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le guide de lectures > écrivains et voyageurs >> Jack Kerouac


Né en 1922 à Lowell, Massachusetts, Jack Kerouac publie son premier livre, The Town and the City en 1950. Il s'attache ensuite à ce qu'il appelle la "littérature de l'instant". Sa vie - matériau premier de son œuvre - fait de lui un héros légendaire. En 1957, après La publication de Sur la route, il met en application son titre et part pour Mexico, Londres, Paris, Tanger. Il meurt en 1969, à l'âge de quarante-sept ans. Sur cette page:

Jack KEROUAC - Le vagabond solitaire - Les Clochards célestes - Vraie blonde et autres - Autres notes de lectures perso à venir.

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«J’ai vu la vie de Jack London à dix-huit ans et j’ai décidé d’être moi aussi un aventurier, un voyageur solitaire.»

«J'étais un jeune écrivain et je me sentais des ailes. Quelque part sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare.» Jack KEROUAC


 

Jack KEROUAC - Le vagabond solitaire

D’abord : vivre. «Tout est de nouveau parfait dans la rue, maintenant, le monde est empli de roses du bonheur, toujours, mais aucun de nous ne le sait. Le bonheur consiste à s’apercevoir que tout est un grand rêve étrange.» Vivre, avant de mourir : «Et j’ai vu comment tout le monde meurt, dans l’indifférence générale, j’ai senti quelle horreur il y a à vivre uniquement pour pouvoir mourir comme un taureau pris au piège au milieu d’un cercles d’humains hurlants.»

Ce recueil comporte plusieurs récits «qui ont été rassemblés ici parce qu’ils ont un thème commun : le voyage.». Et chaque voyage (aux États-Unis, au Mexique, en Europe) apporte une découverte. Comme le sentiment de la Nature, dans «Seul au sommet d’une montagne» qui revient sur ses souvenirs de guetteur forestier: «les feuilles qui avancent par saccades dans cette bonne brise salubre du nord-ouest semblent se réjouir ; les cimes des arbres recouvrant les montagnes voisines, noyées dans les nuages bas et lourds qui les masquent en partie, paraissent heureuses.» Ou la découverte de la lecture et de la solitude : «il est curieux de constater à quel point les solitaires ont soif de lecture» et plus loin «aucun homme ne devrait achever son existence sans avoir connu une fois cette solitude saine, même si elle est ennuyeuse, dans un endroit désertique ; on ne dépend plus que de soi et on apprend ainsi sa force véritable et cachée. On apprend par exemple à manger quand on a faim et à dormir quand on a sommeil.» La révolte, aussi, avec ces douaniers de l’Arizona qui «viennent fouiller vos bagages de Beat, en quête du scorpion qui se gausse des lois, (…) les lois contre, jamais de lois pour.»

A l’occasion d’un «grand voyage en Europe» Kerouac passe par Tanger, puis Paris. «Il ne s’y passa rien d’extraordinaire, sauf que j’y rencontrai la plus belle fille du monde. C’était inévitable. Comme la rencontre des paysages de Cézanne vers Aix-en-Provence, «les toits rouge terne et les collines lointaines, sous un halo de brume bleue» et les arbres de Van Gogh, près d’Arles, «les rangées de cyprès (qui) ballottaient.»

Kerouac vagabonde, ou voyage. Pour lui c’est la même chose. Mais il sait où il va : «J’étais moi-même un vagabond, mais d’une espèce particulière, comme vous l’avez vu, parce que je savais qu’un jour mes efforts littéraires seraient récompensés par la protection de la société.» On peut le suivre : il y a toujours quelque chose à apprendre.

Les premières lignes de «Seul au somment d’une montagne» : «Après toutes les fanfares de ce genre, et j’en passe, j’en arrivai à un point où je sentis le besoin de solitude, le désir d’arrêter la machine de la «pensée» et du «plaisir» (ce qu’ils appellent «vivre») ; je ne voulais plus qu’une chose, m’allonger dans l’herbe et regarder les nuages.» Traduit par Jean Autret, éditions Gallimard 1969, repris en Folio.


«Et je me disais que peut-être ces clochards célestes m’apporteraient la lumière.» Jack KEROUAC


 

 

Jack KEROUAC - Les Clochards célestes

C’est l’histoire simple d’une bande de copains qui, à la fin des années 50, vont faire de la randonnée, parcourir la nature et les montagnes, avec en tête beaucoup de questions et quelques réponses. Parmi eux, Kerouac, qui découvrira la nature et la méditation – «Ferme les yeux et tu verras plus clair» - à l’occasion d’un boulot de guetteur forestier. C’est l’histoire d’une errance pour des hommes qui cherchent autre chose. «Nous étions de nouveau dans notre élément : sur la route.» Et même si l’errance n’est jamais sûre. «Un homme sans toit est toujours une victime désignée.»

Du pèlerin errant au clochard céleste, un même état d’esprit : bonté, humilité, détachement, sagesse, refus de la trilogie travailler – produire – consommer. Et un même leitmotiv : auto stop et sac à dos. Boucler le sac et prendre la route, voyager dans une Amérique «où personne ne sait s’amuser et où personne n’a le sens de la liberté», essayer de rencontrer les gens réels, pas ceux qui attendent que «les flics ou les partis leurs disent de qu’ils doivent faire.» Partir loin de «ces antres d’obscurantisme que sont les grandes villes modernes.» Partir vers des montagnes qui «brillent sous leurs capuches de neige», où le «goût d’éternité» vient à la bouche, où l’épreuve du vide et des rochers redonne un sens aux gestes, un lieu bien plus intéressant qu’un bar de San Francisco.

Comme toujours chez Kerouac, l’expérience de la vie devient entreprise littéraire, reconnaissable aux thèmes abordés (l’espace, la fuite, l’errance, la bohème, la recherche de nouvelles expériences, ici proches de la religion, et à l’écriture spontanée qui caractérise son style. Peut-être pas le plus grand livre de l’auteur, mais on se laisse entraîner.

Les premières lignes : «Sans bourse délier, je quittai Los Angeles sur le coup de midi, caché dans un train de marchandises, par une belle journée de la fin septembre 1955. Etendu sur une plate-forme roulante, mon sac sous la nuque, les genoux croisés hauts, je me laissai absorber par la contemplation des nuages tandis que le convoi roulait vers le nord.» Traduit de l’anglais par Marc Saporta, éditions Gallimard, collection Folio.


 «Il n'est rien de plus noble que de s'accommoder des quelques désagréments que nous apportent les serpents et la poussière pour jouir d'une liberté absolue.» Jack KEROUAC


 

Jack KEROUAC - Vraie blonde et autre

Ce recueil de vingt textes écrits entre 1957 et 1970 (qui n’est pas un recueil majeur) contient pas mal de choses pour qui cherche des écrits de Kerouac sur sa «prose spontanée» et le concept de beat generation, qui signifiait au départ «pauvre, fauché, claqué, à la dérive, dans la dèche, triste, dormant dans le métro.»

Il contient aussi quelques textes de voyages, comme cette «grande traversée de l’Ouest» sur laquelle il écrit : «Épuisant ou pas, il n’y a pas de meilleur moyen de voir l’Ouest que de prendre un bob vieux bus et de foncer à  toute allure sur de bonnes routes pour arriver dans toutes sortes de villes grandes et petites où vous pouvez descendre et parfois marcher une heure entière, voir le monde et revenir au bus pour repartir.» Avec dix sandwiches et un ou deux dollars en poche, Kerouac erre telle une biche dans les bois du Montana. «Je pense que la vie est souffrance, un rêve douloureux, et tout ce que je veux, c’est être bon et me reposer quelque part, de préférence dans les bois, sous un arbre, vivre dans une cabane.»

Les premières lignes de En route vers la Floride : «Roulé jusqu’en Floride avec le photographe Robert Frank, né en suisse, pour aller chercher mère, chats, machine à écrire et grande valise pleine de manuscrits originaux, et nous fait ce voyage comme une sorte de mission pour le magazine Life qui nous a payé deux cent dollars ce qui a permis de payer l’essence et l’huile et la bouffe aller – retour.» Éditions Gallimard 1998, repris en Folio.


A lire aussi...

 

Avant la route.

Avant la route est le premier roman de Jack Kerouac. Publié en 1950, la critique salue alors l'apparition d'un nouveau talent et compare son style à celui de Thomas Wolfe. Pour peindre l'univers de la famille Martin, Kerouac s'inspire de sa propre enfance en Nouvelle-Angleterre ; il suit tous les personnages, dispersés à travers le monde, du début du siècle à la fin des années quarante, et les réunit finalement pour l'enterrement du père. Moment crucial où chacun voit son destin enfin scellé et l'accepte. Tous, sauf Peter, le petit dernier, qui refuse le retour à la normalité et s'interroge sur ce monde qui lui est étranger. Dans l'œuvre de Jack Kerouac, Avant la route est en quelque sorte le prélude incontournable d'une longue saga intime. Éditions La Table Ronde, collection Petite vermillon.

Sur la route

Un gars de l'Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j'aurais avec lui, j'allais entendre l'appel d'une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout çà en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain, et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur le trottoir ou sur un lit d'hôpital, qu'est-ce qu cela pouvait me foutre ? J'étais un jeune écrivain et je me sentais des ailes. Quelque part sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare. Éditions Gallimard, Folio.

Big Sur

Le héros de ce roman, Jack Duluoz ou Ti Jean, n'est autre que Jack Kerouac, l'auteur de Sur la route. Au bord de la folie, le Roi des Beatniks cherche à fuir l'existence de cinglé qu'il a menée pendant trois ans et part pour San Francisco. Il se réfugie au bord de la mer, à Big Sur, dans une cabane isolée. Après quelques jours de bonheur passés dans la solitude à se retremper dans la nature, Duluoz est à nouveau saisi par le désespoir et l'horreur. Aussi revient-il à San Francisco où l'attendent le monde, les beatniks, l'érotisme. Mais il ne retrouve pas la paix pour autant. Éditions Gallimard, Folio.

Les anges vagabonds

Un jour, à Mexico, j'ai emmené chez moi cinq fumeurs de " thé " qui me vendaient la camelote, mais ils se révélèrent être des voleurs. Ils me chipèrent mon couteau scout pendant que j'avais le dos tourné. Je ne dis rien, bien que je m'en fusse aperçu. A un moment donné, le chef est resté trente secondes bien sonnées derrière moi sans ouvrir la bouche et l'idée m'est alors venue qu'il allait me poignarder... Éditions Gallimard, Folio.

Satori à Paris

Venu en France pour rechercher l'origine de son nom véritable, Jean louis Lebris de Kerouac, le chef de file du mouvement beat, s'aperçoit de retour en Floride qu'il a reçu, au cours de ce voyage, une sorte d'illumination, un satori. Ne sachant à quel épisode précis attribuer cette révélation, il va revivre avec le lecteur ces dix journées passées en France. Journées où abondent les situations inattendues, et où l'on sent ce besoin de sympathie et de chaleur humaine que Kerouac manifestait en maintes occasions. Éditions Gallimard, Folio.


Lettres choisies 1957 - 1969. Gallimard 2007. Il s'agit du tome 2 de la correspondance de l'écrivain américain, qui couvre les années qui vont de la publication de Sur la route à la mort de l'auteur.

Chez Gallimard, dans le collection Quarto: Sur la route et autres romans, un volume de 1500 pages publié fin 2003.

Chez Seghers: des poèmes.

Jack Kerouac - l'ami américain, par Daniel PASTEREAU, éditions Le Castor Astral 2000. "Parler de Kerouac, c'était parler de moi" affirme l'auteur qui a rencontré le romancier de Sur la route, à Paris en 1957 et qui veut "défendre la mémoire et l'œuvre d'un écrivain largement méconnu". Repères biographiques, cinq photographies, très utile discographie.

Sur ma route, par Carolyn CASSADY, éditions Denoël 2000. Par la seconde épouse de Neal Cassady, qui fut aussi la maîtresse de Kerouac, des mémoires qui font une bonne place à des figures majeures de la beat generation (les deux susnommés, plus A. Ginsberg) et s'attachent aux aléas d'un quotidien instable sinon imprévisible.

La Beat Generation: La génération hallucinée, par Alain DISTER, Gallimard / Découvertes.

Un Kerouac, par Yves BUIN, chez Gallimard en Folio Biographies (octobre 2006)

Pour aller plus loin: The Beat street, avec une page sur Kerouac, et d'autres sur la Beat Génération; Jack Kerouac, autre site sur l'écrivain et sa génération; La piste de Jack Kerouac, sur la revue des ressources.


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