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le guide de lectures > écrivains et voyageurs >> p4


Ils sont écrivains ou reporters, géographes ou ethnologues, naturalistes, ou... voyageurs. Les grands espaces, mais aussi le détail, la compréhension d’un microcosme sont leur affaire. Leurs récits sont souvent pleins d'informations. Sur cette page:

Hermann HESSE - Le Voyage à Nuremberg - L'art de l'oisiveté - Description d'un paysage. Ernesto CHE GUEVARA – Voyage à motocyclette - Latinoamericana. Elisabeth von ARMIN – En caravane. Paul BOWLES - Leurs mains sont bleues. Vivienne de WATTEVILLE - Petite musique de chambre sur le mont Kenya. Alain DEVALPO – Voyage au pays des Mapuches.

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«Je découvris avec quelle facilité on prend congé des gens dès lors qu’on s’apprête à partir en voyage.» Hermann HESSE


 

Hermann HESSE - Le Voyage à Nuremberg

Quelles sont les raisons qui poussent à partir, à voyager, si, comme l’écrit l’auteur : «il n’est pas d’homme qui agissent selon des raisons claires et précises.» Qu’est-ce qui est à l’origine de ce voyage du Tessin à Nuremberg ? Rendre visite à un ami ? visiter un musée ou une église ? Une conférence à faire dans une autre ville ? Pour Hermann HESSE c’est un peu tout ça. Ajoutez également de lointains souvenirs de lectures, un conte dont il reste l’image d’une naïade aux seins nus, la belle Lau se baignant dans le puit d’un cloître. Ce qui s’avérera, au final, être la raison principale.

Autres moments clé analysés dans cet essai : le départ, et le retour. Au départ, tout semble simple, facile. Le fait de partir susciterait un sentiment de joie, voire de supériorité. «Je découvris avec quelle facilité on prend congé des gens dès lors qu’on s’apprête à partir en voyage.» Et plus loin : «Il n’est nullement pénible de quitter un endroit, quand au lieu de rentrer chez soi pour retrouver sa retraite d’ermite, on part à la découverte du monde. On éprouve plutôt un sentiment agréable de supériorité sur ceux qui restent.» Bien sûr, le retour est à peu près l’inverse. Il n’y a plus le sentiment d’aventure, de l’ignorance de ce qui va arriver. C’est le retour dans la tanière. «Cette fois-ci, je rentrai chez moi ; c’était le retour à ma cage, au froid et à l’exil.»

Dans ce récit on apprendra que Hesse est un lent. «Quant à moi, je trouve inhumain d’endurer plus de quatre ou cinq heures maximum de voyage dans un wagon de train. Je préfère prendre une semaine pour effectuer un déplacement qu’un autre accomplira en un jour ou une nuit.» On lira aussi quelques digressions sur le souvenir, sur l’écrivain, les vicissitudes de la gloire.

Les premières lignes : «L’auteur de ce récit de voyage na fait malheureusement pas partie de ces hommes qui savent parfaitement pourquoi ils agissent. Il n’a pas non plus la chance de croire que sa conduite où celle des autres s’expliquent par des causes précises. Ces causes sont, me semble-t-il, toujours obscures.» Essai traduit de l’allemand par Alexandre CADE, éditions Calman-Lévy 1994, repris en Livre de poche collection Bibilo.


«La nature s’offre aussi peu aux hommes que la culture et l’art. Avant de se dévoiler et de se laisser posséder, elle exige une disponibilité infinie, tout particulièrement de la part du citadin novice.» Hermann HESSE


 

Hermann HESSE - L'art de l'oisiveté

L’homme moderne n’est pas ce qu’on fait de mieux. Et c’est valable en tous temps et en tous lieux. C’est ce que tente de nous expliquer Hermann Hesse (1877-1962) dans ces chroniques légères écrites entre 1899 et 1959, contre «l’optimisme mensonger.» La flânerie et l’oisiveté, bien menées, sont des qualités à ne pas oublier.

Ces chroniques sont encore très actuelles, bon nombre de phrases pourraient avoir été écrites hier. Comme «Il est triste de constater que le rythme effréné de l’époque actuelle influe sur nous de manière néfaste et préjudiciable dès l’enfance.» Dans ces textes, HESSE est tantôt brin épicurien : «Il faut rester modéré pour jouir vraiment des choses de ce monde, et ne jamais négliger les joies modestes de l’existence», tantôt incrédule, par exemple quand il évoque «le caractère absurde et désespéré de ce qu’entreprit la nature lorsqu’elle s’engagea dans l’expérience humaine.»

Plusieurs chroniques sont consacrées à la nature, la flânerie, au voyage et aux plaisirs que l’on peut en tirer, sous certaines conditions. Ce qu’il ne faudrait pas faire : partir «parce que ses cousins et ses voisins le font, parce qu’on peut ensuite parler de ses voyages et s’en vanter, parce que c’est à la mode et qu’on se sent si bien une fois rentré.» Alors que «la nature s’offre aussi peu aux hommes que la culture et l’art. Avant de se dévoiler et de se laisser posséder, elle exige une disponibilité infinie, tout particulièrement de la part du citadin novice.»

De belles pages également sur le souvenir. «une fois dans ma vie, j’ai été vraiment chez moi ! Une fois dans ma vie, j’ai connu toutes les maisons d’un petit recoin du monde, avec leurs fenêtres et toutes les personnes qui se tenaient derrière.» C’est exactement ce que je ressens quand je repense au petit village de mon enfance, dont rien ne m’était inconnu... Le recueil n’est pas entièrement consacré à la littérature qui nous intéresse, mais ces chroniques faciles se lisent très bien. Un bon bouquin à mettre dans le sac à dos.

Les premières lignes de Propos sur les voyages (1904) : « Un jour, quelqu’un me suggéra d’écrire un texte sur la poésie des voyages. Immédiatement je trouvai séduisant d’avoir l’opportunité de fulminer sans retenue contre les horreurs de l’activité touristique effrénée qui se déploie aujourd’hui, contre les sinistres hôtels modernes, contre les villes pour touristes étrangers (...) contre la vermine citadine désireuse de retrouver dans les Alpes le même mode de vie que chez elle, contre les vins locaux trafiqués et les costumes régionaux. » Édition Calmann – Lévy 2002.


«Je ne veux pas être un vagabond et un artiste, et en même temps un bourgeois et un de ces hommes respectables, éclatant de santé. Tu veux avoir l’ivresse, alors accepte la gueule de bois!» Hermann HESSE.


 

 

Hermann HESSE - Description d'un paysage

«Je ne veux pas être un vagabond et un artiste, et en même temps un bourgeois et un de ces hommes respectables, éclatant de santé. Tu veux avoir l’ivresse, alors accepte la gueule de bois!»

Une nuit hivernale en haute montagne sous un ciel pur et constellé d’étoiles ; une promenade en barque, le soir, sur la lagune de Venise ; tenter d’apercevoir un aigle au dessus des cimes : tels sont, pour l’auteur, les trois images du bonheur terrestre. Et c’est sans doute pour s’approcher au plus près de ce bonheur, que Hermann HESSE avoue avoir souvent ressenti «une forte envie de voyager, toujours dirigée vers le Sud et le soleil.» Ce qui l’entraînera sur des routes et dans des paysages enchanteurs, et dans des situations qui ne sont pas notre lot quotidien: une randonnée au Saint Gothard ; une nuit avec les fanatiques chasseurs de papillons ou à la recherche de l’ours des Alpes au milieu des rochers et parmi «le sifflement aigu et quasi ironique d’une marmotte.» On marche à l’aller, le retour se fait en luge. Pchitt ! ça glisse. Les descriptions sont parfois très cinématographiques. Ah ! ces brumes sur le lac de Constance !

On ne sera pas surpris d’apprendre que la randonnée à travers la campagne suisse, les longues marches, apportent un autre regard sur les choses et le monde. Le promeneur regarde, écoute, sent. Et il râle, aussi, contre les nouveaux hôtels qui se construisent partout, et contre les grappes humaines qui se bousculent même dans le désert de Gobi. Pour conclure: «je n’ai jamais vécu dans un plus beau cadre qu’au Tessin.» C’est dans cette région que Hesse emménage en 1919, après une séparation conjugale. Il y restera jusqu’à sa mort.

Au cours de ces voyages, mêmes proches, Hesse aura l’occasion de se faire une idée un peu particulière de la notion de frontière «Ma patrie d’étendait sur les deux rives du cours supérieur du Rhin et s’appelait aussi bien Suisse que Wurtemberg ou Pays de Bade.» Douanes, bureaux des passeports etc. sont «certaines données pour une part comiques, pour une part déplaisantes.» Rien n’est plus haïssable que les frontières, rien n’est plus stupide. Mépriser les frontières apporterait  moins de conflits? A méditer.

Livre remarquable, personnel, d’un grand écrivain.

Les premières lignes du récit Description d’un paysage: «Depuis une semaine, j’habite le rez-de-chaussée de la villa, environnement tout nouveau pour moi, nouveau paysage, nouvelle société, nouvelle culture ; et me trouvant bien seul dans ce nouveau monde, m’ennuyant de ces jours d’automne dans le calme de mon grand cabinet d’études, je commence le jeu de patience de ces notes.» Éditions José CORTI 1994.

Né à Calw (Allemagne), Hermann Hesse s'est établi en 1912, après la naissance de son troisième fils, en Suisse, près de Berne, puis, après la séparation conjugale en 1919, à Montagnola dans le Tessin, où il demeurera jusqu'à sa mort.


Carnets de voyage, l'adaptation cinématographique réalisée par Walter SALLES.


A lire aussi:

Otra Vez- Second voyage à travers l'Amérique latine (1953-1956); Fayard 2002 puis Mille et une nuits; la suite du premier voyage, plus décisif pour l'avenir politique d'Ernesto. Sur la route avec Che GUEVARA, par Alberto GRANADO (L'Archipel 2005) le compagnon du premier voyage.

Ernesto CHE GUEVARA – Voyage à motocyclette - Latinoamericana

«Et si nous allions en Amérique du Nord?»

Lorsque le 29 décembre 1951 il monte sur le siège arrière de la Norton de son ami Alberto, Ernesto Guevara a 24 ans, est étudiant en médecine, et fait partie de la classe possédante d’une Argentine péroniste. Il n’est donc pas encore celui qui deviendra le Che. Les deux amis vont parcourir l’Amérique latine, explorer leur monde, mais au départ il n’y a pas de buts particuliers. Un seul principe : l’improvisation.

L’itinéraire : L’Argentine, le Sud, la Patagonie. Le récit fourmille déjà d’anecdotes, notamment sur les mille et une façon de trouver un gîte et le couvert quand on est fauché. Quant à s’habiller, c’est une «tâche qui pour nous n’était pas d’une difficulté extrême puisque la différence entre nos tenues de nuit et celles de jour tenait, en général, aux chaussures.» Le Chili, où du statut de «chevaliers de la route» que leur conférait la moto et qui retenait l’attention, ils passent à celui de clochards «avec nos sacs à dos et toute la boue du chemin collé à nos combinaisons» quand celle-ci rend l’âme. Du coup les regards deviennent «amusés et indifférents.» Valparaiso. Le désert, la mine. La rencontre avec la misère et l’exploitation de l’homme par l’homme. Puis le Pérou, Cuzco, dont l’architecture rappelle trop le passage des conquistadors. Le Machu Pichu. Lima est «une jolie ville qui a déjà enterré son passé colonial derrière des maisons neuves.» La léproserie de San Pablo intéresse particulièrement ces deux médecins. Caracas.

Ce voyage presque romantique et aux multiples histoires, nous permet de découvrir une Amérique latine grouillante, vivante. Il y a beaucoup d’occasions de faire la fête, des bals. Il y a aussi tout un coté touristique qui sera exploité plus tard. Mais ce voyage sera aussi et quand même celui de la prise de conscience de la «profonde tragédie vécue par le prolétariat», notamment vers la mine de Chuquicamata «théâtre d’un drame moderne», et de la misère des Indiens, vers Cuzco. Et c’est au Venezuela qu’Ernesto aura la «révélation» de son destin. Cependant, ce n’était pas encore le moment de faire la révolution, et certains propos auraient pu être écrits par les écrivains de la Beat Generation (qui n’étaient pas particulièrement engagés): «On aurait dit que nous respirions plus librement un air léger qui venait de là-bas, de l’aventure.» Un livre facile à lire, et à compléter par le très beau film «Carnets de voyage» de Walter SALLES (2004)

Les premières lignes: «Entendons-nous bien ! Ce qui suit n’est pas le récit d’exploits fabuleux, ni, à proprement parler, un récit sur le mode «cynique». En tout cas, tel n’est pas le propos. C’est un fragment de nos vies parallèles, au temps où nous parcourions ensemble un même bout de chemin, dans une communauté d’aspirations et de rêves.» Éditions Mille et une nuits 2004.


Elisabeth von ARMIN – En caravane

Une demi douzaine de personnes, et trois caravanes «sobrement peintes en marron, elles avaient aux fenêtres de coquets rideaux» partent sillonner les routes du Kent. Parmi les voyageurs, Otto, baron et officier prussien, qui déclare appartenir «au regard de Dieu, à une variété toute particulière, celle des Allemands» et qui, en ce début de XXe siècle, jette sur le reste du monde, sa femme comprise, un regard condescendant, pour rester poli. Dès le début on comprend que voyager avec un tel énergumène de sera pas simple.

Déjà, le voyage en caravane n’est pas de tout repos. Tirer un cheval ou pousser une roulotte demande de gros efforts. Les voyageurs atteignent parfois «un état de délabrement physique avancé.» Surtout l’après-midi car «c’est une constante des voyages en caravane que cet abattement de l’après-midi.» Le tourisme champêtre dans le sud de l’Angleterre, cette nation «molle, trop chiche et trop aisée, aux mœurs efféminées et sans tradition millénaire», ne va pas sans quelques contrariétés, sur ces routes «plaisamment rectilignes ou péniblement sinueuses.» Et quand il faut trouver un endroit pour la halte, c’est la grande détresse: «n’est-il point monstrueux de prétendre me faire payer le prix d’une excellent chambre, sans pluie ni herbe folle je vous le garantis, dans un des meilleurs hôtels de Berlin, pour l’usage d’un champ détrempé, infesté de moucherons et d’orties?»

Bref, la vie n’est pas facile. «A chaque mile qui passait, il me semblait devenir plus bovin.» Sans compter que, de naissance honorable, Otto juge embarrassant de devoir prêter sa cape (parce qu’on le regarde) pour abriter le dos d’un socialiste. Puis finalement, philosophe: «mais en caravane ces incongruités se rencontrent souvent.» Au propre comme au figuré, se faire le plus petit possible «est l’activité principale de ceux qui voyagent en caravane.» Je vous laisse poursuivre, et découvrir si ce voyage va modifier le comportement, les principes, voire les sentiments de ce voyageur a priori peu sympathique.

Transformé en récit fictif, le journal intime d’Otto a pour point de départ un voyage bien réel que fit l’auteur en 1906, en compagnie du romancier E.M. Forster, et de son premier mari, dont elle trace ici un mordant portrait, dans ce récit à la fois grave et désopilant, à la lecture facile. Fous rires assurés (si on évite le premier degré.) Parce qu’on est finalement bien heureux de ne pas y avoir été convié.

Les premières lignes : «En juin de cette année, une succession de belles journées nous fit croire que l’été était enfin arrivé. Du coup, il nous sembla que nous nous morfondions dans notre grand appartement – bien agréable pourtant, et si intelligemment agencé, au second étage en coin avec vue imprenable sur le cimetière – et nous eûmes des envies de campagne.» Éditions La découverte 2004.


«Toutes les chambres et les salles de réception sont équipées d’un grand ventilateur électrique fixé au plafond, mais il n’y a pas d’électricité.» Paul BOWLES


Paul BOWLES - Leurs mains sont bleues

Comment différents peuples voient-ils le monde, où le comprennent-ils ? En Afrique du Nord -où «tout ce qui n’est pas médiéval est complètement neuf»- les gens pensent que «le monde que nous voyons est sans importance, éphémère comme un songe». Les yeux sont constamment tournés vers le ciel. Par contre, «leur hospitalité ne connaît pas de limite. Si vous ne vous plaisez pas chez lui, ce n’est pas la faute de votre hôte, mais plutôt le résultat de votre incapacité à vous adapter, car tous les efforts sont faits pour veiller à ce que vous soyez heureux et à l’aise.» Ce qui peut avoir de redoutables conséquences : «ils tenaient pour assuré que je n’avais pas envie d’aller en ville. Pendant les quinze jours passés chez eux, je n’ai pas pu sortir une fois de la maison.»

En Inde (1952), «toutes les chambres et les salles de réception sont équipées d’un grand ventilateur électrique fixé au plafond, mais il n’y a pas d’électricité.»  L’auteur pense «qu’il vaut mieux, dans un pays inconnu, aller dans les villages avant d’essayer d’en comprendre les villes, surtout dans un monde aussi complexe que l’Inde.» Au Sahara il éprouvera le «baptême de la solitude», une sensation unique qui peut changer un homme. A Ceylan ou en Amérique centrale, d’autres anecdotes, d’autres rencontres (avec des gens du peuples, avec des artistes, ou avec des perroquets(...) sont l’occasion de réflexions sur la nature, les coutumes, les croyances, les religions, les chocs culturels.

Ce recueil de récits est un état des lieus de divers coins de la planète dans les années 50. Avant de s’installer à Tanger, l’écrivain Paul BOWLES voyagea beaucoup, à la rencontre des hommes et des cultures. Il nous livre ici sa compréhension du monde. La lecture est facile et enrichissante pour tout esprit curieux.

Les premières lignes : «Chaque fois que je me rends dans un endroit où je ne suis encore jamais allé, j’espère qu’il sera aussi différent que possible de ceux que je connais déjà. Je présume qu’il est naturel, de la part d’un voyageur, de rechercher la diversité et que l’élément humain est ce qui lui donne le plus le sens des différences. Si les gens et leur manière de vivre étaient partout identiques, il ne servirait à rien de se déplacer d’un endroit à un autre.» Éditions du Seuil 1993.

Paul Bowles (1910-1999), écrivain et compositeur, rencontra le succès avec son roman Un thé au Sahara (Gallimard, collection Imaginaire). Il vécut une grande partie de sa vie au Maroc et demeure l'une des figures les plus énigmatiques de la littérature américaine contemporaine. Vagabond parmi les vagabonds, de New York au Siam, du Mexique à Ceylan, Bowles n'a cessé de s'éloigner des sentiers battus et de tous les conformismes, en quête d'un ailleurs rencontré, peut-être, à Tanger. Lire aussi: Mémoires d'un nomade (Le Seuil).


«Je ne pouvais laisser la montagne tranquille : comme la grande musique, elle m’incitait à l’action.» V. de WATTEVILLE


Vivienne de WATTEVILLE- Petite musique de chambre sur le mont Kenya

L’auteur est une voyageuse plutôt solitaire, et qui aime ça. «Combien belle est la véritable solitude ; celle qui consiste non pas seulement à vivre dans un endroit désert, mais à se donner à l’esprit qui l’habite.» Et la présence de cette buveuse de thé et de son gramophone, dans les années trente, au pied du mont Kenya, devait en surprendre plus d’un. L’Afrique est son territoire. La montagne aussi. Car «il n’y a rien qui puisse vous donner autant le sentiment d’avoir manqué ce qui vaut vraiment la peine de vivre que de voir un groupe d’alpinistes se mettre en route pour la haute montagne, tandis que vous restez dans la vallée.» Elle évoque Thoreau, et toujours la musique et la montagne. «Je ne pouvais laisser la montagne tranquille : comme la grande musique, elle m’incitait à l’action. C’est la raison pour laquelle on en arrive à l’aimer ; il faut lui donner ce que l’on a de meilleur et même plus. Elle ne pouvait supporter une certaine mollesse, mais vous engageait sans cesse à accepter l’effort et l’endurance et une primitive simplicité d’existence.» Mais, à mon avis, en dehors de ces quelques réflexions, le livre est trop descriptif. Et (toujours à mon avis), la langue est un peu démodée. «Quand j’aurai oublié tout le reste, je n’oublierai pas cette branche de fleurs dorées qui se détachait sur cette lueur également dorée, et le ruisseau qui coulait auprès comme du cristal sur de l’ambre...» Ceci dit, c’est évidemment un bouquin à mettre dans le sac pour un voyage vers le mont Kenya.

Les premières lignes. «Depuis qu'en 1923 nous avions campé dans la fôrêt de Meru sur les pentes du Kenya, en chassant l'éléphant, et qu'entre les arbres j'avais aperçu au petit jour la neige comme deux pétales au-dessous du sommet rose, j'avais toujours rêvé de revenir faire l'ascension de cette montagne.» (Éditions Payot & Rivages 2000)

Vivienne de Watteville (1900-1957) est la fille d'une Anglaise et d'un célèbre naturaliste suisse. En 1923 elle accompagne son père en Afrique orientale. Ce dernier tué par un fauve, elle n'en achève pas moins l'expédition. Et puis la nostalgie l'emporte sur les sombres souvenirs ; alors elle retourne au Kenya, non pas le fusil à la main, mais avec une petite chienne qui se prend pour une lionne, des appareils photo, un gramophone et une provision de thé. Lire Un thé chez les éléphants et Retour au Kenya (Phébus). Peu après ce séjour dans la savane elle ira s'installer en montagne (Petite Musique de chambre sur le mont Kenya.) Ces rééditions de récits parus chez Payot en 1937 rendent hommage à l'une de ces grandes voyageuses dont les traces, trop souvent, se sont perdues au fond des bibliothèques.


Le point de vue de l’éditeur. Il est dit des Mapuches qu'ils sont le seul peuple des Amériques à n'avoir jamais plié devant les conquistadors. Seuls les patriotes chiliens en viendront à bout au dix-neuvième siècle, puis les relègueront dans des réserves. Ils reprennent aujourd'hui la lutte. Les témoignages recueillis dans Voyage au pays des Mapuches, auprès d'une prisonnière politique, au cours d'une cérémonie rituelle ou dans un quartier populaire de Santiago, semblent prendre leur source à la devise du peuple mapuche: «Dix fois nous vaincrons !»

DEVALPO Alain – Voyage au pays des Mapuches

Le peuple indomptable.

Les Mapuches existent. Depuis le XVe ils habitent un territoire appelé Araucanie, au Chili, l’une de ces provinces qui «organisèrent une résistance farouche contre les conquérants espagnols et les gouvernements républicains, récusant ainsi l'hégémonie de Santiago.» Depuis, ça n’a guère changé. Les parcages dans les réserves et autres mouvements migratoires n’ont pas eu d’incidence: «Etre Mapuche, c’est ne pas en faire plus que nécessaire; un humble profil, qui n‘est pas synonyme de tête baissée ou d’échine courbée. Voilà plus de cinq siècles que les Mapuches résistent. »

On apprendra que les Araucarias, les conquérants des cimes, ont une organisation sociale qui leur permet de mieux résister que les gouvernements de type centralisé, comme celui des Aztèques ou des Incas. Le Chili laisse vivoter plusieurs peuples autochtones sur son territoire, dont les Mapuches, qui ont la réputation d’être le seul peuple indien des Amériques à avoir tenu tête aux conquistadors espagnols.

Ce récit nous permet de mieux connaître ce peuple, de le suivre dans ses activités quotidiennes, ses croyances, son histoire, ses légendes. A lire (à classer) dans le cadre d’une thématique Chili, avec Valparaiso – vieille dame née au XVIe, escale pour Cap-horniers, chasseurs de phoques ou baleiniers, le Val Paradis d’Alain Jaubert – ; les voyages en Patagonie de Chatwin et Theroux, et les récits de navigateurs du Cap Horn et des autres îles de la région. Enfin, on ne peut maquer d’évoquer l’histoire d’un certain Antoine Tounens, «aimanté par un rêve démesuré, un rêve patagonien» racontée par Jean Raspail

Les premières lignes: « Une visite s’impose à la librairie Crisis. - De taille modeste, visage rond, peau hâlée, cheveux poivre et sel, lisse de rides, Mario Llancaqueo est discret comme l’histoire de son peuple, le peuple Mapuche. Il dépose le livre qu’il a en main, se défait de ses fines lunettes, descend du tabouret sur lequel il est perché, contourne son bureau et ouvre les bras pour me saluer à la chilienne, de trois grandes tapes dans le dos. L’abrazo, l’accolade, est vigoureuse et le sourire de cet ami libraire, lumineux. Tu es revenu ! De nouveau en terre chilienne, à Valparaiso ! Venu honorer les amis, puis filer le long de la panaméricaine, mille kilomètres plus au sud, à la rencontre de ton peuple. » Éditions Cartouche 2007, collection « Voyage au pays des… »

Valparaiso

«Octobre ouvre sa porte au printemps, effaçant le souvenir des grandes tempêtes d’hiver, et le parfum des embruns s’élève vers les hauteurs de cette ville blottie dans un bouquet de quarante-cinq collines (cerros), gravies, pour certaines, par des funiculaires colorés, des ascensores, selon le vocabulaire des Porteños, les habitants de Valparaiso.»

La légende

«C’est alors que le premier esprit Mapuche vint, catapulté depuis l’Azur. Rêveur, il regarda la superficie immense inhabitée, de cette terre que maintenant nous foulons. Sa mère, disent-ils, s’attrista devant sa solitude. Pour qu’il soit accompagné, l’Esprit Puissant envoya une petite étoile très belle, resplendissante.»


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