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Bio essentielleRobert Walser est un écrivain suisse allemand né à Bienne en 1878, dans le canton de Berne. Après de brèves études, il occupera différents postes d’employés à Bâle, Stuttgart, Zurich, Tübingen. Dès l'âge de dix-neuf ans, il commence à écrire des poèmes et de textes en prose. Années de bohème à Berlin, suivies d'années d'errance et de solitude à Berne et à Bienne. En 1929, en proie à un profond déséquilibre, il consent à se faire interner dans un l'hôpital psychiatrique. Il y restera 26 ans, sans rien écrire, jusqu'à sa mort dans la neige, un jour de Noël, en 1956. Robert Walser a écrit quelques romans (Les enfants Tanner, 1907), mais est surtout reconnu comme est un maître de la forme brève. «Miniaturiste par excellence », comme disait de lui Stefan Zweig, minimaliste avant la lettre, il a publié des centaines de textes courts, dans la plupart desquels un homme jette un regard simple, presque enfantin, sur le monde qui l’entoure: les villes, les gens, les hasards, le quotidien, les choses, les riens. Ce maître de Kafka, cet auteur salué par les plus grands écrivains de son temps (Hesse, Hofmannsthal, Mann, Zweig, Musil) comme leur égal, est d'une grande modernité. Son style, sans doute comme le personnage, est mélancolique mais narquois, indolent mais vivace. L’écriture est fine et précise, dense mais charmante, elle transfigure le monde. La lectures de ces textes courts est un régal. Heureux ceux qui vont le découvrir! |
«Un matin, l’envie me prenant de faire une promenade, je mis le chapeau sur la tête et, en courant, quittai le cabinet de travail ou de fantasmagorie pour dévaler l’escalier et me précipiter dans la rue.» Robert WALSEREn racontant tout uniment une journée de flânerie, du matin jusqu'au soir, entre ville et campagne, Robert Walser donne là son texte le plus enjoué, le plus désinvolte et le plus malicieusement élaboré. Changeant sans cesse de perspective, sautant d'un style à l'autre, poussant parfois la parodie jusqu'à l'abnégation, ce petit journal sentimental et cocasse, avec son inimitable mélange de naïveté feinte et de vraie candeur, est non seulement une confession, mais un véritable art poétique, et un chef-d'œuvre du nouvelliste.
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Robert WALSER - La promenadeLa promenade érigée en système, presque en contrainte d’écriture ; le trajet comme fil conducteur pour des rencontres, des idées, des notes. L’œuvre de Robert WALSER est essentiellement construite sur ce schéma (même si je n’oublie pas deux ou trois romans) : une relation brève, de petits textes en prose. Le narrateur de la Promenade : «J’ai sincèrement honte de ne faire que me promener ainsi pendant que tant d’autres s’éreintent au boulot. Il faut dire qu’ensuite je boulonne et travaille peut-être à des heures où tous ces vaillants ouvriers ont pour leur part fini leur journée et se reposent.» La lenteur et la marche à pied -«à supposer bien sûr que chaussures et guêtres soient en état »- permettront à coup sûr de découvrir et donc de décrire des scènes vues ou vécues. La promenade est l’un de ces récit, peut-être le plus abouti du genre. On y croisera des géants, un professeur, un libraire, une employée de banque, une chanteuse, une dame d’esprit qui offrira le déjeuner, un tailleur sournois ; on suivra le narrateur dans des bois, dans la rue, près d’une usine, ou dans ses faits et gestes quotidiens mais cependant uniques pour cette journée, comme expédier du courrier. «On voit quelle quantité de choses j’ai à régler, et combien cette promenade qui semblait une flânerie tranquille fourmille littéralement d’opérations pratiques et matérielles.» Tout ceci n’a l’air de rien, et pourtant la lecture est réjouissante. C’est l’art des grands écrivains, qui savent nous intéresser, nous toucher avec des choses simples ou banales. Essayez de faire le récit de l’une de vos promenade en ville, vous verrez... Les premières lignes «Un matin, l'envie m'étant venue d'aller me promener, je posai mon chapeau sur ma tête, plantai là ma chambres aux écritures ou aux revenants, et dégringolai l'escalier pour filer dans la rue. Sur le palier, une femme me croisa, elle avait l'air d'une Espagnole, d'une Péruvienne ou d'une Créole, et affichait je ne sais quelle majesté pâle, fanée.Si je me souviens bien, j'étais, en débouchant à l'air libre dans la clarté de la rue, d'une humeur romantique et aventureuse qui me ravissait. La monde matutinal qui s'ouvrait devant moi me paraissait aussi beau que si je l'eusse découvert pour la première fois. Tout ce que j'apercevais me procurait une agréable impression d'aménité, de bonté, de jeunesse. J'eus vite fait d'oublier que quelques instants auparavant, là-haut dans ma chambre, j'étais en train de me morfondre devant une feuille de papier vide. On eût dit que la morosité, la peine et toutes les idées sombres s'étaient évaporées, bien que je ressentisse encore vivement une certaine gravité, devant et derrière moi.J'attendais avec une joyeuse appréhension tout ce qui pourrait bien croiser ou agrémenter ma route. Je marchais d'un pas calme et mesuré. Tout en allant mon chemin, il me semble que k'arborais passablement de dignité. Sans m'y appliquer anxieusement, ce que je considérais comme une erreur, j'aime à dissimuler mes sentiments aux yeux des hommes.Je n'avais pas fait vingt pas pour traverser une large place grouillante de monde que je vis le professeur Meili, une sommité de premier plan, venir avec légèreté dans ma direction. (...)» Traduction de l'allemand de Marion Graf, éditions Zoé, Genève, 2005.Extrait «Des promenades, ce n'est pas vraiment ce qui manque chez Robert WALSER. Parmi les quelques mille proses portant un titre qu'il a lui-même choisi, on en trouverai bien une vingtaine qui, sous un mot ou un autre, annoncent le même sujet. Ce sont le plus souvent des moments, des bouts de promenades, dont plusieurs s'arrêtent à l'auberge, d'autres restent suspendues sur une impression ou une réflexion singulière, d'autres sont abruptement conclues, aucune enfin n'excédant quatre ou cinq pages et toutes simplement écrites, semble-t-il, selon l'inspiration et pour le plaisir.» Autre version: traduit de l'allemand par Bernard Lortholary, aux éditions Gallimard, folio bilingue. Préface de Jean Launay, Gallimard Folio bilingue. |
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Photos illustrant cette page: © Robert Walser Archiv Zürich |
Robert Walser - Retour dans la neigeMon avis On dirait qu'un journée normale de Walser c'est une journée au cours de laquelle il promène les yeux à gauche, à droite, observe tout avec attention, puis, pensif et heureux, rentre chez lui. Plus tard il raconte, il écrit. On peut se demander si d'ailleurs le but de la promenade n'est pas le retour... Les preuves, avec ce recueil de promenades. Partons. Walser est bien le chantre des bonheurs simples, et aussi des instants banals mais riches pour qui sait les voir, les entendre, les sentir, les apprécier. Pour Walser c'est dans la rue que ça se passe. «Là où était la lumière, là où était la rue.» Même quand il pleut... «Dans les rues par lesquelles on passe, il pleut, et c'est encore un nouvel agrément. Pour certaines personnes, il est terriblement agréable de voir qu'il pleut et de sentir en même temps qu'on n'est pas trempé. L'image que donne une rue grise et mouillée a quelque chose de consolant et de rêveur, et on se trouve donc là, regardant droit devant soi, sur la plate-forme arrière du tramway qui avance, grinçant et ronchonnant.» (Le tramway) Le regard vagabond et silencieux - «Qu'il est joli de flâner dans une gare et de pouvoir observer à son aise les voyageurs qui arrivent et ceux qui partent» - n'empêche pas la parlotte - «une causerie avec le conducteur promet d'être une détente des plus charmante» -, voire de braver des interdits: «Cela vaut la peine de ne pas respecter certains règlements, et tenter l'impossible pour faire parler les uniformes contribuent au bien-être.» (Le tramway) Dans les récits de Walser les villes sont souvent des «grandes villes.» Ici la ville est «une gigantesque toile d'araignée de places, de ruelles, de pots, de maison, de jardins, de larges et longues rues.» Là c'est «une mer ondoyante, encore inconnue à la plus grande partie de ses habitants, une forêt impénétrable, un grand parc luxuriant, oublié ou presque, envahi de végétation sauvage, un endroit trop vaste pour qu'il puisse jamais permettre de s'y orienter suffisamment bien.» (L'Incendie) Si besoin, Walser nous donne une définition de la promenade, au début du texte intitulé Le Greifensee. « C'est une matinée fraîche et je me mets à marcher de la grande ville et du grand lac bien connu au petit lac presque inconnu. En chemin, je ne rencontre rien d'autre que ce que tout homme ordinaire peut rencontrer sur un chemin ordinaire. Je dis bonjour à quelques moissonneurs au travail, c'est tout; j'observe avec attention les gentilles fleurs, c'est encore tout; je commence tranquillement à bavarder avec moi-même et une fois encore, c'est tout.» Voilà. |
A lire aussi
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SeelandSeeland... Il y a dans ce mot quelque chose de magique. Seeland, ce peut être partout, en Australie, en Hollande ou ailleurs. Après ses années berlinoises et avant de s'installer à Berne, Robert Walser passe sept ans à Bienne, sa ville natale (1913-1921). Plusieurs recueils paraissent durant ces années, dont Seeland. Cet ensemble de six nouvelles constitue l'aboutissement de la période biennoise de l'écrivain, avec sa dualité caractéristique de ferveur romantique et de truculence, de rêverie et de réflexion, d'observation espiègle et d'abstraction. Les principaux motifs qui préoccupent Walser à cette époque s'entrecroisent dans ces textes : la promenade, surtout, comme façon d'être au monde et aux mots. Le paysage est même au centre du livre, dont le titre évoque la région du lac de Bienne. D'autres personnages relaient le flâneur: Hans le rêveur impénitent appelé au service militaire; le peintre en début de carrière; ou encore, sept enfants prononçant l'épitaphe de leur père. Au centre de ce recueil mûrement composé par le poète, l'un des textes les plus célèbres de Walser, à la fois fantaisie et art poétique : La promenade, présentée ici dans son contexte. |
Vie de poète« Je viens d'agencer solidement et de terminer un nouveau livre: 55 pages manuscrites, 25 proses, dont Maria. L'ouvrage s'intitule Poetenleben, et je le considère comme le meilleur, le plus lumineux, le plus poétique de tous mes livres jusqu'ici... Le choix porte exclusivement sur des pièces qui parlent de poètes dans un style narratif, en sorte que l'ensemble se lit comme une histoire romantique. » C'est en 1917, à Bienne, que Robert Walser, au lendemain de ses années berlinoises, rassemble ces vingt-cinq proses brèves. Cette biographie éclatée d'un poète ressemble à une autobiographie stylisée. L'écrivain évoque de nombreuses figures qui ont accompagné sa carrière, et ce qui le hante : son frère peintre, plusieurs figures féminines, le critique, le public, le mécène, les milieux artistiques, l'éditeur, mais aussi Hölderlin, et puis, la grande route, la forêt, les contes, un poêle, un bouton... Une tonalité changeante, à la fois facétieuse et fervente pour dire la solitude de l'artiste, ses déguisements, ses déboires et ses joies, les valeurs à contre-courant auxquelles obéit sa vocation. |
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Une rue de grande villeCertaines rues du coeur de la vieille ville sont étrangement abandonnées; une cathédrale dans sa vénérable splendeur ou une morne caserne ou un vieux château accentuent encore cette impression de silence et de solitude. Dans l'ambiance bourgeoise et la pâle lumière des brasseries, quelques convives du soir sont assis à des tables et lisent le journal; le garçon de café est là, désoeuvré, le torchon sous le bras. Quelques rues plus loin, dans un autre quartier, les gens se hâtent en se côtoyant et en se suivant de près, personne, semble-t-il, ne les poursuit ni d'ailleurs ne les attire. Tous ces gens vont vers des lieux semblables et viennent des mêmes lieux et se tiennent tous dans une espèce de réserve admirable. Les arbres sont d'un vert étrange, pas comme dans d'autres villes. Un paisible cimetière de l'ancien temps borde une des rues les plus animées de l ville où, sur des pavé cahoteux, roulent sans cesse des fiacres, des charrettes et des omnibus. Dans les brasseries, on remplit des chopes de bière sans relâche et il se trouve des buveurs et des clients pour tous ces verres qui se vident au fur et à mesure. Les chefs de ces lieux de divertissement se comportent comme des officiers sur un champ de bataille, mais on voit les officiers passer sas bruit, calmes, posés et modestes, comme s'ils en avaient plus qu'assez depuis longtemps de montrer leur mordant, ce qui est certainement le cas de temps à autre. En passant d'un trottoir à l'autre, o dot veiller à ne pas se faire écraser, mais cette prudence est imperceptible, elle est devenue une habitude. Comme cette grande ville entrave et dévore les élans humains. Les gens qui habitent le nord n'ont peut-être pas vu depuis un an les quartiers élégants et lumineux de l'ouest de la ville, et on ne voit pas ce qui pourrait inciter une habitante des quartiers ouest à se rendre du côté de la gare de Silésie si une circonstance particulière ne l'y oblige pas.Extrait de Une rue de grande ville. Retour dans la neige. Traduit de l'allemand par Golnaz Houchidar. Le Seuil Points p11. |
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Pour continuer... |
Carl Seelig - Promenades avec Robert WalserLa promenade, passage de l’écriture à la vie délestée d’écriture, dénudée jusqu’à n’être qu’une épure d’existence, un lent déroulement, une marche sans but, fut on le sait le thème de prédilection de Robert Walser. Notés par Carl Seelig, les propos réunis ici ne se soucient ni d’expliquer ni de justifier une œuvre. Bien au contraire, ils révèlent, au long des ans et d’une amitié compréhensive, une parole libre et dégagée de toute obligation. Rivages. |
Enrique Vila-Matas - Docteur PasaventoLe héros de l'écrivain Pasavento est Robert Walser, dont il admire l'habileté à passer inaperçu. Vivre le destin de cet auteur signifie pour Pasavento se retirer du monde. Il veut s'éloigner et, un beau jour, il disparaît. Il se dit qu'on le recherchera, qu'il lui arrivera ce qui advint à Agatha Christie quand toute l'Angleterre s'était mise à ses trousses pendant onze jours et avait fini par la retrouver. Mais personne ne recherche le docteur Pasavento et peu à peu s'impose cette simple vérité: personne ne pense à lui. Éditions Christian Bourgois 2006 |
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W.G. SEBALD – Séjours à la campagneDes portrait d’artistes, très vivants, riches en histoires, tous originaires du paysage préalpin, faciles à lire même si on ne les connaît pas; des digressions, un peu d’autobiographie… Séjours à la campagne est un recueil intelligent qui ravira les amateurs de littérature, et de petites proses. Parmi les chroniques de ce recueil, la plus intéressant est, à mon avis, celle consacrée à Robert Walser, le «promeneur solitaire», un peu plus connu que les autres, mais auteur d’une œuvre dont ne parle pas assez. Peut-être parce que «les traces que Robert Walser a laissé de son passage étaient si légères qu’elles ont failli s’effacer», écrit Sebald. Il faut dire que Walser semble bien avoir été «une figure unique, inexpliquée» et prédisposé à une «carence existentielle chronique.» Walser est connu comme étant l’auteur de textes courts, de petites proses, et d’une nouvelle intitulée La Promenade. Cet auteur qui, «harcelé par tant d’ombres menaçantes, répand néanmoins à chaque page la plus agréable des lumières», et qui n’était pas un voyageur, a construit ses récits à partir de l’observation de son monde à lui, la rue Basse de Bienne, sa ville natale, qu’il observa en se promenant. |
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