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le guide de lectures > les classiques >> Patrick Leigh-Fermor


Écrivain anglais, né en 1915, Patrick LEIGH FERMOR est aussi un grand voyageur. Sa traversée de l'Europe en 1934 le prouve, et Nicolas Bouvier disait de son récit qu'il était «un chef-d'œuvre à ranger au rayon des chefs d’œuvre de l’humanisme nomade… avant de remettre la clef sous la porte.» Sur cette page:

Patrick LEIGH-FERMOR - Le temps des offrandes - Entre fleuve et forêt - Courrier des Andes.

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« – So ! Vous traversez l’Europe comme Childe Harold ? – Oui, oui, c’est tout à faut cela ! Comme Childe Harold !»


 

 

Patrick LEIGH FERMOR – Le temps des offrandes

« – So ! Vous traversez l’Europe comme Childe Harold ? – Oui, oui, c’est tout à faut cela ! Comme Childe Harold !»

Un jour de décembre 1933, un jeune homme de dix-huit ans décide de partir à pied avec l’idée de traverser l’Europe, de la Corne de Hollande jusqu’au Bosphore. Ce départ en plein hiver débute par des «paysages silencieux, avec ses patineurs bruegheliens qui décrivaient leurs cercles sur les canaux et les polders.» Des paysages étrangers, cependant indirectement familiers au regard anglais qui a déjà longuement traîné dans les musées. «Quand il n’y avait aucune construction humaine en vue, je me sentais revenu à l’âge sombre du Moyen Age. Mais, dès que pointait une ferme ou un village, j’entrais dans le monde de Pierre Brueghel.»

Le premier grand choc pour l’auteur qui est né «dans la deuxième année de la Première Guerre mondiale» : l’Allemagne, un pays qui a «une vielle tradition de bienveillance à l’égard des jeunes vagabonds», mais dont les emblèmes en cette année 1933 sont «le drapeau écarlate avec son disque blanc et sa croix gammée.» Un pays qu’il traverse en chantant ou en récitant des vers. Le temps, ce «monde emmitouflé de blanc (…) se prêtent aux songeries.» Puis Ulm et le Danube : une «rencontre impressionnante.» Tout comme le Schloss, grosse bâtisse, château fort ou palais baroque. Puis Linz, puis la Wachau. L’Autriche, qui vit des heures difficiles. Vienne, toujours sous la neige, qui a «la splendeur d’une capitale et l’intimité familière d’un village.» Le passage dans cette ville est l’occasion d’une digression sur l’art équestre, et sur l’Histoire : «que serait-il arrivé si les Turcs avaient capturé Vienne puis continué vers l’Ouest?» Seulement le début de la consommation du café en occident? Puis l’entrée dans le monde slave, Pressburg, rebaptisée Bratislava, et les bohémiens. «Des femmes portant des enfants couleur chocolat mendiaient entre les carrioles tandis qu’un ours brun des Carpates, dirigé par un maître de danse aussi noir que le péché, marchait d’un pas lourd, les pattes tournées en dedans, sur les pavés.» Prague, enfin, «l’un des plus beau lieux du monde, l’un des plus étranges.»

Ce récit d’un jeune homme cultivé, d’un «affable clochard en souliers ferrés avec un sac à dos», est plein de rencontres, de portraits d’époque, des scènes de la vie quotidienne : bref, tout ce qu’un voyageur rencontre sur son chemin. On trouvera par exemple une tentative d’expliquer le comportement violent des Allemands par la bière et une alimentation abondante et incessante. D’une manière générale, c’est un instantané de l’Europe Centrale. Le recueil contient aussi de nombreuses digressions sur l’art, la penture.  «Voyages et peinture ont beaucoup en commun.» On comprendra à la lecture de quelques remarques comme «C’est d’ailleurs ici que se brouillent les souvenirs» ou «je reparcours la ville en esprit et la redécouvre par bribes», que le récit a été écrit après le retour. Enfin, selon Nicolas Bouvier, ce journal de marche «est à ranger au rayon des chefs-d’œuvre de l’humanisme nomade.»

Les premières lignes : «Un bel après-midi pour partir ! fit l’un des amis qui m’accompagnait, en regardant la pluie et remontant la vitre. Les deux autres étaient du même avis. A l’abri sous l’arcade de Shepherd Market qui donne dans Curzon Sreet, nous avions fini par trouver un taxi. Dans Half Moon Street, tous les cols étaient relevés.» Éditions Payot 1991, puis Payot et Rivages 2003 pour l’édition de poche, collection Petite bibliothèque Payot / Voyageurs.


Je me sentais profondément impliqué dans ces solitudes vertigineuses, de moins en moins enclin à redescendre.»


 

Patrick LEIGH FERMOR – Entre fleuve et forêt

Le Temps des offrandes avait laissé Patrick LEIGH FERMOR sur un pont entre la Tchécoslovaquie et la Hongrie. La suite nous entraîne au cœur de la Transylvanie. Le 1er avril 1934, «quarante sept jours après mon dix neuvième anniversaire et j’étais parti depuis cent onze jours.»

La Hongrie. Budapest, escarpée et enchanteresse, dont les noms ne sont associés que depuis 1840 ; la Grande plaine hongroise, parcourue à cheval, une région au passé extraordinaire, des routes suivies par Barberousse et ses Croisés, par Sigismond et Bajazet ; un endroit jadis peuplé par les Cumans, qui semblent s’être évanouis sans laisser d’autres traces que des noms de lieux imprononçables. La Roumanie, la «sixième frontière du voyage.» Dans les bureaux de la douane trônent les photos du roi Carol et du prince Michel. Le paysage est «un puzzle géométrique de labours couleur chocolat zébré d’orge, de blé, d’avoine et de maïs, avec un peu de tabac et l’éclat soudain, jaune-vert, de la moutarde sauvage.» La Transylvanie est une région qui n’eut pas un destin heureux. Mais l’étranger est reçu avec tous les égards par cette société alors confinée. Là aussi, l’Histoire remonte.  «Les vallées et forêts du Danube avaient servis de théâtre aux batailles capitales opposant la Chrétienté et l’Islam.» La Bulgarie, enfin, qui «faisait encore figure de terra incognita.»

Très belles remarques sur le voyage, la marche, l’ivresse du marcheur sur ce parcours «au goût d’éternité. Je me sentais profondément impliqué dans ces solitudes vertigineuses, de moins en moins enclin à redescendre.» Mais le voyageur aura raison de revenir dans la plaine. Lui qui pensait ne fréquenter que des rencontres de hasards et ses «collègues clochards», qui avait prévu «de mener la vie d’un vagabond, d’un pèlerin ou d’un goliard, de dormir dans les fossés» sent un beau jour poindre un «soupçon de culpabilité» tant les bonnes adresses et occasions se présentent : châteaux confortables, repas au Tokay «dans des gobelets de cristal taillé.»

Récit très intéressant, riche de rencontres – les bergers, les paysans, les bûcherons, les colporteurs, mais aussi quelques «archiducs»- ; riche de coutumes, de gestes d’une époque déjà bien ancienne pour un lecteur en 2004 ; riche de toute une partie consacrée à l’Histoire, à ses nombreux aléas, ses migrations, ses peuples. Un très grand voyage, un grand écrivain, un classique. A lire, surtout si vous traînez dans ces régions.

Les premières lignes : «Peut-être m’étais-je trop longtemps arrêté sur le pont. Les ombres s’assemblaient sur les rives slovaque et hongroise, tandis que le Danube au cours rapide et pâle lavait les quais de la vielle ville d’Esztergom, avec sa colline raide qui dressait la basilique dans la brume.» Éditions Payot 1992, repris en Petite bibliothèque voyageurs en 2003.


«Maintenant nous avancions en traînant les pieds, tels des ivrognes, sur une arrête nue, herbeuse, en dos de baleine...»


 

Patrick LEIGH FERMOR - Courrier des Andes.

C’est en 1971 que l’auteur et quelques amis arpentent les hauts plateaux péruviens et visitent les principaux lieux du coin : le Machu Picchu «un lieu de solitude et de silence, un lieu d’une beauté, d’une austérité, d’une étrangeté inoubliable», Cuzco, l’Urubamba, et le lac Titicaca, un endroit aux villes sales et aux hôtels minables. «…car si derrière les fenêtres s’étalait le plus haut plan d’eau navigable du monde, de l’eau, chaude ou froide, il n’y en avait pas une goutte dans les tuyauteries.» Les hôtels sont minables, mais qu’importe : «les réserves de whisky (deux doubles chacun, bien tassés, et un peu plus certains soir) tiennent encore le coup.» Quant à l’eau, quand elle est présente, «nous avons tous parfaitement constaté qu’au sud de l’équateur l’eau d’un lavabo s’écoule bel et bien en tournoyant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.»

Très peu d’états d’âme, pas de philosophie, mais des descriptions de paysages, de la faune, la flore, de la nuit, «des étoiles extraordinaires se lèvent quand vient la nuit», et de la vie du groupe «un joaillier ancien champion de ski, un homme de loi anthropologue, un gentleman-farmer propriétaire de chevaux de course, deux écrivains (ce qui rétablit pas pour autant l’équilibre), et une... mais qui oserait qualifier Renée de femme d’intérieur ?» Quelques repères historiques (Pizarro c’est en 1533).

Ce récit (sous forme de lettres, comme l’indique le titre), est écrit «dans un style brut et sans apprêt», dixit l’auteur, mais avec beaucoup d’humour, y compris dans les moments difficile, quand l’altitude joue des tours désagréables. «Maintenant nous avancions en traînant les pieds, tels des ivrognes, sur une arrête nue, herbeuse, en dos de baleine...» Avancer, il n’y a que ça à faire, même quand «nous ne savons pas exactement où nous sommes, car les cartes se contredisent toutes " et qu’ «ici on appelle pampa tout champ ou terrain plat sur lequel pousse de l’herbe.»

Bref :avec un regard simple sur les choses, et une fois les petits soucis considérés comme légers (le whisky aidant), une randonnée dans les Andes ça semble bien être le paradis.

Les premières lignes : «Dans la Petite Venise est enfin venu le matin du départ. Mais de la voiture que nous avions retenue par avance, pas la moindre nouvelle. Nous avions téléphoné à n’en plus finir pour appeler un taxi. Occupé partout, si bien qu’en désespoir de cause j’ai trimardé mes affaires sur le trottoir...» Édition Phébus 1992, repris en Petite Bibliothèque Payot / voyageurs.

A lire aussi: Vents alizés - Un voyage dans les Caraïbes (Payot); Mani (Payot) récit dans lequel il nous offre sa vision des lieux selon une approche spatiale plutôt que chronologique ainsi que celle de la vie des Grecs d'aujourd'hui, en examinant leur lien avec leur environnement et leur histoire, leurs légendes et superstitions; et un roman: Les Violons de Saint-Jacques (Gallimard) Ce conte antillais de 1953 est la première et unique oeuvre de fiction d'un auteur surtout connu pour ses récits de voyage. Un volcan vient mettre un point final à une vie créole presque idyllique (malgré la présence de lépreux) dont le point culminant est la période du carnaval. Subtil et coloré.


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