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le guide de lectures > les classiques >> Annemarie SCHWARZENBACH


Annemarie Schwarzenbach (1908-1942), compagne de voyage de la Voie cruelle, "Ange dévasté" selon Thomas Mann. La Suissesse  fut tout à la fois écrivain, journaliste, photographe et archéologue. Sa vie fut marquée par une errance intérieure qu'elle projeta dans les voyages et la morphine, mais aussi par son amitié avec Klaus et Erika Mann, auprès de qui elle s'engagea dans la lutte contre le nazisme. Sur cette page:

Anne Marie SCHWARZENBACH- Où est la terre des promesses - La mort en Perse.

Autre pages sur les classiques:

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«La nostalgie de l’Absolu est sans doute la véritable motivation de tout vrai voyageur.» Annemarie SCHWARZENBACH


 

 

Annemarie SCHWARZENBACH - Où est la terre des promesses?

Sous titré «Avec Ella MAILLART en Afghanistan (1939-1940), ce livre nous propose une série d’articles rédigés par Anne marie SCHWARZENBACH, inédits ou publiés dans des journaux. Ce fameux voyage réalisé en 1939 par deux femmes et une Ford a été raconté par Ella MAILLART dans la Voie cruelle. A.S. y est présente sous le pseudonyme de Christina. Elle nous donne ici sa propre relation.

Tout d’abord il vaut mieux savoir que l’auteur n’était pas dans un état d’esprit particulièrement positif quand elle entreprit ce voyage. Mal (peur) de vivre, amours contrariées, sentiments de culpabilité (que vaut le bonheur personnel quand tant d’autres souffrent ?), difficultés dans son travail, écrire, «ce métier trop pénible, reflet constant de notre expérience damnée, que je refusais justement d’accepter et de supporter», enfin refuge dans la drogue, amènent A.S. à décrire un univers particulier. Les descriptions, souvent très belles, alternent avec des réflexions, des prises (crises) de conscience, elles aussi souvent pénétrantes. Un univers personnel dans lequel nous pouvons nous retrouver ou non.

Partons, donc. «Une fois qu’on est en route, on oublie toute envie de savoir, on ne connaît ni adieu ni regret, on ne se soucie ni du point de départ ni de la destination (...) il devient chaque jour un peu moins possible de faire demi-tour, on ne le souhaite d’ailleurs plus.» De l’Ararat à Herat, de l’Hindou Kouch au Turkestan, de Peshawar à Aden, les paysages et les rencontres permettent de «vérifier le contenu des noms et éprouver leur magie dans ma chair.» Allez plus loin, ailleurs, pourquoi ? pourquoi pas ? «Nous ignorons tous de quoi nous vivons, alors comment pourrions-nous rater quelque chose et avoir des regrets ?»

Partir, ce serait la délivrance, l’unique liberté qui nous resterait, la recherche de ce paradis jamais désiré et introuvable, la possibilité de ne plus errer d’un enfer à un autre. Où est la terre des promesses ? Surtout en 1939, avec les nouvelles peu rassurantes qui arrivent d’Europe. «Car nous sommes ainsi : nous nous délectons à la vue du bleu de la mer, d’une heure de paix malgré la fureur des incendies, nous ignorons les champs de ruines, afin d’apprendre tous la même prière : Seigneur, aides-nous à endurer cette vie...» De Kaboul aux rives de l’Oxus «mendiants ou rois, tous acteurs de la même grande comédie.»

Bien sûr la sortie de ce livre n’est pas un hasard : l’Afghanistan est porteur en ce moment. Néanmoins cette lecture est intéressante en ce qu’elle nous propose des moments bien réels d’une autre époque, et que l’on peut ainsi mieux comprendre les évolutions. Savoir par exemple qu’une tentative de libéralisation eut lieu en 1929, que le tchadri tomba pendant quelques semaines, avant que les femmes ne soient renvoyées en esclavage. Et aujourd’hui ?

Les premières lignes : «On nous avait parlé des routes des Balkans, et rien ne serait plus facile et agréable que d’écrire un chapitre à ce sujet, maintenant que notre Ford avait surmonté toutes des difficultés et qu’elle longeait la côte de l’Anatolie, bien arrimée sur le pont du vapeur turc Ankara.» Éditions Payot & rivages 2002.


«Le danger a différents noms. Parfois il s'appelle simplement le mal du pays, parfois c'est le vent sec des montagnes qui porte sur les nerfs, parfois l'alcool, parfois des poisons bien pires. Parfois il n'existe pas de nom, et c'est alors que l'on est en proie à l'indicible peur.»


Annemarie SCHWARZENBACH - La mort en Perse.

L'auteur est archéologue et reporter-photographe. Elle doit aussi sa célébrité au fait qu'Ella Maillart en fit un personnage poignant de La Voie cruelle. Mais ce que Annemarie S nous raconte ici est encore plus terrible que ce qu'elle vécut lors de son séjour en Afghanistan.

Plus encore que de la mort, dont il est pourtant beaucoup question, il s'agit ici de la peur. Ce mot revient très souvent dans le texte. Une peur difficile à raconter, à expliquer, à décrire, mais qui semble remplir toute l'existence. Est-ce la peur de l'avenir? «L'avenir est mort, sans le moindre souffle d'air, sans couleur; il n'y fait ni sombre ni clair, et pour y parvenir il faut suivre un long chemin que je ne peux plus prendre.» Est-ce la peur de la liberté? «La liberté n'est valable que tant que l'on a la force d'en faire usage.» Ou bien : «Ne sais tu pas, toi qui est un ange, ce qu'il en est de la liberté des hommes que nous sommes? Qui m'a amenée ici? Pourquoi ai-je dû suivre tant de chemins, et m'égarer toujours davantage? D'abord, cela s'appelait l'aventure, puis ce fut le mal du pays, puis j'ai commencé à avoir peur...» Est-ce le danger? «Le danger a différents noms. Parfois il s'appelle simplement le mal du pays, parfois c'est le vent sec des montagnes qui porte sur les nerfs, parfois l'alcool, parfois des poisons bien pires. Parfois il n'existe pas de nom, et c'est alors que l'on est en proie à l'indicible peur.» Est-ce la peur de la solitude, du vide, du désespoir, de la vie? Dans la deuxième partie de ce livre, au titre prémonitoire: une tentative d'amour, on assiste au dialogue de l'auteur et de l'Ange. Un ange qui ne pourra rien face au bonheur, à l'amour, à la mort, enfin, de Yalé, l'amie, l'amante.

Dans la première partie on voyage un peu. Mais de la Perse on ne reconnaîtra que quelques images. Téhéran et une villa avec piscine, une vallée désertique paradoxalement appelée la Vallée Heureuse, une montée de col à dos de mulet, la vallée du Lahr et le Demavend. D'ailleurs, faut-il décrire ce qui est immuable et que chacun peut voir. «La plaine de la Perse n'a pas changé depuis et elle ne changera sans doute jamais. Elle est toujours bordée de montagnes qui ressemblent à des navires échoués et dont on croit se rapprocher...» Ce n'est donc pas vraiment un récit de voyage que l'on a entre les mains. Mais bien un récit de voyage intérieur. Un journal non intime de souvenirs, de sentiments et de sensations. Une écriture en forme de quête, de recherche de soi. Ce n'est peut-être pas un bouquin à lire par un bel après-midi d'été, allongé sur l'herbe. Encore que la chaleur ira bien avec l'ardent soleil iranien. Mais c'est assurément un livre à connaître.

Les premières lignes. «Ce livre donnera peu de joie à ses lecteurs. Il ne leur apportera même pas la consolation et le réconfort que prodiguent très souvent les livres tristes - beaucoup de gens pensent en effet que la souffrance, si elle est endurée à bon escient, procure une grande force morale. J'ai entendu dire que même la mort peut être édifiante, mais j'avoue que je n'y crois pas.» (Éditions Payot.)


A lire aussi...

Bleu immortel : Voyages en Afghanistan, Anne Marie Schwarzenbach, Ella Maillart, Nicolas Bouvier.

Quelques liens: sur Annemarie D'Orient et d'Occident

Orient exil (Payot) En 1934-1935, Annemarie Schwarzenbach participe à des fouilles archéologiques en Syrie et en Perse. C'est pour elle une plongée dans l'incertain et l'intemporel. Les colonies européennes perdues dans les immensités sablonneuses, les paysages irréels, le climat brutal lui inspirent La Mort en Perse (Payot, 1998) mais aussi ces nouvelles qui mettent en scène des personnages à la dérive, Occidentaux venus chercher comme elle en des lieux extrêmes une impossible solution à leur mal de vivre.

La Vallée heureuse (éditions de l'Aire 2001) Durant l'été 1935, alors qu'elle traversait une crise morale aiguë, Annemarie Schwarzenbach séjourne avec des amis anglais dans un camp de tentes installé dans la haute vallée du Lahr non loin de Téhéran. C'est ce séjour qui, quatre ans plus tard, lui inspira La Vallée heureuse, un récit qu'elle prêta à un narrateur masculin. La découverte d'une région grandiose mais inhospitalière, la solitude, la rupture avec la société bourgeoise, la recherche de sa propre identité, l'amour, la mort, la fascination de la drogue - tels sont les principaux thèmes de ce texte bouleversant. Remarquable notice biographique de Charles Linsmayer en postface.

Loin de New York. Reportages et photographies. Entre 1936 et 1938 elle se rend deux fois aux États-unis pour y mesurer les conséquences de la Grande Dépression, notamment dans les États du Sud. Au fil d'articles rédigés pour plusieurs journaux suisses, cette fille de riche industriel du textile s'attache au quotidien des gens modestes et des jeunes syndicalistes, à la misère des ouvriers, à l'exploitation éhontée des fermiers. Son œuvre journalistique, nourrie des espoirs du New Deal, n'est en rien inférieure à son œuvre littéraire et nous entraîne de New York jusqu'en Alabama comme dans une grande fresque romanesque. (Payot, réédition septembre 2006)

Bleu immortel : Voyages en Afghanistan, Anne marie Schwarzenbach, Ella Maillart, Nicolas Bouvier. En 1939, Anne marie Schwarzenbach et Ella Maillart arrivèrent en Afghanistan après avoir traversé, en voiture, les Balkans, la Turquie et l'Iran. De ce voyage elles rapportèrent leurs impressions, transcrites en textes et en photographies. Près de quinze ans plus tard, Nicolas Bouvier suivait leur route jusqu'en Afghanistan, avant de poursuivre vers le Japon en passant par l'Inde et Ceylan. C'est la première fois qu'un livre réunit les écrits et les photos de ces trois écrivains voyageurs, suisses et célèbres.

Hiver au Proche-Orient. Journal d'un voyage

Le 12 octobre 1933, Annemarie monte à bord de l'Orient Express en gare de Genève. Deux semaines plus tard en Suisse alémanique, la Zürcher Illustrierte annonce que la journaliste photographe se trouve au Proche-Orient avec un groupe d'archéologues pour un périple de six mois à travers la Turquie, la Syrie, la Palestine, l'Irak et la Perse. Payot 2006.

Annemarie Schwarzenbach ou le mal d'Europe, par Dominique Laure MIERMONT, éditions Payot 2004. Thomas Mann l'appelait l' "ange dévasté", Roger Martin du Gard la remerciait "de promener sur cette terre son beau visage d'ange inconsolable", Carson McCullers qui lui dédia Reflets dans un œil d'or lisait dans ses traits " une indéfinissable expression douloureuses ", Ella Maillart qui partit avec elle pour l'Afghanistan la présentait comme un "être noble au charme prenant". Tout à la fois écrivain, journaliste, photographe et archéologue, issue d'une famille de riches industriels zurichois, Annemarie Scwarzenbach (1908-1942) n'a cessé de fuir un milieu en complète contradiction de ses aspirations. De la Russie à la Perse, des Etats-Unis au Congo, son existence fut certes marquée par la morphine et plusieurs internements, mais aussi par une lutte acharnée contre le nazisme au travers de ses écrits et de son amitié tumultueuse avec Klaus et Erika, les enfants terribles de Thomas Mann.

Elle, tant aimée, par Mélania MAZZUCCO. Flammarion 2006. Melania Mazzucco fait revivre avec grâce un personnage d'exception qui a suscité la passion de tant d'hommes et de femmes tombés sous son charme étrange. Ce magnifique roman puise dans la mémoire de toute une génération et interroge encore aujourd'hui le beau visage d'ange inconsolable célébré par Rpger Martin du Gard


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