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le guide de lectures > écrivains et voyageurs >> p3


Ils sont écrivains ou reporters, géographes ou ethnologues, naturalistes, ou... voyageurs. Les grands espaces, mais aussi le détail, la compréhension d’un microcosme sont leur affaire. Leurs récits sont souvent pleins d'informations. Sur cetteé page:

Jean RASPAIL -Adiós, Tierra del Fuego. Christian GARCIN - Itinéraire chinois - le vol du pigeon voyageur. Famille DELACHENAL - Nous partirons dimanche ! Robert SOULARD - Un second souffle venu d'ailleurs. Hervé JAOUEN - Journal d'Irlande.

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Son cosas de Patagonia…


 

Jean RASPAIL - Adiós, Tierra del Fuego

J’ai lu, il y a pas mal d’années, du même auteur, un roman intitulé Qui se souvient des hommes… Je me souviens à peu près du contenu ; je me rappelle très bien de l’effet que me fit ce bouquin : il me laissa littéralement sur le cul ! Quelle histoire, et l’écrivain : quel tempérament ! Depuis, je me suis souvent promis de retourner en Patagonie (ce qui a été fait, avec Chatwin, ou Coloane) et de relire du Raspail. C’est chose faite, avec Adiós, Tierra del Fuego. Et je suis heureux de retrouver dans ce livre la verve, le talent de conteur de Raspail. A la mesure des contrées qu’il explore. « Plus loin il n’y a rien et personne n’habite ce rien. »

C’est à l’occasion d’un séjour en Patagonie et en Terre de Feu en 1999 que Raspail revient sur l’histoire de cette région. Les petites histoires, car il n’y en eut jamais de grande. Mais ces histoires sont passionnantes. Il y a tout d’abord la comparaison avec le voyage de 1951. « Punta Arenas n’avait toujours pas décollé ,Ushuaïa était à mille lieues d’imaginer qu’un jour des Boeing 747 y cracheraient des touristes par centaines. » Restent quand même quelques traces : des chemins, de vielles cabanes, des épaves, que le temps n’arrive pas à effacer de ces espaces, de cette « pure nature triomphante. »

Une grande partie de ce livre est consacrée aux peuples nomades de la Terre de Feu, les Alakalufs et les Yaghans, ceux à qui la terre ferme inspiraient une grande terreur et qui passaient plus de temps à naviguer sur les canaux qu’à camper sur des grèves étroites et peu hospitalières. Les Onas et les Haush, eux, étaient des terriens, des chasseurs. Raspail nous conte l’histoire de ces peuples aux modes de vie radicalement différents, quelques milliers de personnes, et de leur lutte pour survivre, non pas dans cet univers hostile (l’homme s’adapte), mais contre les envahisseurs de tous poils : les missionnaires, les rivaux, les mirages du progrès.

D’autres histoires, ou légendes ? nous conduisent à des personnages que l’on ne s’attendait pas à trouver dans ces contrées : Les Chevaliers de la pluie et le drame de Mayerling ; Lionel Terray ; la bataille des Falkland et le croiseur allemand Desden. Et enfin (et surtout !) le fabuleux destin de  Antoine de Toumens, avoué à Périgueux avant de devenir Sa Majesté Orélie Antoine 1er , roi de Araucanie et de Patagonie, une histoire entre rêve et réalité, encore relayée aujourd’hui par des partisans du drapeau bleu, blanc et vert, qui flotte encore parfois en haut de quelques mats, comme un symbole de résistance. Aujourd’hui « toute la Patagonie est à vendre. Ruinés, les estancieros argentins et chiliens bradent… Rien ne résiste aux millions de dollars des Ted Turner, George Soros, Benetton et autres froids prédateurs. » Son cosas de Patagonia…

Les premières lignes : «Estancia San Gregorio, janvier 1999, sur la route de Punta Arenas, au Chili, à la hauteur du deuxième goulet du détroit de Magellan. J’ai arrêté ma voiture au bord du chemin. Des nuages bas chargés de pluie courent en meutes sur le détroit, poussé par un vent violent qui soulève sur l’eau grise de méchantes vagues hachées.» Editions Albin Michel 2001, repris en Livre de poche.

A lire aussi: Qui se souvient des hommes, Roman ethnologique dont le sujet, la survie fragile et la disparition d'une peuplade, tourne au tragique et à l'épique (J'ai Lu). > Pour aller plus loin: ce site consacré à Jean Raspail.


«Il ne faut parfois pas trop en savoir pour atteindre le but recherché. Soyez sûr que si l’on enseignait la géographie au pigeon voyageur, il n’atteindrait jamais sa destination.» Christian GARCIN


Christian GARCIN – Le vol du pigeon voyageur

«Il ne faut parfois pas trop en savoir pour atteindre le but recherché. Soyez sûr que si l’on enseignait la géographie au pigeon voyageur, il n’atteindrait jamais sa destination.»

Le point de départ de ce roman : alors qu’il vient tout juste de décider de ne plus écrire ni de voyager, un journaliste est chargé d’une mission par le patron de son journal : aller en Chine pour y faire un reportage, mais surtout pour enquêter et pour retrouver sa fille dont il est sans nouvelle.

Cette petite intrique romanesque est le prétexte à une pérégrination entre Pékin et Xian, à un récit de voyage en Chine autant qu’un court roman sur la fuite, l’écriture, l’invisibilité. On découvre une ville, Pékin, la ville-lanterne «qui attire les papillons des campagnes.» Autrement dit les millions de paysans, qui viennent s’entasser dans les banlieues sordides. En quelques lignes, le voyageur hésitant nous donne un début d’initiation aux mystères de la sagesse orientale, à sa philosophie, à la mentalité et aux tournures d’esprit des chinois, «au triomphe de la ligne courbe, de la sinuosité, de la stratégie du détour.» La stratégie du contournement semble la seule comprise en ces contrées.

Quelques remarques sur le voyages ponctuent ce récit, comme celle-ci : «les voyages, au bout du compte, ne servent à rien (…) que le plus loin où l’on puisse se rendre à partir d’un point donné était précisément, une fois accompli le tour de la planète, ce point, et qu’il valait mieux, tout bien considéré, ne pas en bouger, ce qui évitait d’avoir à y revenir.»

Un petit livre agréable, profond, facile, au style simple, aérien. Pas mal d’humour, aussi: le poisson rouge s’appelle Fabien Barthez, et le chat Tchekhov.

Les premières lignes : «Le 24e jour du 5e mois de la 13e année de Yongzheng (14 juillet 1735), Zhang Banqiao, lettre à son frère cadet Mo, du monastère Biefeng sur le Jiaoshan, un jour de pluie et de désœuvrement…» Editions Gallimard 2000, repris en Folio.


Christian GARCIN - itinéraire chinois.

Il est beaucoup question d’odeurs dans ces récits. L’odeur reconnue de la Chine, où l’auteur fait plusieurs séjours, l’auteur de l’autocar de la plage du Grau retrouvée dans un ferry à Lisbonne, celle de la cathédrale d’Agde ressentie à Belém dans un monastère, et les odeurs des vieux meubles encaustiqués de la maison familiale qui fleuraient dans un palais de Cintra. Il faut dire que les odeurs ne manquent pas quand on s’éloigne de nos régions aseptisées. « Ca sentait le beurre rance et la viande fumée, ça sentait la chaleur qui rassemble les corps quand au dehors les membres se défont à grands coups de blizzard, ça sentait la merde aussi, celle que venait de déposer l’enfant qui à présent jouait cul nu sur la paille. »

A pékin il y a aussi des odeurs, mais, chose remarquable, il n’y a pas de panneaux publicitaires. Ce qui accentue peut-être l’impression de « ville abstraite, géographique. Des perspectives immenses élargissent démesurément l’espace. Les proportions incongrues de la place Tien an Men nécessitent un temps d’adaptation, pour l’œil comme pour l’esprit. » Ce qui ne rend pas très facile la mise en œuvre de l’axiome prôné : « J’ai toujours su qu’on ne pouvait prétendre connaître une ville sans s’y être perdu au moins une fois. »

Une escapade à Delhi permet à l’auteur de comparer la foule chinoise, « un tissu serré et flexible qui coule autour de vous, vous englobe, vous transporte parfois, mais toujours dans la plus parfaite indifférence » à la foule indienne, là où « l’espace privé semble ne pas exister. » On voyagera également dans les pas de l’auteur au Ladakh, « pas vraiment en chine, tout à fait en Inde, et pourtant au Tibet, comme l’indiquent la langue, l’écriture, la religion, les hommes, les femmes, le ciel, les pierres, tout. » Livre agréable, d’un auteur qui tente de « réconcilier mes rêveries de hautes solitudes désertiques et les vallées rocheuses et étroites d’où je suis issu. »

Les premières lignes :Dès que le train a franchi la frontière j’ai levé les yeux de mon livre car je la sentais qui m’assiégeait, soudaine, et à vrai dire tenace. J’ai été un peu surpris, mais je l’ai vite reconnue : elle n’avait pas changé depuis quatre ans. Pour tout dire, elle me semblait familière. Ce n’est pas une bonne odeur, non ; plutôt quelque chose de rance, d’un peu moisi. » Éditions l’Escampette 2001, collection Autres ciels.


 

«Nous partirons dimanche!»


 

Catherine, Philippe, Chloé, Manon, Flora et Julie DELACHENAL - Nous partirons dimanche !

Peut-on partir pour un tour du monde en camping car, voyager 380 jours, traverser 200 pays ? Oui. En emmenant sa femme et ses quatre filles ? Oui. La preuve. Il suffisait d’essayer. «Le voyage est tout simplement un appel.» Alors, après quelques tergiversations, des angoisses et des questions, tombe la redoutable décision : «Nous partirons dimanche !» Superbe titre, qui ne donne qu’une envie : partir avec eux. Alors on y va. (Évacuons tout de suite les défauts de ce livre : il n’est pas rédigé par des pros de la littérature de voyage, et on regrette par exemple l’absence de chapitres, qui auraient donné une respiration au récit. D’autre part certaines informations peuvent ne pas intéresser le lecteur et auraient pu être regroupées en annexe.)

Mais partons. Pour «ne pas rester enfermés dans nos habitudes et redonner au temps sa valeur propre.» Bari, Istanbul, Ankara, la Cappadoce, l’Iran. Toupie, le camping car, abrite et entraîne la famille sur des routes pas toujours bien fréquentées. Pakistan. Rencontres avec les musulmans, «un peuple prêt à inviter, à partager». L’Inde, le Népal, où l’auteur, apparemment un sportif chevronné, participe au marathon de l’Everest. Katmandou, où à la faveur d’une rencontre (le monde est petit) tome, reblochon et vins de Savoie sont au menu. Je ne vous raconte pas tout : le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour, les États-Unis, seront des escales plus ou moins longues, des aventures plus ou moins gaies, de la galère, de l’émotion, des rencontres, la plupart du temps enrichissantes. Jusqu’au jour où il a fallu écrire dans le carnet de bord : «Nous sommes au bout de notre rêve.»

Un récit d’aujourd’hui, qui aurait pu être banal s’il n’avait cette particularité et cet intérêt : souvent la parole est laissée aux quatre filles, âgées de 8 à 14 ans. En dehors du fait que cette petite bande n’est pas toujours de tout repos pour les parents, les extraits de leurs carnets de voyages sont parfois savoureux. Le regard des enfants n’est pas le nôtre. Un angle qui n’est pas souvent abordé dans cette littérature. Donc une bonne occasion d’avoir d’autres points de vue, notamment sur ce qui fait souvent l’actualité, comme le foulard, la religion, la guerre, la misère. Un récit vivant, une expérience d’aujourd’hui, une démonstration que le voyage en (grande) famille est possible.

Les premières lignes : «Il pleut sur la Savoie. Il pleut aussi dans les yeux de chacun d’entre nous. Chloé la première a ouvert les vannes et tous les autres ont suivi. Elle n’a pas supporté les gémissements de notre colley, Frimousse, statufié devant le portail et qui nous suit du regard comme si elle comprenait.» Livre auto édité, à se procurer dans les librairies de la région Rhône-Alpes.


Rober SOULARD - Un second souffle venu d'ailleurs

Commençons par ce qui ne pas (pour garder le meilleur pour la fin) : ce texte n’a malheureusement pas été relu. De nombreuses fautes subsistent (erreurs, orthographe, syntaxe) et gâchent un peu la lecture. Il est vrai que l’auteur nous prévient que sa scolarité a été chaotique, mais quand même...

Ceci dit ce livre a un souffle, comme l’indique son titre, et le ton, le langage parlé, sans fioriture, y est sans doute pour quelque chose. Il s’agit d’une relation d’un voyage fait récemment en Asie centrale, au Tibet et en Mongolie, loin des sentiers touristiques, par un homme à la recherche d’une certaine sagesse, ou sérénité, après une carrière bien remplie. (Son nom vous dit peut-être quelques chose si vous avez été à l’écoute des milieux sportifs il y a une dizaine d’année : c’est Robert SOULARD qui prend en main un Franck PICCARD à la dérive quelques semaines avant les Jeux d’Albertville. Avec le résultat que l’on sait.) Récit du dépaysement réussi : un baptême de feu, sur un cheval mongol de surcroît, ne lui fera pas peur, et il passera l’épreuve avec succès. Il se fait de nouveaux amis, loin des bruyantes villes. «Alors sils me répondent que pour rien au monde ils voudraient changer leurs habitudes. Et moi, j’aimerais tellement vivre avec eux ! Il s’en suit des éclats de rire !»

Ce livre est agrémenté de très belles photos, notamment dans le chapitre consacré à la Mongolie. Il est à lire comme le témoignage qu’il existe d’autres façons de vivre, ailleurs, de nos jours.

Les premières lignes : «Partir ailleurs, effectuer un voyage dans un autre Monde, loin de notre temps, le temps d’oublier, et le temps de se retrouver. Alors à 64 ans, je décide de faire une grande pose pour souffler et partir dans un grand voyage, afin de retrouver une grande sérénité dans mon raisonnement et dans la logique.» Préface de Franck PICCARD, postface de Marc BATARD. Édité à compte d’auteur, on trouvera ce livre dans les librairies autour de Chamonix.


«Sous un soleil blanc, les maisons de pêcheurs sont des éclats de silex dispersés par les explosions du gel.» Hervé JAOUEN


>> Le site de l'auteur

Hervé JAOUEN - Journal d'Irlande

Premier ouvrage d’une trilogie qui comprend également Chroniques irlandaises et La Cocaïne des tourbières, le Journal d’Irlande nous propose, la plupart du temps sous la forme de brefs récits, des séquences des nombreux voyages (de 1977 à 1990 environ) de l’auteur dans ce pays «reflet sur terre des prairies éternelles.»

Une fois que l’on a «opéré la fusion magique de la bière rousse et de l’oignon cru» tout devient plus compréhensible. Les dialogues entendus autour d’un comptoirs sont comme des scènes d’une pièce pourtant bien réelle et qui se joue en direct. Et quand l’air sent le fish and chips, la fumée de tabac blond et la vase des quais, le voyageur devient poète. «Sous un soleil blanc, les maisons de pêcheurs sont des éclats de silex dispersés par les explosions du gel.» Michel Déon, irlandais d’adoption, estimait que ce livre était «une approche parfaite du meilleur de ce pays.» Suivons donc Hervé Jaouen en Irlande.

Les premières lignes : « Je suis un mécréant. Et comme la plupart de mes semblables, je suis fasciné par les textes sacrés. J’ai sous les yeux ce digest de la Bible qu’un hôtel offrait à ses clients. En venant ouvrir le lit, la femme de chambre déposa le livret sur ma table de chevet. » Éditions Ouest-France 1990-2002.

Hervé Jaouen est né à Quimper en 1946 et commence à publier en 1979. Très vite reconnu comme un des maîtres du roman noir français, il est aujourd'hui l'auteur d'une œuvre variée riche d'une quarantaine de titres, romans, polars, notes de voyage et livres pour la jeunesse. La Bretagne et l'Irlande sont ses principales sources d'inspiration. Réunis, Journal d'Irlande, Chroniques irlandaises et La Cocaïne des tourbières (éditions Ouest France) forment une trilogie unique en son genre. On y trouve le meilleur de multiples séjours d'Hervé Jaouen en Irlande au cours de ces vingt-cinq dernières années.


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