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le guide de lectures > les flâneurs >> Jean-Luc COATALEM


D'origine bretonne, Jean-Luc Coatalem est né en 1959. De son enfance à l'étranger - Polynésie et océan Indien -, il a gardé le goût du voyage. Devenu journaliste, il a travaillé pour différents magazines, notamment Grands reportages et Géo. Il a publié plusieurs ouvrages de fiction dont Villa Zaouche (1994, Prix Cino del Duca), Tout est factice (1995), Fils du Fakir (1998), Zone tropicale et autres nouvelles (Le Dilettante1988 réédition 1999) et il est également l'auteur de bandes dessinées chez Casterman avec le dessinateur Loustal. Il continue surtout de parcourir le monde et de publier de merveilleux récits de voyages. Sur cette page:

Jean-Luc COATALEM - La Consolation des voyages. Je suis dans les mers du Sud (sur les traces de Paul GAUGUIN). Il faut se quitter déjà. Éléments bibliographiques

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«Les vrais voyages commencent et finissent dans les livres.»


>>> Lire un extrait su le site des éditions Grasset.

 

Jean-Luc COATALEM - La Consolation des voyages

Ballotté toute sa jeunesse en raison des mutations de son militaire de père, J-LCOATALEM s’habitue aux déplacements, et éprouve bientôt le besoin de partir : «sur cette carte terrestre, je lisais à mon tour une supplique, une exhortation.» C’est d’abord l’exploration des arrondissements de Paris, et la vie à l’hôtel lui inculque une philosophie : «pourquoi faudrait-il avoir un loyer, un frigo, un téléviseur et des charges.» Et la découverte des maîtres : Segalen, Rimbaud, Gauguin, Loti, Cendrars, Larbaud, Baudelaire, Morand, puis naturellement Bouvier et Chatwin. «Les vrais voyages commencent et finissent dans les livres.» Son métier de journaliste free lance lui permet de «fréquenter au quotidien les gares, les aéroports, les hôtels anonymes» et de vivre quelques moments rares à Grenade, en Inde, à Moorea, sur le Rio de la Plata, «un autre monde où le fleuve avait raison sur tout, où le mouvant l’emportait sur le fixe.» On trouvera d’ailleurs souvent cette correspondance entre le voyageur et l’instabilité des éléments : les lieux privilégiés se situent à Brest, à Goa, sur la cote nord québécoise. La «géographie sentimentale» de JLC est surtout composée d’îles : Tahiti, Madagascar, Crozon.

Avec humilité - «On n’emporte que ce que l’on pourra porter au long du chemin»-, ferveur et humour, J-LCOATALEM nous promène dans ses souvenirs voyageurs, et nous emmène en des endroits à la fois bien réels, mais aussi passés : les Marquises de Stevenson, la Bretagne immémoriale. Les histoires vraies, les souvenirs, les anecdotes, les faits, donc, débouchent inévitablement sur la question : pourquoi partir ? Pourquoi aller voir ces «bouts du monde (invérifiables)»? Les réponses de JLC : «Les bouts du monde ne sont que des commencements ; le chemin ne mène qu’à l’une de nos métamorphoses possibles.» Et comme le disent d’autres voyageurs, il n’y a rien de mieux à faire que d’y aller voir : «Partir nous console, nous donne un autre jour, une autre chance, accorde une autre fois, nous rend à nous-mêmes, inentamés. Partir c’est le lendemain éternel.» Un très beau livre, riche, agréable à lire, qui ne fera qu’aggraver le cas du voyageur en partance.

Les premières lignes : «Je crois être toujours parti, malgré moi. Enfant, dans les malles d’un père officier, breton et taciturne, nous avons rebondi de garnison en garnison, obéissant à cet avis de mutation qui tombait comme un couperet tous les deux ou trois ans, et redistribuait du jour au lendemain les cartes de notre pauvre destin.» Éditions Grasset & Fasquelle 2004.


 

 

Un petit mot de l'auteur: «Bonjour et merci pour votre site que j'ai découvert par hasard et apprécié. Votre papier sur ma "Consolation" est réussi. Un détail, toutefois : c'est pour avoir été enfant à Tahiti et adolescent à Madagascar que j'ai contracté le "virus" de la bougeotte. En tous cas, c'est une explication plausible. Plus le grand-père en Indochine, évidemment.  Bonne route à vous et merci.» Jean-Luc Coatalem, le 10/06/2004.


«Où irons-nous demain, nous qui désirons sans fin?»


Jean-Luc COATALEM - Je suis dans les mers du Sud - Sur les traces de Paul Gauguin

Lorsque Gauguin débarque à Tahiti pour la première fois, le 9 juin 1891, il a 43 ans, une Winchester, une guitare, environ 5000 francs, des couleurs des tubes et des toiles. Il a déjà pas mal voyagé. Quelques années d’enfance en Amérique du Sud, Paris, «qui est un désert pour l’homme pauvre», la Bretagne, autour de Pont Aven - «ne peignez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction...»-, le Danemark, où vivent femme et enfants, la Provence, avec une autre tête brûlée, Vincent Van Gogh. Beaucoup bourlingué, mais toujours mal vécu. Pas d’argent, pas d’amour, pas de reconnaissance. Alors partir ? Tenter d’aller ailleurs ? Voir si vraiment «l’avenir est aux peintres des tropiques» ?

L’auteur, qui a lui-même passé quelques années d’enfance à Tahiti, nous promène sur les routes et sentiers de l’île, sur les traces exactes de Paul Gauguin, «juste avant ce pont, cette église en corail, dans l’angle exact où Gauguin a peint Te fare», comme s’il lui fallait «éprouver in situ ce qui était raconté dans Noa-Noa.» Coatalem fera même une baignade dans un lac souterrain d’une grotte, un très beau passage, émouvant, car «à l’évidence, l’Inca avait effectué cette baignade : détails et sensations étaient exacts.»

Gauguin a fait un séjour de 2 ans à Tahiti, puis est retourné à Paris. Mais il ne pouvait pas vivre de sa peinture. Le 3 juillet 1895 il embarque à Marseille, pour Papeete. Une fuite, un dernier aller, sans retour. Avec toutefois un détour, en septembre 1901, par les Marquises, vers Tapivai, le vallée de Melville, où il construira la Maison du Jouir. On sait quelles formes, quelles couleurs, quelles toiles Gauguin peindra dans ces îles, avec ses larmes, son désespoir, son génie, et les dieux maoris, qui semblaient conduire sa main. Aujourd’hui le musée de Papeete ne contient plus aucune toile originale de Gauguin. La maison du Jouir n’existe plus. Mais le puit a peut-être été retrouvé, et pourrait être restauré. Biographie voyageuse, donc, à la lecture agréable. Un superbe livre, à mettre dans les bagages si vous allez en Polynésie.

Les premières lignes du chapitre 1 : «Je connaissais déjà Paul Gauguin. J’aimais sa diagonale géographique, son lâcher-tout, ses œuvres hautaines et primitives accrochées au Jeu de Paume puis à Orsay. Aux cimaises de mon musée intime, il était devenu mon peintre préféré, dont j’avais entrevu derrière l’appétit féroce pour l’Ailleurs une fuite désespérée en avant. Coïncidence, ses paysages réels ou rêvés, parfois chimériques, étaient aussi les miens.» Éditions Grasset 2001. Prix des Deux Magots 2001.


>>> Lire un extrait sur le site de l'éditeur.


Le chroniqueur du Figaro (date ?) estime qu’il y a un « style Coatalem », qu’il définit comme droit, clair et concentré. Comme Larbaud, Levet ou Toulet. Et plus loin: précis et précieux, enjoué et coloré, vif, nerveux, bondissant. L’écrivain, une sorte de « Tintin qui aurait lu Modiano », donne ici « à goûter un musique, une lumière, un sel, un accent, une voix. » Un livre bien écrit, nous sommes d’accord.

Jean-Luc COATALEM - Il faut se quitter déjà

Roman paru en janvier 2008 aux éditions Grasset.

L’histoire se passe entre Buenos Aires et Montevideo, dans un pays où « une lumière artificielle baignait tout, si plate et si coupante qu’elle en donnait la migraine. » Un journaliste en reportage rencontre par hasard ( ?) dans un hôtel une jeune compatriote désoeuvrée. Le journaliste va draguer la jeune femme et lui mentir sur tout : son age, sa profession, les raisons de son séjour ici. D’abord sans raison, ce mensonge transforme assez site son auteur en un « autre qui n’aurait plus avec moi que de minces ressemblances – à moins que, au travers du film négatif de mon mensonge le plus épais, il ne soit devenu mon seul double vrai. » En quelques jours l’homme passera du statut de dragueur invétéré à celui d’amoureux transi, séduit par la jeune femme qui semblait se laisser entraîner dans ces histoires, honteux, enfin, de retrouver ses proches.

Ce roman – le quatrième de l’auteur - est aussi l’occasion de nous raconter l’histoire d’un scientifique qui prétend avoir localisé des ruines, et pas n’importe lesquelles. Ces structures pyramidales dans la forêt, ces pierres de tailles imposantes révélées par les photos de la NASA, seraient celles de l’Eldorado, ou d’un rêve d’enfant, ou les deux : le royaume inaccessible de Païtiti, la dernière cité des Incas, perdue dans cette région d’Amazonie. On y entend la « petite musique » propre à Jean-Luc COATALEM, notamment dans ses descriptions. « La route dansait entre les pré apaisés de cette Normandie géante, savane infinie courant sous le ciel, ponctuée d’arbres-bouteilles et de vastes cactus. »

Pour terminer, Hélène s’appelle en réalité Mathilde. Qui est Mathieu, le narrateur ? Et dernière pirouette, ou petite mise en abîme : le narrateur est en voyage dans le but d’écrire un récit de voyage « bien frappé et haut en couleur » comme les aiment sans doute les lecteurs de son journal. Ceci aboutira à ce petit roman charmant, » rêverie géographique et amoureuse » écrite par Jean-Luc avec un narrateur appelé Mathieu.

Les premières lignes - « C’est une carte postale de Montevideo, un peu verte et surexposée, que j’ai gardé longtemps au fond de mon portefeuille, pliée en deux, craquelée. Eu haut, à droite, elle arbore encore sur son timbre bistre de vint centavos, grossièrement dentelé, le visage d’un quelconque héros national, de profil sur fond de jungle stylisée. Le dernier jour à Buenos Aires, de l’autre coté du río de La Plata, alors que j’allais sauter dans mo avion pour l’Europe, je l’avais achetée e plus du journal et d’un café con leche dans un gobelet isotherme au guichet d’un station-service de l’avenue Córdoba, imaginant avoir le temps de trouver dans la taxi qui slalomait vers l’aéroport, les mots justes pour m’excuser et m’expliquer, les mots coupants du réel, les mots terribles que je lui avait cachés, et la jeter dans la première boite aux lettres, l’heure de la levée du courrier coïncidant par extraordinaire avec celle de mon décollage… » Roman. Grasset 2008.


A lire aussi

Mardi à Puerto-Azucar

Le point de vue de l'éditeur. Ulysse Rubirosa junior essaya bien de monter un garage d'automobiles de luxe à Montevideo, fit un crochet à Lima où il vendit peu et mal des machines à coudre Singer, enfin s'installa dans un galetas à Asuncion, féru de littérature, citant Pétrarque et Aristophane de mémoire. Devenu libraire- bibliophile en chambre à Santiago, quartier de Los Condes, il aurait tenté de fourguer à prix d'or un manuscrit de dix-sept poèmes scatologiques de Robert Louis Stevenson, une photo de Jules Supervielle applaudissant, une boîte de fer contenant douze mégots fumés par Conan Doyle, et un éternuement de Somerset Maugham plié dans une serviette brodée du Ritz. Sans succès. "Tout cela est-il exact ?" lui demanda-t-on un jour lors d'un dîner à l'Imperial Club de Puerto-AzUcar? Éditions des Équateurs 2006.


Suite Indochinoise - Récit de voyage au Vietnam

Les premières lignes: «Difficile de voyager avec des livres. Certains pèsent aussitôt, d'autres s'égarent, tous s'écornent et s'abîment. La plupart du temps, l'énergie même manque pour les lire: franchi quelques centaines de kilomètres, une poignée de méridiens, le volume convoité se métamorphose en vilain petit canard; l'auteur choyé tombe son masque, il devient un affreux rabat-joie emporté par erreur, un intrus dans vos tropiques.» La Table ronde 1993 puis Le Dilettante 1999.

Le point de vue de l'éditeur - réédition 2008. Au début des années 1990, alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme aventureux et passablement désargenté, Jean-Luc Coatalem part à la découverte du Vietnam communiste, qui commence seulement à s'ouvrir au tourisme. Il emporte dans ses bagages quelques livres, mais son premier compagnon de voyage n'est autre que l'ombre tutélaire de son grand-père, Camille Coatalem, un officier d'infanterie coloniale qui fut en poste en Indochine dans les années 1920. Publié pour la première fois à La Table Ronde en 1993, Suite indochinoise, salué par la critique, a été réédité au Dilettante en 1999. Augmentée d'un texte écrit au fil d'un deuxième voyage, cette réédition dans La Petite Vermillon s'enrichit d'un avant-propos de l'auteur.


Mission au Paraguay

Le point de vue de l'éditeur. Où se trouve le Paraguay ? Quelque part en Amérique du Sud ? Pas sûr... Jean-Luc Coatalem s'est installé pendant deux mois sur ces terres qui hésitent entre éléments liquide et solide, quiétude et torpeur, réalité et illusion. Accompagné d'un chien qui se prend pour un kangourou, il y fait de drôles de rencontres : un fakir lyonnais, des colonies de Mennonites, quelques Allemands louches et autant de femmes esseulées qui fredonnent l'amour impossible. Entre fleuves infestés de piranahs et villes fantômes, une seule certitude : l'improbabilité même ! Payot 1996.


Jean-Luc COATALEM et votre serviteur lors du Grand Bivouac le samedi 28 octobre 2006 à la médiathèque d'Albertville.


>>> A lire cet entretien sur Zestory


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