|
|
|
|
|
|
|
«Aller à Khiva : autant entreprendre d’aller sur la Lune.» F.G. BURNABY |
Frederick G. BURNABY - Khiva - Au galop vers les Cités interdites d'Asie centrale 1875-1876Aventure vécue, récit de voyage sur fond de rivalités et d’ambitions politiques et territoriales. Samarcande est annexée par le tsar et les troupes russes occupent Khiva. Durant l’hiver 1976 notre auteur, officier britannique, muni d’une autorisation un peu vague, va donc se fourrer dans des contrées où il n’est pas vraiment le bienvenu. Entre le tsar et l’Inde colonisée, on se regarde en chien de faïence. Le départ de Saint-Pétersbourg, la ville étrangère, où l’on parle plus le français que le russe, n’est pas un grand moment. «Le 30 novembre au matin, le ciel avait une teinte tranquille et neutre, de celles qui font baisser le thermomètre moral au dessous de zéro.» Et ce n’est pas seulement le thermomètre moral qui va baisser : les températures de moins trente seront courantes au long du parcours. Pas de tout repos. Neige et gel partout. D’ailleurs à quoi reconnaît-on que l’on marche sur la Volga gelée : en voyant «les mâts des barques que le froid retient captives dans ces glaces de fer.» Et les alentours, les fameuses steppes : «un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part.» Khiva, 35000 habitants, au sud de la mer d’Aral, sera finalement atteinte. Ce récit est aussi une étude de mœurs. On rencontrera toutes sortes de gens. «Rien n’est plus curieux que ce mélange de différents types de nationalités, grouillant pêle-mêle comme de bétail.» Les habitants de ces contrées ont leurs mœurs, et les us et coutumes anglaises les laissent pantois. Non, la Reine ne fait pas décapiter ses sujets, non, on ne met pas sous clé sa femme quand on part en voyage, et non on n’égorge pas l’infidèle. Les dialogues sur ces sujets sont irrésistibles. Mais ce récit vaut surtout par la description du voyage lui-même, suite de longues étapes en traîneau, avec chevaux ou chameaux, d’étapes plus ou moins confortables, parfois franchement repoussantes, de grosses bouffes bien arrosées au beau milieu de la steppe, et d’autres aléas en tous genres. Chevauchées et nuits dans la tente kirghize comme si vous y étiez. Dépaysement garanti. Les premières lignes : «Une pièce basse, peu et mal meublée, quelques instruments télégraphiques, épars, dans des coins isolés, pêle-mêle avec des fusils, des boites de cartouches et des caisses de provision ; deux bouteilles avec cette étiquette " quinine " placées sur une modeste petite table de bois ; quelques hommes de nationalités différentes, parlant tous à la fois dans leurs langues respectives, tel est le cadre au milieu duquel se trouve l’auteur de ce récit...» Éditions Phébus 2001, préface de Michel Le Bris. |
|
Si Amsterdam est florissante, Istanbul est la plus grande ville d’Europe. La plus mystérieuse aussi. A Londres, Henry Purcell n’a pas encore vingt-neuf ans.
|
John E. WILLIS Jr – Lima, Pékin, Venise… 1688, une année dans le mondeEn 1688, le monde est «baroque», comme on le dira plus tard, et le seul moyen de communication planétaire est le navire en bois. Un décret parti de Madrid en septembre 1686 arrive à Manille en octobre 1688. Il ne faut pas avoir d’urgences à traiter. C’est pourtant cette année-là que seraient apparus «les signes des changements fondamentaux qui donnèrent naissance au monde actuel.» Essor de la science, urbanisation, développement des échanges commerciaux, politiques de croissance économique. En 1688, Tombouctou et Gao ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Les européens colonisent l’Amérique, des milliers de malheureux africains sont toujours déportés sur les navires négriers et esclaves au Texas ou ailleurs. Cette même année, alors que les hauts fonctionnaires se réunissent pour tenter de comprendre le fleuve Jaune, le célèbre peintre Shitao «offrit à son ami Ding Peng une superbe estampe représentant une petite maison dans un paysage de montagne.» Au Japon, dans la capitale Edo (900 000 habitants), qui n’est pas encore Tokyo, les samouraïs sont en décadence, et Bashô, touriste avant l’heure, voyage aux alentours. En Europe, Guillaume d’Orange et Jacques II se livrent une querelle dynastique ; Mme de Maintenon ouvre la Maison royale de Saint-Cyr, pendant qu’à Versailles, où Louis XIV est le maître incontesté du pouvoir, on achève le palais du Trianon. Ailleurs, les grands personnages se nomment Newton, Locke ou Leibniz. Les inconnus : Aphra Behn, par exemple, pionnière de la cause des femmes. Et si Amsterdam est florissante, Istanbul est la plus grande ville d’Europe. La plus mystérieuse aussi. A Londres, Henry Purcell n’a pas encore vingt-neuf ans. Si de nos jours nous pensons avoir une idée globale du monde, il n’en était pas de même en 1688 : seuls quelques voyageurs ou curieux (ceux qui avaient un «cabinet de curiosités») pouvaient se le représenter, avec sa variétés de lieux et de peuples. C’est une sorte de représentation globale que nous propose l’auteur, dans ce formidable périple historique et littéraire, qui mélange la grand Histoire et la petite, en une somme de faits réels, importants ou désuets, pour mieux montrer la diversité et l’évolution des hommes et des idées, sur la planète, en cette année 1688. Les premières lignes : «La Terre tourne et la lumière du soleil laisse les eaux grises et bleu pâle du Pacifique pour éclairer forêts et champs sur les côtes du Japon et des Philippines. A Edo, la grande capitale des dictateurs militaires héréditaires du Japon, dans un ordre gagné de haute lutte sur l’animation turbulente des rues, on ouvre les lourdes portes en bois des quartiers résidentiels.» Éditions Autrement 2003, collection Mémoires. |
Nicandre de CORCYRE – Le Voyage d’OccidentLe voyage se déroule au milieu du XVIe, à travers l’Italie, l’Allemagne, les Flandres, l’Angleterre et la France. On y croise des personnages que l’on n’a guère l’habitude de rencontrer : Henri VIII, François Ier, Érasme ou Luther. Les descriptions sont du style «un pont fort long a été construit pour donner l’accès aux voyageurs qui veulent entrer dans la ville» de Mantoue. Les Alpes sont à peine évoquées et franchies sans problèmes, ce qui n’était pourtant pas évident. On voyage à pied, ou en bateau, sur des fleuves qui en ce temps permettaient «la navigation d’une multitude de vaisseaux grands et petits, d’une quantité de brigantins et de bateaux de transport, de navires et de barcasses qui transportent du blé et des chevaux.» On apprendra qu’en Alémanie les pierres et briques cuites sont rares, mais que les forêts abondent de bois dont on construit les maisons. A Tuttlingen, le cardinal garde nos voyageurs durant cinq jours de dîners et de festins. Sans doute arrosés de cervoise. Pour intéressantes qu’elles soient, d’un point de vue historique, les relations de Nicandre ne m’entraînent pas avec lui dans ces contrées. Et quasiment rien sur les conditions dans lesquels de tels voyages pouvaient se dérouler. Plus intéressants sont les chapitres consacrés à l’histoire et aux réflexions de l’auteur sur les guerres qu déchirent l’’Europe, sur Luther et le dogme. Mais j’ai beaucoup de mal à accrocher. Peut-être le ton de cette relation, assez monotone, à mon avis. Peut-être la distance, le long temps passé par rapports aux faits, qui n’interpellent plus aujourd’hui, sinon là aussi d’un point de vue historique. Un récit de voyage ancien, ce qui n’est pas si courant, mais un récit réservé aux amateurs, je crois. Les premières lignes : «J’ai décidé de confier à l’écriture le récit du voyage qui m’a porté d’Italie en Allemagne et dans les îles Britanniques. Je voulais te le faire connaître, ö le meilleur de mes amis, homme très érudit, puissant ***. » Préfaces, textes de présentation et notes qui aident beaucoup ; postface de Yves Hersant. Éditions Anacharsis 2002. |
|
Lady Mary MONTAGU - L'Islam au péril des femmesIl s’agit, comme l’indique le sous titre, d’un récit de voyage d’une anglaise en Turquie eu XVIIIe siècle. Lady MONTAGU est l’épouse de l’ambassadeur anglais à Istanbul en 1717. Elle va décrire la vie locale dans des lettres adressées à ses amis, et ce récit sera l’un des premiers témoignage ethnographique de cet Orient peu connu. Tout n’est pas exact dans son récit, l’un des personnages a probablement été inventé, pour donner une unité, une vie. Les villes (une place importante est donnée au décor) ne semblent pas toujours réelles mais un brin factices, comme il arrive à cette époque quand on écrit sur l’Orient. Peu importe. «Lady Montagu retient ce qui distingue Istanbul de Londres, et son dépaysement n’est pas le nôtre» et, notent les auteurs de l’introduction, «ce souvenir illustre une remarque générale : les voyageurs décrivent ce qu’ils ont imaginé, et non la réalité. Lady Montagu est sincère, mais n’est-elle pas victime elle aussi de son imagination ?» Ceci n’empêche pas de lire. Alors nous comprendrons la différence entre la vie publique, compassée, officielle, dans laquelle être musulman serait d’abord une question d’apparence, et la vie privée aux pratiques beaucoup plus libres qu’on l’imagine : «le musulman s’enivre, et l’épouse ottomane a les amants de son choix. L’amour suit inéluctablement la défense d’aimer, et l’ivresse le refus du vin.» Une place importante est donnée aux descriptions de lieux et de coutumes auxquels seule une femme pouvait avoir accès, le harem par exemple, «une construction sociale qui repose sur la séparation des sexes et leur attribue des fonctions complémentaires ". Complémentaires, et non antagonistes. Je conseille de lire le récit avant la préface, introduction qui remplit la première moitié du livre, qui est absolument remarquable dans son analyse et ses informations, mais qui est si complète qu’elle pourrait vous donner le sentiment qu’il n’est plus utile de lire la suite... Les premières lignes : «A Lady Mar ; Vienne, le 16 janvier 1717. Je dois maintenant, chère sœur, prendre congé de vous pour longtemps et de Vienne pour toujours, car je projette de commencer demain mon voyage à travers la Hongrie, malgré le froid excessif et une épaisseur de neige suffisante pour abattre un courage plus grand que le mien, mais mon principe d’obéissance me fait tout braver.» Éditions La Découverte Poche. |
|
|
|
HIROSHIGE - Le TokaidoLa route du Tokaido (la Route de la mer de l’Est) reliait Kyoto à Tokyo, voie que devait emprunter chaque nouveau shogun pour recevoir l'investiture de l'empereur. Cinquante-trois relais et auberges jalonnaient les cent vingt-cinq ri (environ 490 km) de cette route sur laquelle circulaient chaque jour des dizaines de milliers de piétons. Hiroshige (1797 - 1858), représentant marquant de l'estampe japonaise, se rendit célèbre en publiant les cinquante-trois stations du Tokaido en 1834-35. Album d’images absolument extraordinaire, le Tokaido se feuillette avec un regard émerveillé (dû sans doute au coté un peu « naïf » des estampes) puis avec attention : mille détails racontent une histoire inconnue et pourtant décrite dans ses moindres détails.
Avec ses remarquables dons de paysagiste, une mise en page très étudiée, des coloris riches et savamment contrastés, des représentations entre réel et imaginaire, son art de l’observation humble de la nature, Hiroshige peint le monde de la vie quotidienne de tous ces voyageurs. On apprend bien des choses sur ces gens, sur les contraintes du voyage, sur les coutumes, leur intimité. Passage dangereux de fleuves en crue, sentiers escarpés au long de falaises impressionnantes, ou sentiers enneigés, atmosphère d’une auberge, préparation des convois, scènes de danseurs un brin éméchés... Une vision d’un pays à nos yeux exotique, et d’une époque révolue. Une leçon d’histoire, et de peinture. Un beau livre. Édition Bibliothèque de l’image 2002. Hiroshige est surtout connu pour être, dans le sillage d'Utamaro (1753-1806) et de Hokusai (1760-1849), l'un des maîtres japonais de l'estampe, selon la grande tradition du Ukiyo-e. Fils de samouraï, né dans une famille de petite noblesse d'Edo (aujourd'hui Tokyo), Hiroshige, orphelin à onze ans, se consacre tout gamin à la peinture, dévore la littérature ancienne et moderne, voyage. On connaît de lui près de huit mille oeuvres. |
|
|
BASHÔ - Journaux de voyagesMatsuo Munefusa, fils d'un petit samouraï, et plus tard célèbre sous le nom de Bashô, est né en 1644 non loin de Kyôto. A vingt-deux ans, libéré de ses attaches féodales par la mort de son suzerain, il part à Kyôto parfaire ses études, puis se rend à Edo, capitale de la «manière nouvelle », mouvement qui concerne aussi le haïku. Pluie de printemps En 1681 il se retire dans un faubourg d’Edo, dans son «Ermitage au bananier», Basho-an, d’où il tire son pseudonyme, pour une vie discrète tout entière consacrée à l'étude, à la méditation, à la poésie. Il est reconnu comme un maître du haïku. Ironie du sort Parfois, il quitte sa retraite pour de longs voyages en compagnie d'un disciple dévoué, à travers les provinces. A partir de l’automne 1684 et durant les dix ans qu’il lui reste à vivre, Bashô consacre ainsi l’essentiel de son temps à des pérégrinations, et à tenir les récits de ses voyages. On pourrait d’ailleurs presque suivre ses pas, guide en main. Mais comme souvent avec les vrais voyageurs, les lieux importent moins que les impressions et les sentiments qu’ils stimulent. Bénis ces lieux Durant ces voyages, il tient alors un journal émaillé de haïku d'une «intensité frémissante». Le plus célèbre de ses récits, La Sente Étroite du Bout du Monde, provient d’un voyage fait en 1689. 2340 kilomètres en cinq mois, et des méditations sur «l’impermanence de toute chose.» Le pic vert lui-même Toute sa vie Bashô a vécu en moine du zen sans avoir fait profession au sens strict, et a cherché un art de vivre «dans lequel la vie elle-même serait œuvre d’art.» La poésie fait partie de cet art de vivre, et des milliers de haïku isolés sont recueillis dans diverses anthologies publiées par ses disciples. Feuilles d’iris Il meurt à Ôsaka en 1694 Les premières lignes de La Sente Étroite du Bout du Monde. «Mois et jours sont passants perpétuels, les ans qui se relaient, partiellement sont voyageurs. Celui qui sur une barque vogue sa vie entière, celui que la main au mors d’un cheval s’en va au-devant de la vieillesse, jour après jour, du voyage fait son gîte. Des Anciens, du reste, nombreux furent ceux qui en voyage moururent. Et moi-même, depuis je ne sais quelle année, lambeau de nuage cédant à l’invite du vent, je n’avais cessé de nourrir des pensers vagabonds.» Journaux de voyages. Traduction de René Sieffert. POF 2000, d’où sont extraits des haïkus ci-dessus.Bibliographie: Voir Shunkin.net et http://fr.wikipedia.org/wiki/Basho
|
|
|