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le guide de lectures > écrivains et voyageurs >> Jack London


Jack LONDON (San Francisco 1876 - Glen Ellen, Californie, 1916.), grand écrivain qui n'a pas la réputation qu'il mérite. A redécouvrir. Auteur de récits d’aventures plus que de voyages, il me semble que London a néanmoins sa place sur ces pages. La remarquable entreprise des éditions Phébus (collection de poche Libretto), qui republie les oeuvres de London dans des traductions revues et corrigées, donne l’occasion de se replonger dans cette oeuvre importante trop longtemps négligée. Sur cette page:

Jack LONDON - La Route (les Vagabonds du rail) - Le Peuple d'en bas - John Barleycorn (le Cabaret de la Dernière Chance) - Patrouille de pêche - Le Fils du loupLes Enfants du froid - Contes des mers du Sud- La croisière du Snark - Parole d'homme Histoires du pays de l'or (à venir) - L'appel sauvage ou l'appel de la forêt (à venir)


«Le plus grand charme de la vie de vagabond est, peut-être, l’absence de monotonie. Le vagabond ne sait jamais ce qui va se produire à l’instant suivant : voilà pourquoi il ne songe qu’au moment présent.» Jack LONDON


«Tout cela s’appelait l’aventure. Parfait ! Je tâterai, moi aussi, de cette vie-là!» Jack LONDON


Quelques liens un dossier sur Routard.com - Jack London - un blog sur London

Jack LONDON - La Route (les Vagabonds du rail)

«Tout cela s’appelait l’aventure. Parfait ! Je tâterai, moi aussi, de cette vie-là.»

Publié en 1907, ce recueil de récits décrit les exploits d’un London alors âgé de 18 ans, alors qu’il s’était mêlé aux clochards, mendiants, hobos, miséreux et vagabonds en tous genres qui sillonnaient les États-Unis.

Brûler le dur, ou l’art de voyager sans billet. C’est l’occupation principale de London, le hobo. Prendre le train et aller de ville en ville. Mais pas comme tout le monde. Ce qui n’est pas sans danger : «le dessus des compartiments à voyageurs n’est point conçu pour s’y promener à minuit.» Et il n’y a pas non plus d’argent pour manger. Seule ressource, faire la manche, comme on dit aujourd’hui. Alors, dans les villes le vagabond doit inventer en permanence. «Le succès du mendiant dépend de son habileté de conteur.» Il faut inventer des frères et des sœurs. Des histoires. Jusqu’au succès : un peu d’argent, ou un peu de nourriture. Le summum étant le «gueuleton assis», autrement dit une invitation à manger avec ses hôtes autour d’une vraie table. Ce qui n’est pas toujours sans douleurs. Un jour on offre des oeufs à la coque et quelques morceaux de pain à y tremper. «Leurs mouillettes ! Elles disparaissent à vue d'œil. Je n’en faisais guère qu’une bouchée. Si vous saviez comme il est fastidieux de reprendre continuellement ces menues tranches de pain quand on a une faim de loup!» Dans les villes riches ce sont vers les pauvres que les vagabonds se tournent. Ils constituent «l’extrême ressource des vagabonds affamés. On peut toujours compter sur eux : jamais ils ne repoussent le mendiant.»

Mais pourquoi cette vie ? «Le plus grand charme de la vie de vagabond est, peut-être, l’absence de monotonie (...) l’inattendu bondit des buissons à chaque tournant. Le vagabond ne sait jamais ce qui va se produire à l’instant suivant : voilà pourquoi il ne songe qu’au moment présent.» D’autre part, en troquant, en négociant, en volant, «nous ne faisions que songer nos supérieurs, qui, sur une grande échelle, et sous le respectable déguisement de négociants, de banquiers et de magnats d’industries, emploient les mêmes ruses que les nôtres.» Mais en ce temps-là l’art du vagabondage n’est pas de tout repos. Il peut conduire en prison, ou à la mort. Les gardiens de l’ordre veillent. Il faut lire l’histoire ahurissante de l’armée du général Kelly, une troupe de deux mille chômeurs en marche. Il faut lire ces récits, prendre son cas et partir.

Les premières lignes de Confession. «Quelque part dans l'État du Nevada, il existe une femme à qui j'ai menti sans vergogne pendant deux heures d'affilée. Je ne cherche point ici à lui faire mes excuses, loin de là!» (Éditions Phébus, collection Libretto n° 62)


«Le seul spectacle agréable dans l’East End, c’est celui des enfants qui dansent dans la rue sur les airs de l’orgue de Barbarie.» Jack LONDON

Jack LONDON - Le Peuple d’en bas

«Les expériences que je relate dans ce volume me sont arrivées personnellement durant l’été 1902. Je suis descendu dans les bas-fonds londoniens avec le même état d’esprit que l’explorateur, bien décidé à ne croire que ce que je verrai par moi-même…» Ainsi commence la préface, qui donne une idée assez précise de ce qui va suivre : un écrivain, déguisé en clochard, se même à la foule des chômeurs de Londres, dans le but de relater objectivement ce qu’il verra.

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Les premières lignes. «Ce que vous désirez est impossible - telle fut la réponse péremptoire qui me fut donnée par des amis auxquels je demandais conseil avant de m'en aller plonger, corps et âmes, dans l'East End de Londres.» (Éditions Phébus, collection Libretto n° 34)


«Tous les chemins que je suivais étaient détrempés d’alcool.» Jack LONDON


 

Jack LONDON - John Barleycorn (Le Cabaret de la dernière chance)

Oeuvre de l’ambiguïté, comme l’écrit l’auteur de la préface. Ni autobiographie, ni mémoires, ni récit, mais tout à la fois. Écrit en 1912 et publié en 1913, JB est le dernier grand livre de London. Dans lequel un narrateur raconte comment, tout au long de sa vie, une sorte de double l’accompagna en permanence : John Barleycorn, qui ,en Amérique, est la personnification de l’alcool. Pourquoi boit-on, comment, dans quelles circonstances. Faits et geste du whisky, méfaits et geste de l’alcoolique. «Dehors, nous brisions les goulots contre la bordure des trottoirs, et nous buvions.» Et comment faire pour arrêter. Est-il possible de seulement y penser ? «Tous les chemins que je suivais étaient détrempés d’alcool.» Les chemins sont bien connus des familiers de London : la baie de San Francisco et ses pirates, les voie ferrés vers l’Est et ses vagabonds, une blanchisserie, le Klondike et son or, le Snark et la croisière vers Honolulu...

Partout «l’alcool renferme des visions fatales de vérité.» L’alcool, fléau social dans lequel London s’est laissé entraîner, et auquel il faut un jour ou l’autre payer sa dette. Mais de ce «royaume de John Barleycorn» qui sait choisir ses moments pour jouer sa «farce diabolique», il est possible d’en sortir. Par la femme, peut-être. Car les femmes déplorent ce vice de l’homme. Mais surtout : «il ne me sera pas excessivement pénible de cesser de boire le jour où personne d’autre ne boira plus, et où il sera impossible de se procurer de la boisson.» Ces mémoires d’un buveur (et non pas d’un alcoolique) donnent une autre idée, montrent une autre face de London qui, sorti de cette longue maladie, n’en déclare pas moins «Non, c’est une affaire décidée. Je continuerai à boire quand j’en trouverai l’occasion.» Car «je n’aimerais pas revoir tous ces beaux coins du monde autrement que le verre à la main (...) C’est une coutume mentale à laquelle j’ai été entraîné pendant toute ma vie, et qui a fini par s’incorporer à ma substance. J’aime le pétillement des bons mots, les rires énormes, le retentissement des voix d’hommes qui, le verre en main, ont fermé la porte sur la grisaille du monde et se brutalisent la cervelle, histoire d’accélérer leur pouls, leur bonne humeur, leur folie.» A lire JB, on se demande parfois s’il est bien raisonnable de consommer avec modération...

Les premières lignes. «Toute cette histoire remonte à un jour d'élections. Par un brûlant après-midi californien, j'étais descendu à cheval dans la vallée de la Lune, de mon ranch au petit village, voter pour toute une série d'amendements qu'on voulait apporter à la Constitution de l'État de Californie.» (Éditions Phébus, collection Libretto n° 38)


Jack LONDON - Patrouille de pêche (les Pirates de San Francisco)

A 14 ans London connaissait déjà les joies de la dérive dans un petit canot. Plus tard il embarquera pour un métier de marin. Dont celui de patrouilleur dans la baie de San Francisco, à la poursuite des pilleurs d’huîtres et de crevettes. D’où sortiront ces récits, écrits entre 1902 et 1904.

Patrouilleur n’est pas un métier de tout repos. Et «la baie de San Francisco est si vaste que ses tempêtes se révèlent souvent plus désastreuses pour les grands navires que l’océan déchaîné.» La bagarre quasi quotidienne avec les Chinois est rude. Quand ce n’est pas Alec, le roi des Grecs, celui qui ne s’est jamais fait prendre par la patrouille, qui s’y met. C’est un peu comme en mer, entre pirates et flibustiers. Pas de digressions, dans ces récits. Que de l’action. On se pourchasse, on tire des coups de feu, on chavire, on coule. La loi doit être respectée, même par ceux qui passent outre tout simplement pour survivre, et qui considèrent alors la patrouille comme un ennemi naturel. Le lecteur en sortira un peu groggy. Mais il aura appris moult techniques de braconnage maritime. C’est très intéressant.

Le recueil est complété par diverses nouvelles, dont «un typhon au large des côtes du Japon», premier texte écrit par London. D’autres histoires de marins et de voiliers. Pour mieux comprendre comment la mer avait été, pour London, l’un des éléments les plus importants de sa vie.

Les premières lignes. «La baie de San Francisco est si vaste que ses tempêtes se révèlent souvent plus désastreuses pour les grands navires que l'océan déchaîné.» (Éditions Phébus, collection Libretto n° 45)


A lire, à voir: LANSAC, Philippe - Grand Nord. Sur les pas de Jack London, aux éditions du Garde-temps 2004. Des récits de London sur le Grand Nord accompagnent ce voyage au Klondike, qui nous emmène à la rencontre de personnages chers à l'écrivain : trappeurs, Indiens, conducteurs de traîneaux, missionnaires ou chercheurs.

Jack LONDON - Le Fils du loup

Prenez une carte, ou un atlas. Au nord-ouest de l’Amérique du nord, au nord de Edmonton, cherchez la Yukon River, la ville de Dawson, le plateau du Klondike. Vous y êtes. Vous êtes dans le «Silence blanc», l’un des sortilège de la nature pour convaincre l’homme qu’il est mortel. Vous êtes dans le «pays lointain», là où l’on doit «faire table rase des enseignements reçus jusqu’alors, pour se plier aux coutumes de cette contrée neuve pour nous.»

Le pays est rude, la nature es sauvage. La nuit dure plusieurs mois. Les distances sont énormes. Les chemins de glace. Les chiens de traîneaux sont affamés. La fortune est incertaine. Mais on peut s’allier la nature, composer, faire avec. Avec l’homme c’est rarement possible. «La vraie difficulté surgira lorsqu’il devra non seulement se plier à toutes ces conditions, mais encore s’adapter au caractère de ses compagnons.» Pourtant, là comme ailleurs, on vit, on communique, on s’aime.

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Les premières lignes de Le Silence blanc. «Carmen ne tiendra pas plus de deux jours. Mason cracha un morceau de glace et regarda d'un air désolé le pauvre animal. Puis il porta à sa bouche l'une des pattes du chien et se mit à briser avec les dents la glace qui s'était formée entre les orteils de la malheureuse bête et la blessait cruellement.» (Éditions Phébus, collection Libretto n° 51)


Jack LONDON -Les Enfants du froid

Je n’avais pas ce souvenir de LONDON. Je n’avais peut-être jamais lu ces nouvelles. On bien je ne les avaient pas lues comme ça. J’ai le souvenir d’aventures somme toute assez douces, même si elles se déroulaient, je crois, dans le Grand Nord. Mais la neige, les chiens, les traîneaux, les ours, étaient les accessoires d’un décor sans risque (ou si peu) ; la vie ressemblait à un film d’action, et tout finissait bien. LONDON ce n’est pas ça. Les Enfants du froid est un recueil d’histoires terrifiantes. Il y a du sang sur la neige.

C’est la loi de la vie, vue par les indiens du Klondike, racontée par LONDON qui y fit un séjour pour quelques grammes d’or. La loi de la vie. Les paysages du nord ont leur charme. Mais à condition de ne pas les quitter. Mésaventure qui arriva à Nam-Bok le hâbleur. Un jour son canoë dériva, et il se retrouva dans un autre monde. Quand il revint après une longue absence, «il promena les yeux sur cette scène, mais elle n’offrait pas le charme que ses souvenirs lui avaient promis. Pendant toutes ses années de voyage, il l’avait embellie dans ses rêves, et maintenant il se trouvait déçu en face de la réalité. L’existence simple et morne de ces gens, pensait-il, n’était nullement comparable à celle dont il avait pris l’habitude.»

Il va raconter ce qu’il a vu et vécu. A ces utilisateurs de pirogues il va tenter d’expliquer «l’énorme canoë», en traçant des mats et des voiles sur le sable ; d’autres maisons, «plus grande à elle seule que toutes les maisons bâties par nous et nos pères avant nous.» Il s’adresse à son peuple, à sa famille, à sa mère. Mais personne n’entend. «Cela n’est pas dans l’ordre des choses.» Ou bien «non, nous ne comprenons pas, nous ne pouvons pas comprendre.» Autre monde, autres mœurs. Quasiment chassé, Nam-Bok n’a pas d’autre choix que de repartir. En prenant place sur un canoë, comme bien des années plus tôt. Mais volontairement, cette fois. Sa mère hésitera un instant à monter avec lui dans la frêle embarcation. Et finalement, sous le poids dans ans et des traditions, renoncera. «Je suis âgée, Nam-Bok, et bientôt je passerai parmi les ombres. Mais je ne désire pas m’en aller avant mon heure. Je suis vieille, Nom-Bok, et j’ai peur.»

Un rayon de lumière, déchirant les ténèbres, enveloppe l’homme et le bateau d’une gloire de pourpre et d’or. Alors, tous les pêcheurs se turent, et on n’entendit plus que le mugissement du vent d terre et les cris des mouettes qui volaient bas dans l’air.»

J’en ai peut-être un peu trop dit de cette nouvelle. Mais il reste les autres. Aussi dures, aussi loin de nos habitudes. Comme Dans les forêts du Nord, qui narre une coutume aussi glaciale qu’inhumaine. Ou La Ligue des vieux, «la meilleure nouvelle que j’aie jamais écrite», dira London. Un grand livre, d’un immense écrivain.

Les premières lignes de Dans les forêts du Nord : «Après une marche exténuante en plein cœur des Solitudes, une fois dépassés les derniers bois rabougris et les dernières broussailles, on pourrait croire que le Nord, dans sa ladrerie, a renié la terre, si on ne découvrait tout à coup d’immenses horizons de forêts et d’étendues souriantes. Ce bout du monde commence à peine à être connu ; de temps à autre des explorateurs y sont allé, mais jamais ils ne sont revenus raconter ce qu’ils y avaient vu.» (Éditions Phébus 1999, collection Libretto)


Jack LONDON - Contes des mers du Sud

«Manger ou être mangé», telle était la question. Effroyable. Et pourtant, il semble bien que dans les «paradis» des mers du Sud, à une époque pas si lointaine, les moeurs étaient assez rudes. Comme étaient forts et rudes les colosses habitants des lieux. Est-ce l’arrivée de l’homme blanc qui a foutu une telle pagaille ? Possible. Probable, même, si l’on en croit ce qui nous est raconté ici.

LONDON écrit ces contes en 1911, alors qu’il voyage sur le Snark en Polynésie. Mélange de choses vues, et surtout entendues. Des histoire qui circulent encore, et qui font froid dans le dos. Ici un paisible pécheur raconte comment ses ancêtres sont devenus complètement serviles d’un blanc jusqu’à accepter ses brimades sans objet. La récolte était impossible devant les risques de vengeance et la puissance de feu. Ailleurs on était également à plat ventre, mais jusqu’au jour où l’on trouva la faille. Le supplice d’une friction à la moufle en peau de raie sera particulièrement atroce. Dans un autre conte les indigènes ne jurent que par leurs massues, même devant un missionnaire a priori pacifique.

«-Tu parles beaucoup, gronda le bouli. C’est maintenant à mois de prendre la parole.

Et il souleva des deux mains sa massue, puis la laissa retomber. Toujours blotti parmi les femmes et les nattes, Naraou entendit, en frissonnant, le choc lourd du coup. Le chant de mort s’éleva, et il comprit que le corps bien aimé du missionnaire était traîné vers le funeste four.»

Contes des «terribilissimes îles Salomon», où «le fatidique homme blanc» navigue dans un décor de lagons bleus, mais où fusillades et massacres parsèment un parcours peu reluisant, déjà vu ailleurs, d’exploiteur et d’esclavagiste, à cause de quelques richesses terrestres, mais aussi au nom d’un Dieu et d’une foi qui ont également fait des ravages en d’autres temps et en d’autres lieux. Violence inouïe et incompréhension totale, pour résumer.

Les premières lignes de «la maison de Mapouhi» : «Ses lignes lourdes et sa silhouette pataude n’empêchaient pas la goélette de commerce l’Aoraï d’évoluer avec aisance sous la brise légère qui la mena docilement au vent d’Hikueru, où son capitaine, aux abords de la barre du chenal, mit à la cape.» Éditions Phébus 2001.


«Le Snark est né sous une mauvaise étoile.» Jack LONDON


 

Jack LONDON - La croisière du Snark

Le projet : un voyage de sept ans autour du monde. La réalité est moins glorieuse : une croisière d’un an et demi (1907-1908), de San Francisco à Sydney, en passant par Hawaii, les Marquises, Tahiti, Samoa, Fidji, les Nouvelles Hébrides et les Salomon, à bord d’un voilier «mal né», un bateau naufragé avant d’avoir pris la mer baptisé le Snark, comme le titre d’un livre de Lewis Carroll. Les raisons de ce voyage : la lecture de Sailing alone around the world, de Slocum, et Stevenson, qui est passé par là vingt ans plus tôt. Et par défi : pour voir ce que peut faire une créature « faillible et frêle, gelée tremblotante animée de palpitations » face aux forces naturelles, « menaces colossales, titans de destruction, monstres sans le moindre sentiment. »

Les ennuis débutent dès la construction. Premiers avatars : le lest du bateau est coulé le matin du grand tremblement de terre de San Francisco. Et la construction confiée à des ateliers plus ou moins foireux, est un gouffre financier, même si les ventes importantes de Croc-Blanc assurent une partie du financement. Finalement l’heure du départ sonne. L’équipage est composé, en dehors de Charmian, l’épouse, de compagnons plus ou moins marins, et plus ou moins sociables.

Premier arrêt : Pearl Harbor, qui n’est encore qu’un relais charbonnier de l’U.S. Navy. Honolulu, Hawaï, où l’on découvre le surf avec l’auteur et les pionniers de ce sport, jeunes dieux hâlés par le soleil qui chevauchent la mer. Plus tard, entre deux tempêtes, London a le temps de lire Typee, de Melville, avant d’accoster aux Marquises. Ces régions alors difficilement fréquentables sont l’occasion de longs récits entre aventure et ethnologie. Pirogues, indigènes, chasseurs de têtes, massues, arcs et flèches… C’est au cours de ce voyage difficile que London fera des rencontres qui lui inspireront les Contes des mers du Sud, écrit sur le bateau, tout comme Martin Eden. Finalement, las des complications inextricables, et malade comme un chien, London jette l’éponge dans un hôpital en Australie.

La Croisière du Snark est composée d’articles que l’écrivain adressait aux revues au fil des escales. Et cette édition donne les photos de l’éditions originales, voulues par London. Enfin, des documents inédits et un dossier annexe très intéressant complètent cet ouvrage de référence.

Les premières lignes : «Tout commence à la piscine de Glen Ellen. Entre deux longueurs, nous sortons de l’eau pour nous étendre sur le sable, laisser notre peau respirer au grand air et se gorger de soleil. Roscoe est yachtman ; j’ai pour ma part quelque peu navigué : inévitablement nous parlons bateaux.» Première édition intégrale illustrée (le seul livre de London volontairement illustré par l’auteur), éditions Ouest France 2002, bibliothèque de la mer, réédition Phébus Libretto mai 2006


>>> A lire aussi

Jack London, par Jennifer LESIEUR

Mort à quarante ans, brisé par la gloire et les excès, consumé par sa propre énergie, Jack London (1876-1916) aura vécu cent vies: ouvrier, pilleur d'huîtres, chasseur de phoques, chercheur d'or, militant socialiste, correspondant de guerre, agriculteur... Autant de métiers, autant de best-sellers. Jennifer Lesieur s'est penchée sur le cas London. Elle a retracé, mile par mile, la route de l'auteur de Martin Eden, foulé ses terres, croisé ses fantômes et retrouvé au passage un manuscrit inédit, Carnet du trimard, publié en 2007 chez Tallandier. Découvrez l'histoire de Jack London, l'écrivain du rêve américain.Tallandier 2008.

Les orientations bibliographiques suivantes concernent la littérature «voyageuse» de LONDON, et sont données avec les commentaires de l'éditeur.


 

Smoke Bellew. (Belliou la fumée)

C'est avec ce livre de 1912. sorte de roman découpé en nouvelles, que Jack London fait ses adieux au Klondike de la ruée vers 1'or. Et si l'on décèle entre les lignes un rien de nostalgie, c'est - pour une fois - la bonne humeur qui domine... encore qu'à l'arrière-fond se laisse entre percevoir (comment faire autrement?) toute l'âpreté de la lutte pour la vie. Un récit, un ensemble de récits, à tonalité picaresque, mais, auquel la figure du héros - prototype du bon zigue touchant de maladresse, Candide égaré parmi les chercheurs d'or, jamais découragé dans son désir d'aider les copains - prête une couleur résolument bon enfant. Phébus - Libretto.

Le Klondike

Magellan & Cie collection Heureux qui comme...

 

Fils du soleil

De retour de sa croisière à travers le Pacifique Sud, Jack London, qui vient de publier Martin Eden (1909) et Radieuse Aurore (1910), compose, sous la forme de huit nouvelles, ce véritable roman des mers du Sud, le récit haut en couleur des aventures de David Grief, dandy de la bourlingue et capitaine du Wonder (La Merveille), qui mène un commerce houleux avec ses contemporains plus ou moins civilisés: un gaillard policé mais rude - il sait très bien rendre la monnaie d'une pièce - qui va se trouver aux prises avec tous les malfrats, escrocs, toqués, alcooliques et trafiquants du Tropique... Où London adresse un filial hommage au Stevenson de L'Île au Trésor et au Daniel Defoe de Robinson Crusoé. Phébus - Libretto.

Radieuse aurore

Radieuse Aurore (1910) est le plus désillusionné des romans de London. Soit l'aventure picaresque d'un chercheur d'or risque-tout et généreux qui ne craint pas de tenter le sort et devient, rentré au pays, un as de la finance; puis un révolté; puis une sorte de Candide résigné à cultiver son jardin... Phébus - Libretto.

Michaël, chien de cirque

Tribulations dans les mers du Sud, puis à San Francisco et à New York, où les cirques font chapiteau comble d'un chien trop doué pour ne pas attirer les pires convoitises... Publié en 1917, ce roman, qui n'a sûrement pas été écrit pour la jeunesse, est sans doute l'un des plus terribles de London. Où l'on découvre que si l'homme est un loup pour l'homme, pour l'animal il n'est rien d'autre qu'un monstre. On raconte que l'Amérique en fut tellement secouée qu'en moins de dix ans la vie des animaux de cirque en fut changée du tout au tout... Phébus - Libretto.

Les Mutinés de l'Elseneur

Un romancier blasé et déprimé, soucieux de se refaire une santé au bon air du large, s'embarque à Baltimore à bord d'un des derniers grands voiliers de commerce qui rallient encore la Californie en faisant le grand tour par le Cap Horn. Le capitaine a convié sa fille à être de la croisière - avec son piano ! L'écrivain-voyageur, lui, s'est contenté d'emmener avec lui, outre quelques livres, sa carabine préférée et dix mille cartouches... Écrit au sortir d'une grave dépression éthylique, le livre pose avec une violence inouïe la question qui tourmente alors l'écrivain: celle de la force brute et du mal, dans une société régie par la loi du plus fort. Selon J.F. Deniau, auteur de la préface, peut-être le plus fort des romans de Jack London, certains pensent le plus noir. Phébus - Libretto.

Parole d'homme - Histoires du pays de l'or

Composé et publié dans le sillage de L'Appel sauvage (L'Appel de la forêt), ce recueil de huit nouvelles particulièrement âpres, publié au printemps 1904, tente d'approcher ce qui pourrait bien être une éthique du monde sauvage. Phébus - Libretto.

L'Appel sauvage ou l'Appel de la forêt

C'est le plus grand livre que London aura consacré au monde du froid, mais c'est beaucoup plus que cela : par-delà l'aventure du chien Buck, entraîné dans la terrifiante ruée vers l'or du Klondike, rudoyé et humilié par la chiennerie humaine, c'est le plus bel hymne que le grand écrivain américain ait composé à la gloire - ambiguë - du monde sauvage. Michel Le Bris a  préfacé cette édition d'un texte à ses yeux capital, que les lecteurs de langue française, aussi étrange que cela paraisse, n'ont pu lire longtemps que dans une traduction aussi incomplète que peu fidèle. Sous un titre enfin conforme à l'original (The Call of the Wild). une redécouverte, qui sera, pour le plus grand nombre, une véritable découverte. Phébus - Libretto.

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Le loup des mers

Dès sa parution en 1904 Le Loup des mers fut reconnu comme un chef-d'œuvre du roman d'aventures, ce qui consterna London, lequel avait rêvé là d'une sorte de roman total, comme avait pu être un demi-siècle plus tôt le Moby Dick de Melville. Fasciné à l'époque par les idées de Nietzsche - qu'il cherchera à réfuter plus tard sans pouvoir vraiment s'en détacher -, le combat des hommes qu'il évoque, affrontés à un océan aveugle et sourd, c'est d'abord celui de l'Idée contre ce qu'il est convenu d'appeler le Réel. La tempête, les mutineries réprimées, la chasse aux phoques sont bien là, certes, et violemment là même. Mais comme autant d'hameçons lancés au lecteur sédentaire en attente d'un autre espace où l'Esprit puisse s'ébattre dans un monde à sa mesure. Phébus - Libretto.

Martin Eden

Le plus romanesque des romans de London - et le plus autobiographique aussi. Enfin, pour la plupart des lecteurs d'aujourd'hui, son chef-d'œuvre. Martin Eden, écrivain né dans les bas-fonds, tombe amoureux d'une bourgeoise, et pense tenir sa revanche sur la vie en partant à la conquête du succès. Dure sera la chute... De qui raconte-t-on ici l'histoire : de Martin, de Jack?... Cette ambiguïté ne fait qu'accroître encore l'étrange fascination que ce texte n'a cessé d'exercer, depuis l'origine, sur des millions de lecteurs. Phébus - Libretto.

Une fille des neiges

La ruée vers l'or à la fin du XIXe siècle, le Grand Nord et les paysages grandioses du Klondike, tels sont les éléments qui servent à Jack London pour composer son premier roman en 1902. Au sein d'un univers inhospitalier, où il faut être fort pour survivre, mais où entraide et solidarité ne sont pas de vains mots, il nous entraîne à la suite de son héroïne, Frona Welse, dans un tourbillon d'aventures dramatiques. Personnage étonnamment moderne, la jeune femme, qui, après avoir fait ses études, revient au pays partager l'existence rude des prospecteurs, se révèle dans ce grand roman d'amour et d'action. Celui-ci annonce les chefs-d'œuvre à venir - notamment L'Appel sauvage (L'Appel de la forêt).

Histoires des îles

Longtemps restées inconnues en France, ces treize histoires ont toutes pour cadre Hawaii, où l'auteur a plusieurs fois séjourné. On est pourtant loin de l'univers de rêve que certains imaginent... London, fasciné par les croyances ancestrales de l'archipel, fait ici œuvre d'ethnologue presque autant que de romancier. Et, si la lumière et la sensualité des îles le fascinent, le militant humaniste qu'il a toujours été n'oublie jamais que, pour beaucoup de gens, elles sont tout sauf un paradis. Phébus 2007.

Construire un feu

Nous retrouvons ici l'univers du Grand Nord et de la ruée vers l'or, celui des Enfants du froid ou d'Une fille des neiges. L'humour, parfois grinçant ou franchement noir, est omniprésent, ce qui n'exclut pas des situations souvent dramatiques. La nouvelle qui donne son titre au recueil - appréciée de Lénine et de Che Guevara! - est à coup sûr l'une des plus célèbres de son auteur. Cette histoire d'un homme seul confronté à une situation désespérée et luttant pour sa survie dans des conditions climatiques insupportables lui tenait tellement à cœur qu'il en a même donné deux versions, dont on pourra apprécier les différences. Qu'elle se termine mal on bien, elle constitue une magnifique leçon d'énergie et de courage. Phébus 2007.

Le Dieu de ses pères

Poursuite de la réédition des textes de Jack LONDON chez Phébus / Libretto avec Le Dieu de ses pères. De son expérience dans le Grand Nord Jack London a tiré des textes poignants, à la beauté brute et intense. Les nouvelles qui composent ce recueil annoncent de bien des manières les grands romans futurs. notamment L'Appel saurage et Croc-Blanc. Dans cet univers extrême, dominé par la glace. et le règne animal, les hommes n'ont d'autre choix que de se dépouiller des conventions et des faux-semblants pour se confronter à l'essentiel. Face à une nature impitoyable, chacun se révèle à lui-même, dans ses faiblesses homme dans sa grandeur.


Éléments biographiques

Jack London le vagabond magnifique

Par Yves SIMON, aux éditions Mengès 2009, collection Destons. Le parcours chaotique de Jack London, né à San Francisco en 1876, a enflammé l'imaginaire de générations de lecteurs à travers le monde. Yves Simon a succombé à la fascination de ce baroudeur, devenu un immense écrivain, et dresse un portrait personnel et tendre de cet éternel mélancolique, qui à l'instar de Jack Kerouac, Joseph Conrad ou Robert Louis Stevenson, ne sut vivre et écrire que sous la menace permanente du coup de corne.

Jack London, le mangeur de vent. Récit d'une rêverie voyageuse, par Guillaume CHÉREL

L'auteur de cette biographie s'abandonne à une rêverie voyageuse, un récit sentimental et subjectif, une célébration contagieuse. Le voici donc qui se retrouve au pays de London, chercheur d'or et apprenti écrivain. Il débarque après lui à San Francisco, traverse Oakland, monte jusqu'à la Vallée de la Lune, rêve des mers du Sud. Dans le train des Étonnants Voyageurs, en route vers Saint-Malo, il tombe sur Jim Harrison. Le borgne grandiose lui parle de London. London était-il raciste ? Sa mort reste-t-elle mystérieuse ? Entre deux anecdotes, trois réflexions, Chérel répond à ces questions redoutables. Il nous invite aussi à tout relire. Flammarion 2000.

Jack London. Entre chien et loup

Enfant du XIXe siècle, Jack London entame sa carrière d'écrivain avec le siècle nouveau. De cette époque charnière, il partage les révoltes, les espoirs, les contradictions, les préjugés et les aveuglements. Croyant à la parfaite adéquation entre l'expérience et l'œuvre, il prend la plume et parcourt le monde, un livre à la main, emporté par le mouvement d'une écriture forcenée. Ironie du sort, de sa production méthodiquement programmée la postérité retiendra surtout L'Appel de la forêt, bestiaire fabuleux, jailli dans la spontanéité de l'instant. Par SImone CHAMBON et Anne WICKE, Belin 2001.

Jack London - Revue Europe 844-845 de Août - Septembre 1999


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