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le guide de lectures > les flâneurs émerveillés >> Jacques Lacarrière


Né en 1925 à Limoges, Jacques est un homme de lettres aux multiples activités: conteur, conférencier, traducteur, romancier et... voyageur. Ses séjours en Grèce sont à l'origine d'une part importante de son oeuvre, empreinte d'émerveillements, de sérénité, et d'une grande richesse culturelle. Sur cette page:

Jacques LACARRIÈRE - Chemin faisant  - L'été grec - Dictionnaire amoureux de le Grèce - Un jardin pour mémoire - En cheminant avec Hérodote et Hérodote – Enquêtes. Chemins d’écriture

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«Les livres et les routes demeurent mais les rencontres, les paroles, elles, sont éphémères.» Jacques LACARRIÈRE


«Un dimanche, cela ne se voit guère dans un paysage.» Jacques LACARRIÈRE


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L'écrivain Jacques Lacarrière est mort le samedi 17 septembre 2005 à l'âge de 79 ans.


 

Jacques Lacarrière - Chemin Faisant

Mille kilomètres à pied à travers la France, des Vosges (Notre Dame des Vignes) aux Corbières (Notre Dames des Olives). Un livre, le journal d'un «errant heureux». Une invitation au voyage sur des chemins peu fréquentés, à la rencontre d'autres habitants que ceux des villes, et de leurs histoires, «sur le grand portulan des chemins.»

Chemins. Tout est dans le choix d'un chemin plutôt qu'un autre. Par hasard? Ou parce qu'un bûcheron vous conseille l'inévitable et fatal "tout droit" qui conduit tout droit à un croisement? De toute façon on ne peut suivre qu'un seul chemin à la fois. Quand on marche il faut abandonner l'idée de tout voir, de tout parcourir, de tout rencontrer, et se laisser guider jusqu'aux petits hôtels-pensions de province, «avec leurs odeurs de chats incontinents». Il faut aussi subir la méfiance des villageois à l'égard des randonneurs (des vagabonds?) et la difficulté de trouver un gîte pour la nuit quand on n'est pas un touriste comme les autres. Car «l'infrastructure hôtelière est conçue en fonction des routes fréquentées, des autos, des sites touristiques, rien n'est prévu pour le marcheur.» Sauf en de rares endroits «on ne reçoit pas chez soi des inconnus.»

Mais la marche c'est aussi le temps. Le temps de bavarder, de rencontrer des gens. Avec cependant ce sentiment de ne jamais rester assez longtemps, d'être toujours un «passant pressé». Pourtant les rencontres sont parfois agréables. «Si j'ai fini par oublier, à force de marcher, qu'il existe des femmes», il arrive que durant «le long célibat du voyage» des regards intrigués ou coquins conduisent «dans une remise où s'entassait du seigle et picoraient des poules.»

Sur le carnet les remarques sont parfois surprenantes. Comme ce «plus on va vers le sud, plus les sandwiches prennent de la consistance.» Ou bien: «Un dimanche, cela ne se voit guère dans un paysage.» Ce qui se voit bien, et chaque jour, c'est l'absurdité du découpage administratif de la France. Qui n'a pas grand chose à voir avec les limites géographique, celles des coutumes ou des patois, que le marcheur ressent très bien. (Il n'y a que les chiens pour aboyer partout pareil.)

Le voyage c'est aussi la découverte de tout un vocabulaire inconnu, ignoré des dictionnaires. Des mots qui décrivaient autrefois la nature, et qui sont aujourd'hui cachés sous les noms propres des lieux. Et enfin ce livre. Un livre de chevet. Un classique. Un indispensable. Fait de notes prises en cours de route, et de souvenirs que la mémoire a sélectionné. Des voyages, des conversations, des paysages «élus parmi tout ceux qu'on a vécu.» Laissons la conclusion à Jacques Lacarrière: «Je ne souhaite rien d'autre, par ce livre, que redonner à son lecteur le goût des herbes et des chemins, le besoin de musarder dans l'imprévu, de retrouver ses racines dans le grand message des horizons.»

Les premières lignes. «Je regarde ce lieu du premier départ car je sais que désormais je ne l'oublierai plus, comme tout ce que l'on voit, l'on vit au seuil de l'aventure : un café au bord du canal qui rejoint la Marne au Rhin, avec ses tables rondes et vétustes, une écluse, un chemin de halage, à gauche une grande maison dont le jardin abrite deux chats endormis.» Éditions Payot 1992.


Jacques Lacarrière - L'été grec

Je n’ai pas relu L’été grec pour écrire cette note de lecture. Sinon quelques passages pour rafraîchir la mémoire. Mais il n’était pas pensable de consacrer une page à Jacques Lacarrière sans dire quelques mots de ce chef d’œuvre. J’ai le souvenir d’un livre total. On y trouve tout. La littérature, la musique, la danse. La religion, la mythologie. Géographie et histoire. Un livre de passionné, des souvenirs, une somme rapportée de plusieurs voyages effectués entre 1947 et 1966.

Il y eut d’abord l’apprentissage de l’alphabet et de la langue. Puis la découverte de la mythologie, « un monde fantastique où tout prenait le contre-pied des règles quotidiennes. » Enfin, l’histoire, la littérature et la philosophie complètent le bagage de l’étudiant. Puis vint le premier voyage, avec la troupe du Théâtre Antique de la Sorbonne. On imagine l’émotion : jouer Agamemnon à Athènes et à Epidaure. Il y eut plusieurs voyages, puis le retour, à l’automne 1966. Et l’impossibilité momentanée de retourner dans un pays dirigé par une dictature. En attendant, Lacarrière redécouvre la France, et la traverse à pied. Ce sera Chemin faisant (1971).

Entre les deux, ce livre, ces récits, cette somme pleine de poésie, d’attachements, de découvertes. Les monastères de l’Athos, les rencontres avec les ermites, le séjour en Crète, le théâtre d’Epidaure et la tragédie grecque : Lacarrière nous emmène sur les chemins de l’histoire et de la légende, de ville en ’îles nues, sèches et rocailleuses. Indispensable pour un voyage en Grèce, mais aussi pour avoir une idée de que le mot culture peut signifier, quand elle est, comme ici, à la portée de tous. Pas un instant d’ennui dans ce livre. Sans aucun doute en raison des qualités de l’auteur.

Les premières lignes : « Mon premier voyage en Grèce eut lieu en 1947, le dernier à l’automne 1966. Ma dernière image : une île de la mer Egée, sans arbres, avec un unique village et un paysage dénudé où misère et beauté s’allient comme deux versants d’une même colline. » Éditions Plon 1975, dans la Collection Terre humaine, repris en poche chez Pocket.


Jacques Lacarrière - Dictionnaire amoureux de la Grèce

Dire que Lacarrière est tombé amoureux de la Grèce est un euphémisme. Il est tombé dedans quand il était petit (je sais, ça c’est un lieu commun) et depuis il nous fait partager sa passion. Il a consacré plusieurs livres au pays et à ses auteurs d’élection. Ce dictionnaire est l’occasion de faire, par ordre alphabétique, un ordre qui en vaut un autre, un état des lieux. Visiblement écrit avec plaisir et liberté.

Le Dieu du tourisme l’a dit : la mer a une patrie : la Grèce. Et ses îles. « Des îles aux maisons blanches, frangées d’eau bleue, des îles que tous les touristes visitent aujourd’hui. Pourtant, pendant des siècles, les îles blanches (mais l’étaient-elles alors ?) furent plus souvent enfer que paradis. » Extrait de la notice consacrée à L’Epidémie, roman de l’écrivain Andéas Frangias.

On pourra piocher au hasard. Athos (mont) ou Pléistos (vallée de). Kazantzakis (Nikos) ou Cavafy (Constantin). Eros ou Orphée. Il y aura toujours quelques chose à se mettre sous la dent. Analyses ou anecdotes, billets d’humeurs ou billets doux, ces articles sont pleins de savoir, mais aussi de passion. Il y a notamment une large part faite aux écrivains grecs contemporains, peu connus, d’un grand intérêt. Évidemment indispensable pour un voyage en Grèce.

Les premières lignes de l’article Hérodote : « Que de lieux, de paysages, de villes antiques j’ai pu parcourir sur ses pas ! Que de merveilles j’ai pu entrevoir grâce à lui et que d’instants précieux il m’a permis de vivre ! » Éditions Plon 2001. (13/04/2002)


«Pourquoi ne suis-je pas mongol ?» Jacques LACARRIÈRE


 

Jacques Lacarrière - Un jardin pour mémoire

C’est à un voyage dans le passé que Lacarrière nous convie dans ce livre. Recueil de souvenirs d’une époque difficile mais pleine d’éveil et d’ouvertures. Le cadre : la ville d’Orléans, la Loire. Le lieu principal : un jardin. Arbres. Tilleuls. Lieux secondaires : la ville, les rues, les caves. La période : l’été 1944, sous les bombardements, à la veille et pendant la libération de la ville. Les personnages : un groupe de jeunes, secouristes volontaires, les blessés et les morts. Et Eléonore, la première. Entre deux bombardements, quand a été sauvé ce qui pouvait l’être, déambulations au bord du fleuve, ou méditations dans le jardin. Et des questions.

Questions sur notre société : « les maisons n’ont été ni conçues ni construites pour s’écrouler. Un tas de gravats n’est en rien une maison à l’envers. » Néanmoins, « on est mieux abrité au milieu des ruines, quand il n’y a plus rien à bombarder. » Questions sur l’existence : « pourquoi ne suis-je pas mongol ? » Questions sur les mots, le langage, la compréhension. Peut-on décortiquer les mots comme on le fait d’une crevette ? Mais alors, une crevette sans queue ni tête, est-ce toujours une crevette ? Si une rivière perd son nom dès qu’elle rencontre un fleuve, que devient son eau ?

Un récit d’une période trouble, d’événements qui marquent à jamais, de « mûrissement accéléré », de passage, de l’adolescence à un autre monde. Qui permet évidemment de mieux comprendre ce que Lacarrière entreprendra par la suite.

Les premières lignes : « Reste à savoir quand cela commence, une enfance. Quand commence-t-on à sentir que l’on est un enfant, que l’on n’est qu’un enfant ? Enfant est un mot d’adulte, évidemment. Les pièges du langage commencent dès la naissance puisque l’enfant lui-même est nommé par les autres qui lui donnent son nom. » Nil éditions 1999, repris en Pocket.


«Au nord du pays que j’ai l’intention de décrire, personne ne sait au juste ce qu’il y a. Personne n’a jamais rapporté sur ces régions des renseignements précis.»


 

Jacques LACARRIERE – En cheminant avec Hérodote
Hérodote – Enquêtes

Pour situer l’auteur dans son époque : Hérodote est né à Halicarnasse vers 480 av J-C, autrement dit en Asie Mineure, et au moment des guerres Médiques. Il fut un grand voyageur. Il alla un peu partout, en Asie, en Afrique, en Europe. Il séjourna longtemps à Athènes, l’Athènes de Périclès, où il fut l’ami de Sophocle. Pour le reste, reportez vous à vos livres d’histoire…

Hérodote est un peu considéré comme le père de l’histoire, mais aussi de la géographie, et même de la «géographie humaine.». Voyageur et curieux, il consigna de nombreuses choses vues, anecdotes, descriptions, fait historiques mais aussi faits plus ou moins réels, ou légendaires. Nos connaissons aujourd’hui ses écrits sous le titre : Enquêtes. Ces récits nous transportent en Perse, Lydie, Babylonie, Scythie, Égypte, et même Inde et Arabie. Des noms qui sentent bon les cours d’histoire.

Ce sont dans ces récits que Jacques Lacarrière met ses pas, en nous proposant et en commentant des extraits de l’œuvre d’Hérodote. En précisant aussi que «ses mots ne sont pas les nôtres. Les mots les plus simples comme terre, continent, océan, Libye, Europe, ne correspondent plus du tout aux notions et aux étendues qui son les nôtres.» Hérodote n’a pas vu le monde comme nous le voyons aujourd’hui. Et ne le comprend évidemment pas non plus comme nous. En quelque sorte Hérodote a «découvert l’indécouvert, exploré l’inconnu, s’est mesuré à l’immesurable», suggère Lacarrière. La théorie Pythagoricienne et le démocratie n’ont plus de secrets pour nous. Ce n’était pas le cas à l’époque. Mais ceci ne l’empêche pas de donner une foule de renseignements sur les coutumes, religions, fêtes, costumes, langues, urbanisme des régions visitées, ou décrites par ouï-dire. «Au nord du pays que j’ai l’intention de décrire, personne ne sait au juste ce qu’il y a. Personne n’a jamais rapporté sur ces régions des renseignements précis.»

On relira par exemple l’histoire de Chéops, prostituée par son père, et qui exigeait de chacun de ses clients une pierre qui servirait à construire un monument qu’elle souhaitait laisser après sa mort. On trouvera des tas d’histoires sur des personnages bien connus comme Crésus, Darius, et des anecdotes drôles ou pathétiques sur une foule d’anonymes qui revivent sous nos yeux. . Les poissons, les oiseaux, sacrés ou non, la capture des crocodiles, le suicide des chats, les fêtes de nuit, les vents, la récolte de la cannelle… tout ça est passionnant, y compris les considérations historiques, mais à condition d’accepter la règle du jeu (on est très loin du récit de voyage basique) de se laisser entraîner. Dans ce cas: dépaysement garanti.

Extrait : «Le Pont-Euxin contient les peuples les plus ignorants. Qu’on les prenne en groupe ou séparément, l’intelligence n’est pas leur fort, exception faite pour les Scythes et pour un homme du nom d’Anacharsis.» Hérodote, Enquêtes, en Folio chez Gallimard. Jacques Lacarrière, En cheminant avec Hérodote, Hachette – pluriel.


Chemins d'écriture, de Jacques LACARRIÈRE, aux éditions Terre Humaine 2005.


 

Jacques Lacarrière – Chemins d’écriture

«Il y a des livres qui se referment sur eux-mêmes, d’autres qui vous ouvrent des chemins et des amis nouveaux.» Incontestablement les livres de Jacques Lacarrière sont de ces derniers. Et plus particulièrement celui-ci : chemins d’écriture. Cet itinéraire autobiographique est écrit à partir de souvenirs, de photos, d’écrits épars ou de brouillons de journaux de voyage. «Noter ce que l’on voit vous contraint à le voir avec plus d’attention et de façon plus exhaustive.»

Athènes et  Delphes en 1947, avec le Groupe de Théâtre Antique. Les séjours au mont Athos au début des années 50. Hérodote. L’Egypte. Le sud tunisien. Résultats : l’Été grec ; les Homme ivres de Dieu ; la traversée d’un partie de la France en 1971 : Chemin faisant. Ecrire et marcher, «errance et écriture» auront souvent été les deux activités principales, les «deux voies majeures» de Jacques Lacarrière. «Le temps d’un livre n’a rien à voir avec celui d’une marche, car ces deux temps – le temps réel et le temps reconstruit – ne pourront jamais coïncider.»

L’auteur se raconte, lui et ses passions, lui et ses choix – car pour l’auteur les successions d’événements à première vue sans raisons ne sont ni des purs hasards, ni la volonté extraterrestre. Mais entre les deux «un hasard qui va très souvent au-devant de vos désirs, un fortuit qui survient presque toujours au moment opportun.» Et c’est ce hasard qui aura conduit l’auteur sur les planches, en Grèce, ou à pied à travers la France. Indispensable pour les lecteurs de Lacarrière ; idem pour les autres.

Éditions Plon 1988 - 2005, collection Terre humaine.


Jacques Lacarrière - Dans la forêt des songes, éditions Nil 2005

A lire aussi: des livres sur la mythologie et les Dieux, sur Les hommes ivres de Dieu (les ermites des déserts d'Egypte); la légende d'Alexandre; et des entretiens avec Albert Jacquard.

La poussière du monde (Le Seuil) est un roman dont l'action est située en Anatolie, au XIIIe siècle, au temps des sultans seldjoukides et des invasions mongoles. Yunus Emré, derviche des steppes poussiéreuses et poète troubadour, est la figure exemplaire d'un être à la recherche de la vérité.

Dans la forêt des songes, éditions Nil 2005. La Forêt d'Orient, qui s'étale, frissonne et murmure autour de trois grands lacs. Un chevalier sans cheval, un perroquet ara, curieux de tout et légèrement dyslexique, une grue cendrée et bègue, une ondine nymphomane peuplent cette fable souriante, qui réinvente les chemins des chevaliers d'antan pour les situer au cœur du monde d'aujourd'hui.

Pour continuer: voir le site de P. Malvaux et le dossier sur Routard.com


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