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le guide de lectures > les flâneurs émerveillés >> J.M.G. Le CLÉZIO


Né en 1940 à Nice, d'un père mauricien d'origine bretonne et d'une mère française, Jean- Marie- Gustave Le Clézio partage sa vie entre la France, le Mexique, le Maroc... Il a aussi séjourné en Thaïlande, au Panama, en Angleterre et bien sûr à Maurice.

Depuis Le Procès-verbal (prix Renaudot en 1963), J-M-G Le Clézio a écrit une trentaine d'ouvrages, dont Désert (prix Paul Morand, 1981). Certains de ses romans et de ses récits ont toute leur place ici, parmi la littérature de voyage. Sur cette page:

J.M.G. Le CLEZIO – Voyage à Rodriques. Raga - Approche du continent invisibleL’Africain. Jemia et JMG Le CLEZIO – Gens des nuages

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«La fin des voyages est toujours triste, parce que c’est la fin des rêves.»


J.M.G. Le CLÉZIO – Voyage à Rodriques

En écrivant Le Chercheur d’or, JMG Le Clézio s’était inspiré d’aventures vécues par son grand-père. Il raconte ici le voyage entrepris à l’époque pour ce livre vers l’île Rodriques, à l’ouest de Maurice. Avec son sac à dos, son appareil photo et ses cartes la main, Le CLézio découvre Rodrigues. L’île est «semblable à un radeau perdu au milieu de l’océan », n’est couverte que de buissons d’épines, de cactus, de pierre de lave. Sans eau, sans terre, sans arbres. Un paysage «ocre et noir», Une herbe dure et des pierres de lave. La couleur noire du basalte et le jaune de l’herbe sèche. Un pays habité par des porcs et des cabris. «Et le vent qui passe, qui balaie.» Les nuits «si longues, si belles, pures, sans insectes, sans rosée». Un pays «qui ressemble à la lune», un pays d’éternité.

A la recherche des «traces visibles» de son grand-père, qui vécut ici entre 1902 et 1930, de ses gestes «encore présents ici, encore inscrits sur ces lieux » Le Clézio marche sur ses traces, «voit ce qu’il a vu», ce grand-père, «jeune magistrat vêtu de noir et à la mine sévère» qui s’est laissé emporter par la mer, par ses légendes, chercheur d’or puis chercheur de chimères, et qui s’est finalement perdu lui-même. Une carte, un plan, un secret, une cachette, un trésor, peut-être… Ce trésor que le grand-père a cherché pendant trente ans, Le Clézio n’est pas venu pour tenter de le retrouver ; il est venu à Rodriques seulement pour « essayer de remonter le temps.»

Mais comment croire à tout ça, sérieusement? Comment croire à ces légendes de trésors cachés par des pirates? N’est-ce pas plutôt un rêve? La part de rêve de l’Eldorado que chacun d’entre nous cherche encore, au PMU ou ailleurs? Cette enquête sera un échec car on ne peut pas « remonter le temps, vivre dans un autre temps, dans un autre monde.» Mais ce voyage aura apporté au voyageur quelques réponses à la question: qui suis-je? et même que sui-je? « J’ai compris que ce n’était pas l’or que je cherchais, mais une ombre, quelque chose comme un souvenir, comme un désir.»

«La fin des voyages est toujours triste, parce que c’est la fin des rêves.» Magnifique texte, avec des couleurs, des mots qui sonnent, une langue imagée bien en rapport avec les lieux. Les grand-voiles des clippers sont «éblouissantes de blancheur sur le sombre bleu de l’océan Indien.» © LB-EV.Info Novembre 2006.

Les premières lignes « J’avance le long de la vallée de la rivière Roseaux, les montagnes sont toute proches maintenant, les flancs des collines se resserrent. Le paysage est d’une pureté extraordinaire, minéral, métallique, avec les arbres rares d’un vert profond, debout au-dessus de leurs flaques d’ombre, et les arbustes aux feuilles piquantes, palmiers nains, aloès, cactus, d’un vert plus aigu, pleins de force et de lumière.» Éditions Gallimard 1986. Folio.


Ce magnifique extrait (page 94) sur le voyage et la découverte de l’autre.

«A présent, le moindre arpent de terre jusqu’au cœur de la selve amazonienne, jusqu’aux canyons gelés de l’Antarctique, a été examiné, photographié, analysé par l’œil froid du satellite. S’il reste un secret, c’est à l’intérieur de l’âme qu’il se trouve, dans la longue suite de désirs, de légendes, de masques et de chants qui se mêle au temps et resurgit et court sur la peau des peuples à la manière des épars en été.»


J-M-G Le CLÉZIO - Raga. Approche du continent invisible

Les géographes de la Renaissance pensaient qu’il devait y avoir un continent qui devait «maintenir l’équilibre du globe en servant de contrepoids au continent asiatique.» Magellan, Bougainville puis Cook partirent à sa recherche. Un continent si immensément dispersé que les premiers voyageurs l’ont «traversé sans le voir. Le continent du rêve.» Raga (Raga est le nom de l’île Pentecôte en langue apma), Espiritu Santo, Ambae, Malekulo sont les noms de ces cailloux du Pacifique. L’Océanie, les Nouvelles Hébrides, qui deviendront Vanuatu.

Ce sont ces îles que Le Clézio visite au gré d’escales de la Boudeuse, et qui lui inspirent des portraits, comme celui de Charlotte, une femme battue qui paie encore pour la tradition. Les traditions, comme le saut du Gol, les dents de cochon, les contes, toujours présents, le kava. Et les souvenirs, comme le blackbirding, ce marché aux esclaves qui a sévi entre 1850 et 1903, temps maudit. Ce qui explique peut-être ces villages perchés au flanc des montagnes plutôt qu’étalés en bord de mer. Le Clézio raconte et décrit des lieux, comme ce «village sans rue, aux maisons en bambou et lit de feuilles semées sans ordre sur ce tapis de verdure»; ces rivages «aux aspects sombres, hostiles», ces «falaise noires à pic dans l’océan.» Ici, en dehors des lieux touristiques «jusqu’à la caricature», règne sur ces îles une «impression de désolation, d’abandon.» Là, la mer est d’un bleu «pur, sombre, violent, profond.»

Les plus beaux paysages du monde? Peut-être. Une nature parfois violente, mais contrebalancée par «la douceur des hommes qui l’habitent.» Un pays de mémoire, des «îles du temps d’avant les catastrophes et les guerres mortelles» ; un pays dans lequel les mythes anciens se confrontent au monde moderne, un pays qui donne un «sentiment diffus, inexplicable, de la divinité» et qui semble bien développer aujourd’hui, à partir de «valeurs émergées des profondeurs», une conscience «pacifique». Car si la plupart de ces régions vivent du tourisme (s’inscrire pour les visites en groupe de seins nus et d’étuis péniens!), certains pays sont encore «écrasés par la tutelle nord-américaine» et pourraient bien se réveiller. A la fin du live, Le Clézio s’élève contre «le viol des corps et des consciences» et les règlements de compte sanglants (Ouvéa, par exemple.) La violence dans la musique et dans la danse montre que l’apaisement n’est pas encore là. Et ce serait la faute aux Etats modernes, qui ont toujours voulu et veulent encore «enfermer les peuples de la mer dans le grillé des frontières.» Les mauvais cotés de la mondialisation. Resterons nous aveugles? Ou bien découvrirons nous enfin ce continent invisible et ses richesses? Le Clézio donne les éléments de réponse dans ce texte magnifique, mélange de reportage, de presque poèmes, de récits, avec une langue claire, colorée et imagée. © LB-EV.Info Novembre 2006.

Les premières lignes «On dit de l’Afrique qu’elle est le continent oublié. L’Océanie, c’est le continent invisible. Invisible, parce que les voyageurs qui s’y sont aventurés la première fois ne l’ont pas aperçue, et parce que aujourd’hui elle reste un lieu sans reconnaissance internationale, un passage, une absence en quelque sorte.» Éditions du Seuil 2006, collection Les Peuples de l’eau.



J.M.G. Le CLEZIO – L’Africain

Nous ne sommes pas ici dans un pur récit de voyage. Encore que l’on trouve dans ce livre le dépaysement, l’exotisme, voire l’errance. Et des allusions à une vie qui ressemblait à un voyage : «Le souvenir que je garde de ce temps pourrait être celui passé à bord d’un bateau, entre deux mondes.» Il s’agit donc de souvenirs d’enfance, anciens, comme les belles photos couleur sépia qui illustrent le récit. Et plus précisément, de la recherche du père.

Originaire de l’Ile Maurice, puis résidant à Londres où il fait des études de médecine, je père de JMG fuit en Guyane Britannique, où il est médecin en pirogue, loin de tout. Comme un ballon d’essai, avant l’Afrique, en 1928. Victoria, le Cameroun, le Nigeria. «Un pays aux horizons lointains, au ciel plus vaste, aux étendues à perte de vue.» Vingt deux ans de sacerdoce, à soigner la population avec les moyens du bord, à trimballer ses malles de bois cerclées de fer, des bagages «dignes d’un voyageur du temps de Kipling» ; vingt deux ans d’aventure, «jusqu’à l’usure, jusqu’à l’amertume des derniers instants, ce sentiment d’avoir dépassé la mesure de sa vie.»

Jean Marie Gustave passera quelques temps avec ses parents, et l’Afrique, le pays de «la violence des sensations», lui laissera des sentiments inoubliables. «En partant pour l’Afrique, nous avions changé de monde.» Il y aura la découverte de la savane, de la «plaine d’herbes, immense, dangereuse», et de sa faune étrange pour les yeux d’un enfant. Et les noms de lieux qui «parlent de marche sous le soleil» Et ce père, que l’auteur découvre à huit ans en 1948. «L’homme qu’i m’est apparu au pied de la coupée, sur le quai de Port Harcourt, était d’un autre monde.» Pire encore : «Je ne l’ai pas reconnu, pas compris.» A cette époque, l’homme et l’enfant ne se sont pas rencontrés. Il fallait alors retourner en arrière, essayer de comprendre. C’est l’objet de ce livre, magnifique, à l’écriture simple et lumineuse.

Les premières lignes : «De ce visage que j’ai reçu à ma naissance, j’ai des choses à dire. D’abord, qu’il m’a fallu l’accepter. Affirmer que je ne l’aimais pas serait lui donner une importance qu’il n’avait pas quand j’étais enfant. Je ne le haïssais pas, je l’ignorais, je l’évitais.» Collection Trais et portraits, dirigée par Colette FELLOUS, éditions Mercure de France, 2004.


«Il n’y a pas de plus grande émotion que d’entrer dans le désert. Aucun désert ne ressemble à un autre.» JMG Le CLEZIO


Jemia et JMG Le CLEZIO – Gens des nuages

C’est un voyage particulier qu’entament Jemia et JMG Le CLEZIO, un retour en arrière. Retrouver les ancêtres de Jemia, les femmes bleues, le Peuple du chameau, les Gens des nuages. Ce voyage les conduira vers la Saguia el Harma, la Rivière Rouge, une contrée qui n’est autre que celle visitée et les routes parcourues par Michel VIEUCHANGE pour aller à Smara, l’une des plus mystérieuse des cités du désert, un monde «sans fin, monotone, d’une beauté hors de la mesure humaine.» Ici «on avance sur une trace laissée par la mer au temps où l’Afrique était unie au Brésil, où la Méditerranée n’était qu’un mince lac intérieur. D’ailleurs, la Saguia el Hamra n’était-elle pas, avant le déluge, el Riyad, le Jardin, couvert de prairie et ruisselant defontaine.

On le sait depuis longtemps, Le CLEZIO aime arpenter les déserts, les «paysages du vent, du vide.» «Il n’y a pas de plus grande émotion que d’entrer dans le désert. Aucun désert ne ressemble à un autre.» Quand ils arrivent là où ils voulaient aller, la réaction est inattendue : «C’est ici. C’est le Draa. Rien de spectaculaire, et pourtant cela fait battre le cœur.» C’est alors un retour sur l’histoire, au travers de rites encore vivants, avec des personnages hors du commun. Les voyageurs rencontrent d’autres nomades, des vrais, qui connaissent et maîtrisent la terre qui les portent et qui savent estimer leurs propres limites. Ce qui n’est peut-être pas (ou plus) le cas de l’Occidental «qui vit dans un univers rétréci par les conventions et dont la connaissance est bornée par le conformisme.» C’est aussi un livre sur la géographie, sur la géologie. Un petit livre, superbement illustré de photos des lieux, qui se lit avec émotion en raison du but, de la recherche : «C’est une chose de voyager et d’aller au-devant de nouveaux horizons, et une tout autre chose que de rencontrer son passé, comme une image inconnue de soi-même.»

Les premières lignes : « Lorsque l’idée d’écrire ensemble un livre s’est matérialisée, il nous est apparu que ce ne pouvait être que ce livre-ci : le compte rendu d’un retour aux origine, vers la vallée de la Saguia el Harma, la Rivière Rouge, d’où la famille de Jemia est venue.»Photographies de Bruno BERBEY. Editions Stock 1997, repris en Folio Gallimard.


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