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le guide de lectures > voyages anciens >> p3


On n'a pas toujours voyagé comme aujourd'hui. A la Renaissance on découvrait le monde, au XIXe on s'intéressait au pittoresque: la montagne, les monuments des villes italienne, on faisait également de grands pèlerinages romantiques en Orient... Sur cette page:

Louis-Balthazar NÉEL – Voyage de Paris à Saint Cloud par mer et retour de Saint Cloud à Paris par terre. Alexandre DUMAS - Impressions de voyage en Suisse. Guy de MAUPASSANT  - La vie errante. Gustave FLAUBERT - Par les champs et par les grèves. Octave MIRBEAU - Sac au dos.

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Louis-Balthazar NÉEL – Voyage de Paris à Saint Cloud par mer et retour de Saint Cloud à Paris par terre, aux éditions Cartouche.


Louis-Balthazar NÉEL – Voyage de Paris à Saint Cloud par mer et retour de Saint Cloud à Paris par terre

Il n’y a pas si loin de Paris à Saint Cloud, et pourtant c’est tout un monde… Surtout quand «il n’y a rien de si sot et de si neuf qu’un parisien qui n’a jamais sorti des Barrières.» Et si la mort est plus souvent frôlée en pensée qu’en réalité, l’auteur montre bien les dangers, les craintes, les peurs irraisonnées que l’on éprouve avant le grand saut et tout au long d’une navigation en territoire inconnu.

Le jour du départ, les adieux sont déchirants. L’Eau bénite suffira-t-elle à éviter le pire ? Ensuite: vogue la galère. Ou plutôt, un petit bateau à fond plat sur la Seine. Mais est-ce différent ? «A deux pas de là, sur un banc de sable vers le Midi, nous avions vu les débris d’un navire marchand, que l’on nous avait dit avoir fait naufrage l’hiver dernier, chargé de chanvre.» On dirait le récit d’une expédition dans les mers du Sud. Et de «saisissement mortel» en regards incrédules sur l’environnement (d’autres bateaux, des piles, des quais, des berges, toutes choses qui semblent normales, mais où est-on vraiment ?), le voyageur finit par faire le constat que «je sentois qu’à force de voyager mon esprit s’étoit déjà bien formé.»

Au retour, le parisien voyageur et intello, qui ignorait tout des choses de la mer, découvrira également la nature, à travers la plaine et le chemin «bordé des deux côtés par des vignes, des pois verts et des haricots.»

Au XVIIIe siècle les récits de voyages sont à la mode. Le lecteur en est friand car ils permettent de s’évader sans risques. A la lecture de ce petit récit, il est évident qu’il s’agit d’un pastiche, que cette courte expédition en imite d’autres, plus grandes, plus vraies, plus aventureuses, et que derrière l’humour apparaissent des vérités qu sont évidemment déplacées dans ce contexte. Mais à la lecture de ce texte dans cette édition, on ne sait pas trop qui l’a écrit, et à quelle époque. Le CRLV (Centre de recherche sur la Littérature de voyage) nous apprend que «c'est Barbier qui nous indique que l'auteur du voyage aller est Néel, et que celui du voyage retour est Lottin l'aîné.» Ce texte a été écrit et publié en 1753 par Néel, un poète habitant à Rouen. Et il vaut le détour.

Les premières lignes : « La passion de voyager est sans contredit la plus digne de l’homme ; elle lui forme l’esprit, en lui donnant la pratique de mille choses que la théorie ne sçauroit démontrer. Je puis en parler aujourd’hui avec connaissance de cause. » Editions Cartouche 2006.


Alexandre DUMAS - Impressions de voyage en Suisse

«Voyager, c'est vivre dans toute la plénitude du mot ; c’est oublier le passé et l’avenir pour le présent ; c’est respirer à pleine poitrine, jouir de tout, s’emparer de la création comme d’une chose qui est sienne, c’est chercher dans la terre des mines d’or que nul n’a fouillées, dans l’air des merveilles que personnes n’a vues ; c’est passer après la foule, et ramasser sous l’herbe les perles et les diamants qu’elle a pris, ignorante et insoucieuse qu’elle est, pour des flocons de neige ou des gouttes de rosée.»

Jolie phrase d’Alexandre DUMAS qui, à 29 ans, le 21 juillet 1832, quitte Paris pour la Suisse. Pour une plongée dans le passé historique ; pour des rencontres avec des personnages pittoresques, tels les guides des premières ascensions du mont Blanc ; pour des témoignages d’us et coutumes aujourd’hui disparues ; pour des aventures inénarrables sur des chemins et dans des auberges ; pour des descriptions d’une nature sauvage et parfois hostile, bien différente de celle que nous traversons de nos jours sur les sentiers balisés. Bref, tout y passe, dans ce roman vrai, écrit avec une verve éblouissante. Le style DUMAS, quoi.

Et qui gardait toujours le moral : «La chaleur du rhum remit chacun en gaîté, et, quoique la nuit et la neige tombassent toujours plus épaisse, la caravane, riant et chantant, se remit bruyamment en route.» Le tome 1 vous conduira du mont Blanc à Berne. Les auberges sont pleines d'histoires, aux cols et sur les sommets se croisent les paysans et la faune cosmopolite de l'époque. Aucun risque d'ennui avec ce livre dans le sac à dos.

Les premières lignes. «Il n'y a pas de voyageur qui ne croie devoir rendre compte à ses lecteurs des motifs de son voyage. Je suis trop respectueux envers mes célèbres devanciers, depuis M. de Bougainville, qui fit le tour du monde, jusqu'à M. de Maistre, qui fit le tour de sa chambre, pour ne pas suivre leur exemple.» (Éditions Maspéro 1982 - la Découverte.)


«Rien qu’un paysage, mais un paysage où l’on trouve tout ce qui semble fait sur la terre pour séduire les yeux, l’esprit et l’imagination.» Guy de MAUPASSANT


Guy de MAUPASSANT - La vie errante

Les écrivains voyageurs ne datent pas d’aujourd’hui. La preuve. Publié en 1890, trois ans avant la mort de l’auteur, la Vie errante est le récit des ultimes voyages de Maupassant, en Italie, en Sicile, en Algérie et en Tunisie entre, Août etOctobre 1889.

Il en avait marre de Paris et de la tour Eiffel, il est parti. En yacht le long des côtes italienne. A pied dans les villes. Comme à Pise, là où Byron fit brûler le corps de Shelley. Comme en Toscane, là «où les hommes de la Renaissance ont jeté des chefs-d’œuvre à pleines mains», là ou les femmes du Titien sont «plus belles que les créatures vivantes» même si «elles se promènent presque toutes nu-tête, le soir, et qu’elles ont toutes un éventail à la main.»

A Palerme, en Sicile, il croise le souvenir de Wagner, qui composa ici son Parsifal, et la Carmen de Bizet, grand succès auprès d’un public fou d’opéra. Puis c’est Taormine, «rien qu’un paysage, mais un paysage où l’on trouve tout ce qui semble fait sur la terre pour séduire les yeux, l’esprit et l’imagination.» Enfin, il jette un dernier regard à la croupe de la Vénus de Syracuse, «ce dernier regard de la porte qu’on jette aux femmes aimées, en les quittant», avant de voguer vers les côtes de l’Afrique du nord. A Tunis on apprendra pourquoi les femmes de l’époque sont obèses, et pourquoi dans cette ville on y meurt plus souvent «de sa belle mort» que de maladies.

Ce petit livre de Maupassant se suffit à lui-même, par ses descriptions des paysages et des gens, ainsi que ses considérations sur l’art. Cependant il est bien plus profond quand on connaît un peu la vie de l’auteur. On apprendra par exemple, dans la biographie que lui consacre Henri Troyat (Maupassant, Édition Flammarion 1989, le Livre de Poche n°7348), que le yacht avait pour nom le Bel Ami II, «superbe, avec ses cuivres rutilants et sa mâture orgueilleuse» ; on comprendra mieux pourquoi Maupassant, à peine arrivé à Tunis, fréquente un bordel puis se mêle à la cohue des malades d’un asile d’aliénés.

Les premières lignes.«J'ai quitté Paris et même la France, parce que la tour Eiffel finissait par m'ennuyer trop. Non seulement on la voyait de partout, mais on la trouvait partout, faite de toute les matières connues, exposée à toutes les vitrines, cauchemar inévitable et torturant.» (La Table ronde 2000 - collection Petite vermillon.)

A voir: une édition illustrée par Alain GOUDOT de Sur l'eau - Antibes - Saint-Tropez - Monaco, de Guy de Maupassant, aux éditions Équinoxes 2005. «Ayant fait, au printemps dernier, une petite croisière sur les côtes de la Méditerranée, je me suis amusé à écrire chaque jour ce que j'ai vu et ce que j'ai pensé. En somme, j'ai vu de l'eau, du soleil, des nuages et des roches.»


«Montez n'importe où, pourvu que vous montiez haut, et vous découvrirez des perspectives démesurées aux paysages les plus plats.» Gustave FLAUBERT

«Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. Il revint.» Gustave FLAUBERT


Gustave FLAUBERT - Par les champs et par les grèves

En attendant l’Orient, ce sera la Bretagne. En mai 1847, Flaubert et Maxime Du Camp quittent Paris pour la Bretagne, via les châteaux de la Loire. Au cours du périple qui dura environ quatre mois, Du Camp rédigea les chapitres pairs et Flaubert les chapitres impairs du récit. Ce sont ces derniers que nous lisons ici.

En 1847 le mot «touriste», la relation des impressions recueillies lors d’un voyage et le voyage pour lui-même, ne sont pas des notions très anciennes. Les Mémoires d’un touriste, de Stendhal, datent de 1838, et encore est-il présenté sous le couvert d’une fiction. Avec Flaubert nous avons bien à faire à un récit de voyage : l’itinéraire est exact, le narrateur s’exprime à la première personne et s’adresse directement à ses lecteurs en lui fournissant anecdotes, avis personnels et informations, parfois sous forme d’accumulations incongrues ou d’extraits de conversations délirantes. Flaubert manifeste alors son « étonnement imbécile. » Comme il l’avait écrit à Louis Colet : «Le grotesque a pour moi un charme inouï. Il correspond aux besoins intimes de ma nature bouffonnement amère.»

Le périple commence. Mal. De Paris à Blois «la route, quelques peu qu’elle avait duré, dura encore trop.» Le moyen de transport n’est pas confortable, les compagnons de voyage pas intéressants, et il n’y a rien à voir… Plus loin, à Chenonceaux, Flaubert pense qu’il aimerait bien coucher dans le lit de Diane de Poitiers, «même quand il est vide, cela vaut bien coucher avec quantité de réalités plus palpables.» Autre réflexion, plus terre à terre, du coté de Carnac : «Voilà donc ce fameux champ de Carnac qui a fait écrire plus de sottises qu’il n’a de cailloux.» Preuves à l’appui, histoire de railler «cette éternelle passion du bipède sans plumes de vouloir trouver une explication à tout», avant d’apporter sa pierre (si l’on peut dire) à la réflexion : « quelle est ma conjecture sur les pierres de Carnac ? ce sont de grosses pierres.»

Le voyage se poursuit : Quiberon, Quimperlé, qui ne semble être «venu au monde que pour être un sujet d’aquarelle.» Saint Malo, Combourg, où «bientôt allait finir cette fantaisie vagabonde que nous menions depuis trois mois avec tant de douceur. Le retour aussi, comme le départ, a ses tristesses anticipées qui vous envoient par avance la fade exhalaison de la vie qu’on traîne.» Rennes, terminus.

Ce récit, non dénué de qualités littéraires (les amateurs reconnaîtront le fameux style indirect libre  de Flaubert) est évidemment à mettre dans le sac à dos pour un périple breton. Le texte est suivi d’un dossier historique et littéraire très intéressant sur les écrivains et la Bretagne.

Les premières lignes : « Le 1er mai 1847, à huit heures et demi du matin, les deux nomades dont l’agglomération va servir à barbouiller de noir le papier subséquent sortirent de Paris dans le but d’aller respirer à l’aise au milieu des bruyères et des genêts, ou au bord des flots sur les grandes plages de sable. » Préface et commentaires de Pierre Louis REY, éditions Pocket 2002.

>>> Cette petite biographie de Flaubert évoque ses voyages réels et intérieurs, entre le refuge de Croisset et le mirage de l'Orient. Gustave Flaubert, l'ermite voyageur, par Thanh-Vân Ton-That, aux éditions Portaparole.


Octave MIRBEAU – Sac au dos

La randonnée n’est pas une activité de tout repos. Elle n’est peut-être pas aussi intéressante qu’une virée en auto. Tels sont les avis du sieur Octave MIRBEAU (1848 – 1917). Explications : pour comparer il faut essayer. «Un beau matin, je suis parti à pied, sac au dos, de Marlotte à Bourbon- l’Archambault »  soit une balade de 254 kilomètres en cinq jours. L’équipement : chapeau vert, blouse de molleton bleu, pantalon à carreaux jaune. Objectif : conquérir le monde ! Le soleil tape dur sur le crâne, et les arbres sont «désemmaillotés de la brume du matin.»  La campagne défile ; les heures sont des heures. Montargis. Les premières questions. Qu’éprouve-t-on après une telle étape ? le désir de se coucher. Qu’as-t-on fait de cette journée ? On a principalement passé son temps à s’éponger le front, à remonter le sac, à maudire le ciel de s’être fourré dans cette galère. Qu’as-t-on vu des paysages bucoliques et des ruines architecturales ? Rien, car ils ne sont pas sur la route directe, et pas le courage de faire le détours. Sont-ce là les voyages «vantés par les artistes et recommandés par les médecins?» Mirbeau, qui avait sacrifié à une pratique (le voyage) et à un genre (le carnet de voyage) fut très déçu par cette expérience. Et si le voyage alla bien jusqu’à son terme, le carnet fut très sérieusement abrégé : on ne sait quasiment rien des trois derniers jours.

Le deuxième texte, intitulé Eloge de la vitesse, apporte des réponses aux remarques précédentes. Au tout début du siècle, Mirbeau devient l’un des tout premiers possesseurs d’une automobile. Pour l’époque : le vertige. Une maladie : la vitesse, «qui emporte l’homme à travers toutes ses actions et ses distractions.».  D’autre part Mirbeau n’était pas pour la contemplation, apprend-on à la lecture de ses textes sur la peinture. Il était l’ami de Monet (il était l’ami et le défenseur de nombreux peintres ; il fut le premier acheteur des Iris et des Tournesols), qui disait ne pas s’attarder plus d’une demi-heure sur son sujet. L’explication est donc peut-être aussi d’ordre esthétique. Un livre de poids et de format idéal pour le sac, et qui propose quelques sujets de discussion. Idéal pour une petite balade.

Les premières lignes :  Si le gouvernement de mon pays m’avait fait la mauvaise farce de gratifier mon dos de réserviste, pendant vingt-huit jours, d’un sac à dos en peau de vache, et de tout ce qu’un tel sac comporte, il est certain que j’aurais répondu par une forte grimace à cette politesse.» Éditions mille et une nuits 2003.


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