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«Quel extraordinaire organisme que le corps humain! Quelle puissance adaptative! Quel mécanisme! S'écrouler, au bout de l'étape, avec les pieds douloureux, recru d'épuisement, avec le sentiment qu'on est à bout, qu'on ne repartira pas... et, dans la fraîcheur de l'aube, la chéchia sur l'occiput, le burnous noblement drapé, s'en aller vers une nouvelle étape d'un pas guilleret en tirant son chameau par le nez!» Théodore MONOD
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Théodore MONOD - MéharéesLe désert. Le désert comme la mer. «D'ailleurs, passant de la mer au désert, faisais-je plus que de changer d'océan?» Ou, plus loin, «Oasis et puits sont des ports, ou comme des îlots minuscules d'un gigantesque archipel.» Le désert où il n'y a point de serrures, où «rien n'est fermé, rien... que cet implacable horizon, démesuré mais hermétique...» Le désert qui a vraiment été, autrefois, une mer. Ce qui n'est pas évident à expliquer. «Ah, bien alors! ça a rudement changé...» concède un compagnon de voyage. La mer devenue désert, Monod l'explique simplement par «la pêche à la ligne, sport devenu médiocrement saharien.» Humour : c'est le premier trait de Monod. Pédagogie est le deuxième. Méharées est un bouquin dans lequel on apprend plein de choses, tout en riant aux éclats. «Imaginez -essayez du moins, mais sans trop d'espoir d'y parvenir-, imaginez une gigantesque brique de grès dur, posée sur la plaine comme un dé sur une table.» C'est pourtant clair, non? Ailleurs il vous fait comprendre les différentes étapes géologiques à partir d'un morceau de fromage et d'un couteau. Tout aussi limpide. Pédagogie et humour. Pédagogie par l'humour et le clin d'œil. Le désert est pourtant un «sinistre pays. Le premier arbre -un petit acacia- est à quarante-cinq kilomètres d'ici.» Pays dans lequel «la distance entre deux aiguades varie de zéro à six cent kilomètres. Au dessus de cinq jours sans eau, promenade touristique pour débutant, cela devient sérieux.» Une région dans laquelle le marcheur est soumis à rude épreuve. C'est qu'il y a le sable, «matière hostile et sournoise, sans franchise, caressante à qui demeure immobile, implacable ennemie du marcheur, épuisé par l'invisible, étouffante et visqueuse étreinte.» Ce n'est pas un pays pour valétudinaire. Essayer d'avoir seulement l'air malade, et que fera-t-on de vous? «Rien. Rien, parce qu'on ne peut rien: vous êtes malade, ou blessé, mourant peut-être? Soit, mais le cas n'est pas prévu et, pour intéressant que vous soyez, cela ne rapprochera pas d'une seule étape le puit bien lointain encore.» Rude, le désert, mais on y apprend beaucoup, à le fréquenter. Par exemple, que «l'indispensable, le vrai, ne pèse pas lourd, à peine trente kilos par mois.» A comparer à nos besoins... Que «la vie sauvage, élémentaire, brutale et dépouillée à souhait est parfaitement salubre.» Et bien d'autres choses encore, dans ce merveilleux bouquin, dont le tire cette très belle phrase que tout randonneur (saharien ou non) devrait connaître:«L'arrêt, l'immobilité retrouvée, la tension physique de l'effort soudainement relâchée, c'est une sensation merveilleuse, celle de l'arc débandé. Il vaut la peine de marcher, et de marcher dur, rien que pour le plaisir de pouvoir s'arrêter. Et la joie du départ n'est-elle pas faite déjà, largement, de celle de l'arrivée, savourée d'avance jusque dans les cruautés que l'absence implique?» Les premières lignes. «3,11m x 1,60m, soit 5 m2; une cellule d'anachorète marin, à bord du Grimsby 877, en août 1923. Partout coquillages, étoiles de mer, bocaux, tubes, flacons, cuvettes, tout un bric-à-brac océanographique auquel viennent fraternellement se mêler, aux coups de roulis, quand on vient en travers pour filer ou virer le chalut, des livres mouillés, des paperasses gluantes de l'eau de mer sale et des bottes en caoutchouc.» (Éditions Actes Sud 1989.) |
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Théodore MONOD - L'émeraude des GaramantesAvec une preuve scientifique par ici et un clin d’œil par là, une prose riche mais élégante, Monod nous entraîne dans ses souvenirs, à travers des récits rédigés entre 1940 et 1981. Qu’il s’agisse de proposer des solutions pour «l’avenir de notre petite planète» ou de rechercher un légendaire trésor caché au fond d’un mystérieux désert, le langage de l’auteur est toujours à la hauteur. Sa pensée aussi : on ne trouvera pas ici de langue de bois. Exemple : «les joyeux massacres perpétrés à Rambouillet ou en Sologne par des mâles copieusement nourris et non moins bien abreuvés, qui ne chassent, eux, que pour s’amuser...» L’exploration saharienne est le thème essentiel de ce livre. On y trouvera d’ailleurs de nombreux conseils pour bien «entrer dans le désert» et devenir un méhariste chevronné, le couple homme - chameau étant défini comme «un homme à pied qui tire un chameau par le nez» ou encore «une ficelle avec un animal à chaque bout.» On comprendra ce qu’est le désert et la solitude. «Faites par la pensée l’expérience : arrachez de votre jardin toute trace de plante, faites taire tout chant d’oiseau, supprimez jusqu’au dernier signe de présence humaine, chassez la senteur du sol mouillé et le parfum des herbes sèches. Et puis regardez le résultat, qui n’aura plus de nom que dans le vocabulaire des sélénicoles ou dans celui des navigateurs solitaires.» On apprendra que tout n’est pas toujours rose, l’exploration c’est bien beau, mais «C’est que parfois on se retrouve tout nu, tel qu’on est, non plus le personnage mais la personne, marcheur fatigué en route vers un but inconnu.» Et on constatera avec Monod que «l’exploration méhariste, école de fortitude et d’endurance» est achevée et que sans doute personne ne recommencera. Il y beaucoup à lire et à apprendre dans ce livre. Du plus grave au plus désopilant. C’est d’ailleurs ce contraste qui fait le charme de Monod : qu’un homme d’une telle science, d’une telle érudition, puisse aussi penser à des choses en apparence futiles, ou triviales. En voici un exemple, un sujet rarement abordé, pourtant primordial, et parfaitement analysé ici : le problème de la lecture à dos de chameau «qui demeure sans solution pratique. Et c’est dommage, car les énormes loisirs du méhariste -au moins dans les régions, qui ne manquent pas, qu’on pourrait, tant est total leur néant, traverser sans regret les yeux bandés- mériteraient bien de connaître un plus utile emploi du temps que de songer à la douceur de la nuit, aux analeptiques vertus du thé de ce soir, ou à quelque impossible citronnade glacée. Or, il n’est que trop évident que les éditeurs n’ont jamais songés qu’à des lecteurs plus ou moins immobiles, non pliés en deux une fois par mètre, 1000 fois par kilomètre, 40000 fois par jour et davantage, perchés au sommet souvent redoutablement venteux d’un véhicule au rythmique et brutal tangage. Le livre ordinaire n’est utilisable à chameau que de petit format (jusqu’à l’in-seize), de faible épaisseur, broché, à caractères assez gros (...) Le livre pour méhariste reste donc à inventer.» Une dernière citation, irréfutable : «l’homme est le seul animal dont la tanière s’éclaire la nuit.» Les premières lignes : «En 1907, à l’âge de cinq ans, mon père, pasteur à Rouen, ayant été appelé à l’Oratoire du Louvre, il me fallait quitter pour la capitale un paisible jardin fleuri de glycines, situé à la limite de la ville normande, près de la barrière de Bois-Guillaume.» (Éditions Actes Sud 1992, repris en collection Babel, ou J’ai Lu.) |
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A lire aussi: Naturaliste, botaniste, océanographe et ichtyologiste, ancien directeur de l'Institut français d'Afrique noire et professeur au Muséum d'histoire naturelle, Théodore Monod est né en 1902 et mort en 2000. Son œuvre est riche de nombreux ouvrages disponibles pour la plupart aux éditions Actes Sud: L'Hippopotame et le philosophe; L'Exploration du Sahara; Tais-toi et marche... : Journal d'exploration El-Ghallaouya-Aratan-Chinguetti (décembre 1953-janvier 1954); Sur Théodore Monod on pourra lire: Théodore Monod : Savant tous terrains, de Roger CANS (Sang de la Terre 2002) ou Théodore Monod, la biographie d'Isaballe JARRY, écrivain et grande voyageuse, qui a passé deux ans à recueillir les souvenirs et les confidences de Théodore Monod qu'elle a même accompagné dans le Ténéré (Actes Sud), ou Monsieur Monod, par Nicole VRAY (Actes Sud). Quelques liens: Sur Théodore Monod : voir d'Orient et d'occident; sur la littérature et le désert: Ballade dans le désert |
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Lire aussi la biographie de Monique VERITE; Odette du Puigaudeau, une Bretonne au désert (Payot)
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Odette du PUIGAUDEAU - Le Sel du désertC’est l’histoire de deux «folles qui voulaient " faire azalaï " sans acheter de sel et traverser le Sahara alors qu’aucune raison commerciale ne les y obligeait.» Tombouctou, janvier 1937. Odette du Puigaudeau et Marion Sénones préparent une longue traversée avec les nomades, ces gens dont le charme serait dû à «la fantaisie, le goût du déménagement, de la démolition, de l’invasion et de l’anarchie». Objectif :aller chercher le sel à Taoudeni, avec l’azalaï, immense caravane de milliers de chameaux. Le sel est donc l’ingrédient de ce périple, mais il y a aussi l’eau, même boueuse : «quand on a fait 200 ou 300 km pour atteindre un puits, on trouve généralement son eau excellente» ; et le chameau, «dont les exigences priment tous les autres soucis du voyageur». Agitez, secouez et servez… chaud. De Tombouctou, où «tout se vend, même l’indication d’un chemin» il ne reste bientôt plus qu’un mirage. «Une dune un peu plus haute, le creux d’un oued, un regard en arrière : Tombouctou a disparu.» La vie nomade commence, «qui se divise avec simplicité en jours de pâturage et en jours de marche, en jours d’abreuvoir et en jours sans eau, cette vie humble et silencieuse, pleine de longs rêves, qui se mouvait lentement à travers des paysages infinis et vides.» Sur la piste de Tombouctou à Araouane la vie s’organise. Les amateurs de désert trouveront là plein d’histoires et d’anecdotes. Les rites, les coutumes, le protocole. Les repas, les priorités dans la caravane, notamment autours des puits, «petits ronds bleus, jalons si rassurants.» Araouane, la ville aux cent puis, est composée «d’une centaine de maisons, ruines comprises, éparpillées au hasard sur la pente occidentale de la dune». Pendant plusieurs jours 3500 chameaux vont s’y abreuver «jusqu’à ce que leur corps soient plus larges que hauts» et un millier d’hommes vont y remplir leurs gourdes en peau de bouc avant de poursuivre le voyage. «A travers les sables mous qui croulaient sous les pieds des chameaux, nous entrions sans bruit au royaume du vide et du silence.» L’instinct, et l’expérience, conduisent l’azalaï vers le nord, jusqu’à Taoudeni et les salines. On apprendra tout sur le travail de ces mineurs du sel, et comment les barres de sel étaient arrimées sur les chameaux. Et la caravane repart en sens inverse. «A travers la plaine, les chameaux marchaient lentement sous leur cuirasse de sel blanc que le soleil faisait miroiter.» Beau livre sur la vie du désert, une vie finalement normale, avec ses joies et ses peines, ses lois commerciales, comme ailleurs. Les premières lignes : «Le ciel était assombri par la poudre comme à l’approche d’une tornade et, dans les nuages de sable soulevés par la fuite de la caravane, les balles tombaient sur nous, comme la pluie des mois chauds. Ouallahi !» (Éditions Phébus 2001)A lire aussi: Descendante d’armateurs nantais et de marins dunkerquois, fille d’un peintre de l’école de Pont-Aven, Odette du Puigaudeau (1894-1991) fut tour à tour peintre de papillons, dessinatrice dans les laboratoires du Collège de France, styliste chez Jeanne Lanvin. Puis elle participa à des campagnes de pêche sur des thoniers bretons, devint journaliste à L’Intransigeant et dans des revues féminines jusqu’au grand départ de janvier 1934, quand elle se lança, avec son amie Marion Sénones, « pieds nus à travers la Mauritanie ». Ce premier voyage fut une révélation et, tout en restant fidèle à ses origines bretonnes, elle consacra dès lors sa vie au Sahara occidental. Pieds nus à travers la Mauritanie, 1933-1934 (Phébus) On imagine mal ce qu'était le pays des Maures en cette année 1933 où deux jeunes femmes du meilleur monde se laissent débarquer sur la plage d'une terre interdite pour se perdre dans les sables. Phébus 2003. Grandeur des îles (Payot). C'est en Bretagne, parmi les marins et la population des îles, que l'aventure avait commencé. En 1944 elle décide de rassembler dans Grandeur des îles ses notes et articles rédigés douze ans plus tôt sur les îles de Bretagne: Ouessant, Groix, l'archipel de Molène et Sein. |
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Roger FRISON-ROCHE - Carnets sahariens«Certains paysages décèlent tant de laideur qu’ils arrivent à exprimer la beauté.» L’appel du Hoggar, premier texte de ce recueil, est le plus ancien livre de Frison-Roche, il fut publié en 1936. Il relate un événement exceptionnel: la première ascension de la Garet el Djenoun, qui passe pour être le domaine des Génies et des Diables, et qui inspire de la terreur aux Touaregs. Le texte est très vivant, et avec juste ce qu’il faut de suspens. «Aucun bloc ne fait saillie, tout est rond, poli, lisse et sans prises ; la chute de l’un entraînerait inévitablement la chute de l’autre.» Ces difficultés techniques n’empêcheront nullement l’alpiniste de Chamonix d’escalader la Garet, pas plus que le risque de croiser la déesse aux cent bouches. Un autre texte relate une aventure non moins incroyable : la tentative de faire du ski sur les dunes de sable, en mai 1937, sur les dunes du grand Erg Occidental. Les skis en bois sont remplacés par des skis métalliques. Les chameaux, curieux, regardent les hommes qui, le teint brûlé, la barbe menaçante, vêtus de leurs vêtements arabes, s’efforcent de chausser les skis des sables. Hélas, ça ne glisse pas suffisamment. Le ski saharien ne deviendra pas aussi pratiqué que le ski alpin. «C’est dommage car si le sable avait glissé, les grands ergs auraient constitué des terrains magnifiques.» Autres méharées relatées ici : en 1948 et en 1950, cette dernière avec G. TERRAZ, cinéaste de Chamonix, pour réaliser le premier film en couleur sur le Sahara. Durant tous ces voyages nous suivons au jour le jour les hommes et leurs équipages, avec toujours l’implacable logique saharienne: l’eau pour les hommes, les pâturages pour les chameaux. «Quand mon chameau il ne mange plus, il crève, et quand mon chameau est crevé, que veux-tu faire, mon Captan ?» Des récits peu connus de Frison-Roche, qui ont débouché sur des romans eux aussi moins célèbres que Premier de cordée ou la Grande crevasse. Les premières lignes : «Le gros car bleu est à l’ancre en pleine rue d’Alger. Un véritable cargo mixte. L’avant est aménagé pour une dizaine de passagers. L’arrière est une vaste soute à marchandise. Sur ses flancs, les étapes de sa gigantesque randonnée sont inscrites en lettres noires.» Éditions Flammarion 1965, repris en J’ai Lu.Roger Frison-Roche est né à Paris en 1906. Il s'installe à Chamonix à 17 ans, où il deviendra une figure légendaire. Il passe ses diplômes de guide et de moniteur de ski. Guide-explorateur, il découvre le désert en 1936, à travers le Hoggar, et en tombe amoureux. Il part en Algérie en tant que journaliste et y reste dix-sept ans. Il est l'auteur de nombreux livres sur la montagne, le Sahara, la Laponie et le Grand Nord canadien. Qui n'a pas lu Premier de cordée, la Grande crevasse, Retour à la montagne. Plusieurs de ses récits inspirés par le Sahara sont regroupés en un gros volume chez Arthaud en 2004. Dans Le Versant du soleil, l'infatigable explorateur, alpiniste et aventurier nous livre ses mémoires avec cette même passion que les familiers de Premier de cordée et des autres récits retrouveront avec un plaisir mêlé d'émotion. (Très belle édition Guérin / Chamonix) |
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«Midi un quart: Smara!»* * * * * * * * * *
Pour approfondir: Ultime désert: Vie et mort de Michel
Vieuchange, par Antoine de MEAUX. Phébus 2004. |
Michel VIEUCHANGE – Smara - Carnets de route d’un fou du désertMichel VIEUCHANGE est né à Nevers en 1904. Après une éducation religieuse et des études littéraires, il fait un premier voyage en Grèce et écrit: «J’ai toutes les faims et toutes les soifs.» Puis le service militaire l’envoie au Maroc en 1926. C’est la découverte du désert, un espace à conquérir. Entre le Sud marocain et la Mauritanie s’étend un vaste territoire livré à la seule loi des bandes et des pillards du désert. Aucun voyageur n’a foulé ces contrées depuis Camille Douls en 1887. La région est sans nom, les cartographes la désignent comme «zone dissidente.» Smara est une ville fantôme, une ruine à l’orée du désert mauritanien. C’est en septembre 1929 que les deux frères Vieuchange, Jean et Michel, décident d’atteindre Smara. Le voyage commence en 1930. On devrait plutôt dire la «marche au supplice» tellement semble insensé ce voyage au cœur des solitudes mauritaniennes. Déguisé en femme, caché dans un couffin, Vieuchange parcourt des centaines de kilomètres. Ses pieds sont des plaies et il est pris par des pillards sans foi ni loi. Chaque jour, il risque la mort à être découvert en ce territoire interdit. Le 1er novembre 1930, Michel Vieuchange se cache dans les chères ruines enfin atteintes. «En contrebas, dans un désert sans végétation – et c’est impressionnant, cette terrible nudité –, je n’aperçois, distinguant mal, qu’une cité de mirage: comme des terrasses de la même couleur que le sol que je foule, et une coupole jaune clair.» Il n’y restera que trois heures, prendra quelques photos fera quelques relevés, et repartira. Brûlé par la fièvre, il trouvera la mort à Agadir, sur le chemin du retour. Il avait 26 ans. Paul Claudel, Théodore Monod ont salué cet ouvrage. Paul Bowles aimait à dire que sa lecture l’avait marqué pour la vie. D’un point de vue littéraire, tout est à l’état brut, imprégné d’une sécheresse toute locale. Ne conviendra pas à tous les lecteurs. Il est probable que ces notes n’étaient pas destinées à être publiées ainsi. On pensera à Isabelle Eberhardt, à T.E. Lawrence, voire à Rimbaud. A René Caillé aussi, au similaire destin tragique. Une poésie de l’errance à un haut de gré de fusion; une âpreté, une violence rare dans la littérature de voyage. Les premières lignes : «Jeudi 11 septembre. On part. Babouches. Dès le début, j’éprouve beaucoup de mal. J’arc-boute en vain mes orteils. La route – de chaque coté le bled sous la lune. On marche peut-être 3 kilomètres, 5 kilomètres.» Préface de Paul CLAUDEL. Éditions Phébus Libretto 1990. |
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