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le guide de lectures > les classiques >> Ella Maillart


Ella Maillart (1903 - 1997) est l'une des plus étonnantes voyageuses du XXème siècle. Chine et Asie centrale n'étaient pas des destinations évidentes pour une femme dans les années 30. Ses récits sont extraordinaires et relatés dans une langue claire et précise.

Ella MAILLART - La voie cruelle - Des monts Célestes aux sables rouges - Oasis interdites - Cette réalité que j'ai pourchassée.

Autre pages sur les classiques:

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«Je vous envie de savoir écrire, cela vous oblige en voyage à observer, et à mieux vous rappeler tout.» Ella MAILLART

Quelques liens: Sur Ella d'Orient et d'Occident - le site officiel - le site de P. Malvaux


Ella MAILLART - La Voie cruelle.

Sous titré : Deux femmes, une Ford vers l’Afghanistan. En 1939 Ella Maillart entreprend ce voyage avec un double but : «aider mon amie et arriver à Kaboul.» L’amie c’est Christina, qui souffre d’un mauvais mal de vivre, qui a choisi «la voie compliquée, la voie cruelle de l’enfer» à une manière de vivre plus «facile». Et dit autrement, ce double but est «d’acquérir la maîtrise de moi-même et de sauver ma compagne d’elle-même». Et à la question : pourquoi voyagez-vous ? elle répond : «pour trouver ceux qui savent encore vivre en paix.» Petit rappel : nous sommes en 1939. Le mode est agité. La guerre est attendue.

Elles partent, donc. Mais pas seulement pour partir, ni pour seulement voyager. «Je sais, d’expérience, que courir le monde ne sert qu’à tuer le temps. On revient aussi insatisfait qu’on est parti. Il faut faire quelque chose de plus.» Ce plus ce sera le coté scientifique, ethnographique, des recherches sur ces sociétés traditionnelles qui «s’affaiblissent au point de s’écrouler devant notre matérialisme qui n’a pas de quoi les remplacer.» Ce plus ce sera aussi la recherche de soi : «Nous étions toutes deux des voyageuses : elle, voulant avec chaque départ oublier sa dernière crise émotionnelle (et ne voyant pas qu’elle souhaitait déjà la suivante) ; moi, cherchant toujours au loin le secret d’une vie harmonieuse.»

Ce livre raconte le boulot de deux écrivains et de leurs états d’âme, sur un ton parfois sérieux -«nous aussi nous étions en train de gagner notre vie en nous relayant au volant jour après jour... »-, mais plus souvent plein d’humour, par exemple quand elles se retrouvent seules sur la route au milieu de chars à bœufs et autres véhicules à allure d’escargot. Ce que Maillart appelle «l’ambiance âgée de la région». Ou bien, alors qu’elles sont une fois de plus invitées à entrer dans un énième poste de gendarmerie : «C’était justement l’une de ces très vieille maison en bois que j’étais curieuse de visiter !»

Deux écrivains qui voyagent en auto (avec des pannes, des frayeurs aux bords des précipices, des paysages somptueux ou inhospitaliers) font, en ces lieux et à cette époque, des rencontres étranges, inattendues, et parfois pas évidentes, dans des pays où les hommes «n’ont vu jusqu’ici que les visages de quatre khanoums : leur mère, leur sœur, leur femme et leurs filles.»

Mais si les afghans n’avaient pas les mêmes mœurs que les occidentaux, ils commençaient pourtant, aux aussi, à être embarqués par le progrès. Ce que déplore Ella Maillart. «La question pourrait se résumer ainsi : les avantages que procurent l’hôpital, l’école, le journal ou la radio compensent-ils, aux yeux de l’ouvrier afghan, la perte de ce sourire facile qui accompagnait sa vie dure mais bien équilibrée de paysan ?» Ou, dit autrement : «Je me demande même s’il est possible qu’un montagnard aux idées confuses désire échanger son ciel libre contre la vie de fabrique avec une chambre pouilleuse à Kaboul, afin de rire à des films dégradants tournés dans des décors de carton ; afin de se faire raser chaque jour en apprenant les racontars de la ville ; afin de pouvoir remplir les oreilles de ses voisins de nouvelles journalistiques mal digérées.»

Ce livre est un modèle du genre, et est justement considéré comme un classique de la littérature de voyage. Si vous ne devez lire que cinq livres de voyage, il faut mettre celui-ci dans votre sac à dos. Un proverbe afghan pour terminer cette note de lecture: «La nuit est destinée au sommeil, le jour au repos et l’âne au travail.»

Les premières lignes. «S'il ne fait pas plus chaud demain lorsque je vous conduirai à la gare, l'auto risque fort d'avoir une panne: elle n'est plus capable de résister à de si grands froids. Christina fit cette remarque en passant et je l'entendis à peine.» Payot 1988.


«je vous envie de savoir écrire, cela vous oblige en voyage à observer, et à mieux vous rappeler tout.» Ella Maillart


Ella MAILLART - Des monts Célestes aux sables Rouges.

Récit d’un voyage en Asie centrale effectué en 1932 par cette voyageuse pionnière et femme hors du commun pour l’époque. La première partie, l’aller, est une vie de nomades, qu’elle compare aux marins : «ils vont, d’une escale à l’autre, partout et nulle part chez eux.» Les couleurs de l’Orient ne sont pas aussi éclatantes qu’on le dit. «Le paysage si intensément éclairé est, au contraire, couleur de poussière, gris et monotone.» Et la vie n’est pas forcément exaltante. «Grandiose désolation. Comme en mer, la monotonie donne un relief extraordinaire aux moindres événements.» Néanmoins, par endroit, le paysage offre «une incomparable vision baignée de jeune lumière irisée : yourtes rondes bien ficelées avec leur aigrette de fumée blanche, petits chevaux ronds, frisés comme des caniches, surmontés de la haute selle ouatée...»

C’est bien le livre d’un écrivain voyageur, et, comme le lui dit l’une de ses compagnes de route : «je vous envie de savoir écrire, cela vous oblige en voyage à observer, et à mieux vous rappeler tout.» Mais, plutôt que les états d’âme d’un long vagabondage, ce récit comprend surtout des descriptions de mœurs et coutumes locales. Costumes, ustensiles, cuisine, jeux, habitat et vie des nomades Kirghizes n’ont plus de secrets pour Ella, qui les fréquente à une époque ou la collectivisation forcée et la culture obligatoire du coton bouleversent les habitudes et les rapports.

Aux Monts Célestes (T’ien Chan) on fait demi tour. Le passage en Chine est impossible. Ce retour est plus solitaire que l’aller, les compagnons sont sur une autre route. Ella ne doit compter que sur des rencontres pour poursuivre en train, en bateau, une route semée de ruines, de palais, d’anciens harems, de bazars, de déserts, de sites mythiques : Tachkent, Samarcande l’incomparable, Boukhara, Khiva, l’Amou Daria. Jusqu’au désert de Kizil-Koum, les sables Rouges, près de la mer d’Aral. «Voici enfin les hauts peupliers de la ville. Il n’y a plus d’imprévu possible, le vrai voyage est terminé.»

Les premières lignes : «Non, me répond la camarade Bloch, il n’y a toujours pas de réponse de Kiev ; Pograbetzki a dû partir en vacance. Pendant l’été, l’Académie des sciences d’Ukraine organise une expédition au Khan Tengri, sommet de 7300 mètres dans les monts T’ien Chan, à la frontière de la Chine.» Éditions Payot et Rivages 2001.


Ella MAILLART - Oasis interdites

«Soudain je comprends quelques chose : Paris n’est rien, ni la France, ni l’Europe, ni les Blancs... une seule chose compte, envers et contre tous les particularismes, c’est l’engrenage magnifique qui s’appelle le monde.» Ainsi s’achève le récit du voyage à travers la Chine jusqu’au oasis interdites du Sinkiang ; voyage qu’ Ella MAILLART entreprit en 1935 avec Peter Fleming.

Peter FLEMING a raconté ce voyage dans Courrier de Tartarie (éditions Phébus). Nous avons ici la version d’Ella. On ne sait qui a entraîné l’autre !
Peter : « En effet, c’est par là que je rentre en Europe. Si vous voulez, vous pouvez venir avec moi...»
Ella : «Pardon, c’est mon itinéraire à moi, et c’est moi qui vous emmènerai si j’y trouve avantage.»

Les querelles entre les deux voyageurs sont d’ailleurs l’un des piments de ce livre. Et le point de vue d’Ella n’est pas toujours celui relaté ailleurs par Peter. Ainsi, lors d’un transport périlleux à l’arrière d’un camion, Peter faillit être projeté hors du véhicule. Ella le rattrape de justesse. Et écrit : «au moment où je lui sauve la vie, il trouve encore que je le brutalise.»

D’ailleurs le voyage à deux présente des inconvénients. «Je perdais la joie aiguë, l’ivresse de faire moi-même ma trace» écrit Ella, qui a déjà pas mal voyagé. De plus «à deux, on n’apprend pas si vite la langue, on n’est pas adopté par les indigènes, on plonge moins dans l’ambiance.» Arguments pour le voyage en solitaire. Enfin, Peter ne voyage pas comme Ella. Son refrain quotidien à lui : «soixante lis de moins d’ici Londres !» Son avis à elle : «je veux oublier que le retour est inévitable. Je suis même sans désir de retour. Je souhaiterais que le voyage pût se prolonger toute la vie ; rien ne m’attire en Occident où je sais bien que je me sentirai seule parmi mes contemporains, dont les préoccupations me sont devenues étrangères.»

Quant au voyage proprement dit, à ses péripéties, ses rencontres, ses aventures, ses peurs, ses joies, de Pékin au Cachemire, en passant par l’Asie centrale, je vous laisse le découvrir. On sait qu’en ces contrées, à cette époque, les voyageurs rencontraient toutes sortes de difficultés. «Il ne faut rien prévoir de rationnel en Chine où le proverbe dit : Monsieur Peut-être a épousé Madame Document et leur fils s’appelle Ca Ira !» Sans compter la guerre insidieuse, les bandits, les risques d’emprisonnement. Et pourtant, au moment du grand saut : «je suis toute à la joie de sentir que chaque jour, maintenant, sera neuf, et qu’aucun ne se présentera deux fois.» Le talent d’écrivain d’Ella est tel que l’on ne s’ennuie pas un instant. Tout présente de l’intérêt, peut-être parce que tout est vrai. Un vrai roman... vrai. Ce qui est toute la force d’un bon récit de voyage, non ?

Les premières lignes : «Janvier 1935 : Pékin, un jour de grand vent d’ouest qui pousse devant lui un mur opaque de sable jaune. Je vais aux informations, qui d’abord ne sont pas encourageantes. A l’Institut géologique de Chine, le père Teilhard de Chardin, qui a traversé l’Asie en 1931 avec la mission Citroën, ne peut que confirmer mes craintes.»  Préface de Nicolas BOUVIER. Éditions Payot & Rivages 2002.


 

«Le voyage s’allonge et par moment il semble qu’il ne prendra fin qu’avec la vie ; on se sent une chose passive emportée sans pouvoir.»


Ella MAILLART – Cette réalité que j’ai pourchassée

Publié à l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteur, ce recueil propose une trentaine de lettres que Kini adressa à ses parents, de la Sardaigne à Moscou, de Tachkent à Pékin, de Kachgar à Kaboul, entre 1925 et 1941. On y trouvera également quelques photos d’époque. Somme d’observations quotidiennes, de détails parfois anodins, catalogue de villes et de lieux exotiques qui défilent comme dans un album philatélique, ces lettres ne font que confirmer la nature de l’existence de l’auteur : l’aventure n’est que le résultat d’une fuite ( plutôt vers l’Asie) pour s’éloigner d’une civilisation qu’elle ne comprend pas, pour voir si possible «le contraire de l’Europe» et les guerres mondiales.

On y rencontrera évidemment les personnages qui ont entouré ou approché Ella : Alain Gerbault, Peter Fleming, Annemarie Schwarzenbah, Charmian London, et on se remémorera les exploits de cette femme exceptionnelle : le ski dans les Tianshan, l’épopée au Sin-Kiang, ou Turkestan chinois, entre autres. C’est un complément utile aux récits, mais trop succinct pour être abordé en premier. Tout aussi intéressant, sinon plus, est le CD qui accompagne le livre. On y entendra Ella Maillart au cours d’entretiens ou de reportages divers réalisés par la Radio Suisse Romande entre 1945 et 1994. Outre le fait d’entendre la voix de l’auteur, on sera parfois surpris de la modestie dans propose tenus, loin de ce que les lecteurs d’aujourd’hui considèrent comme d’authentiques exploits.

Les premières lignes : «Est-il vrai que nous soyons de nouveau ici ? Et que deux ans se sont passés depuis la dernière fois ? Tout st si semblable que Miette et moi en sommes très émues.» Avant-propos d’Olivier Bauer ; CD de la Radio Suisse Romande ; éditions Zoë 2003.


A lire aussi, de et sur Elle MAILLART: Parmi la jeunesse russe (Payot); La Vagabonde des mers (Payot) pour découvrir Ella Maillart, navigatrice hors pair, première femme à disputer les jeux olympiques en épreuves de yachting, l'amie d'Alain Gerbault, rêvant de mers du Sud;

Ti-puss (Payot); Croisières et caravanes, paru en 1951, récit dans lequel elle nous promène à travers un demi siècle d'existence, depuis sa jeunesse insouciante et rebelle en Suisse jusqu'à son long séjour en Inde qui la transforma si profondément. Pour la première fois, elle se laisse aller à raconter sa vie, et ce qui la fit courir.

Ella Maillart au Népal, photographies rassemblées et présentées par Daniel GIRARDIN. En 1951, Ella Maillart obtient l'autorisation exceptionnelle de voyager au Népal, dernier royaume indépendant des Himalayas. A quelques exceptions près, le Népal avait été fermé jusqu'en 1949 à tout contact avec le monde occidental. Elle y retournera en 1963 et 1965. De ses trois séjours, elle a rapporté des centaines de photographies. Dès 1951, elle avait conçu elle-même un projet de livre sur le Népal, sélectionnant les images et rédigeant de sa main les légendes. L'ouvrage que voici s'inspire très largement de ces documents inédits. Éditions Actes Sud 1999.

Sur Ella: Témoins d'un monde disparu. Ce petit livre présente vingt photos parmi les plus surprenantes de la célèbre voyageuse Ella Maillart, et le plus beau portrait qui fut écrit sur elle, celui de Nicolas Bouvier. Éditions Zoë 2002.

Dans la Petite bibliothèque Payot 2005, Nomade sur la voie d'Ella Maillart, de Amandine ROCHE.  En dix-huit mois elle parcourt des milliers de kilomètres, découvre les villes-étapes des caravanes de l'ancienne route de la Soie, pénètre dans le désert du Takla Makan, sillonne l'Inde, le Népal, le Tibet, la Mandchourie et la Chine. Un voyage classique!


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