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«J’éprouvais cette répulsion envers un mode de vie étranger que connaissent un jour ou l’autre tous les gens qui voyagent au loin. J’avais envie de vêtements propres, d’un bain chaud, de prendre un verre.» Éric NEWBY |
Éric NEWBY - Un petit tour dans l'Hindou KouchPour résumé il s’agit du récit d’une expédition réalisée en 1956 en vue de gravir le mont Samir (6500m) en Afghanistan et de traverser une contrée peu connue où vivrait encore le souvenir de Gengis Kan et de Tamerlan : le Nuristan, «l’un des endroits les plus isolés du monde, où convergeaient tous les vents de l’Asie et où les montagnes ressemblaient à l’ossature du monde perçant sous la peau.» L’explorateur :un employé d’une maison de haute couture, qui ignore tout des Afghans, qui n’a jamais chaussé les crampons ni escaladé le moindre mur, de pierre ou de glace. En fait : qui a peu voyagé. Il est accompagné par un diplomate guère plus aguerri. Autant dire déjà que le récit sera riche en péripéties diverses. Après une courte exposition nous faisant rapidement visiter les milieux de la mode londonienne, la préparation commence par des leçons d’alpinisme au pays de Galles. Epique. Mais si on veut devenir explorateur, il faut y passer. Suit le voyage. Istanbul, la Perse, l’Afghanistan, par l’antique route des caravanes «où tournaient d’étranges moulins à vent fixés sur des tours en terre, avec non loin de là un campement de nomades et sur la colline proche, un grand caravansérail abandonné», et le Nuristan, «terre de Lumière», territoire montagneux ou des mollah à longues barbes font circuler le narguilé. «L’un des grands avantages d’un voyage dans cette partie du monde, c’est que, si l’on sait attendre, il se produit quelque chose. On n’imaginerait pas de faire la même chose en Angleterre, d’aller s’accroupir à l’entrée d’un village.» La montagne a besoin d’hommes à la chaire dure. Les deux anglais vont en baver. Flancs de montagne, parois rocheuses, pentes enneigées, murs de glace : l’exploration s’avèrera particulièrement difficile. «Nous sous sentîmes, tout à coup, des nains. Là, devant nous, se dressait toute la masse du mont Samir : la paroi est, pareille à un haut mur de jardin hérissé d’éclats de verre, le sommet couvert de neige, les glaciers, enfoncés très hauts sous la base de la montagne.» Après plusieurs tentatives, les deux novices échoueront près du but, conscients qu’ils ne pouvaient faire plus. Mais quelle aventure ! Même si l’accueil par les populations locales n’est pas toujours réjouissant. Les nomades, les bergers, la plupart du temps vêtus comme au Moyen Age, armés de lances ou de fusils, ne sont pas toujours d’un abord facile. Déceptions : «j’éprouvais cette répulsion envers un mode de vie étranger que connaissent un jour ou l’autre tous les gens qui voyagent au loin. J’avais envie de vêtements propres, d’un bain chaud, de prendre un verre.» Ce récit, à l’écriture alerte, bourré d’histoire vraie et à l’humour constant, de lecture facile, se termine par la rencontre inattendue avec Thesiger, autre grand aventurier qui passait par là. Quant à l’auteur, il sera bientôt gagné par la passion des voyages, deviendra directeur des pages Voyages de l’Observer jusqu »en 1974, et permettra à de nombreux «travel-writers» de faire leurs débuts dans ses colonnes. Les premières lignes : «Toutes lumières allumées et toutes portes fermées pour nous protéger des courants d’air épouvantables qui remontaient l’escalier de service, le salon d’essayage ressemblait à un four bardé de miroirs.» Préface de Evelyn Waugh, traduit de l’anglais par Marianne Véron, Petite bibliothèque Payot / voyageurs.Né en 1919 à Londres, Eric Newby a sillonné la planète dans les circonstances les plus ahurissantes et exercé les métiers les plus divers (mousse, employé de haute couture, chroniqueur à l'Observer, etc.). A lire aussi: La dernière course du blé (Payot); |
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«Je voudrais dire un mot de la Nature, de la Liberté absolue de la Vie sauvage, par opposition avec une Liberté et une Culture simplement policée...» Henry David THOREAU |
Henry David THOREAU – De la marcheSi l’envie vous prend Henry David THOREAU (1817-1862) n’a que rarement quitté Concord, sa ville natale du Massachusetts, sinon pour s’en éloigner de deux kilomètres, jusqu’à la forêt cédée par Emerson, sur les bords de l’étang de Walden, où il construira une cabane et où naîtra sa philosophie. Au Moyen Age les pèlerins adaptaient leur mode de vie à leur (dé)marche. Aujourd’hui nous ne serions plus que «des croisés au cœur défaillant» et nos pas nous ramènent chaque soir «auprès de l’âtre d’où nous sommes partis. La moitié de la promenade consiste à revenir sur nos pas.» Avec tout un ensemble de conséquences : attachement aux biens matériels, manque d’ouverture d’esprit, par faiblesse quotidienne, servilité «dans l’habitude que nous avons de chercher une loi à laquelle obéir.» Les hommes seraient plus attirés par la Société que par la Nature. Autrement dit : sommes nous prêts pour aller marcher ? Première étape : marcher quatre heures par jour, par les champs et les collines, pour entretenir la santé physique. En profiter pendant que le paysage n’appartient à personne. Deuxième étape : la marche, qui n’est évidemment pas qu’un exercice physique, donne à penser, et permet donc d’entretenir la santé intellectuelle. Activité subversive ! Marcher jusqu’à sentir que «chaque homme soit une antilope sauvage, une partie intégrante de la Nature.» A partir de là, toute analyse et toute réflexion devient possible, jusqu’à la conclusion que c’est dans une vie sauvage, c’est à dire sans contrainte, que réside la philosophie, et la liberté. Texte écologique, dans tous les sens du terme, De la marche démontre le caractère dérisoire des besoins matériels, explique «l’art de se promener» et comment s’éveiller par la communication avec la nature. Comme l’écrit le traducteur dans la postface, Thoreau, «philosophe dans les bois», n’écrit pas sur la nature, mais depuis la nature. Et conclut : «La marche est une lecture du lieu qui prélude à la compréhension inépuisable de soi.» Les premières lignes : «Je voudrais dire un mot de la Nature, de la Liberté absolue de la Vie sauvage, par opposition avec une Liberté et une Culture simplement policée – afin de considérer l’homme comme un habitant ou bien une partie intégrante de la Nature, plutôt que comme un membre de la société. » Traduction et postface par Thierry Gillyboeuf, éditions Mille et une nuits. Ce texte a également été publié par Terradou / Cerep en 1991, suivi de Promenade d’hiver, dans une traduction de Thierry Fournier, avec des illustrations.Écrivain majeur de l'Amérique du XIXe siècle, Henry David Thoreau (1817-1862), apparaît comme un jalon essentiel dans la genèse de la conscience moderne. Passionné par le microcosme naturel de sa petite ville de Concord, dans le Massachusetts, il affectionna tout particulièrement la forme de voyage, qui lui offrait la possibilité de concilier ambitions littéraire et confrontation à une altérité géographique, sociale, ethnique et historique propice à aiguiser son regard et sa réflexion. A lire aussi: Les Forêts du Maine (2004). L'auteur a rassemblé les récits des voyages qu'il fit dans les forêts du nord-est des États-Unis en 1846, 1853 et 1857. En le suivant pas à pas à travers ces vastes espaces naturels d'une beauté fascinante, à la rencontre des pionniers et des Indiens, le lecteur contemporain est entraîné dans une aventure intellectuelle qui l'invite à réfléchir au rapport moderne de l'homme à son environnement. Journal 1837 - 1861 (Denoël 2001). Dans ce journal, qu'il tint pendant vingt-quatre ans, il témoigne en grand observateur de la nature; il raconte ses innombrables expéditions à pied dans les espaces sauvages de l'Est américain, ses navigations en compagnie des Indiens sur les rivières du Maine et du Massachusetts, ainsi qu'un long séjour au Canada en 1850. Walden, ou la vie dans les bois (Gallimard - Imaginaire), Ce récit évoque une expérience de vie pendant deux ans et deux mois dans une cabane en bois au bord de l'étang de Walden dans le Massachusetts. |
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«Quiconque a tant soit peu lu les récits de voyage des années 30 est amené à considérer Route d’Oxiane de Robert Byron comme le sommet du genre.» Bruce CHATWIN.
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Robert BYRON - Route d'OxianeEn 1933, l’anglais Robert BYRON (1905-1941, il disparut en mer à 36 ans quand son bateau fut torpillé au nord de l'Ecosse par la marine nazie), un gentleman érudit, quitte Venise pour l’Inde, via la Perse et l’Afghanistan, à la recherche des origines de l’architecture et de la culture islamique. Cinquante ans plus tard Bruce CHATWIN entame ainsi la préface à cette Route d’Oxiane: «Quiconque a tant soit peu lu les récits de voyage des années 30 est amené à considérer Route d’Oxiane de Robert Byron comme le sommet du genre.» Plus loin il ajoute, à propos de ce « texte sacré» que «mon exemplaire personnel, aujourd’hui écorné, couvert de taches, avachi par quatre voyages en Asie centrale, ne m’a pas quitté depuis le jour de mes quinze ans.» Ce journal d’un esthète (on apprendra qu’à Larnaca l’occupation anglaise n’est pas parvenue à pervertir complètement la cuisine grecque) ne me passionne pas. Certes, cette description de « l’Orient dans sa confusion primordiale » est sans aucun doute l’un des livres à mettre dans le sac à dos pour un voyage entre Téhéran et Kaboul, ou tout au moins quand il sera possible de refaire cette route. En attendant, il faut se contenter de descriptions un peu trop froides à mon avis, que l’humour parvient parfois à dérider un peu. « Nous avons aujourd’hui parcouru cinq farsakhs avec dans le ventre un simple bol de caillebotte tandis que les selles de bois mettaient nos anatomies à la torture. » Ou, plus loin : « Un bol de lait est arrivé tout chaud de la vache. Nous avons ouvert la bouteille de whisky en son honneur. » Moi d’habitude si friand de tout ce qui s’est écrit sur les routes d’Asie, ne vibre pas à la lecture de Byron. Que le caravansérail persan ait conservé «une cour intérieur carrée, protégée par d’énormes portes » m’intéresse. Que cette cour soit «grande comme un collège d’Oxford» me laisse assez froid. Inutile de continuer. Je l’avoue : je n’arrive pas à entrer dans ce classique. Cette note de lecture ne vous aidera donc pas. Faites vous votre propre idée. Les premières lignes : «Venise, 20 août 1933. Ici comme un coq en pâte : cela change agréablement de la pension de la Giudecca d’il y a deux ans. Nous sommes allé au Lido ce matin. Le palais des Doges est bien plus impressionnant vu d’un canot automobile que d’une gondole. La baignade, par une journée calme, doit être ce qu’on trouve de pire en Europe : une eau pareille à de la salive brûlante, des mégots qui viennent mollement échouer dans votre bouche, et des bans de méduses.» Petite Bibliothèque Payot 2002.A lire aussi: De la Russie au Tibet. Récit drôle, vivant et lyrique à la fois d'un long périple entrepris au début des années 30. L'auteur explore avec curiosité Moscou, Leningrad et se passionne pour les églises de Novgorod. Puis, après un voyage plein de péripéties, rejoint le Tibet qui le charme tant par la magie de ses paysages que par l'hospitalité de ses habitants. |
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