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le guide de lectures > les flâneurs >> Yves LECLAIR


Yves Leclair est né dans les coteaux du Layon en 1954. Il a fait des études de lettres et de musique. Il a publié des recueils de journaux poétiques ainsi que des essais et des récits. Il vit en province. Il est aussi l'éditeur, au Mercure de France, des œuvres complètes de Pierre-Albert Jourdan. C'est un promeneur devant l'éternel.

Sur cette page: Manuel de contemplation en montagne - Éléments bio et bibliographiques.

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En compagnie des poètes orientaux, d'André Dhôtel ou de Yeats, Yves Leclair nous rappelle que nous dormons dans la paume d'un Dieu qui rêve. Entre les bords de Loire et ses retraites pyrénéennes, Yves Leclair compose, loin des foules, une œuvre fertile et mesurée, alternant les exercices d'admiration et la poésie familière. La Table ronde 2005


A la question: que fais-tu? L'auteur répond: je contemple. Quelque chose d'autre se fait en moi. Je disparais dans le décor

>>> Entretien avec l'auteur sur cette page.

Yves LECLAIR - Manuel de contemplation en montagne

Que fais Yves Leclair? Il contemple. Il contemple, autrement dit: il regarde, il écoute, il se gratte la tête (ou le menton), il réfléchit, et il transpose tout ça avec des mots dans un objet qui s'appelle un livre. Et ça donne ça, par exemple.

«Le tas de bois bien aligné en vue des longs hivers.
Le croassement rauque d'un corbeau souligne la densité du silence.»

Yves Leclair contemple, le matin, le midi, le soir. Chaque instant de la journée apporte son lot de choses vues, de surprises, de détours. La contemplation de l'extérieur - je regarde et je vous raconte ce que je vois - mais aussi celle plus intérieure -voilà ce à quoi je pense,  ce que je ressens - s'expriment dans ce manuel qui est comme une incitation à la recherche d'un bonheur dans la nature et d'une paix intérieure (qui semblent bien aller de paire.) L'auteur fait parfois appel à son panthéon et convoque Bashô ou Magris ou Kenneth White, les grands voyageurs, ceux qui savent (ou qui ont su)  «épouser le hasard et sourire à ce qui vient et à ce qui s'en va.»

A propos de l'écriture et du choix de la forme littéraire: c'est plutôt dépouillé. Genre littérature en miette. Autrement dit, des fragments, des aphorismes, des idées et des mots qui forment des phrases qui semblent parfois vagues, mais à première vue seulement. Car l'auteur a pour ambition de rester simple. «Je cherche une parole de premier jet, dépouillée de tout, capable de s'offrir au moins que rien, à ce qui importe, une fois que l'on a vu le grand trait de la mort tirer.»

Rester simple est une idée forte. Comme celle d'entraîner le lecteur, de le prendre par la main pour lui montrer et lui dire qu'il peut aussi accéder à ces moments et à ces plaisirs. «Simplement cela: noter ce que tu vois, ce que tu lis, malgré le foulard d'aveugle dont trop souvent tu te bâillonnes.» Mais il faut quand même faire un petit effort. out n'est pas toujours donné gratuitement. Toutes les beautés ne s'offrent pas toujours du premier coup d'oeil. «Pour qualifier certains ciels, certains moments de lumière, il faut avoir connu la couleur de certaines fleurs: la gentiane, l'ancolie, le génépi...» Il faut donc chercher un peu, et rester... zen. Un état d'esprit bien connu de l'auteur, au vu de la bibliographie qui conclut ce livre.

Ce Manuel est un livre qui aide à réfléchir, peut-être à méditer, en tout cas à «voir plus clair dans l'obscurité.» Un livre qui s'ajoute à la liste de ceux que l'on doit avoir dans le sac à dos lors d'une balade. Essayez de jeter en l'air, au ses propre, quelques phrases de ce livre. Vous verrez, elles retombent souvent dans un coin du cerveau et ont tendance à décrisper, voire à faire travailler quelques muscles faciaux pour transformer un visage vide et éteint en une figure plus sereine, et même parfois un brin intelligente.

Le point de vue de l'éditeur. Ces carnets d'une Chine pyrénéenne, nourris de lectures et de silence méditatif, évoquent les paysages de Wang Wei ou Hiroshige, les grands tableaux de Soulages, le Petit traité de la marche en plaine de Gustave Roud, la leçon de maintien du héron, ou l'emploi du temps des hirondelles.


A lire aussi...

Bâtons de randonnées, éd. La Table ronde, 2007
Manuel de contemplation en montagne, éd. de la Table Ronde, 2005, réed. 2006
Le Voyageur sans titre , éd. Librairie la Brèche, Bergerac, 2005 (place du Marché Couvert, 24000 Bergerac)
Prendre l'air, Mercure de France, 2001

Bâtons de randonnées

Le point de vue de l'éditeur. Douze chapitres, consacrés à chacun des douze mois de l'année. Douze ragas, ces compositions sonores, formées de mouvements mélodiques, qui ont pour effet de colorer le cœur des hommes. Comment ne pas penser également au rythme du ragtime, qui lui aussi cadence en ses variations le battement des cœurs, et la démarche des corps. Entre l'ici et l'ailleurs, l'Occident et l'Orient extrême, le présent et l'éternel, Yves Leclair poursuit, le bâton ou le calame à la main, la promenade méditative entreprise avec son Manuel de contemplation en montagne (La Table Ronde, 2005). Nourrie de nos écrivains d'hier ou d'aujourd'hui, Pline le Jeune ou William Cliff, autant que du Tao-te-king, c'est la même émotion qui circule, et nous enseigne que rien d'humain ne nous est étranger. Qu'il évoque le paysage, ou qu'il entreprenne quelque voyage sémantique au cœur du savoir, de la saveur et de la sagesse, l'autour se conforme au vœu de Hölderlin, qui est d'habiter poétiquement notre terre Loin de toute vaine agitation, ces randonnées illustrent à merveille le mot de Vialatte : le loisir est un état d'âme. La Table ronde 2007.


Prendre l'air

Extrait - Je me souviens qu'une nuit d'hiver, alors que je longeais un fleuve noir bordé d'usines désaffectées, je pris au hasard dans le dédale des ruelles, et que, là, soudain, fumée errante s'échappant d'une lucarne, j'entendis un air de musique étrange, inouï... Il me semble qu'une secrète mélodie hante le fond du monde, ensorcelante, si l'on veut bien prendre le temps de l'écouter un peu. Or, à partir du moment où on l'a entraperçue, on n'aspire qu'à la retrouver. On sait qu'elle vibre un peu partout, mêlée au vent, à tout et à rien, à notre insu. Prendre l'air, donc, sortir de chez son petit moi, de ses enveloppes, par des mues successives. Flanqué dehors, à la porte, certes, d'un certain monde (car nos logements sont décidément trop étroits). Prendre l'air, rattraper la musique sur les routes. Le livre - partition ouverte, aléatoire, émaillée de notes brèves, de légères arabesques, de fugues, de ballades, d'appoggiatures, dans la neige de longues pauses aussi. Les mots viennent se poser comme les oiseaux sur un fil, sur la portée du monde, dans l'air qui fait vibrer l'invisible corde, l'âme du violon. Ces feuillets de route sont, en quelque sorte, le journal polyphonique de petits tours de champ dans le vaste chant du monde, du beau monde. Mercure de France 2001.


Roméo et Juliette

jupe noire très haut fendue
chemisier blanc où germent les seins nus
elle est venue pour allumer une bougie
elle avait l'air très assombri et j'ai pensé
à un deuil un amour perdu m'a regardé
comme si elle cherchait un appui
disparut tandis que je contemplais
près de l'autel en bois sculpté
avec deux lions elle semblait
quand je l'ai croisée devant la statue
de Dante où les pigeons fientaient
et où criaient des bambini
porter beaucoup de colère dans ses yeux gris
pourtant si doux si purs trop purs
pour connaître que l'amour passe
la beauté meurt et que l'absurde
triomphe aussi

(Eglise Santa Maria antica et Piazza dei Signori, Verona, 29 juillet 2003)


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