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«J’étais arrivé en Patagonie et je ris en me souvenant que je venais de Boston, où j’avais pris le même métro que les gens qui se rendaient à leur travail.» Paul THEROUX.
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Paul THEROUX – Patagonie Express«C’est le voyage qui compte, non l’arrivée ; le périple, non l’atterrissage.» Et c’est pour raconter ce voyage, et non pas pour écrire ce qui se passe une fois arrivé, que l’auteur part. Ça commence par le métro, entre la maison et la gare de Boston, et ça finit quelques semaines plus tard en Patagonie, à la fin des années 70. Le tout en train. Peut-être parce que les trains représentent la culture d’un pays : «celui qui bat de l’aile possède des tarins à l'avenant.» Ou bien comme l’écrivit A. Bierce parce que c’est «le plus important des nombreux moyens mécaniques qui nous permettent de quitter l’endroit où nous sommes pour gagner celui où nous ne sommes pas mieux.» Cependant, des locomotives poussives et de vieilles voitures aux banquettes défoncées n’empêchent rien: «les pires trains vous font traverser les plus beaux paysages.» Boston, Chicago dans la tempête de neige. Le Lone Star suit la direction que suivaient les grands troupeaux depuis le Nord. Et déjà des rencontres uniques au wagon restaurant. On dirait que Theroux sait les dénicher, ces personnages qu’il fait vivre sous nos yeux. Le premier choc c’est la frontière mexicaine. Nuevo Laredo, la ville des garçons et son «odeur de l’illégalité.» Lectures (Faulkner, Hammett) et tequila orange dans une cabine encore confortable. Et des noms descriptifs, comme rio Negro, qui ne décrivent rien. Amérique centrale. Des pays instables, parfois agités. Guatemala Ciudad est laide «un endroit tout à fait horizontal, et fait penser à une ville couchée sur le dos» mais les voies de chemin de fer passent dans des paysages à couper le souffle. Le ciel au dessus, des cascades et des torrents en dessous. «Comme si le train avait roulé à l’envers.» Ici le train de 7 heures traverse une vallée morte où «le soleil avait dévoré toute la couleur.» Là c’est la canal de Panama. La Colombie, l’Expresso de Sol, Bogota et «son décor lugubre parfaitement andin.» Quito. Guayaquil et la cime neigeuse du Chimborazo. Et les rats qui courent dans la ville. Le Pérou, Cuzco, le Machu Picchu. Buenos Aires la fourmilière, et la rencontre avec Borges, le génial écrivain aveugle à qui Theroux fait la lecture. Vingt deux trains plus tard «j’étais arrivé en Patagonie et je ris en me souvenant que je venais de Boston, où j’avais pris le même métro que les gens qui se rendaient à leur travail.» Passer assez vite, ne pas rester trop longtemps, mais ouvrir les yeux et les oreilles. Observer, puis conter, raconter : c’est le credo de Theroux, romancier et voyageur. A chaque page un paysage, une rencontre, quelques dialogues, un portrait. La découverte des autres est un élément essentiel de ce récit. Les portraits, du simple voyageur inconnu au dictateur fou, sont vivants, passionnants. Une description (une vision) de l’Amérique Latine de l’époque. Quelques digressions aussi, sur la littérature, et sur le voyage, bien sûr. Aucun ennui possible à la lecture de ce récit, vrai reportage, vrai roman plus vrai que nature. Les premières lignes : «Dans ce métro qui filait, il y avait de toute évidence quelqu’un qui ne se rendait pas à son travail. Ca se voyait tout de suite à la taille de son sac ? Et puis, on peut toujours reconnaître un fugitif à l’air de suffisance qui flotte autour de lui ; sa bouche paraît fermée sur un secret ; on dirait qu’il va faire une bulle. » Éditions Grasset 1988. |
Quelques pensées de l’auteur sur le voyage. |
Le voyage : «une équipée solitaire le long d’une étroite ligne géographique qui se termine dans l’oubli.» «Le meilleur des voyage est une entreprise solitaire : pour voir, examiner, évaluer, il faut être seul et sans entraves. Les autres peuvent vous égarer (…) Les perceptions nécessaires à l’écriture ne se laissent pas aisément manier quand on a à coté de soi quelqu’un qui pense à haute voix.» Le récit de voyage : «c’est ce qu’il y a de plus simple comme genre de récit, et qui justifie que l’on prenne ses affaires et que l’on s’en aille. Le mouvement est mis en ordre par les mots qui le reproduisent. S’en aller est peut-être banal, mais il en est peu qui reviennent sans avoir rien à dire.» Sur l’exotisme : «Ce qui m’intéresse, c’est le réveil matinal, le passage du familier au légèrement bizarre, au plutôt curieux, au totalement étranger et, en fin de compte, à l’exotique. C’est le voyage qui compte, non l’arrivée ; le périple, non l’atterrissage.» |
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«Ici, en Occident, d’aucuns disent que les touristes ne sont guère différents des singes. Mais, sur le rocher de Gibraltar, l’une des deux Colonnes d’Hercule, j’ai vu et des touristes et des singes, et j’ai appris à les distinguer.» Paul THEROUX
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Paul THEROUX - Les colonnes d'HerculeA mon avis Paul THEROUX est, avec quelques autres comme CHATWIN, le plus grand écrivain voyageur de notre temps. Ces livres sont d’une richesse incroyable. Paysages, conversations avec des humbles ou des célèbres, rencontres avec des écrivains (Mahfouz ou Bowles, dans ce livre), observations géographiques ou humaines, détours, lectures, sons, images... Tout y est, sans que ça devienne trop plein. Mais quand on sort d’un livre de THEROUX on en a eu pour son argent. Il s’agit ici d’un voyage autour de la Méditerranée, d’une Colonne d’Hercule à l’autre, de Gibraltar à Ceuta. Avec comme objectif d’utiliser les moyens de transports qu’il faudra sauf l’avion. Tout commence à Gibraltar. Le funiculaire du rocher lui apporte sa première observation de géographie humaine. «Ici, en Occident, d’aucuns disent que les touristes ne sont guère différents des singes. Mais, sur le rocher de Gibraltar, l’une des deux Colonnes d’Hercule, j’ai vu et des touristes et des singes, et j’ai appris à les distinguer.» Plus loin, après un voyage en train (moyen de transport fréquemment utilisé par l’auteur de Patagonie Express et du voyage excentrique et ferroviaire autour du Royaume Uni) c’est l’Espagne, puis la France. Nice, Marseille. Quelle est la ville où l’insécurité est la plus élevée ? Suivent la Corse, la Sardaigne, puis la côte italienne. Sans histoire, mais avec d’innombrables histoires. Puis vient une partie plus exposée : la traversée des «républiques sommairement improvisées de l’ancienne Yougoslavie.» Les contrôles sont plus fréquents, les visages plus fermés, les histoires plus sérieuses. Les tanks sont toujours sur les routes, autour de Dubrovnik ou ailleurs. Les routes sont dangereuses et les autocars tombent toujours en panne. Qu’importe, c’est l’occasion de parler avec les gens. Avant une sorte de descente aux enfers : l’Albanie, «ses mauvaises routes et sa population émaciée, la misère rurale, le verre cassé, le vandalisme, la cruauté, une gentillesse inattendue.» Istanbul, la Turquie, l’Anatolie, Antioche, Alep, la Grèce... les villes et les pays défilent. Jusqu’au Maroc et l’autre Colonne. «A peine plus haute qu’une colline, on disait que c’était la rivale de Gibraltar en antiquité, sinon en splendeur. Ni photogénique, ni remarquable, elle se faisait voler la vedette par ses géraniums. Encore un vestige deux étoiles, qui me donna une fois de plus à penser que ce qui compte, c’est le voyage, pas l’arrivée.» Encore une fois il est impossible de montrer ici en quelques lignes le contenu foisonnant de ce récit. Il faut se plonger dans ces 700 pages de descriptions et d’histoires méditerranéennes et actuelles. Dans quelques années cet ouvrage sera considéré comme un reportage historique. Les premières lignes. «Ici, en Occident, d'aucuns disent que les touristes ne sont guère différents des singes. Mais, sur le rocher de Gibraltar, l'une des deux Colonnes d'Hercule, j'ai vu des touristes et des singes, et j'ai appris à les distinguer.» Grasset 1997 et Livre de Poche. |
A lire aussi
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La Chine à petite vapeurLa Chine à petite vapeur, c'est la Chine de 1986, celle de Deng Xiaoping, premier successeur de Mao, avec ses étudiants pétillants de Coca-Cola, ses chirurgiens experts en rafistolage, ses taxis amateurs de Beethoven et ses moines tibétains. Du désert de Gobi aux glaces de la frontière sibérienne, des côtes méditerranéennes au Tibet, Paul Theroux la sillonne en train. En wagon de nuit pour Pékin, en rapide pour Canton, en express pour Shanghai, en omnibus pour Langxiang. Grasset 1989. Voyage excentrique et ferroviaire autour du Royaume-UniDes ports croupissants, des mines abandonnées, des usines sinistrées, l'odeur du poisson à Weymouth, la lumière galloise, le courage des femmes de l'Ulster... Theroux a traversé cinq cents cités et villages dans ce Voyage (1986) défini par Kenneth White comme une «analyse spectrale de Angleterre». C'est drôle, et sans complaisance: «L'âme d'un pays tend à suinter vers ses régions côtières.» Grasset 1993 |
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Les îles heureuses d'OcéanieLe champ est vaste: une bonne partie des îles d'Océanie, de la Nouvelle-Zélande à Hawaii, en passant par les îles Salomon, Fidji, Marquises, l'Ile de Pâques. On retrouve ici tout ce qui fait l'intérêt et la force de Theroux : un style ramassé, un oeil acéré sur les lieux et les gens (les Australiens blancs de l'outback sont traités au vitriol, et ne parlons pas des Français de Tahiti!), des descriptions colorées, un intérêt porté aux aborigènes, Mélanésiens et Polynésiens, sans oublier les personnages étranges, comiques ou complètement fêlés qui ne manquent pas d'échouer sur ces îles lointaines. Le tout parsemé de savoureux dialogues avec les autochtones, en pidgin english, par exemple. Grasset 1993. |
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Railway BazaarPaul Theroux appartient à la tribu singulière des écrivains- voyageurs qui compte déjà Stevenson, Conrad ou Valery Larbaud. Avec ce nouveau livre, c'est vers l'Orient extrême qu'il conduit son lecteur : d'Istanbul à Dehli, de Saigon à Kuala Lumpur - avant de regagner Londres en passant par Moscou... Avec Theroux, la grande tradition anglo-saxonne de l'aventure reprend ses droits, et elle est ici portée à l'incandescence par une langue débordant d'humour et de perspicacité. Périple rythmé par les bogies, par l'imprévu, par le bizarre... On goûtera avec lui le charme des tortillards turcs, l'angoisse des wagons aseptisés du Soleil-Levant, la froideur des couchettes hiérarchiques en Union soviétique. C'est dire que tout, dans ce livre, révèle l'essentiel des peuples et de leurs mémoires. Grasset 1987. |
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Safari noir - Du Caire au Cap à travers les terresEn swahili, safari veut dire voyage, surtout quand il est long... Dans Safari sur l'étoile noire, l'itinéraire de Paul Theroux est africain : il va du Caire par la vallée du Nil à travers le Soudan et l'Éthiopie, jusqu'en Afrique du Sud par le Kenya et l'Ouganda. En train, en bateau, dans une bétaillère, il parcourt certains de plus beaux - et parfois des plus menaçants - paysages du monde. C'est un voyage de découverte, mais aussi un voyage sentimental. Il y a presque quarante ans, Theroux s'était rendu en Afrique pour enseigner dans la brousse, au Malawi. Il retourne dans son école, revoit ses anciens étudiants et rend visite à ses amis africains. « Sur le plan matériel, l'Afrique est plus délabrée que lorsque je l'ai connue jadis, écrit-il, plus affamée, plus pauvre, moins éduquée, plus pessimiste, plus corrompue, et on ne distingue pas les politiciens des sorciers. Non pas que l'Afrique soit un lieu unique. C'est un assortiment de républiques bigarrées et de petits fiefs. J'ai été malade, je me suis perdu, mais jamais je ne me suis ennuyé. En fait, mon voyage a été un délice et une révélation. » Constatant de visu ce qui est arrivé à l'Afrique pendant ces quarante années de marche vers l'indépendance, Theroux se montre curieux jusqu'à l'obsession. Il observe avec esprit, comme toujours, et entraîne ses lecteurs dans un voyage épique et éclairant. Safari sur l'étoile noire est un de ses meilleurs récits de voyage, et des plus courageux. Premières lignes sur le site de l'éditeur. Grasset 2004 |
Les romans
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Hôtel HonoluluUn roman. 80 chapitres qui dressent un portrait fragmenté et étonnamment sombre d'Hawaï, des gens de passage, des locaux, d'un écrivain à la recherche de son sujet - Honolulu, l'envers du paradis? Ces courtes histoires - polaroïds contrastés - peignent un triste exotisme où le sexe est omniprésent : violences, frustrations, dominations, mais aussi pathétique refuge pour des personnages sans pouvoir. Grasset 2002. Les derniers jours de HongKongAu coeur de ce roman, bien sûr, la réunification de HongKong avec la Chine en juin 1997: lâcheté, cruauté des sentiments et passions chinoises... Grasset 1997 Retour au palazzo d'oroLa première des nouvelles, « Retour au Palazzo d'Oro », est une aventure érotique sensible et drôle entre un jeune homme et une femme âgée à Taormina, en Sicile, dans les années soixante. Quand on a vingt ans, on a l'audace des jeux dangereux ; quand la soixantaine a sonné, l'heure est venue d'écrire ses souvenirs, ses regrets et ses nostalgies : un jeune américain, vaguement artiste, surtout vagabond, rencontre une comtesse allemande au Palazzo d'Oro, hôtel cossu de Taormina. Les trois nouvelles qui suivent sont autant de variations sur le thème de la sexualité dans des contextes variés. Grasset 2005. |
«J'étudiais la carte quand il m'apparut qu'il existait une ligne de chemin de fer qui allait de ma maison dans le Massachusetts jusqu'au grand plateau de la Patagonie." Alors, Paul Theroux est parti. En métro, pour se rendre à la gare de Boston, puis en train jusqu'à la mythique Patagonie, de wagons de luxe fastueux en tortillards pitoyables. Transpirant et grelottant au gré d'altitudes et de températures capricieuses, devant supporter l'épouvantable M. Thornberry au Costa Rica et passant des nuits à faire la lecture à l'écrivain aveugle Jorge Borges à Buenos Aires, rencontrant au hasard d'une halte la copie conforme d'un personnage fictif d'un de ses précédents romans... Paul Theroux, inventeur d'une forme originale en littérature qui marie le voyage et l'aventure, le récit et le drame, embarque le lecteur dans un merveilleux voyage, celui qui mène "au bout de la ligne». Patagonie Express, Grasset. |
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