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le guide de lectures > écrivains et voyageurs >> Blaise Cendrars


Faut-il encore présenter ce bourlingueur pour qui la vie errante fut une façon d’être ? La rééditions des oeuvres complètes chez Denoël nous invite à relire ce grand écrivain. Sur cette page : Miriam CENDRARS- Blaise Cendrars, l'or d'un poète. Blaise CENDRARS:  - Au cœur du monde - L'Or - Hollywood, la Mecque du cinéma -


«Il ne faut pas juger un pays où l’on vient passer une quinzaine, uniquement sur ce qu’il vous est donné d’observer dans le hall d’un palace ou d’apercevoir par la fenêtre d’un sleeping.» Blaise CENDRARS


 

 

Miriam Cendrars - Blaise Cendrars, l’or d’un poète

Ce petit livre, richement illustré comme d’habitude dans cette collection, écrit par sa fille Miriam, sera un excellent point de départ pour la découverte de cet auteur.

Né à La Chaux-de-Fonds le 1er septembre 1887, Frédéric-Louis Sauser aura très vite la sensation qu’il est de trop et l’envie de se sauver. Ce qui le conduira en 1804 à travers le Russie, puis à New York en 1911. Ces années d’aventures et de misère déboucheront sur sa première oeuvre, les Pâques, et sur un nouveau nom, comme pour une renaissance. Après les cendres, la braise. Blaise Cendrars : «je suis le premier de mon nom, puisque c’est moi qui l’ai inventé de toutes pièces.»

De retour à Paris, Cendrars fréquente les peintres et les poètes de Montmartre et de Montparnasse. Apollinaire l’aidera à publier son premier livre, Pâques à New York, et Sonia Delaunay illustrera la Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France, un livre inouï, le premier «livre simultané», peu reconnu à l’époque, considéré aujourd’hui comme un chef-d’œuvre.

Puis c’est la Première Guerre, et le bras droit arraché. Désormais Cendrars écrirai de la main gauche, et durant plusieurs années n’aura en tête que deux mots : partir, et écrire. Le Brésil et l’Or. L’Amérique et Rhum, ou Hollywood. LA deuxième Guerre le laissera sans voix. Puis il retrouvera une nouvelle période créatrice. L’Homme foudroyé, «des mémoires sans être des mémoires.» La Main coupée, effroyables souvenirs d’une autre guerre. Suivront Bourlinguer, le Lotissement du ciel. A la fin des années 50 Cendrars connaît une certaine gloire, «comme les cocus, je suis le dernier à y croire», avant de s’éteindre le 21 janvier 1961.

Poète, reporter, écrivain, journaliste, romancier, bourlingueur, éditeur, cinéaste, voyageur... Cendrars aura beaucoup vu et beaucoup vécu. «Les vies grouillantes sont les plus belles. Je grouille.» Il reste une oeuvre riche, au ton souvent vif, rapide, sans fioritures. (Éditions Gallimard, collection Découvertes.)


BlaiseCENDRARS - Au Cœur du monde

Les poèmes rassemblés sous le titre " Feuilles de routes " datent de 1924, et ont été rapportés d’un voyage en Afrique et en Amérique du Sud. Après un échec dans les studios de cinéma à Rome, Cendrars traverse l’Atlantique et se rend au Brésil, qui deviendra la " deuxième patrie spirituelle " de l’auteur.

L’EQUATEUR

L’océan est d’un bleu noir et le ciel bleu est pâle à coté
La mer se renfle tout autour de l’horizon
On dirait que l’Atlantique va déborder sur le ciel
Tout autour du paquebot c’est une cuve d’outremer pur

Voiciune autre incitation à l'évasion:

ILES

Iles
Iles
Iles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
(...)
Ils inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller jusqu’à vous.

Une grande bouffée d'air pur.

Au cœur du monde. Oeuvres complètes, tome 3, éditions Denoël 2001.


Blaise CENDRARS - L'Or

En 1939, Johann August SUTER est à San Francisco, «des huttes de pêcheurs en terre battue. Des cochons bleus qui se vautrent au soleil, des truies maigres avec des douzaines de petits.» Il a abandonné la Suisse, femme et enfants, et vient chercher fortune en cette Californie à l’époque encore peu fréquentée. C’est avant la ruée vers l’or, et bizarrement c’est cette ruées vers l’or qui le ruinera. Comment ? A vous de lire cette histoire de vie héroïque, d’homme foudroyé. A partir d’un fait réel, mais quelque peu romancé comme Cendrars sait le faire. Et comme il le dit lui-même : la vérité c’est comme je vois et comme je pense. Ce récit se lit très bien, si l’on aime le style reportage de l’auteur : phrases brèves, sans effets, flashs, informations succinctes mais claires et suffisantes.

Les premières lignes : «La journée venait de finir. Les bonnes gens rentraient des champs, qui une bine sur l’épaule ou un panier au bras. En tête venaient les jeunes filles en corselet blanc et la cotte haut plissée. Elles se tenaient pas la taille et chantaient.» Éditions Denoël 2001, oeuvres complètes volume 2.


Blaise CENDRARS - Hollywood, la Mecque du cinéma

Dans les années 30, le voyage à Hollywood est à la mode. Cendrars, qui a déjà trempé dans le cinéma, ne peut y échapper. Sur place, il découvre «un des plus grand phénomène de l’optique américaine : le trompe-l'oeil, qui finit par tromper la raison elle-même». A Hollywood, «toutes les rues mènent... à un studio.» Ou plus exactement à un mur qui, comme une muraille de Chine, entoure, protège, interdit l’accès à ces antres surprotégés qui ne délivrent qu’un seul message inscrit de façon visible et compréhensible dans toutes les langues : N’entrez pas ! Ce que Cendras fera. Il ne rencontrera pas les personnages importants de l’époque (l’interview d’Ernst Lubitch se passera au téléphone), sinon quelques experts en sex-appeal, les maquilleurs, fabricants des stars, dont le jugement «comme celui du pape en matière de religion, passe pour être infaillible quand il s’agit de la beauté portée à l’écran.» Quelques futures stars ont peut-être croisé son chemin ou ses nuits dans les bars, qui sait, celle qui n’ont qu’une formule à la bouche: «Donnez-moi seulement une chance, et je percerai ! I’ll strike it !»

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Les premières lignes de Hollywood 1936 : «Des rues. Des rues. Des rues. Des rues. Le désordre y est tel et la vie y est si intense, bigarrée, extravagante, que cela ne ressemble à rien de connu.» Oeuvres complètes, tome 3, éditions Denoël 2001.


ROURÉ, Jacques - Blaise Cendrars sans visas, dessins de Pierre FRANÇOIS, aux éditions L'Archange Minotaure 2004.

 

A lire aussi: L'œuvre de Blaise Cendrars (1887-1961) est reconnue aujourd'hui comme l'une des plus fascinantes du XXe siècle. Par son ampleur comme par sa diversité, elle prend place au cœur de notre modernité. Se refusant à séparer la vie de l'écriture, l'Homère du Transsibérien, comme le surnommait John Dos Passos, a fait poésie de tout : poèmes (Les Pâques, Le Panama), romans (L'Or, Moravagine), essais (Aujourd'hui, scénarios (La Fin du monde), reportages (Hollywood) ou mémoires (Bourlinguer). Les légendes qui n'ont cessé d'environner le bourlingueur au nom flamboyant ne masquent plus l'ambition visionnaire d'un grand créateur de mythes. Voici quelques propositions: une bio...

Blaise Cendrars. La Vie, le Verbe, l'Écriture, par Miriam CENDRARS. Édition revue et augmentée, aux éditions Denoël. La récente découverte de manuscrits, correspondance et documents inédits ont permis d'établir cette nouvelle édition, revue et augmentée en novembre 2006.

... et une description des 15 tomes parus chez Denoël. Les commentaires sont ceux de l'éditeur.

Dan Yack

Le Plan de l'Aiguille et Les Confessions de Dan Yack, réunis par Cendrars en 1946 dans une version remaniée et sous un nouveau titre: Dan Yack, appartiennent-ils bien au même univers romanesque ? Ce livre de dissonances vire sans cesse du burlesque au tragique, de la violence au rire, du drame à la pantomime. Quant à Dan Yack, ce milliardaire anglais au nom bizarre, il échappe à la saisie. D'abord présenté à la manière de Charlot, il resurgit sous les traits d'un héros en proie au mal du siècle. Dans le tourbillon des aventures qui l'emportent à travers le monde, une question pourtant ne le quitte pas: est-il possible de changer sa vie ? Et à quel prix ? Dan Yack reste le plus secret des grands romans de Cendrars, celui qui touche au plus brûlant, au plus intime.

L'homme foudroyé suivi de Le sans-nom

A quoi tient, dans L'Homme foudroyé, cet air de fête, cette jubilation de l'écriture dont rendent mal compte un titre aux couleurs tragiques et tant d'épisodes marqués par la guerre, l'échec ou la mort? Qu'est-ce qui pousse Blaise Cendrars à écrire à son ami Jacques-Henry Lévesque que c'est là ce qu'il a fait de meilleur à ce jour, et à Raymonde, sa compagne, que c'est le meilleur livre du monde? C'est dans le traitement du temps qu'il faut sans doute chercher les éléments d'une réponse. Le désordre savamment rhapsodique de ce livre à la composition fascinante répond à une ambition de démiurge : créer en secret l'écriture de l'éternel retour.

La main coupée suivi de La main coupée (1918) et de La femme et le soldat

En août 1914, un jeune poète suisse s'engage comme volontaire étranger dans l'armée française. Un an plus tard, Blaise Cendrars perdra sa main droite au combat. Dans La Main coupée, il revient sur la petite guerre dans la grande qu'il menait avec son escouade dans les tranchées de la Somme. La Main coupée est un monument aux morts de la Grande Guerre, comme ceux sur lesquels on a inscrit, année par année, les noms des disparus, morts identifiés mais morts obscurs, sans gloire. Blaise Cendrars a prélevé dans sa mémoire les bribes de la vie et de la mort de ses compagnons de combat, des hommes ordinaires, tragiques ou cocasses, échappant à toute vision héroïque ou édifiante.

Moravagine suivi de La Fin du monde filmée par l'Ange N.-D. et de L'Eubage

«Un monstre, je te dis...», lance Blaise Cendrars, lorsqu'il annonce à son ami Jean Cocteau, le 1er septembre 1917, qu'il vient de mettre le point final à La Fin du monde. Neuf ans plus tard, le roman paraîtra sous le nom de son inquiétant héros, Moravagine. Enfermé dès sa naissance et réputé incurable, celui-ci s'évade de l'asile psychiatrique grâce à un jeune médecin qui joue l'apprenti sorcier pour le voir à l'œuvre. Pendant plus de dix ans, ils vont parcourir ensemble le monde entier en se faisant terroristes, chercheurs d'or ou aviateurs tandis que le «grand fauve humain» parsème sa route de cadavres de femmes. Dans cette figure du mal, Cendrars a voulu peindre son double démoniaque. Pour échapper à sa fascination, il a exploré les limites de la folie et du génie créateur.

Histoires vraies suivi de La Vie dangereuse et de D'Outremer à Indigo

«Après le poète, le romancier, l'essayiste, le voyageur - il faut parler du conteur.» Le conseil de Cendrars à Jacques-Henry Lévesque n'a rien perdu de son actualité: redécouvrons le conteur des «histoires vraies» qui ne se lasse pas d'inventorier la diversité du monde et d'en célébrer les beautés, tout en débusquant à chaque pas la part du mystère. Comme un reporter. Mais alors à la façon d'un Victor Hugo glanant des Choses vues en visionnaire autant qu'en observateur. Pas d'histoire vraiment vraie qui ne révèle la présence de ce qui se dérobe: un passage secret qui conduit dans la Banque d'Angleterre, l'énigme d'une fleur de l'Orénoque, les ombres qui hantent une propriété délaissée du Brésil, l'abîme sans fond des passions amoureuses sous tous les climats.

Bourlinguer suivi de Vol à voile

Bourlinguer: mot inventé par Blaise Cendrars en 1948. Et si les dictionnaires n'en conviennent pas encore, tant pis pour la philologie ! Aussi sûrement que modernité attendait Baudelaire pour se déclarer au grand jour et entreprendre son étonnante carrière, bourlinguer est resté dans les limbes de la littérature jusqu'à Cendrars. Le poète a fait mieux que le forger: il l'a signé en publiant sous ce titre qui sonne comme une devise un de ses plus grands livres. Tout au long des années vingt et trente, le verbe apparaît déjà, ici ou là, au fil de ses textes, mais c'est dans le troisième volume des Mémoires que la rencontre cristallise. Avec l'évidence entraînante du mythe, il ira de soi désormais que Cendrars est le bourlingueur de la littérature française.

Anthologie Nègre suivi de Petits contes nègres pour les enfants des blancs ; Comment les blancs sont d'anciens noirs et La création du monde

Lorsqu'un soir de 1925 Marie Vassilieff présente à ses amis sa série de portraits poupées, Cendras ne cache pas son émotion: L'artiste russe a fait de lui un fétiche nègre. Elle a perçu le continent noir qui habite son âme. Alors que l'Europe a sombré durant la Grande Guerre, l'Afrique offre aux yeux de poète une puissance de régénération. En 1921, son anthologie nègre fait date comme les Demoiselles d'Avignon, quinze ans plus tôt. Cendras est le premier à considérer comme des œuvres d'art les contes oraux qu'il a compilés chez des missionnaires ou des colons qui n'y voyaient que documentation ethnologique. Il s'est fait griot pour rendre voix à des textes dont il veut restituer la force vive.

Aujourd'hui, Jéroboam et La Sirène, Sous le signe de François Villon, Le Brésil, Trop c'est trop

Aujourd'hui (1931) tient tout ensemble de la profession de foi, de l'art poétique et d'une proclamation à la face du monde entier. Dans ce manifeste éclaté, le poète célèbre les merveilles de la modernité dans tous les domaines, sans jamais séparer l'art de la vie contemporaine. Tout s'y déduit en secret du texte liminaire, Profond aujourd'hui, dont le ton jubilatoire avait surpris à sa première publication en 1917, marquant le grand retour de l'écrivain qui avait perdu sa main droite au combat.

Le Lotissement du ciel La Banlieue de Paris

«Après Bourlinguer, le voyage continue mais sur les voies du monde intérieur. C'était urgent.» Malgré cet avertissement de Cendrars, Le Lotissement du ciel déconcerta les lecteurs de 1949. On se heurte partout à l'énigme dans un livre où tout s'envole dans une atmosphère de fin du monde, les saints comme les oiseaux, les aviateurs comme le Verbe créateur des mystiques ou des anciens Lémuriens. Publié à la suite de l'Homme foudroyé, La Main coupée et Bourlinguer, Le Lotissement du ciel (1949), dernier volume des Mémoires de Cendrars, reste le moins connu. Ce livre à la composition fascinante apparaît aujourd'hui comme le testament poétique de soin auteur. La même année, La Banlieue de Paris prolonge ses réflexions sur le lotissement du monde moderne.

Panorama de la pègre. Suivi de A bord de Normandie; Chez l'armée anglaise; Articles et reportages

Dans les années trente, Blaise Cendrars s'est lancé dans l'aventure de la grande presse, où l'appelait son ami Pierre Lazareff.
Parmi les écrivains-reporters, sa place est pourtant singulière. Refusant de spécialiser sa curiosité, il a mené ses enquêtes avec éclectisme, s'attachant tour à tour à raconter la vie d'un politicien affairiste, à dresser un panorama de la pègre en 1935, à visiter les studios de cinéma à Hollywood ou à vivre la traversée inaugurale du paquebot Normandie (mais dans les soutes, avec les machinistes).

Emmène-moi au bout du monde !... Suivi de Films sans images ; Danse macabre de l'amour

Le théâtre m'amuse follement... mais dans les coulisses ! Vu de la salle, le théâtre ne m'intéresse plus du tout. Toute l'œuvre de Blaise Cendrars confirme cette confidence malicieuse au journaliste André Gillois: tour à tour poète, romancier, essayiste, scénariste, grand reporter, mémorialiste, il n'a pas écrit pour la scène. Mais c'est dans les coulisses d'un théâtre qu'introduit son dernier roman, Emmène-moi au bout du monde !... Au cœur de ce roman à clefs multiples, prend place une comédienne haute en couleur, Thérèse Églantine, qui doit nombre de ses traits à un vrai monstre sacré, Marguerite Moreno. Dans un livre énigmatique comme une palinodie, la chronique de mœurs se mêle à une intrigue policière pour retourner comme un gant tout l'univers du poète

Blaise Cendars vous parle... Suivi de Qui êtes-vous?; Le Paysage dans l'oeuvre de Léger; J'ai vu mourir Fernand Léger

Au début des années cinquante, la presse s'accorde à célébrer la naissance d'un genre littéraire nouveau : l'entretien radiophonique. Pour leur publication en 1952, ces entretiens à sauts et à gambades ont fait l'objet d'un remaniement en profondeur qui ouvre des vues passionnantes sur ce qui sépare, aux yeux de Cendrars, un livre imprimé de ce livre sonore dont rêvait déjà le romancier de Dan Yack.


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