témoins d'un monde disparu. Ce petit livre présente vingt photos parmi les plus surprenantes de la célèbre voyageuse Ella Maillart, et le plus beau portrait qui fut écrit sur elle, celui de Nicolas Bouvier. Éditions Zoë 2002.

Le dehors et le dedans. L'unique recueil de poésies de Nicolas Bouvier. Éditions Zoé 1998.

Charles-Albert CINGRIA en roue libre, éditions Zoé 2005. Ce livre, une commande restée inachevée, reprend les conférences et les articles donnés par Nicolas Bouvier sur les œuvres de Charles-Albert Cingria (1883 - 1954). Une partie du livre, «Charles-Albert Cingria en roue libre», se compose d’une anthologie des textes que Nicolas Bouvier relit sans cesse. Une introduction situant les deux auteurs, une chronologie, une bibliographie et un cahier d’illustrations complètent le livre, qui propose le double portrait de deux pèlerins du monde et des mots.

Expos Nicolas Bouvier
La bibliothèque de Plélan-le Grand (35) a réalisé une exposition à vocation itinérante consacrée à  Nicolas Bouvier. Cette exposition de 12 panneaux, réalisée avec David Lefèvre avec le soutien d’Éliane Bouvier, du musée de Lausanne et de la bibliothèque de Genève, a été présentée au festival de St Malo Étonnants Voyageurs en mai 2005. Personnes intéressées: voir le site. (15/06/05)

Une autre expo est disponible. Elle est réalisée par un voyageur. Voir site Carnets de voyage en compagnie de Nicolas Bouvier.

Parution en 2009 chez Zoé poche de Nicolas Bouvier - Un galet dans le torrent du monde, par Adrien PASQUALI.

Deux monstres sacrés de la littérature (de voyage) au sommaire de Juin 2010 de la revue Europe: Nicolas Bouvier et Kenneth White. A lire évidemment.

 DVD intitulé  Nicolas Bouvier 22 Hospital Street, par Christoph KUHN, aux éditions Zoé.

>>> lire cet article dans la Revue Nouvelle de décembre 2006.

Quelques liens Culturactif.ch - Le site de P. Malvaux - Flâneur - un dossier sur Routard.com - Le Pérégrin genevois - d'Orient et d'occident


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