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Léon WERTH - CochinchineSaigon «ressemble vaguement à un Passy dont toutes les maisons seraient ornées de balustrades Louis XIII et de chapiteaux macaroniques.» Le coin n’est pas désagréable. On y croise des porteuses d’eau chinoises, au long des paillotes, au son de la guitare à deux cordes. Colonisateur ou libérateur ?Le problème est la présence d’un pays dans un autre, autrement dit la colonisation. Le problème c’est que «tous, du gouverneur au gendarme, sont devenus en Asie des potentats.» Ici comme ailleurs, les colons «subissent l’ivresse du nouveau riche.» Et quand le voyageur voit sur leurs visages cette «fierté d’être blanc» il écrit «j’ai honte de mes pattes et de mes pieds d’Européen.» Mais il y a quand même un espoir: la France est à la fois le colonisateur et le possible libérateur, au moins par les idées. «L’oppression nous vient de la France, mais l’esprit de libération aussi», déclarent quelques intellectuels annamites. D’autres sont plus sarcastiques: «si les coloniaux ne nous ont point apporté la culture d’Europe, on ne peut guère leur en faire grief. Ils ne la connaissaient point.» Pour Werth le voyage n’est pas facile. «J’erre» écrit-il souvent. «Pénétrer n’est pas aussi simple.» La barrière de la langue, et celle de la culture. De longues promenades à pied dans les villes, ou de grandes balades en auto à la campagne lui permettent de décrire fidèlement ce qu’il voit. «L’auto me donnait le sentiment d’un voyage cinématographique.» Il s’essaye à la chasse au tigre, sans succès. «Décidemment je ne suis pas chasseur. Je me sens gêné. J’ai le sentiment qu’on dérange les bêtes.» Le jour, la route est blanche, le cyprès est noir. La nuit d’Extrême-Orient «est d’une douceur où rien ne persiste des contraste du jour et du lourd mystère des nuits européennes.» «Connaîtrai-je jamais quelque chose de ce pays?»Ce livre relate un voyage de 1925 et a fait scandale à sa parution en 1926. Comme l’écrit jean Lacouture dans la préface, «le sadisme colonial vivait ses dernières années», et Léon Werth le décrivait sans complaisance, en faisant part, et pas toujours entre les lignes, de ses répulsions et indignations. «Tout ce que j’ai vu je l’ai dit. Et quand j’étais indigné, j’ai fait un effort pour ne conter que les faits.» Werth a parcouru ce qu’on appelait la Cochinchine, et la décrite en reporter et en voyageur, pour nous donner ses descriptions, ses instantanés, ses analyses – ce pamphlet – sur le colonialisme, bien sûr sans le recul que nous avons aujourd’hui, mais aussi ses impressions, ses sentiments, et ces belles pages écrites par quelqu’un qui était ouvert et qui acceptait d’être émerveillé par des paysages, des senteurs, une culture, des goûts nouveaux. Les premières lignes: «C’était l’heure du déjeuner. Je ne sais comment les passagers furent avertis. Quelques uns se levèrent de table et regardèrent par les hublots. On ne voyait au loin qu’une ligne noire et des points, quelques traits d’encre au ras de l’eau. C’était une barque presque immergée, des pêcheurs annamites naufragés. Je n’avais jamais vu de naufrage.» Editions Viviane Hamy 1997, collection Bis. Préface de Jean Lacouture.A lire aussi de Léon WERTH (qui est le dédicataire du Petit Prince): 33 jours, le récit d’un exode sur la route de Paris à Saint-Amour dans le Jura en Juin 40, ce «grand livre» dont parle Saint-Exupéry dans Pilote de guerre ; Clavel soldat, une vision de la mobilisation et de la guerre, un antimilitarisme qui fit scandale en 1919, et surtout Déposition, journal 1940 – 1944, un document exceptionnel sur la France profonde pendant l'Occupation. Editions Viviane HAMY. |
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«Pourquoi ,donc, quittons-nous ce lieu idéalement beau et calme et riche en champignons ? Simplement parce qu’il ne nous reste qu’une semaine à peine, et que notre cœur, comme nous l’avons constaté, tend vers le Sud, vers les figues, les châtaignes, le laurier ; les cyprès, les maisons ornées de balcons, les marchands d’antiquités et ainsi de suite.» FREUD.
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Sigmund FREUD – «Notre cœur tend vers le Sud» Correspondance de voyage, 1895-1923.Petite leçon de psychanalyse : tout sujet est-il saisi par le besoin de partir, d’aller voir ailleurs ? Se sent-il coupable de ce désir ? Réponse peut-être dans cette correspondance. Freud aimait les voyages, les cigares, l’archéologie, les objets de collection et écrire des lettres. C’est tout ça que l’on va retrouver dans cette correspondance sélectionnée, correspondance de voyage, au titre magnifiquement trouvé, mais sans doute nullement destinée à la publication. Les textes sont souvent courts, car griffonnés au verso d’une carte postale. Des moments privés, la plupart du temps, et des descriptions. Ne pas s’attendre à de grandes considérations sur la psychanalyse. Nulle trace du projet d’essai sur le caractère sexuel de l’architecture antique lors du voyage en Grèce de 1904. Mais simplement : «je n’imaginais pas l’Adriatique aussi déserte. Entre hier matin et la nuit, à Brindisi, nous n’avons vu qu’un seul voilier. Hormis cela, aucune créature vivante, pas même un dauphin, une baleine, un thon, un requin.» Armé du Baedeker, déjà le plus célèbre guide, il part sur les routes. Vers l’Italie, dès 1895. Et même si «voyager en Italie n’est en effet pas totalement dépourvu de difficultés. Venise, certes, n’est que plaisir et bien-être, mais à partir de là on tombe sur de petites villes sans le moindre confort.» Et ça ne va pas en s’arrangeant : «Pise est une ville morte et désolée, cochonnerie italienne totale. A Naples, qui vaut vraiment le détour, il ait une telle chaleur que «nous n’avons même pas assez d’énergie pour tourner les pages du Baedeker.» A Rome, ville de tous ses désirs, ça va beaucoup mieux. «Arrivé à Rome après 2h, me suis changé à 3h après le bain, et suis devenu romain.» Freud fera de nombreux voyages. Il n’aime pas se promener seul. La présence d’un tiers rend le voyage plus satisfaisant. Sa femme, Martha, sera la première à l’accompagner. Puis d’autres membres de sa famille ou amis. Entre 1895 et 1923 il parcourra l’Italie de nombreuses fois, la Suisse, la Hollande, la Grèce, l’Angleterre, le Tyrol, jusqu’à son septième séjour à Rome en 1923. Son voyage aux Etats-Unis, en 1909, lui donnera une autre perception de lui-même. Lui qui se pensait un peu méprisé en Europe, sera reconnu par les plus grands comme leur pair. «Quand je suis monté en chaire, à Worcester, pour présenter mes cinq conférences sur la psychanalyse, ce fut comme la réalisation d’un rêve diurne incroyable. La psychanalyse n’était donc plus une chimère, elle était devenue une part importante de la réalité.» Intéressante préface d’Elisabeth ROUDINESCO, qui explique bien les causes et les conséquences des voyages de FREUD dans son œuvre et dans son cheminement qui aboutira aux idées que l’on connaît. Environ 150 reproductions illustrent les voyages, ce qui donne un charme un peu désuet, un effet nostalgique. Parfois d’un intérêt historique indéniable, comme cette carte postale représentant le campanile de la basilique Saint-marc après son effondrement en 1902. Extrait de la lettre du 1er septembre 1900, de Lavarone (Tyrol du sud), adressée à Martha Freud : «Pourquoi, donc, quittons-nous ce lieu idéalement beau et calme et riche en champignons? Simplement parce qu’il ne nous reste qu’une semaine à peine, et que notre cœur, comme nous l’avons constaté, tend vers le Sud, vers les figues, les châtaignes, le laurier ; les cyprès, les maisons ornées de balcons, les marchands d’antiquités et ainsi de suite.» Éditions Fayard 2005. |
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«Je reste convaincu de n’avoir été pour les Dowayo qu’un sujet de curiosité.» Nigel BARLEY
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Nigel BARLEY - Un anthropologue en déroute.J’imagine que les étudiants en anthropologie doivent se tordre de rire en lisant ce livre. Les autres aussi. Un livre dans lequel on en apprend autant sur les us et coutume de l’anthropologue en campagne que sur les populations observées. D’ailleurs l’auteur n’est pas dupe. «Je reste convaincu de n’avoir été pour les Dowayo qu’un sujet de curiosité. L’ennui n’est pas l’apanage des peuples dits civilisés. En Afrique la vie au village est assez morne, pas seulement pour l’Occidental habitué à n’avoir que m’embarras du choix pour se divertir, mais aussi pour les indigènes... J’étais une source de distraction.» L’anthropologie c’est quoi ? Une plongée dans un univers inconnu, en général très différent du milieu habituel. «Mais à quoi ça sert ?» demande un fonctionnaire de la brousse. «C’est mon travail», répond le chercheur. Sûr qu’avec ce genre de dialogue la partie n’allait pas être facile, avec les Dowayo, un peuple du nord du Cameroun. Qui, entre autre particularité, considère qu’une voiture occupée par six personnes seulement est quasiment vide. Nous suivrons donc l’auteur dans ses pérégrinations africaines. Depuis les problèmes d’autorisations diverses, jusqu’aux cérémonies locales bien difficiles à déchiffrer, et plus encore à comprendre. Les récits de la vie quotidienne parmi les Dowayo est un dépaysement garanti. Tout est très bien raconté, et avec pas mal d’humour. Le retour en Angleterre n’est pas évident. Le chercheur revient d’un autre monde. Dans un monde qui a parfaitement fonctionné sans lui, un monde d’opulence qui le met au supplice et dans lequel la conversation est une épreuve épuisante. Livre passionnant, plein d’informations sur des peuples de notre époque, bien loin de nos préoccupations d’Occidentaux. Des leçons à prendre, certainement. Les premières lignes : «Dans ce cas pourquoi ne pas aller sur le terrain ? C’est la question qu’en vint à poser un collègue à la fin d’une soirée bien arrosée consacré à l’examen critique de la situation de l’anthropologie, de l’enseignement, de la vie universitaire en général. Le jugement avait été défavorable. Comme dans la comptine de mon enfance, nous avions dressé un inventaire et retrouvé un placard vide.» Éditions Payot 1992.A lire aussi: Conservateur au British Museum, Nigel Barley allie des talents d'humoriste, d'anthropologue et d'écrivain. Il est l'auteur dans la même collection de plusieurs récits de voyages hilarants: Le Retour de l'anthropologue, L'Anthropologie n'est pas un sport dangereux et L'Anthropologue mène l'enquête. |
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«Allonger le retour c’est un peu retarder notre mort. C’est pourquoi je préfère voyager lentement.» Lorenzo PESTELLI
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Lorenzo PESTELLI - Onze lettres à PénélopeNé en 1935, de père florentin et de mère belge, Lorenzo Pestelli a beaucoup voyagé (notamment en Orient) puis s'est établi à Genève en 1968 où il vécut jusqu'à sa mort accidentelle au Maroc en 1977. N’ayant rien lu de cet écrivain dont on rencontre souvent le nom dans la littérature de voyage, j’ai commencé par ce petit livre. Une incantation, un questionnement. L’auteur, une sorte d’Ulysse sur le chemin du retour après avoir bourlingué en Orient, de passage au Vietnam pendant la guerre, se souvient de sa belle Pénélope et lui adresse ces lettres. Mais tout n’est pas si simple. L’auteur de la postface (Catherine Safonoff) écrit : «Au sens où l’écrivain voyageur possède un logis où il retourne afin de rédiger en paix ses aventures, Pestelli n’en était pas un. Homme en fuite plutôt, toujours et partout de passage.» C’est bien ce que l’on ressent à la lecture. En dehors des considérations sur le lieu, beaucoup de phrases laissent penser que le retour sera difficile, même avec l’idée de retrouver Pénélope. «Un jour, après avoir atteint l’orgasme du plein midi de mon âge, je redescendrai vers les sombres prairies de la mort terminale.» Ou bien : «Allonger le retour c’est un peu retarder notre mort. C’est pourquoi je préfère voyager lentement.» Le texte est lyrique, les lettres sont des sortes de poèmes en prose. Mais, comme le veut cette collection, il n’y a pas assez de matière pour bien connaître cet écrivain. Il faudra donc un jour lire Le Long été. Les premières lignes de la première lettre : Troie est près de la fin ! Question de jours, tout au plus de quelques semaines ! Le piège du cheval est au point. Ici c’est l’année du cheval. Il les engrossera d’une dernière défaite. Nous rentrerons par la porte bâtarde, mais nous serons les maîtres de la forteresse. Et les masques jaunes des Troyennes tomberont. » Édition Zoé, collection Mini Zoé.Né en Italie en 1935, de père florentin et de mère belge, Lorenzo Pestelli s'est établi à Genève en 1968 où il a vécu jusqu'à sa mort en 1977. A lire aussi: Le Long été (éditions Zoe). Quand Nicolas Bouvier et Bruce Chatwin réinventent la littérature de voyage, un autre vagabond sillonne l'Asie en un itinéraire expiatoire. Par son ampleur, son lyrisme et son humanité, Le Long Été évoque L'Odyssée autant que Le Livre des merveilles. |
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25 pays par voie terrestre en histoires et en images |
Claire et Reno MARCA – 3 ans de voyage«Si le départ est difficile, il est, je crois, impossible à qui jamais n’en fixera la date.» Ce long périple commence par l’Afrique «promesse de grandes aventures ». Du Maroc au Sénégal, le Mali, Tombouctou, le Ténéré, le Niger, qui a «envoûté» les voyageurs, même si quelquefois «les galères nuisent brutalement au plaisir de la découverte.» Le Proche Orient est abordé par la Jordanie. Petra, sous la neige, Amman, le Liban. Mais pas Israël, un cachet sur le passeport qui fermerait d’autres frontières. Autre vérité de ce voyage: «la longueur de notre périple ne nous permet pas toujours de passer au bon moment au bon endroit.» Mais Damas en avril «s’annonce idéal», là où «subsiste incontestablement le parfum des Mille et une Nuits.» L’Orient conduit ensuite en Asie, et les ex républiques de l’URSS, jusqu’à la fameuse arche de Torougart qui marque la frontière entre le Kirghizstan et la Chine. C’est le 16ème mois de voyage, et Kachgar n’est plus ce qu’elle était… Le train «en couché dur» conduit les voyageurs vers Urumqui. Le voyage se poursuit jusqu’en Thaïlande, puis envol pour l’Australie. A Sydney c’est «confort et modernité.» Et retour d’un certain silence, par rapport au «vacarme des médinas arabes et des métropoles asiatiques.» Trois mois de travail à la ferme (il faut bien se nourrir) et quarante cinq jours en cargo entre les archipels océaniens: les occupations ne manquent pas, le temps n’est pas compté. Le retour se fera via la Chine et Moscou, au 36ème mois de voyage. Au retour, les deux voyageurs découvrent que l’euro a replacé le franc. Et qu’ils sont bien déconnectés de l’actualité nationale, voire internationale. Il est vrai que «les gens continuent leur vie, pendant votre absence.» Ce livre vaut bien sûr par le récit de ce voyage, mais aussi par sa maquette et son «packaging»: un gros et grand volume, de 300 pages bourré d’images, de dessins, d’aquarelles, de photos, plus de 700 illustrations, et même de quelques livrets insérés. Magnifiques pages consacrées à l’Iran, ou a l’Australie. Mais il faudrait tout citer. A ouvrir, donc, ce gros carnet de voyage, comme un atlas du monde d’aujourd’hui. Le premières lignes: «25 avril 2000. Ceuta. Etrange paradoxe pour ce début de voyage : nous venons de quitter Gibraltar, enclave anglaise en Espagne, et nous débarquons à Ceuta, enclave espagnole au Maroc… Il est à peine 10 heures et nous sommes déjà sur le continent africain qu’hier encore nous regardions à la jumelle. L’air frais du matin balaye le quai.» Éditions Hermé 2005. |
«Assis sur un muret à l’orée de la ville, lamentable carcasse humaine échouée pour rien en ces lieux, toute l’absurdité des voyages m’apparaissait soudain.» Jean-Jacques SALGON
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Jean-Jacques SALGON - Tu ne connaîtras jamais les MayasMagnifique livre, composé de plusieurs courts récits en des lieux et à des époques différentes. A première vue : récits de péripéties, bien racontées, détaillées, instantanés de voyages. Selon l’auteur, le voyage est, quelquefois, une école de patience et d’abnégation. On suivra donc ses aventures en ethnologue transi en Amazonie, en passager d’un convoi de pelleteuses du coté de Tamanrasset ; sur les pas de Rimbaud en Ethiopie, de René Caillé au Mali, à Tombouctou, au Caire. Mais ce livre est bien plus poétique qu’il n’en a l’air. De belles phrases et notions personnelles sur le voyage le parsèment. Voyager à l’envers, ou une drôle de façon de voir les choses. Vue de l’arrière d’une fourgonnette, la route « semblait fuir, livrant bien vite aux lointains, comme à une précoce nostalgie, les endroits que nous venions de traverser sans les voir. » Voyager dans le temps, ou se tromper d’époque : pour « un français qui n’avait pas fini d’assimiler Tristes Tropiques » l’apparition d’Indiens « déjà vendus aux intérêts de Sono ou Marlbory » et pratiquant le football est une sacrée surprise et « ne nous semblaient pas satisfaire à tous nos critères d’authenticité. » L’Amazonie n’est plus ce qu’elle était, même les piranhas « avaient dû signer depuis peu avec les usagers du fleuve Apurimac un pacte de non agression. » Se laisser errer : « j’étais venu ici pour essayer d’être personne, et il ne s’agissait pas de flancher ! » Au risque de se perdre : « assis sur un muret à l’orée de la ville, lamentable carcasse humaine échouée pour rien en ces lieux, toute l’absurdité des voyages m’apparaissait soudain. » Rien de triste dans tout ça. Seulement la réalité, passagère, acceptable. Entre deux moments de joie. La vraie joie du voyageur : « le thé est chaud et sucré, le froid piquant, et la lumière du Sud déjà étincelle. » Et puis, enfin, l’éternelle question : pourquoi voyager ? La réponse de J.J. Salgon : « Comme il y a des poulets prêt à cuire, il y a dans nos têtes, couvés par notre mémoire ou notre imaginaire, des lieux, des situations, des atmosphères, qui ne demandent qu’à se réaliser, et voyager n’est rien d’autre qu’offrir à cette imagerie mentale la possibilité de s’extérioriser, de trouver existence hors des frontières étroites de notre moi, si bien que voyageant, ainsi que le dit joliment Olivier Rolin, nous ne cessons de constater combien les lieux que nous découvrons « n’ont pas changé depuis qu’on n’y est jamais allé. » Un livre à mettre dans le sac à dos, assurément. Les premières lignes :Je me rendais d’Argentine au Chili et pour cela avais choisi de traverser la Cordillère des Andes à l’ouest de Salta. J’arrivai un soir à San Antonio de los Cobrès, un village aux maisons basses, aux rues caillouteuses, accroché au flanc rocheux des montagnes, battu par un vent glacé et dont la population me parut de prime abord exclusivement composée de douaniers et gendarmes. » Collection Autres ciels, éditions L’Escampette 2000. |
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