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«Nous avions avec nous un missionnaire qui, sur cette même plage, se trouvait plus rapproché de la mer. Quand il vit le nègre, il prit la fuite ; sur quoi le nègre s’enfuit également.» Dirk Van der CRUYSSE |
Dirk Van der CRUYSSE - Le noble désir de courir le monde (Voyager en Asie au XVIIe siècle)Impressionnant : ce pavé fait le tour, en vingt chapitres et à partir d’une quinzaine de relations de voyages de l’époque, de tout ce qu’il y a à dire sur ce sujet : le voyage en Asie au XVIIe. Et, on s’en doute, le voyage d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui du Grand Siècle. Dans le chapitre : Qui voyage et pourquoi ? on apprendra à connaître les principaux types de voyageurs de cette époque : le curieux, le négociant, le missionnaire. Le curieux, l’aventurier, le «touriste» de l’époque (ce mot n’est pas attesté en France avant 1800), comme Jean Thévenot ; le marchand, attiré par les bénéficies possibles, comme Jean Baptiste Tavernier, ou Jean Chardin ; le missionnaire, «animé par l’ambition de convertir les idolâtres asiatiques.» D’autres voyageurs aux motivations diverses : le diplomate, en mission officielle auprès du shah de Perse ou du roi de Siam ; l’érudit, à la recherche de pierres, médailles, manuscrits destinés à enrichir les collections royales ; et bien sûr tous ceux qui voyagent pour faire voyager les autres, principalement les «hommes de mer.» Restait à choisir le chemin : terre ou mer. La route terrestre est plutôt empruntée par les aventuriers et les marchands. Logique. La route océane a l’avantage d’être plus rapide, pour celui a plus d’intérêts une fois sur place que le long du parcours. Mais les deux voies ne sont pas sans pièges ni dangers. Attaques des caravanes par les bandes organisées de brigands, caravansérails douteux pour les uns, tangage, roulis, pirates, tempêtes et naufrages pour les autres. Il faut rappeler qu’à cette époque on n’allait à peine à Paris ou à Londres. «Voir le monde», partir pour des pays lointains paraissait absolument incroyable. Ce qui explique sans doute le succès des relations de voyages, bien que nos voyageurs ne montraient que peu de sensibilité à l’égard des paysages et de la nature. Au XVIIe on en était encore à la découverte et à la compréhension de l’autre. Certes, on n’en était plus aux années 1500, et des voyageurs comme Chardin ne jugeaient plus des pays exotiques selon les seuls critères occidentaux et s’interrogeaient sur les différences, mais la curiosité demeurait la première motivation des lecteurs. Ce n’est qu’au siècle suivant que s’éveillera le sentiment de la nature et l’esthétique paysagère chez le voyageur comme chez le lecteur. Le «voyageur écrivain» est étudié dans le dernier chapitre. Qui était-il, et quels étaient ses lecteurs ? Le récit de voyage était-il à la mode, comme semble le montrer cette lettre de Jean Chapelain en 1663 : «notre nation a changé de goût pour les lectures, et au lieu des romans qui sont tombés, les voyages sont venus en crédit et tiennent le haut bout dans la cour et dans la ville.» Pourtant, d’autres écrits montrent que le voyageur écrivain n’a pas toujours bonne réputation, et que l’on se méfie de ses possibles exagérations. «J’ai dit les choses comme elles sont», se défend Tavernier. Mais le ver est dans le fruit, et les relations de voyages auront une influence capitale. Comme le conclut l’auteur : «De leurs journaux de bord et de route surgit toute une littérature qui entame la stabilité classique et les certitudes du grand Siècle. Les récits de voyage inspirent des débats. Les notions de mouvement, de curiosité devant l’Autre, de relativité culturelle et de tolérance s’infiltrent lentement dans les esprits.» Les premières lignes du chapitre premier « Chercher le chemin des Indes : « Le moins que l’on puisse dire, c’est que les voyages français en Asie ne commencent pas sous une bonne étoile. L’irrésistible élan déclenché au Portugal et en Espagne par les grandes découvertes autour de 1500 ne tourmentent pas vraiment les Français. » Librairie Arthème Fayard 2002.Dirk Van der Cruysse, de l'Académie royale de Belgique, est professeur à l'université d'Anvers. Il a publié une biographie de Madame Palatine et plusieurs ouvrages sur des voyageurs du XVIIe siècle : Louis XIV et le Siam (1991) ; Choisy, androgyne et mandarin (1995) ; Chardin le Persan (1998). |
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«J’ai traversé la Suède. J’ai vu les entrailles de la terre à 450 aunes de profondeur. Je suis monté dans le vent jusqu ‘à un mille. J’ai vécu l’été et l’hiver en un seul jour. J’ai traversé les nuages. J’ai visité le bout du monde.» Carl von LINNÉ
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Carl von LINNÉ - Voyage en Laponie«Smaland m’a vu naître. J’ai traversé la Suède. J’ai vu les entrailles de la terre à 450 aunes de profondeur. Je suis monté dans le vent jusqu ‘à un mille. J’ai vécu l’été et l’hiver en un seul jour. J’ai traversé les nuages. J’ai visité le bout du monde. J’ai vu la retraite nocturne du soleil. J’ai voyagé en une année 1000 milles sur terre.» La description de ce voyage en Laponie en 1736 commence très fort. Et puis on est rapidement surpris par le ton. Un mot sur dix est en latin. Les articles sont parfois absents. Au début c’est difficile. Et puis on s’habitue à cette musique, qui n’est pas sans charme, sans poésie. En voici un aperçu : «Saule on disait qu’il n’y avait pas dans tout Angermanland, noisette il n’y a pas. Les cerises ne mûrissent pas toujours ; pomme de terre pousse bien, Tabacum et Lupulus lentement et peu.» Le voyageur étant botaniste en mission, on saura tout, absolument tout sur ce qui pousse en ces contrées. Aussi sur les animaux, les insectes et les oiseaux. Et sur l’homme. Avec bien sûr des coutumes d’un autre temps et d’un autre lieu. «Les femmes lavaient le sol avec le pied droit, qu’elles mettaient sur une ramée sèche de sapin et ainsi allaient et venaient en courant.» Plus loin on lira l’histoire d’une femme qui entendait dans son ventre coasser trois grenouilles qu’elle avait avalé en buvant de l’eau... On apprendra que les Lapons ne vont pas à l’église quand le brochet fraye au mieux, et qu’ils se déplacent tous les huit jours à cause du pâturage pour les rennes, «mais aussi parce qu’il ne se plaît pas longtemps dans un endroit.» Enfin, on ne se lasse pas de certaines usages comme ce «lait élastique, que l’on peut tirer comme une corde d’un mur à l’autre.» Les Lapons ont-ils inventé l’aligot ? Les notes sont prises sur des carnets, et donc il n’y a pas vraiment de rédaction ; la description est parfois un peu clinique, mais l’ensemble ne manque pas d’intérêt. Quelques croquis précis agrémentent et parfois aident la lecture. Il ne reste plus qu’à se lancer. Les premières lignes : «Après avoir été, le 2 mai, choisi par la Société royale des Sciences pour aller en Laponie et y décrire les trois Regna Naturae, je préparai mes affaires et m’habillai de la manière suivante. Les vêtements étaient donc un petit paletot en tissu de Västergötland, sans ourlets, à courts revers et col de velours...» Éditions La Différence 2002. Ce livre comprend une présentation, une notice biographique, et un avertissement sur la « mise en français » par les traducteurs Turid Wadstein-Gette et Paul Armand Gette.Né en 1707, mort en 1778, Carl von Linné, scientifique suédois, s'est rendu célèbre par la réforme qu'il a introduite dans l'appellation et la classification des êtres vivants. Ses prises de position sont au croisement des sciences et de la philosophie. Après son voyage en Laponie (1732), il séjourne en Hollande où il obtient un doctorat en médecine (1735), en Angleterre (1736) et en France (1738). Rentré en Suède, il exerce la médecine à Stockholm, avant d'être nommé professeur à l'université d'Uppsala (1740), où il se consacre essentiellement a la botanique. |
Anne HUGON - L'Afrique des explorateurs. 1/ Vers les sources du NilRichement illustré, comme tous les ouvrages de cette collection, ce livre nous parle d'un temps où les cartographes imaginaient encore les contours d'un continent inconnu, où le mythe du bon sauvage était à la mode, et où les seuls voyageurs étaient des missionnaires ou des commerçants attirés par un marché en devenir. Puis vint l'explorateur. On apprendra dans quelles circonstances, avec quels moyens et
dans quels buts les Burton, Speke, Grant, Baker et autres sont
partis à la découverte du cœur de l'Afrique. L'un des
principaux buts était de trouver les sources du Nil. Et c'est du
Caire, en 1862, que Speke et Grant câblent à Londres un péremptoire
«la question du Nil est réglée». Ce qui était inexact.
L'aventure continua. Avec le couple le plus célèbre des
explorations africaines : Stanley et Livingstone. Le second se
perdit. Le premier le retrouva dans une bourgade des bords du lac
Tanganyika en octobre 1871. Et tout le monde connaît ce dialogue
devenu légendaire: Stanley poursuivit ses voyages, parfois dramatiques. D'autres explorateurs aussi. Parmi eux un français, Brazza. Et comme tous les autres il donnera son nom à un site, qui deviendra une (Brazza) ville. Et une femme, Mary Kingsley, dont les extraits pleins d'humour de ses relations de voyage donnent envie de lire la suite. Enfin l'on apprendra comment monter une expédition en Afrique,
et comment écrire un livre au retour. Des exemples sont fournis
dans la partie "textes et documents". Les premières lignes. «En 1800, l'Afrique intérieure est une terra incognita. Un siècle plus tard, le continent est passé sous la domination des grandes puissances coloniales. Entre-temps, les explorateurs ont arpenté les régions centrales, repéré cours d'eau et montagnes, répertorié la faune et la flore, noué des contacts avec les Africains... et donné un nouveau souffle à l'impérialisme d'une Europe conquérante.» (Gallimard, Découvertes.) |
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M-C GOMEZ-GERAUD - Écrire le voyage au XVIe siècle en FranceLa première partie est une «enquête sur un genre mal défini». A l'origine simple liste de toponymes et de distances, puis récits de pèlerinages, les récites de la Renaissance relatent la découverte. On apprendra que le récit de voyage de cette époque avait pour but de «pouvoir rendre fidèle tesmoignage de la vérité» (Lesaige), qu'il était écrits pour la plupart par des écrivains occasionnels, à partir d'une expérience immédiate et de notes prises sur le terrain. Le savoir sur le monde, et le spectacle du monde. Et si le voyageur part en quête de vérité, c'est de celle du monde. Pas du "je" que l'on trouvera plus tard, dans le voyage romantique. Après quelques notes biographiques, une deuxième partie nous entraîne vers les «nouveaux mots des nouveaux mondes». Problème, en effet : comment, pour ces voyageurs, exprimer la nouveauté et l'inconnu? Comment décrire des choses jamais vues? En faisant référence au connu; en utilisant abondamment un «lexique de l'admiration» (estrange, extraordinaire, merveilleux...) ou en important un vocabulaire local. Un bon petit bouquin (par la taille et le poids) pour comprendre. (Éditions PUF.) Marie-Christine Gomez-Géraud, est professeur de littérature française à l'Université de Picardie. Auteur du Crépuscule du Grand Voyage : les récits de pèlerins à Jérusalem (1456-1611), éd. Champion, 1999, de Roman et récits de voyage (PU Paris Sorbonne 2001), et co-éditeur du récit de voyage à Constantinople de Nicolas de Nicolay, Dans l'Empire de Soliman le Magnifique, Presse du CNRS, 1989. |
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