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R.L. STEVENSON - L'Esprit d'aventureIl s’agit d’un recueil qui rassemble des essais écrits par Stevenson durant plusieurs années. Les sujets sont très divers : l’amour, le mariage, les becs de gaz, les chiens, la paresse... Il est impossible de parler de cet ouvrage (y compris la préface de Michel Le Bris) en quelques lignes tant la matière est riche. Voici quelques exemples, tirés d’essais en rapport avec les sujets qui nous intéressent (le voyage, la nature...), et qui vous donneront, je l’espère, envie de poursuivre. Dans un essai intitulé El Dorado : «Quelqu’un qui effectue une randonnée pédestre avec un seul livre dans son sac à dos lit avec circonspection, s’arrêtant souvent pour réfléchir et posant souvent le livre pour contempler le paysage ou les gravures dans la petite salle de l’auberge ; car il redoute de parvenir au bout de son plaisir et de se retrouver seul dans les dernières étapes de son voyage.» Dans l’essai Le sens de la marche, que tout randonneur devrait avoir lu : «Pour être appréciée à sa juste valeur une randonnée pédestre devrait être entreprise seul. La marche à plusieurs, ou même à deux, n’a plus de randonnée que le nom ; c’est quelque chose d’autre, qui ressemble à un pique-nique. Une randonnée pédestre devrait être entreprise seul, parce que la liberté en est l’essence.» Et plus loin il nous invite à jeter montres et pendules. «Ne pas tenir compte de l’heure pendant toute une vie, je dirais presque que c’est vivre à jamais. Vous n’avez aucune idée, à moins d’en avoir fait l’expérience, de la longueur infinie d’un jour d’été mesurée seulement par la faim, et ne se terminant que lorsque vous avez sommeil.» Dans l’essai De l’agrément des lieux peu attrayants Stevenson démontre que «les choses que nous regardons patiemment sous toutes leurs faces finissent généralement par en montrer une d’une réelle beauté.» Un livre essentiel pour qui veut connaître Stevenson. Riche, profond, sa lecture s’impose. Les premières lignes de Une Apologie des oisifs. «Aujourd'hui que tout le monde est contraint, sous peine d'une condamnation par défaut pour crime de lèse-respectabilité, d'embrasser quelque profession lucrative, et d'y travailler avec quelque chose qui ressemble à de l'enthousiasme, une plainte de la partie adverse, qui, elle, se satisfait de ce qu'elle a, et revendique de rester spectatrice en goûtant le temps qui passe, sent un peu la bravade, sinon la gasconnade.» (Phébus 1994.) |
«Quelqu’un qui effectue une randonnée pédestre avec un seul livre dans son sac à dos lit avec circonspection, s’arrêtant souvent pour réfléchir et posant souvent le livre pour contempler le paysage ou les gravures dans la petite salle de l’auberge ; car il redoute de parvenir au bout de son plaisir et de se retrouver seul dans les dernières étapes de son voyage.» Robert Louis STEVENSON
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R.L. STEVENSON - En canoë sur les rivières du NordC’est en 1876 que Stevenson navigue sur l’Escaut, la Sambre et l’Oise en canoë avec Walter Simpson. Et qu’est-ce qu’il y a de mieux dans la vie que la canotage ? «Car se trouvera-t-il quelqu’un qui ose me soutenir que traiter des affaires est plus intéressant que s’emballer pour le canotage ? Il faudrait n’avoir jamais vu une barque, ou n’avoir jamais vu un bureau, pour parler ainsi. Et, bien sûr, l’un vaut mieux que l’autre pour la santé. Rien ne devrait être la véritable occupation d’un homme comme son amusement.» Au début du voyage tout n’est pas si simple. Le premier essai du canoë à voile au milieu du fleuve ne se passe pas sans appréhension. «Qu’arriverait-il au premier vent gonflant ma petite voile ? J’imagine qu’il était quasiment aussi aventureux d’aborder ainsi l’inconnu que de publier un livre ou de prendre femme.» Les comparaisons sont hardies. Mais finalement tout se passera bien. Et le spectacle est à la hauteur du voyageur et de son inspiration. Par exemple quand il croise une péniche tirée par un cheval qui «marche d’un pas tranquille comme si nulle autre affaire n’existait au monde et l’homme rêveur au gouvernail voit le même clocher sur l’horizon, une journée entière.» On voit que ça ne va pas trop vite. D’ailleurs la vue des péniches rend Stevenson méditatif : «Il devrait y avoir beaucoup de gens satisfaits à bord des bateaux, car mener pareille vie c’est à la fois voyager et rester chez soi.» Ce récit contient de très belles annotations sur les paysages qui, vus d’un canoë, présentent une autre perspective. Exemple : «Les haies très hautes s’enlianaient autour des troncs d’ormeaux alignés et les champs, la plupart du temps de peu de superficie, ressemblaient à des rangées de berceaux au long de la rivière.» Ce voyage est également l’occasion de rencontrer des gens. Et les chapitres de ce livre sont souvent prétextes à digressions sur la société, ses mœurs, son comportement, sa morale. Avec parfois un humour assez dévastateur. Nos amis belges apprécieront... «Boom n’est pas un endroit agréable et n’est remarquable que sur un point : la plupart des habitants y sont convaincus qu’ils savent parler anglais, ce qui, en fait, n’est pas démontré.» Ou encore : «Le menu, comme d’habitude en Belgique, était de nature imprécise.» Récit de voyage autant que document sur les us du XIXème siècle, donc. Récit vivant, poétique, bucolique, mais aussi plein de réflexions sur la vie, la nature, la paresse, le voyage. Les premières lignes.«Notre arrivée provoqua grande agitation dans les docks d'Anvers. Un arrimeur et un groupe de portefaix enlevèrent nos deux canoës et, au galop, les portèrent sur l'embarcadère. Une foule d'enfants les escorta, poussant des hourras.» (Actes Sud 1994.) Voir http://canaux.stevenson-en-france.org/ |
«Quand à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager. L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation.»
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R.L. STEVENSON - Voyage avec un âne dans les CévennesC’est sur un parcours désormais célèbre, de Monastier à Saint Martin du Gard que Stevenson s’engage en 1878. C’est l’automne dans les Cévennes. Le pays est semé d’embûches et de chemins qui ne mènent nulle part, sinon vers un lac qui n’existe pas sur les cartes. «Mon chemin traversait une des contrées les plus misérables du monde. C’était en quelque sorte en dessous même des Highlands d’Écosse, en pire.» C’est comme ça, la route, parfois magique, parfois banal. «Les loups, hélas ! comme les bandits, semblent reculer devant la marche des voyageurs. On peut trôler à travers toutes notre confortable Europe et n’y point connaître une aventure digne de ce nom.» Finalement il finira par la trouver, son aventure, sans loups et sans bandits. «J’avais cherché une aventure durant ma vie entière, une simple aventure sans passion, telle qu’il en arrive tous les jours et à d’héroïques voyageurs et me trouver ainsi, un beau matin, par hasard, à la corne d’un bois du Gévaudan, ignorant du Nord comme du Sud, aussi étranger à ce qui m’entourait que le premier homme sur la terre, continent perdu, c’était trouver réalisée une part de mes rêves quotidiens.» Et surtout, pendant treize jours il lui faudra supporter Modestine, une ânesse qui l’obligera à des comportements peu reluisants. «Les deux jambes d’avant de Modestine n’avaient plus que chair à vif à l’intérieur et du sang sur la queue (...) et mon cœur était toujours aussi froid que glace à l’endroit de ma bête de somme.» Ce voyage en solitaire dans les Cévennes laissera pourtant des traces. Après l’Écosse et le canotage sur les rivières du Nord, c’est le dernier «voyage de Lilliput», comme le souligne Gilles Lapouge dans sa préface. Après un passage à Londres, Stevenson partira vers San-Francisco (ou l’attend Fanny), puis, plus tard, vers les îles du Pacifique. Avec sans doute en mémoire une petite phrase écrite au bord d’un chemin cévenol : «Quand à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager. L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants.» Stevenson et Modestine : un couple célèbre de voyageurs ! Le «voyage avec un âne» un livre de chevet pour tout voyageur, et surtout que tout randonneur cheminant sur le «sentier Stevenson» doit absolument mettre dans le sac à dos. Les premières lignes. «Dans une petite localité, nommée Le Monastier, sise en une agréable vallée de la montagne, à quinze milles du Puy, j'ai passé environ un mois de journées délicieuses. Le Monastier est fameux par la fabrication des dentelles, par l'ivrognerie, par la liberté des propos et les dissensions politiques sans égales.» (GF - Flammarion n° 601) |
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«Un voyageur de mon genre, cela ne s’était jamais encore vu dans cette région. On me regardait avec mépris, comme quelqu’un qui projetait un voyage dans la lune.» RL STEVENSON
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R.L. STEVENSON - Journal de route en Cévennes«Un voyageur de mon genre, cela ne s’était jamais encore vu dans cette région. On me regardait avec mépris, comme quelqu’un qui projetait un voyage dans la lune.» Le voyageur qui tient son journal de route c’est Robert Louis STEVENSON. Nous sommes en septembre 1878, dans les Cévennes, «en gros un paysage écossais, bien que moins grandiose, comme ce que l’Écosse offre de mieux, et par une curieuse coïncidence, la population est, à sa manière, aussi écossaise que le pays.» Ce Journal de route en Cévennes est passionnant. Il fournit des informations absentes du récit ultérieur, le Voyage avec un âne dans les Cévennes. Stevenson s’astreignit à rédiger quotidiennement le récit de son voyage, d’une petite écriture soignée, sur les soixante-six pages bleutées d’un simple cahier d’écolier, actuellement conservé dans une bibliothèque de Californie. Et cette édition critique à partir du manuscrit original est très pratique, car elle délimite bien les textes absents du récit. De plus elle est agrémentées de lettres, dessins et documents divers de l’auteur, ainsi que de photos prises par d’autres voyageurs, mais en rapport avec ce périple, aujourd’hui devenu pèlerinage. Les avants propos et introductions sont intéressantes ; les notices historiques et littéraires sont également captivantes, notamment sur la place du voyage dans les Cévennes. Je conseille de commencer par le récit souhaité par Stevenson, et de lire ce Journal ensuite. Il permettra d’approfondir. Les premières lignes de «Une ville de montagne en France» : «Le Monastier est le Chef-lieu d’un canton montagneux de la Haute-Loire, anciennement le Velay. Comme son nom l’indique, un monastère est à l’origine de cette ville et il possède encore un bâtiment massif flanqué de tours et une église de quelque prétention architecturale siège d’un archiprêtre et de plusieurs vicaires. » Éditions Privat – Club Cévenol 2002.A lire aussi: Énième livre sur le sujet: Le chemin des crêtes. Avec Robert Louis Stevenson à travers les Cévennes. E&C Éditions. Mais l'auteur est Kenneth WHITE. Dans cette pérégrination, qui va des Cévennes, à travers l'œuvre de Stevenson, vers le monde ouvert, Kenneth White est accompagné de Paul Moscovino, qui a suivi l'itinéraire de Stevenson de lieu en lieu et dont les encres aquarellées scandent le texte. Un Voyage avec Stevenson dans les Cévennes. Celui de Jean François DARS, éditions Descartes & Cie 2006. Du 22 septembre au 4 octobre 2005, l'écrivain et photographe a refait pieusement le même voyage, l'âne remplacé par un vélo, pour superposer les images de deux époques. |
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«Il n’y avait d’El Dorado absolument nulle part. Peut-être valait-il mieux rester patiemment chez soi, jusqu’au jour où l’on pourrait émigrer dans la Lune.»
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R.L. STEVENSON - La Route de SilveradoAvec la route de Silverado le ton badin, l’humour des récits de voyages en canoë ou avec un âne disparaît. Par rapport aux voyages précédents, Silverado fut une épreuve, le ton du récit s’en ressent. Âgé de 29 ans, Stevenson s’embarque pour l’Amérique, le 7 Août 1879. Dans «l’émigrant amateur» Stevenson raconte son voyage en bateau entre Glasgow et l’Amérique. En compagnie de ceux qui avaient déjà échoués. «Navire de ratés nous étions : les hommes brisés de l’Angleterre.» Les rencontres sur ce bateau sont nombreuses et nous valent une remarquable galerie de portraits. Le violoneux est ici un personnage plus important qu’un écrivain parce qu’il distrait la foule. La différence entre les ponts, et donc entre les classes sociales, est frappante. On s’ignore superbement. Selon la toilette un homme peut devenir invisible «à l’œil bien réglé de la femme.» Sur ce paquebot pour New York l’habit fait le moine. Y compris pour Stevenson : «je passais pour à peu près tout ce qu’on voudra, hormis pour un gentleman ayant quelque instruction.» Enfin c’est New York, «l’île peuplée de cannibales», et l’Amérique de l’espoir. L’Amérique des doutes, aussi. «Il n’y avait d’El Dorado absolument nulle part. Peut-être valait-il mieux rester patiemment chez soi, jusqu’au jour où l’on pourrait émigrer dans la Lune.» L’Amérique peu attirante, avant le choc : «Je reste généralement assez calme devant les fastes de la nature mais là, mon cœur se mit à battre comme jamais vous ne pourrez le croire. Ce fut comme de rencontrer sa future épouse...» Et plus loin «nous rejetâmes d’un coup, moi et tous ceux qui faisaient partie du convoi, nos sensations de saleté, de chaleur et de fatigue, et beuglâmes comme des écoliers, puis, l’œil brillant, nous nous empilâmes sur la plate-forme arrière, et devînmes en un mot des créatures toutes neuves au-dedans comme au-dehors.» La baie, San Francisco, Monterey... De quoi oublier la traversée en bateau, puis en chariot, la maladie, l’abandon des amis, le manque d’argent... Dans une deuxième partie intitulée «les Portes d’or» nous pouvons lire des lettres de Stevenson. La troisième partie, «les Squatters de Silverado», est le récit du séjour de Stevenson et de Fanny dans une baraque de l’ancienne ville minière. Car Silverado c’est pas Byzance. Une porte entière est un luxe. Une cabane aux planches pas trop disjointes est ce qui se fait de mieux sur le site. Mais c’est une période heureuse. «Nous avions échangé notre mansarde parmi les hommes contre un coin (en aussi piteux état qu’il fût) de grand ciel bleu.» Stevenson et Fanny, les «souverains de Silverado» vécurent là «telles des mites dans un vieux bout de fromage.» Un an plus tard il reviendra en Angleterre et publiera l’Ile aux trésors... Les premières lignes. «C'est dans les docks de Broomielaw, à Glasgow, que je découvris mes compagnons de voyage. De là, nous descendîmes la Clyde sans familiarités aucunes mais en nous regardant de travers comme de possibles ennemis.» (Édition Phébus 1987 / Libretto). |
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R.L. STEVENSON - Dans les mers du SudEn 1888, Stevenson et Fanny décident de partir dans les mers du Sud. Motif médical : un emphysème pulmonaire empêche RL de vivre en Écosse. Pas grave : la société Victorienne l’agace de plus en plus. Direction Samoa. Et toutes les îles autour et sur le trajet : Tahiti, les Gilbert, les Marquises. Stevenson fait ici oeuvre d’ethnologue. Il décrit minutieusement l’endroit «où j’ai trouvé la vie la plus agréable et l’homme le plus intéressant.» Le but de ces écrits est de «communiquer aux touristes en chambre quelques idées de cette séduction...» Qu’on ne s’attende pas à lire un récit de voyage habituel. Ici, peu d’états d’âme, tout est description : les hommes, les femmes, les habits, les maisons, les travaux, les rites, les coutumes. Et la mer, les atolls, les plages, les lagons. Il y a de nombreuses histoires passionnantes sur les mœurs (enterrements, cannibalisme...) des habitants des îles du Sud. Qui n’est pas toujours le paradis que l’on croit. «Ce Pacifique est un lieu étrange. Le XIXe siècle n’y existe que par endroits. Au-delà commence un grand brassage d’époques et de races, de barbarie et de civilisation, de vertus et de crimes, dans une sorte de no man’s land de l’histoire.» Dans les mers du Sud est un bouquin (un pavé) pour connaître ces lieux et cette époque. Ce n’est pas le genre de livre à mettre dans le sac pour une randonnée alpine, mais à lire sur place, ou à la maison... Les premières lignes. «Depuis près de dix ans, ma santé allait déclinant; et vers l'époque où j'entrepris mon voyage, je me croyais arrivé à l'épilogue de ma vie, sans plus rien à attendre que la garde-malade et le croque-mort. On me suggéra de tenter les mers du Sud.» (Petite Bibliothèque Payot Voyageurs ) |
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Fanny et R.L. STEVENSON - Notre aventure aux SamoaC’est le journal de la vie quotidienne des Stevenson, essentiellement écrit par Fanny de 1890 à 1894. Plantons le décor : «Nous vivons dans une petite caisse en bois à deux étages très exposée, à environ deux cent mètres au-dessus du niveau de la mer et à cinq kilomètres de la plage.» Le temps n’est pas toujours de la partie, et la situation est précaire. RL écrit : «J’ai enfermé mes papiers dans la malle en fer, au cas où il y aurait un ouragan et où la maison serait emportée.» Et plus loin : «J’ai toujours eu peur, par dessus tout, du bruit du vent. Dans mon enfer, il y aurait toujours du vent.» On apprendra dans ce livre moult détails sur leur installation, du défrichage à la construction d’un poulailler, de la création d’un jardin potager au montage d’une écurie. Il y a beaucoup à faire : planter des arbres, réparer les clôtures, les truies s’échappent, comme les coqs et les chevaux. Fanny (une grand-mère de cinquante ans) est énergique, et infatigable. Elle se donne de la peine et nous tient au courant de tout. C’est parfois un peu facile, genre pluie et beau temps, ça parle des petits riens de la vie, des potins du quartier. Mais c’est intéressant car ça se passe aux Samoa en 1890. Et les auteurs ne sont pas les premiers venus. On peut compter sur eux pour écouter, voir, et raconter. On apprendra par exemple que «à Samoa, une femme qui frappe quelqu’un est frappée en retour de la même façon que si elle était un homme, et aucune disgrâce ne s’attache à cet acte.» La société de cette époque est un vrai roman, bien différente de nos vies occidentales actuelles. Et RL s’en servira pour écrire, entre autre, Le Creux de la vague, l’une des dernières oeuvre, au cruel décor polynésien. Enfin, c’est le 3 décembre 1894 que Stevenson est terrassé par une hémorragie cérébrale. Sa mère raconte. «Il aidait Fanny à faire une mayonnaise ; soudain il s’est pris la tête à deux mains et a dit : "Est-ce que j’ai l’air bizarre?" Fanny a dot que non, mais elle ne voulait pas l’inquiéter, et elle l’a aidé à gagner la salle, où elle l’a installé dans le fauteuil le plus proche. Elle nous a demandé de venir, et je suis arrivée tout de suite ; mais il avait perdu connaissance et il est resté ainsi pendant deux heures ; à huit heures dix, tout était fini.» Les premières lignes. «Septembre 1890. Arrivés à Vailima le (...) septembre. Situation assez peu satisfaisante, parce qu'on a prêté plus d'attention à l'aspect décoratif des choses qu'à leur aspect pratique. Dans l'angle qui donne sur la petite cascade, on a construit un bâtiment très soigné et très coûteux, en tous points semblables à un kiosque à musique de guinguette allemande. Mais il n'y avait pas d'abri pour les cochons ni de poulailler.» (Phébus 1994) |
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«On apprend à marcher comme on peut, puis on s’en va. Moins pour connaître que pour se comprendre.» Éric POINDRON«Voyager, c’est se planter de nuit devant une cathédrale et attendre qu’un saint quelconque descende de la façade et se mette à danser sur le parvis.» Éric POINDRON.>>>Piéton, pèlerin, déménageur, scénariste, éditeur (éditions du Coq à l'âne), chroniqueur littéraire, écrivain... >>> Voir le Cabinet de curiosités de Éric Poindron le «rêve-à-tout» |
Éric POINDRON - Belles étoiles. Avec Stevenson dans les CévennesLe dehors guérit. Ces «trois mots courts et clé de Stevenson, en guise de panacée, qui peuvent, aujourd’hui encore, envoyer d’apprentis rêveurs sur les chemins», l’auteur les reprend à son compte. Stevenson avait entrepris une marche avec un âne (Modestine) dans les Cévennes en 1878, pour faire le point face aux questions que lui posaient la famille et la littérature. Et Fanny, qui lui manquait. En rendant un service (convoyer, depuis la Haute Loire, un âne vendu à deux enfants du Gard) Eric Poindron, le Voyage en poche, suivra la trace de son célèbre prédécesseur. Pas forcément sur le vrai sentier («On ne refait pas un voyage, pas plus qu’on ne copie un poème»), mais peu importe. L’esprit est là. Écouter, décrire les paysages, les gens rencontrés, mais aussi écouter et décrire son cheminement intérieur, se poser des questions, sur la vie, sur la littérature, sur le passé, sur l’avenir. «On apprend à marcher comme on peut, puis on s’en va. Moins pour connaître que pour se comprendre.» Et Selma, la «femme des sables», tapie quelque part sur ce chemin. Au Monastier, point de départ de Stevenson, le décor n’est plus ce qu’il était. «En guise d’octroi, un garage surveille l’entrée de la ville et les diligences ont fait place aux cars de ramassage scolaires.» Avec son compagnon de route Poindron avance. «La journée, nous avalons les kilomètres, et la nuit, nous gobons les étoiles.» Et les deux voyageurs composent avec l’animal. Sans trop de problèmes. «L’âne demeure beau joueur et attend que ça se passe. L’âne est pardon, l’âne est zen.» Sont évoqués (on pourrait dire :sont convoqués) les grands auteurs : Thoreau, London, Cendrars, Sansot, Chamson le Cévenole, et Alain Chany, «le philosophe qui sort plus aisément la fourche que le stylo.» De vieilles gares réelles en trains de rêves, ce journal, plus intime que voyageur, nous emmène sur les chemins des Cévennes, et propose quelques belles réflexions. «Voyager, c’est accepter une marche lente, pénible et embellie à travers l’inconnu qui obsède. (...) Voyager, c’est se planter de nuit devant une cathédrale et attendre qu’un saint quelconque descende de la façade et se mette à danser sur le parvis.» Le chemin conduit au mont Lozère, au Pont de Montvert, à Florac, au long du Gard, à Florac. Sans se presser. «La lenteur, notre première richesse. La bâtisseur, l’architecte, l’astronome construisent à l’extérieur ; nous, humbles promeneurs, nous construisons à l’intérieur, en creusant roches et souvenirs. Nous cherchons le Nord dans nos consciences. Connais-toi et le chemin t’aidera à te connaître.» Un excellent récit de voyage d’aujourd’hui, en prise avec la réalité, mais aussi agréablement culturel et nostalgique. A mettre impérativement dans le sac à dos, aux cotés du Voyage avec un âne, si vous allez du coté des Cévennes. Et attention au retour : «Toutes les destinations se valent pour ne pas rentrer.» Les premières lignes : «Mon cher Stevenson, L’aventure que conte ce maigre ouvrage fut difficile et palpitante. Après un début anodin, la route qui vous chahute devient source de connaissance et d’apaisement. Sur le chemin, nous sommes tous des sauvages, vierges de sens et d’esprit, comme au premier matin.» Préface de Gilles Lapouge. Éditions Flammarion 2001, collection Gulliver. |
A lire aussi... |
Autres récits de voyages :La croisière de la Janet Nichol. (Phébus) Du 18 avril au 26 juillet 1890, un voyage qui fut une véritable embardée. Complément vivant à Notre aventure aux Samoa, extrait de son journal. Les pleurs de Laupepa (Payot). Dernier livre de Stevenson, publié en 1892. Consacrée aux îles Samoa, lieu de résidence de l'auteur à la fin de sa vie, l'œuvre est de nature ethnologique (culture, coutumes). L’appel de la route. (Payot / Rivages) Un gros volume qui réunit la totalité des récits de voyage de Stevenson qui représentent une somme de sa vie d'aventures. Les romans et nouvelles.Il serait dommage de ne pas lire, en parallèle aux récits de voyages, certains romans de Stevenson. Notamment le célébrissime L'île au trésor, mais aussi Ceux de Falesa (La table ronde / petite vermillon) et Le Creux de la vague (Garnier Flammarion). Et sans oublier, pour le pur plaisir, les Nouvelles Mille et Une Nuits (Seuil Points roman). L'intégrale des nouvelles est parue chez Phébus / Libretto, édition Michel Le Bris, juin 2001. |
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Les biographiesIncontournables, les écrits biographiques de Michel Le Bris, le meilleur connaisseur de l'œuvre de Stevenson en France: Robert Louis Stevenson, les années bohémiennes : 1850-1880 (Nil) et Pour saluer Stevenson (Flammarion). Sur Fanny on pourra lire le très vivant Fanny Stevenson, entre passion et liberté, d'Alexandra Lapierre (Presse Pocket). Autres ouvrages.Stevenson est dans la Pléiade. Le premier volume comprend Croisière à l'intérieur des terres (habituellement traduit en Voyage en canoë...), le Voyage avec un âne, les nouvelles Mille et une nuits, l'Ile au trésor, le Prince Othon, le Dynamiteur, l'Étrange cas du docteur Jekyll. Sur les pas de Robert Louis Stevenson. Un voyage de Velay en Cévennes, par Anne Le MAITRE, aux éditions du Rouergue 2004. Ces pas qui trop vite s'effacent - sur les traces de R.L. Stevenson, par Yves SRTANGER, aux éditions L'Archange Minotaure 2005. A cheval sur les traces du célèbre écrivains, par un berger pyrénéen. Refaire le voyage de Stevenson sur les canaux et rivières, de Maubeuge à Conflans Saint Honorine. Une bonne idée. Voir le site consacré à ce projet, et en profiter pour noter le portail Stevenson en France. |
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