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le guide de lectures > les flâneurs émerveillés >> p3


De longues déambulations, des rencontres, une écoute, des échanges, un regard «de biais» sur les choses et le monde… pour ces écrivains voyageurs le temps ne presse pas, et le voyage est souvent une suite de petites découvertes qui font de grands bonheurs. Sur cette page:

Rebecca SOLNIT - L'art de marcher. Jean Claude GUILLEBAUD - L'esprit du lieu. W.G. SEBALD – Séjours à la campagne. Éric CHEVILLARD – Oreille rouge Jacques FRANCK – Des lieux, des écrivains. Carol DUNLOP et Julio CORTAZAR – Les autonautes de la cosmoroute. Albéric d'Hardivilliers et Matthieu Raffard - Nationale 7 - Un road-trip à la française. France VERGELY - Chine 66 - Une occidentale dans la Révolution culturelle.


«Le corps ne sert plus réellement à transporter quoi que ce soit, comme les mules d’autrefois ; on le choie et on lui donne de l’exercice comme on promène un chien.» Rebecca SOLNIT


Rebecca SOLNIT - L'art de marcher

Pas facile de résumer. Parce que cet essai part parfois dans tous les sens. On y parle de la marche, certes. On s’attend à lire une analyse historique, ou des considérations sur la nature, l’environnement. On en a. On a aussi des chapitres sur la ville, les trottoirs, les prostituées, et les mouvements politiques, féministes ou non. Bref, une joyeuse pagaille. En vérité, c’est passionnant. Qu’est-ce que la marche ? Une fonction naturelle ? Un moyen de se déplacer ? Relève-t-elle de l’imaginaire ou de la culture ? Quels plaisirs, quelles libertés, quels sens donner à la marche et aux différents types de marcheurs ? C’est à ces questions que s’attaque Rebecca.

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Les premières lignes: «Qu'y a-t-il au départ? Une tension musculaire. En appui sur le pilier d'une jambe, le corps se tient entre terre et ciel. L'autre jambe? Un pendule dont le mouvement part de l'arrière: le talon se pose sur le sol, le poids du corps bascule vers l'avant du pied, le gros orteil se soulève, et à nouveau le subtil équilibre du mouvement s'inverse, les jambes échangent leur position.» Essai traduit de l'américain par Oristelle Bonis. Éditions Actes Sud 2002.

Rebecca SOLNIT est américaine. Après avoir été critique d'art, elle a écrit deux essais traitant de l'implication culturelle du paysage et de la marche. L'Art de marcher est son premier livre publié en France.


L’esprit du lieu serait cette «immatérielle pépite», un instant «qui s’est réellement inscrit au-dedans de nous à ce moment-là .»


 

Jean Claude GUILLEBAUD - L'Esprit du lieu

L’esprit du lieu serait cette «immatérielle pépite», un instant «qui s’est réellement inscrit au-dedans de nous à ce moment-là .» C’est peut-être ce qui reste quand on s’est dit un jour, ici où là : « Voilà ! C’est là, exactement, que je voulais être. » Il s’agit par exemple du souvenir d’une caravane de montagnards tibétains, dont l’objet auquel ils font le plus attention est un transistor flambant neuf made in India. De Verdun à Istanbul, de Louxor à Singapour, l’auteur nous propose ses instants magiques, ses rencontres fugaces qui, sans le savoir encore, resteront dans sa mémoire. En dehors (ou plus exactement à coté) de ces moments clés revisités, l’auteur nous propose sa vision du voyage, avec des considérations personnelles et souvent joliment poétiques. «Prague se visite à pied. C’est une ville de flânerie, faite pour le regard ou l’odorat.»

Également, quelques analyses et réflexions sur des « destinations modernes et délicieuses » comme certaines villes de l’Ile de France et leurs alignements urbains d’innombrables maisons individuelles et pourtant identiques. «Le plus criard est cette vision d’horizontalité substituée par l’époque aux anciennes et désastreuses verticalités des grands ensembles.» Hier on s’entassait dans des immeubles, mais on était plus proche de la ville et du travail. Aujourd’hui «une nouvelle génération d’exilés frénétiques ont échangé de l’espace contre du temps et paient leur living allongé d’une journée raccourcie.»

Si ces textes (courts, pour la plupart) peuvent parfois sembler anecdotiques, certains ont un profondeur indéniable. L’écrivain a ce qu’il faut sous la plume. Et il ne nous reste plus qu’à conclure que nous avons tous nos esprits du lieu. Suffit de les chercher un peu.

Les premières lignes : « Avec le temps seulement –-avec l’âge !- s’impose une évidence : le vrai butin d’un voyage n’est pas celui qu’on croit. On partait vers je ne sais quelle découverte, on revient lesté d’une seule image, ou d’un bruit ; on s’employait loyalement à comprendre, on se souvient surtout d’avoir senti. » Éditions Arléa 2002.

A lire aussi: La traversée du monde, éditions Arléa 1998. Vingt ans de voyages et d'écriture... Grand reporter, éditeur,  devenu écrivain à part entière, Jean-Claude Guillebaud n'a cessé de traverser le monde. Sept livres auront jalonné ces deux décennies vagabondes. Plusieurs ont fait date et, en matière de littérature de voyage, font aujourd'hui référence. On les trouvera réunis ici sous le parrainage de Jean Lacouture, qui, en aîné, salue chez Guillebaud cette matière allègre de garder "l'œil net et la plume libre". Il fait également partie des auteurs de Aventuriers du monde 1866-1914. Les grands explorateurs français au temps des premiers photographes, éditions l'Iconoclaste 2003; et de Istanbul, avec Marc RIBOUD, éditions Imprimerie Nationale 2003.



W.G. SEBALD – Séjours à la campagne

L’Écrin de l’ami rhénan est une œuvre de Johann Peter Hebel, un écrivain du XIXe. Pour Walter Benjamin c’est «une des œuvres de prose les plus pures de la littérature allemande.» C’est la première chronique de Sebald dans ces Séjours à la campagne. La deuxième est consacrée à Jean Jacques Rousseau. «J’aurais voulu que ce lac eût été l’océan…», écrite après une excursion au Seeland et une visite à l’île de Saint Pierre en 1965. Rousseau logea dans cette île en 1765, pendant une brève période, comme il le raconte dans la cinquième promenade des Rêveries. Pour Sebald il s’agit d’un paysage «qui n’est plus voilé d’un air épais et pesant, qui a quelque chose de surnaturel, un paysage où l’on oublie tout, y compris soi-même» et c’est l’occasion de raconter les démêlés de Rousseau avec les édiles locaux. Autres chroniques, autres écrivains : Mörike, Gottfried Keller. Et un peintre : Jan Peter Tripp, qui fera un portrait posthume de l’auteur, et dont la chronique «Au royaume des ombres» clôt le recueil.

La chronique la plus intéressant est, à mon avis, celle consacrée à Robert Walser, le «promeneur solitaire», un peu plus connu que les autres, mais auteur d’une œuvre dont ne parle pas assez. Peut-être parce que «les traces que Robert Walser a laissé de son passage étaient si légères qu’elles ont failli s’effacer», écrit Sebald. Il faut dire que Walser semble bien avoir été «une figure unique, inexpliquée» et prédisposé à une «carence existentielle chronique.» Walser est connu comme étant l’auteur de textes courts, de petites proses, et d’une nouvelle intitulée La Promenade. Cet auteur qui, «harcelé par tant d’ombres menaçantes, répand néanmoins à chaque page la plus agréable des lumières», et qui n’était pas un voyageur, a construit ses récits à partir de l’observation de son monde à lui, la rue Basse de Bienne, sa ville natale, qu’il observa en se promenant.

Des portrait d’artistes, très vivants, riches en histoires, tous originaires du paysage préalpin, faciles à lire même si on ne les connaît pas; des digressions, un peu d’autobiographie… Séjours à la campagne est un recueil intelligent qui ravira les amateurs de littérature, et de petites proses.

Les premières lignes : «Il y a désormais plus de trente ans que j’ai fait la connaissance des écrivains dont traitent les articles composant ce volume. Je me vois encore, au début de l’automne 1966, au moment de quitter la Suisse pour aller à Manchester, mettre dans ma valise Henri le Vert, L’Ecrin de l’ami rhénan et un exemplaire dépenaillé de Jakob von Gunten.» Éditions Actes Sud 2005.

* * * * * *

Né en 1944 en Bavière, W G. Sebald s'est installé en 1966 à Nonvich, en Angleterre, où il est décédé accidentellement en 2001. Son œuvre importante, qui lui a valu une reconnaissance internationale, est publiée en français chez Actes Sud et rééditée en Folio.

>>> A lire aussi

Les anneaux de Saturne. Roman, essai, journal intime, récit de voyage: une promenade à pied le long de la côte est de l'Angleterre fournit l'occasion d'observations diverses et de méditations suscitées par le libre jeu des associations d'idées.

Vertiges. Un homme part comme en pèlerinage sur les traces de Stendhal, de Kafka, et mêle le récit des passages de leur vie à celui de sa propre errance dans les rues de Vienne, Venise ou Vérone.


«Afrique, dit-il encore. Afrique ! Viens dans mon poème.» Éric CHEVILLARD - Oreille rouge.


Éric CHEVILLARD – Oreille rouge

«Afrique, dit-il encore. Afrique ! Viens dans mon poème.»

Partir ou rester, qu’est-ce qui est le plus aventureux? Faut-il vraiment jeter aux orties la «beauté des habitudes» et devenir ce touriste occidental si prévisible, si «folklorique» ? N’y a-t-il pas des pays dans lesquels on pourrait séjourner «en imagination»?  Savoir et dire, n’est-ce pas déjà y être allé?

Soit un voyage en l’Afrique. Un pays qui «tient avec trois bouts de ficelle dont un élastique, et dix points de soudure.» Oreille rouge «un individu d’une quarantaine d’années, âge auquel meurt également le vieil hippopotame», voit, sent, et «tire de sa poche le petit carnet de moleskine noire.» Il prend des notes que plus tard il «liera avec un bon mortier de paille et de boue» pour en faire un livre. Un inévitable récit de voyage… Durant ce séjour en Afrique on assistera à la bataille du ventilateur contre la moustiquaire, et comment écraser un moustique avec une espadrille. On n’en saura guère plus. Sinon cette conception du voyage et du voyageur, sans surprise :

«Il n’est pas venu ici pour s’émerveiller devant les hommes et les paysages mais plutôt dans l’espoir de se surprendre lui-même, se découvrir polyglotte, piroguier, danseur, musicien – ça alors! et je sais aussi manier le lance-pierres! – très différent en somme de ce qu’il a toujours été et dont il est un peu las à force.»

Le livre st composé de courtes parties, comme des poèmes en prose, avec une sorte d’envoi à la fin de chaque chapitre, comme à la fin des strophes de Villon, envoi parfois un peu énigmatique sorti de son contexte: «Au matin, on met à sécher sur la terrasse de la Résidence la peau sanglante du vieil homme.» Ou celui-ci : «Et l’électricité ne s’aventure pas où la nuit est trop noire. »

Les premières lignes «Ne rien attendre de sensationnel venant de lui. Il pourrait s’appeler Jules ou Alphonse. Il pourrait s’appeler Georges-Henri. Il est Français comme le Sioux maquillé est Sioux. Il ne déteste pas la pluie sur la Bretagne. C’est un bon garçon mais il n’a franchement rien à faire en Afrique.» Éditions de Minuit 2005.


 

«Il serait impardonnable, se trouvant à Rome, de ne pas aller prendre un café, lire son journal, retrouver un ami, inviter une amie, humer le temps qui passe, au Café Greco.» Jacques FRANCK


Jacques FRANCK – Des lieux, des écrivains

« J’ai suivi le sentier caillouteux qu’il avait parcouru.»

A quoi ça peut bien servir de visiter des villes, des sites, des lieux, la plupart du temps des hôtels, sur les traces d’écrivains ? «A quoi rime d’aller à la recherche de Don Juan dans la ville où il est né ? A prendre le temps de nous intéresser à son mythe.» A découvrir, donc, voire à approfondir. A se remettre dans les pas d’une œuvre qui, si l’auteur est un grand, apportera forcément quelque chose. A défaut, on pourra être plus trivial. «Il serait impardonnable, se trouvant à Rome, de ne pas aller prendre un café, lire son journal, retrouver un ami, inviter une amie, humer le temps qui passe, au Café Greco.»

Nous suivrons donc l’auteur en des lieux qui ont été «le cadre où une œuvre avait germé, où une embardée avait infléchi le destin » de quelques écrivains. Comme au Grand Hôtel de Cabourg, où Proust pouvait assister au spectacle de la comédie humaine. A Weimar, où l’on trouvera sans peine cartes postales, assiettes et toutes sortes d’autres objets à l’effigie de Goethe, la gloire locale, mais qui a aussi vu passer Berlioz, Liszt, Walter Gropius. Et peut-être que la Charlotte de Werther est descendue à l’Hôtel Éléphant en 1916… A Sils-Maria, au bord du lac où Nietzsche vit apparaître Zarathoustra. A Istanbul avec Agatha Christie. A l’Hôtel des Grands Hommes à Paris (Soupault, Breton), au bas du château de Duino, sur le sentier où Rilke entendit la voix de l’Ange, à Venise, à Berlin, à Londres (Wilde) ou à Palerme.

Livre passionnant pour qui s’intéresse à la littérature, aux écrivains, à ces lieux magiques, à ce genre de pèlerinage. Pour les autres, de nombreux rapprochements surprenants, de nombreuses anecdotes, en rendront la lecture agréable. Sinon, on pourra toujours partir pour partir. «Une chambre d’hôtel est un espace de liberté, entre l’ancrage trop familier et l’aventure de la découverte, ou du moins sa promesse.»

Les premières lignes : «Le Train bleu ne roule plus, mais un lieu magique continue de porter son nom à Paris. Ses bois dorés et ses anges de stuc, ses lustres et ses torchères, ses peintures et ses marbres composent le décor du buffet de la gare de Lyon. Ses salles de restaurant, ses vestiaires, ses commodités, jusqu’à ses portemanteaux, conservent intact le style de la Belle Époque.» Éditions La Renaissance du Livre 2003.

Jacques Franck est rédacteur en chef honoraire de la libre Belgique, dont il est toujours un chroniqueur très apprécié. Il fut membre du conseil supérieur de la langue française et président de la presse du spectacle. Il est l'auteur d'une suite de chroniques à propos du temps qui passe, réunies sous le titre Temps forts (1999).


A lire en écoutant une musique qui fait penser au voyage, à la route, quelque chose de tendre et violent à la fois, d’un peu électrique. A mon avis, une compilation de Neil Young ferait parfaitement l’affaire.


Carol DUNLOP et Julio CORTAZAR – Les autonautes de la cosmoroute

Ou: Un voyage intemporel Paris – Marseille

Le projet coté pratique: faire le voyage de Paris à Marseille en camping-car sans quitter l’autoroute une seule fois; visiter deux parkings par jour en passant toujours la nuit dans le deuxième; prendre note de toute observation pertinente; écrire le livre de l’expédition, «s’inspirant peut-être des récits de voyages des grands explorateurs du passé.» Le projet littéraire: «raconter d’une façon tout à fait littéraire, poétique et humoristique, les étapes, événements et expériences divers que va nous offrir sans doute un voyage aussi étrange.»

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Les premières lignes: «De la façon dont nous fûmes amenés à écrire une lettre qui, pour insolite qu’elle fût, n’en méritait pas moins une réponse, laquelle ne vint pas. Ce que voyant, les autonautes décidèrent d’ignorer pareille impolitesse et de mener à bon terme ce qui dans la susdite se trouvait exposé de façon aussi plaisante que détaillée.» Éditions Gallimard 1983.

Carol DUNLOP est née aux États-Unis en 1946, a vécu et publié en France. Elle est morte en novembre 1982. Julio CORTAZAR est né à Bruxelles de parents argentins en 1914. Il a longtemps vécu en France et il a notamment obtenu le prix Médicis étranger en 1974. Il est décédé en 1984.


«Rapidement, Raymond Depardon et Nicolas Bouvier sont devenus, non pas des modèles à suivre, mais des voix dans lesquelles j’ai reconnu un écho où m’accrocher.»


 

Albéric d'Hardivilliers et Matthieu Raffard - Nationale 7 - Un road-trip à la française

La Nationale 7 c'est un peu comme un conte. Alors je peux bien commencer cette chronique par «Il était une fois...» Il était une fois la nationale 7 et deux voyageurs, Albéric et Mathieu. Un jour ils décident de prendre la route. Dans tous les sens du terme, et même de la géographie.  Ils partent et, comme tous les voyageurs dignes de ce nom, se mettent en état de vacance, disponibles, à l'écoute des gens, des paysages, des histoires et des choses. Du coup, Nevers ou Montélimar deviennent aussi prometteurs et intéressants que Pékin ou Istanbul. Question de point de vue. Restait à voir sur place.

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

«Entre les chambres d’hôtel, identiques d’Istanbul à Pékin, et toutes les voix que nous ne comprenions guère, nous finissions pas trouver à Roscoff et Saint-Étienne un caractère d’étrangeté aussi prometteur que Kashgar ou Aden. Nous avions envie de pouvoir réentendre les gens, de pouvoir rattacher les paysages à une histoire plus ou moins connue et l’idée d’un voyage sans exotisme, à l’exotisme défloré, ne nous déplaisait pas. Ce que nous voulions aussi, c’était retrouver la route et ses penchants : cigarettes cérémonieuses posées le long du jour comme des balises, vent chaud, cheveux poussiéreux, villes inconnues, et la chaleur surtout, qui brûle les derniers restes d’orgueil. Alors, quand il a fallu partir, nous n’avons pas hésité longtemps.»

Collection La Clé des champs. Avec une postface de : Pierre Stragiotti. Éditions Transboréal 2008


France VERGELY - Chine 66 - Une occidentale dans la Révolution culturelle

France Vergely a été une des rares Occidentales à se trouver en Chine, à Pékin, les premiers jours de la Révolution culturelle maoïste en août 1966 L'agitation est partout, les défilés à la gloire du Grand Timonier s'organisent, la ferveur révolutionnaire anime toute la ville. L'événement est bien là ; reste à en saisir toute l'ampleur, des années plus tard, lorsque l'Occident ouvrira les yeux et que la compréhension de l'imposture maoïste fera de cette date un moment charnière de l'Histoire de la Chine.

Un voyage au pays de Mao!

Livre de souvenirs, rédigé bien des années après les faits, récit d'un voyage organisé par une école d'art, cette Chine 66 (dont le titre fait penser à la Route 66...) nous entraîne dans une époque pas si lointaine et pourtant d'un autre âge. Musique: en ce temps-là Dutronc chantait «Sept cent millions de chinois, et moi, et moi, et moi.» On avait lu Un Barbare en Asie, René Leys et la Condition humaine. Mais «on ne connaissait rien. Personne n'allait jamais en Chine depuis longtemps.»

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Les premières lignes - «Je ne suis jamais retournée en Chine. Les tours par centaines dans le ciel de Shanghai, les néons et les vitrines des rues de Beijing, les grands hôtels climatisés et les cars de touristes, ces visions d'un monde soudainement surgi restent irréelles, tout cela n'existe pas, le temps s'est arrêté en août 1966. Malgré l'avalanche d'images, le flot d'informations affichant sa métamorphose, la Chine demeure le pays que j'ai connu, sans voitures ni publicités, défilant dans le vacarme des cymbales et des tambours. Et dans les hutong pavés longeant les vieilles maisons de la ville tartare flotte toujours le parfum léger du jasmin.» Éditions Elytis.


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