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le guide de lectures > les flâneurs émerveillés >> p4


De longues déambulations, des rencontres, une écoute, des échanges, un regard «de biais» sur les choses et le monde... pour ces écrivains voyageurs le temps ne presse pas, et le voyage est souvent une suite de petites découvertes qui font de grands bonheurs. Sur cette page:

Yves BERGER – Dictionnaire amoureux de l’Amérique. John D.VOELKER – Itinéraire d’un pêcheur à la mouche. Alain De BOTTON - L'Art du voyage. Pierre Laurent ELLENBERGER - Le marcheur illimité.Marie DESPLECHIN - Traversée du Nord. Jean Marie LACLAVETINE - La Loire. Mille kilomètres de bonheur. Bernard VANEL - Abécédaire des ailleurs.

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«Que si l’on prête l’oreille à l’histoire américaine, l’on entend des échos à n’en plus finir.» Yves BERGER


 

Yves BERGER – Dictionnaire amoureux de l’Amérique

Quand Yves Berger a rencontré son premier américain, un tankiste sur la nationale 7 à la sortie nord d’Avignon le 23 août 1944, il avait déjà lu pas mal de choses sur ce pays. Mais cet événement allait définitivement le rendre amoureux. Et l’on sait qu’il a écrit plusieurs récits et romans sur son rêve américain. Avec passion, avec érudition, Berger nous parle ici, sous la forme d’un dictionnaire, de ses souvenirs, et de l’Histoire. Et bien sûr de tous les emblèmes et mythes de l’Amérique.

Les personnages. Que serait l’Amérique et son histoire, sa légende, sans ces Peaux-Jaunes, qui venaient peut-être d’Asie et qui allaient devenir des Peaux-Rouges ; sans Christophe Colomb puis les conquistadors du Nord et de l’Ouest : Panfilo de Narvaez, Hernando de Soto, Francisco Vazquez de Coronado ; sans Lewis et Clark, les découvreurs de la voie vers le Pacifique ; sans Jean-Jacques Audubon, «le fou des oiseaux» ; sans Margaret Mitchell qui, aujourd’hui, est victime du politiquement correct ; sans ses présidents, dont Berger brosse des portraits inhabituels…

La nature. Immense. Variée. L’Amérique est (ou, parfois, était) peuplée de bisons ; du coyote, désormais associé, depuis les cartoons de la Warner Bros, au bip-bip roadrunner, «ce fichu oiseau qui zigzague entre les mesas et file le long des canyons du désert américain» ; de l’ectopiste migrateur, ou pigeon sauvage, «le plus bel oiseau du monde mais ce n’est pas assez dire», détruit par la chasse-massacre ; sans oublier le séquoias, le tatou… et les paysages fabuleux : «dans le Southwest, le ciel est plus étendu qu’ailleurs, mais peu de voyageurs le ressentent.»

Autres éléments du rêve américain de l’auteur : la route, qui est «l’un des plus grands mythes de l’Amérique», sur laquelle circule le Greyhound «à la coque verte et argentée», l’un des véhicules du blues. Et le rêve d’or, depuis Colomb, et en passant par les conquistadors de l’Ouest. Et les Indiens, bien sûr. Ce dictionnaire amoureux nous permet, à travers cette vision personnelle, de mieux comprendre ce pays. Même si «on ne rêve plus d’Amérique, aujourd’hui dans nos société de consommation, comme hier quand on avait faim et qu’on ne possédait rien.» Indispensable, surtout à l’occasion d’un voyage en Amérique.

Les premières lignes de Pardon au Nouveau Monde «Le Nouveau Monde est l’objet d’une agaçante dérive sémantique – certains diraient, plus agacés encore : d’un impérialisme sémantique. Le mot Amérique, d’apparence plus faible, à l’espace plus limité, couvre le continent, l’enserre et l’étouffe, à la façon d’un python, alors qu’il devrait désigner les seuls États-Unis (d’Amérique).» Éditions Plon 2003, prix Renaudot essai 2003.

A lire aussi: Né en 1934 en Avignon, Yves Berger, écrivain et critique littéraire, a été, de 1960 à 2000, le directeur littéraire des Éditions Bernard Grasset. La passion qu'il porte à l'Amérique est au centre de son oeuvre. Son premier roman, Le Sud, obtint le prix Femina. Ont suivi, entre autres, La Pierre et le Saguaro, grand essai incantatoire sur la magie du désert d'Amérique et prix de la langue française en 1990. En 1992, paraît l'Attrapeur d'ombres, et en 1994, Immobile dans le courant du fleuve (prix Médicis). Yves Berger est aussi l'auteur d'albums sur l'Amérique du Nord et d'essais sur les Amérindiens peaux-rouges. Il est décédé le 16 novembre 2004.


 

«Le poisson est à la pêche ce que l’oignon est à la soupe à l’oignon: un ingrédient, certes essentiel, mais tout à fait insuffisant.» John D.VOELKER – Itinéraire d’un pêcheur à la mouche.


John D.VOELKER – Itinéraire d’un pêcheur à la mouche

Il y a les magistrats qui pêchent à la truite et les autres. John D. Voelker fait partie des premiers. Il se définit volontiers comme «une sorte de toxicomane» qui vit dans «un petit monde onirique bien à lui» et que l’agitation des autres, pour le pouvoir et l’argent, «intrigue authentiquement.» La pêche à la truite peut être considérée comme «à la fois un geste d’humilité et un petit acte de rébellion.» Notons enfin que pour le pêcheur «le poisson est à la pêche ce que l’oignon est à la soupe à l’oignon: un ingrédient, certes essentiel, mais tout à fait insuffisant.» En conclusion de ce rapide portrait: «je pêche avant tout parce que j’adore les endroits ou vivent les truites, et ne goûte guère les lieux où vivent des foules de gens.»

Michigan, Upper Peninsula. Je ne connais pas, mais ça ressemble, si j’en crois les descriptions dans ce livre, et pour peu que l’on aime la nature, à un paradis sur terre. Ces lieux ont «quelque chose d’éternel, d’intemporel.» Les rivières coulent dans des décors enchanteurs. Les castors font des barrages, et les retenues d’eau sont pleines de poissons qu’il faut savoir attraper. Parfois ces merveilleux endroits sont mis à mal, ce qui nous vaut quelques considérations écologiques: «j’ai presque pleuré de tristesse et de rage de voir que cet habitat si accueillant pour les truites eût été ainsi saccagé pour permettre à une riche blondasse de parader en manteau de fourrure sur la 5ème Avenue.»

La pêche à la mouche est une activité solitaire. C’est souvent le père qui a tout appris à son fils, mais la famille n’est que très rarement conviée. Quelques camarades, comme Old Dan, peuvent cependant partager les nombreuses canettes de bière transportées dans les 4X4 et que l’on écluse en attendant les bons coups. Tout en sachant que «plus on pêche à la truite, plus on est forcé d’arriver à la conclusion que personne ne sait – même vaguement – quand, ni ou, la pêche sera bonne ou mauvaise.»

Le Nature writing n’est pas un genre littéraire reconnu en France comme il l’est sur les étagères des libraires des USA. C’est pourtant le titre de cette nouvelle collection aux éditions Gallmeister, qui comprend entre autres ce livre, qui ressemble sans doute à l’une de ces parties de pêche qu’il décrit. Il peut se visiter à l’improviste, ou se lire plus régulièrement. Il se lit en solitaire (avec qui voulez-vous partager un récit sur la pêche à la truite?) Il ne sert à rien, les anecdotes sont convenues, le sujet n’est pas très large, mais en réalité il est plein de choses intéressantes, de réflexions qui méritent attention, sur la nature, l’amitié, la contemplation, la vie, quoi. A ranger auprès de Et au milieu coule une rivière.

Les premières lignes: «Le véritable pêcheur attend le premier jour de la saison de pêche avec tout le sentiment d’émerveillement et de terreur sacrée d’un enfant attendant Noël. Même décompte extatique des jours qui restent ; même amour dans l’élaboration des listes auxquelles succèdent à leur tour des listes de listes!» Éditions Gallmeister 2006. John D. VOELKER (1903 – 1991) est plus connu pour avoir écrit Autopsie d’un meurtre sous le pseudonyme de Robert TRAVER.


«Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.» PASCAL


 

Alain de BOTTON - L'art du voyage

Pascal écrivit que «tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.» Si quelques originaux ont choisi le voyage en chambre, comme Xavier de Maistre, qui le recommandait aux pauvres et à ceux qui craignent les tempêtes, le brigandage et les précipices, il faut bien reconnaître que Pascal avait raison et que nous sommes tous de grands agités. Mais alors :pourquoi partir, pourquoi voyager, qu’est-ce que ça peut apporter, et à qui, au voyageur ou au voyagé ? Ou va-t-on ? Qui fait-on ? Comment et pourquoi revient-on ? Ce sont toujours les mêmes questions. Mais ici Alain de Botton, philosophe et écrivain anglais, nous aide à comprendre au moyen d’un procédé particulier : à l’intérieur de cinq grandes parties (départs, motifs, paysages, art, retour) l’auteur relate ses souvenirs personnels, ses voyages, ses aventures, qui servent de points de départ, et en même temps convoque les grands écrivains ou peintres, pour y puiser d’autres points de vue, les confronter aux siens, et s’interroger sur l’art de voyager. Tout ça fait un peu érudit, mais un peu d’humour vient souvent tempérer cette idée. Attention au départ.

Dans le chapitre Des lieux de voyage, l’auteur nous entraîne dans une station service, un aéroport, un avion et un train. Edward Hopper et Baudelaire, qui ne se sont jamais rencontrés mais avaient un intérêt commun pour les lieux de voyage, accompagnent de Botton. Tout ce beau monde nous démontre que notre cadre domestique nous bouche la vue et empêche la compréhension des choses. «Les meubles affirment que nous ne pouvons pas changer parce qu’ils ne changent pas (…) les chambres d’hôtel nous offrent une occasion d’échapper à nos habitudes d’esprit.» De plus «la réflexion s’améliore quand on donne d’autres tâches à l’esprit, comme d’écouter de la musique ou  contempler une rangée d’arbres.» Ceci explique bien des attitudes de notre quotidien, et pas seulement le voyage. Et la solution au problème posé par Pascal est peut-être : «si l’on pouvait voir les lieux où on vit avec les yeux d’un voyageur, on les trouverait peut-être aussi intéressants que les hauts cols de Montagne et les forêts pleines de papillons de l’Amérique du Sud de von Humboldt.» Dans son chapitre De la campagne et de la ville, l’écrivain invité est William Wordworth, et nous partons pour la région des Lacs, où l’on n’aura guère de mal à nous convaincre des bienfaits de la nature, qui, selon le poète, rend l’homme meilleur et incite à cultiver ce qu’il y a de bon en nous. «Il y a des pensées et des sentiments qui semblent indécent en présence d’une falaise.»

Un séjour en Provence est l’occasion de constater que «les œuvres d’art peuvent en venir à influencer quelque peu le choix de nos destinations.» Ce que les offices de tourisme n’ignorent pas, qui proposent par exemple un «parcours Van Gogh». Mais il est surtout très intéressant d’apprendre que des paysages aujourd’hui estimés incontestablement beaux ne l’ont pas toujours été, et que cette révélation a souvent été due aux tableaux de peintres, notamment les paysagistes anglais, ces artistes «qui nous aident à être plus conscients de sentiments que nous n’avons peut-être éprouvés auparavant que d’une façon hésitante ou hâtive.» Toujours dans la région des Lacs, mais avec John Ruskin cette fois, nous comprendrons pourquoi certains dessinent ou peignent des paysages. D’autres se contentent de prendre des photos, pour «calmer le désir de possession suscité par la beauté d’un lieu.» Ce que l’on peut faire aussi en achetant un objet souvenir, les échoppes qui jalonnent les circuits touristiques le savent bien.

En d’autres lieux (La Barbade, Amsterdam, Madrid, Londres) et avec d’autres auteurs (Huysmans, Flaubert), Alain de Botton nous entraîne dans l’exploration des motivations qui nous poussent à partir, et de nos attentes et réactions en voyage, ailleurs, et conclut : que la réceptivité ce qui caractérise l’attitude de voyageur.  «Le plaisir qu’on retire des voyages dépend peut-être plus de sa propre disposition d’esprit que de sa destination.» Tenter de tout considérer comme potentiellement intéressant semble être la meilleure démarche. L’art du voyage ? Le voyage est un art ! Un livre facile à lire, agréable, utile à celles et ceux qui ne se sont pas encore réellement intéressé à cette forme de résistance qu’est la pérégrination et à son corollaire : le récit de voyage.

Les premières lignes du chapitre De l’habitude: «Je m’aperçus, en revenant à Londres de la Barbade, que la ville avait obstinément refusé de changer. J’avais vu des ciels bleus et des anémones de mer géantes, j’avais dormi dans un bungalow à toit de raphia (…) et lu à l’ombre des cocotiers. Mais la ville n’était nullement impressionnée par tout cela. Il pleuvait toujours.» Collection bibliothèque étrangère, éditions Mercure de France, 2002.

A lire aussi: Alain de Botton est né à Zurich en 1969. Il est l'auteur de livres traduits dans plus de vingt langues, dont Les consolations de la philosophie et Comment Proust peut changer votre vie. Il vit à Londres.


« Prends ton âme et marche ! »


 

Pierre Laurent ELLENBERGER - Le marcheur illimité.

« Prends ton âme et marche ! »

L’auteur nous fait tout d’abord remarquer que « la marche n’est pas un moyen de locomotion par le fait que le passager et le véhicule ne font qu’un. » Puis, avec lui nous prenons le départ pour un « grand zigzag pédestre » dans le Jura, entre la France et la Suisse, et nous relevons au passage les contradictions du marcheur, ce « colporteur aux mains vides », les influences du temps ou des paysages sur le randonneur. « Regarder la nature, pour celui qui l’aime , c’est-à-dire celui qui en a besoin, consiste surtout à la regarder changer. » Marcher en Crête, dans le Doubs, au bord du Leman où à Paris ne change rien : « le marcheur est un transfuge, passant d’un lieu à un autre, n’appartenant à aucun. Il ne visite pas sa province et n’est pas reconnu comme un pair par les propriétaires de lopins. Il suggère l’étrangeté chez ceux qui le voient venir et repartir illico. » De nombreux moments de pure beauté attendent le marcheur solitaire ou non, et inspirent l’écrivain, comme cette éloge du printemps et de la nature : « Le printemps retapissé par la mousse du sous-bois attend le pied du marcheur (…) les jeunes feuilles n’ont pas d’autre dessein que de signaler les branches pour que le marcheur ne s’y cogne pas le front. »

Rien de nouveau ni de bien élevé, dans ce petit livre, « écrit en imitant la marche », mais c’est agréable à lire. A la fin de la centaine de page on est prêt à partir. A la fin de la marche, « la tête est lavée et les souliers crottés. »

Les premières lignes : « Chemineurs au long cours, piétons chroniques et autres espèces aux semelles de vent, lequel de vous, de nous, ne s’est jamais égaré à faire l’étalage écrit de cette incurable manie qu’on appelle la marche ? Moins qu’on le croit ; à vrai dire. » Éditions de l’Aire 1998.


«Là où tout est pareil. Mais tout est différent. Et c’est  normal. En France, on était au Nord. En Belgique, on est au Sud.» Marie DESPLECHIN


 

Marie DESPLECHIN - Traversée du Nord.

Le Nord, appellation commune à la Picardie, l’Artois et à la Flandre française. Une région a priori moins attirante que d’autres. Sauf quand on sait voir. Avec l’auteur, qui connaît bien le coin, on visitera l’Oise « en passant », et un nombre incroyable de villes qui furent importantes dans le passé : Amiens, Soissons, Saint Quentin. Et Laon, la « très belle et très étrange », un moment capitale de la France, vous en souveniez-vous ?

On traversera la baie de Somme, « généralement plate, atrocement nostalgique, généreusement humide et peuplée principalement d’oiseaux. » Puis le pays minier, une « réserve de patronymes imprononçables », une région où « il n’y a pas tant de raisons d’y aller, à moins d’y être né .» Passage par la mégapole Lille Roubaix Tourcoing. Puis la plaine de Flandre, « un pays si plat que des éminences qui, sous d’autres cieux, prêteraient à sourire font ici une chaîne dite des monts de Flandre. » Ces monts culminent en effet entre 130 et 176 mètres ! Le voyage se terminera par la côte d’Opale, jusqu’à la frontière avec la Belgique, « là où tout est pareil. Mais tout est différent. Et c’est  normal. En France, on était au Nord. En Belgique, on est au Sud. » Comme pour les autres livres de cette collection l’auteur a écrit un texte personnel, vivant, nostalgique, avec une touche d’humour bienvenue.

Les premières lignes : « Le Nord a fini par échoir à la France. C’est acquis, ce n’était pas donné. Il tient vaillamment sa place dans la mosaïque de pays que le temps et les guerres ont coagulés autour du confetti national. De là ses allures d’enfant adoptif, tardivement venu et que l’on peine à débarrasser de son accent. » National Geographic Society 2002. Photographies et textes extraits de la collection La France.

Marie Desplechin est née en 1959 à Roubaix, a été journaliste avant de se consacrer à l'écriture de romans et nouvelles. Elle porte toujours un regard tendre et ironique sur ses personnages.


«Il serait tout de même plus simple d’indiquer à l’entrée des quelques bourgs non concernés : ceci n’est pas un des plus beaux villages de France.» Jean Marie LACLAVETINE


 

Jean Marie LACLAVETINE - La Loire. Mille kilomètres de bonheur. 

La Loire : hier (en 1820) on pouvait aller d’Orléans à Nantes en cinq jours, par voie d’eau. Quinze cents bateaux faisaient escale à Orléans chaque année. Hier ressemble à une éternité, quand on regarde ce grand fleuve tranquille. Mais la Loire a aujourd’hui d’autres atouts, d’autres attraits. Ce «fleuve de sable autant que d’eau » est aussi « fleuve de vent, fleuve de vin.» La Loire, «dont les affluents méritent autant d’attention qu’ils dispensent de plaisirs.» Écoutez plutôt : chateaumeillant, mennetou-salon, sancerre, quincy, reuilly, montlouis, vouvray, bourgueil, chinon, saumur, savennières...

Durant ces mille kilomètres de bonheur on traversera le Berry. Avec encore du vin. «J’aime le Berry, mais il y fait soif.» On passera par la Touraine, douce et tranquille, « où l’indulgence du climat ne forge certes pas des âmes de conquérant ou de moralistes austères, mais incite au plaisir et à l’indolence» ; par Chinon, « petite ville, grand renom » écrivait Rabelais ; puis Saumur, L’Anjou et la Vendée.

Cette excursion est exceptionnelle, puisque selon l’auteur «il serait tout de même plus simple d’indiquer à l’entrée des quelques bourgs non concernés : ceci n’est pas un des plus beaux villages de France.» Il y a bien quelques désagréments, comme ces «magnifiques pylônes dont EDF a gratifié le paysage afin de lui donner un air un peu moderne.» Restent, pour se consoler, les journées internationales du Livre et du Vin de Saumur... Bon récit, bien écrit, par un vrai écrivain, au ton personnel, comme l’ensemble de cette collection.

Les premières lignes : «La Loire est toujours près de moi. Je la contemple l’hiver, quand elle s’ébroue dans ses draps de brume ; j’y patauge l’été dès l’aube ; je pressens ses humeurs, ses fatigues ; je la respire, je la scrute, je lui parle : je l’aime.» » National Geographic Society 2002. Photographies et textes extraits de la collection La France. (23/06/02) » National Geographic Society 2002. Photographies et textes extraits de la collection La France.

Est surtout connu comme auteur de romans et nouvelles: Le Pouvoir des fleurs (Gallimard 2003); Le Rouge et le blanc (Gallimard 1996).


Bernard VANEL – Abécédaire des Ailleurs

De Javols en Lozère, à Salzbourg, «à l’heure où tintent et s’ébrouent les cloches du glockenspiel», de Mende à Rome, où «les grands pins parasols arrondissent leur ombre de midi», le temps s’écoule d’un lieu à l’autre, comme on feuillette un album photos. Des souvenirs, des instants fugaces, noté ou remémorés, datés.

L’originalité de ce livre est sa construction en forme de d’abécédaire. Les courts textes, les vignettes, décrivent en quelques mots, caractérisent un lieu. Rien n’est plus difficile. Ces textes et les photos en noir et blanc qui les accompagnent ici et là donnent un aspect un peu ancien, un peu passé. Est-ce volontaire? Des mélodies, des rencontres, des nostalgies, comme l’écrit Kenneth White dans la préface. A lire, pour avoir envie de partir et d’écrire.

Les premières lignes de Bienne: «Est-ce le mauvais temps ou l’heure matinale, nous ne sommes que deux pour un aller-retour jusqu’à l’île Saint Pierre. Un suisse de Fribourg, qui tire sur sa pipe, et moi qui cherche à retrouver, dans un recoin de ma mémoire, le second paragraphe de la Cinquième Promenade de Jean-Jacques Rousseau.» Préface de Kenneth WHITE. L’Archange Minotaure.


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