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le guide de lectures > par les mers et les déserts >> p3


Ils font fi des paysages aux normes touristiques : seuls les extrêmes les passionnent. Notamment les déserts, d'eau, de sable ou de glace, où la solitude des longues journées n’a d’égale que le bonheur des escales ou des bivouacs. Il y a beaucoup moins de monde, du coup le monde est plus beau. Sur cette page consacrée à la mer et aux pôles:

Alain JAUBERT – Val Paradis - Olivier FREBOURG – Un Homme à la mer - Éric ORSENNA – Portrait du Gulf Stream. BOUGAINVILLE  - Voyage autour du monde. Marcel SCHWOB - Le Voyage à Samoa. ANTOINE -  Bord à bord. Anthologie: Plages.

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Alain JAUBERT a été marin avant d’être journaliste, chroniqueur et enseignant. Il est l’auteur de la série documentaire « Palettes.» Val Paradis est son premier roman, et a reçu la bourse Goncourt 2004 du premier roman.


Alain JAUBERT – Val Paradis

«Arriver à Valparaiso, est-ce pénétrer dans la vallée du paradis?» Val Paradis, ou Valparaiso, port de légende. A quoi vous fait penser ce nom de ville? Entre autres: une baie, un port, des funiculaires, la chasse à la baleine, la ruée vers l’or californien, les mines de cuivres, Robinson Crusoé, le cap Horn, «Valparaiso, un seul quai, cent bordels», etc. Dans ce récit, l’auteur nous raconte la vie d’un jeune marin dans les années cinquante, à travers le narrateur, qui a « toujours dans la poche un bout de crayon et un carnet » pour noter ses impressions, et qui raconte une vie de marin régie par deux règles essentielles: ne pas dormir mais aller au bout de la nuit quelle que soit l’escale; laisser surgir les gens et les événements au hasard. Insomnie et aventures imprévues. Avec cet autre «principe sacré» de «l’escale bien tempérée»: ne pas brûler toutes ses cartouches dès la sortie.

Dans cet épais récit on lira les rencontres, les histoires de mers et de marins, de navigation, de naufrages, au propre comme au figuré. Des expériences, un apprentissage. Des descriptions méticuleuses, mais bien insérées dans le récit, dans le décor. «Au sommet de la hampe du château, le drapeau chilien, carré bleu frappé d’une étoile blanche, rectangle blanc en haut, bande rouge en bas. Tout est en ordre.» On apprendra que le plus difficile pour un marin c’est de marcher. Reprendre la marche sur un sol stable. Surtout dans les ports, surtout la nuit. On retrouvera quelques personnages légendaires, comme cet Antoine Tourens, périgourdin qui deviendra roi de Patagonie, ou Louis Brihier Lacroix, un criminel.

On lira des récits impressionnants de tempêtes. «Maintenant ils sont au centre de l’océan, au cœur du même de la chose. Fureur obscène du noroît. Un démon furibond. L’humeur capricieuse, il soulève les lames jusqu’au ciel, on ne sait même pas si elles vont retomber. Il se mue en ouragan d’apocalypse. Rage. Furie barbare. Hurlements.» Plus loin : «une horreur sourde qui touche à la folie.» Et parfois tout finit mal. «Brûlés, noyés, assommés par des poulies débridées. Hommes, femmes, enfants. Cadavres sur les plages.»

Si l’on aime les grandes phrases comme celles que l’on fait quand on est perdu dans ses pensées (voir ci-dessous les premières lignes) on lira «mille histoires qui s’entrelacent, se chevauchent, s’opposent, filent dans le sillage, éclaboussent en autant de ressac, se fondent dans un oubli océaniques, et ressuscitent soudain au moment où on ne les attend pas.»

Les premières lignes : «Oui, c’était toujours la nuit sur l’océan noir et vide, vent léger sud-sud-ouest, plein lune, odeurs fortes, algues, goudron, mazout, fer rouillé, poisson, un saxo gémissant pas très loin, et j’étais debout, mouillé, grelottant dans la tiédeur de l’été, au bord du quai, appuyé des deux mains à la coque rouillée d’un liberty chilien vide, haute falaise d’acier dressée au dessus des margelles de pierre, ses haussières de chanvre tendues à craquer, vibrantes, leurs collerettes de zinc contre les rats brillant comme des cibles de tir à l’arc dans la lumière jaune paille des grands lampadaires espacés réguliers sur les quais pour protéger contre la nuit menaçante, port, navires, entrepôts, grues, rails, piles de caisses débarquées ou à embarquer pour toutes les mers du globe… » Éditions Gallimard 2004, repris en Folio.


«Il faut aborder un pays, à l’aube ou au crépuscule, par voie de mer, en voyant les côtes se profiler à travers les haubans et les mâts.» Olivier FREBOURG


 

Olivier FREBOURG – Un Homme à la mer

Une enfance aux Antilles, un père capitaine au long cours, ça donne le goût de la mer, des bateaux, du grand large. Le retour en Normandie n’est pas ce qu’espérait l’enfant, puis l’adolescent. «Certains pays vous choisissent : la plupart du temps ils ne vous ressemblent pas.» Un jour il éprouve le besoin de partir, de ne pas rester immobile. Un boulot proche des marins (mais pas marin, à cause de la myopie) ferait l’affaire. C’est peut-être d’ailleurs dans les villes portuaires que l’auteur se sent le mieux. Pas dans le voyage, qui «nous fait toucher du doigt l’absurdité de notre condition : marchandise perdue parmi d’autres marchandises.» Les ports sont «des mondes verticaux qui plongent au cœur de la vie.» Si la mer -«la mer est le seul ordre auquel je crois»- tend vers la solitude, elle mène aussi vers lesautres.

Dans ce récit autobiographique en courts chapitres Frébourg nous emmène aux Antilles, où «le punch est de feu et la béguine un serpent de mer», en Normandie, à Chausey. Et ailleurs. Et plus loin. On croisera les amis, célèbres ou non, les anonymes peintres de la marine ou Monet, les écrivains et dessinateurs de l’aventure Portes d’Afrique, Loti, le marin et compositeur Jean Cras, qui emporte toujours un piano droit sur ses bateaux. C’est un livre de souvenirs, nostalgique et lucide, un livre qui parle de ports, d’amitié, des femmes, de l’amour, de bateaux, de rencontres.

«Il faut aborder un pays, à l’aube ou au crépuscule, par voie de mer, en voyant les côtes se profiler à travers les haubans et les mâts.» Il faut aborder ce livre tranquillement, comme une rencontre avec un ami perdu de vue, le lire si possible dehors, pourquoi pas sur le quai d’un port. C’est bien écrit, c’est agréable à lire. C’est un très bon livre.

Les premières lignes : «En mer, à l’approche des Açores, quand l’Atlantique annonce le bleu des tropiques, Blaise Cendrars, passager de la cabine n°6, qui vit hublot ouvert «libre comme un homme», me donne envie d’écrire des lettres-océan.» Mercure de France 2004.

Olivier Frébourg, est né à Dieppe en 1965, a été éditeur à la Table Ronde avant de fonder les éditions des Equateurs. Il est l'auteur entre autres de Maupassant, le clandestin (Gallimard 2002); de Esquisses normandes (National Geographic 2002) et de Ports mythiques (Le Chêne 2002). Pour suivre: l'article sur ZeStrory; les éditions des Équateurs; les Portes d'Afrique.


Éric ORSENNA – Portrait du Gulf Stream

«Je ne suis pas scientifique mais promeneur.»

L’existence d’un courant dans l’Atlantique était évidemment connu des marins dès le XVIe. Selon certains «les courants de toutes les mers convergent vers le pôle Nord, où ils disparaissent ensemble dans un gouffre.» Par ailleurs, certains phénomènes physiques, ou géophysiques, sont surprenants: est-ce la mer qui monte ou la Norvège qui s’enfonce? Et pourquoi le vent pousse-t-il la mer perpendiculairement à sa direction ? Sans compter le teste de l’évier: dans l’hémisphère nord les vents et les courants seront toujours déviés vers la droite. C’est le contraire aux antipodes. Eric Orsenna, grand voyageur, académicien (fauteuil de Cousteau !) ne pouvait laisser ces questions en l’état.

De voyages en investigations – la Floride, la Norvège et Brest sont les principaux lieux de cette enquête –, de rencontres scientifiques en recoupements, Orsenna creuse les pistes. Ce n’est que pour trouver des résultats encore plus surprenants: des torrents immenses coulent au fond des océans; l’Atlantique est plus élevée dans le golfe du Mexique qu’ailleurs; et dans la mer du Labrador «on constate des enfoncements significatifs.»

On sort émerveillé de la lecture de ce livre. Comment un sujet aussi banal peut-il entraîner dans une balade aussi surprenante, riche, au contenu pédagogique mais aussi littéraire et scientifique? C’est sans aucun doute le savoir faire de l’auteur. Une curiosité insatiable, un goût pour les mots, même pour écrire une thèse, font de Eric Orsenna - qui déclare «je ne suis pas scientifique mais promeneur»- l’un des écrivains les plus agréables à lire.

Les premières lignes : «La mer existe: on peut la toucher. En même temps, l’eau n’a pas de forme propre, c'est-à-dire qu’elle peut les prendre toutes. Cette double nature de la mer, matérielle et informe, explique pourquoi tant de cosmogonies placent un océan à l’origine des origines. De la mer sort la vie. C’est alors que commence l’aventure du divers. Notons que la science ne dit guère autre chose.» Le Seuil 2005, collection Points.

A lire aussi : Mésaventures du paradis. Sous titré Mélodie cubaine, un voyage à Cuba à la recherche d ses ancêtres. Avec le photographe Bernard Matussière. Le Seuil. Et Salut au Grand Sud, un périple en Antarctique avec Isabelle Autissier, chez Stock 2006.


«Les pirogues étaient remplies de femmes qui ne le cèdent pas pour l'agrément de la figure au plus grand nombre des Européennes, et qui, pour la beauté des corps, pourraient le disputer à toutes avec avantage.»


A lire aussi: Supplément au Voyage de Bougainville, de Denis Diderot

Louis Antoine de BOUGAINVILLE - Voyage autour du monde par la frégate du roi La Boudeuse et le flûte L'Étoile

C'est un classique du récit de voyage. Néanmoins il faut savoir que ce bouquin relate, pour une part importante, une navigation. Des chapitres qui raviront les marins, avec des descriptions de manœuvres et un vocabulaire certes authentiques mais un peu lassant à mon goût. «Nous étendîmes aussitôt une ancre à jet dans le nord-ouest pour y mouiller notre ancre d'affourche. L'Étoile passa au vent à nous et mouilla dans le nord à une encablure. Dès que nous fûmes affourché, nous amenâmes basses vergues et mâts de hune.»

Heureusement la navigation n'est pas le seul propos de ce récit de voyage (transcription d'un journal dont la tenue était obligée par les règlements de la marine) réalisé de 1766 à 1769. Dont le but était de prendre possession de territoires au nom du roi de France, ou d'endiguer l'hégémonie anglaise et espagnole. Les descriptions des paysages et surtout les relations des rencontres avec les habitants de ces endroits peu connus sont admirablement contées. On sent même une pointe d'humour... Surtout, ce livre est célèbre pour «l'utopie tahitienne», un mythe qu'il contribua sans aucun doute à créer, et qui souleva bien des questions (Rousseau, Diderot) en ce siècle des Philosophes. En effet, que pouvait-on imaginer, ou penser, en lisant ceci: «Cependant il ne semble pas que le vol soit ordinaire entre eux. Rien ne ferme dans leurs maison, tout y est à terre ou suspendu, sans serrures ni gardiens.» Ou encore: «Les pirogues étaient remplies de femmes qui ne le cèdent pas pour l'agrément de la figure au plus grand nombre des Européennes, et qui, pour la beauté des corps, pourraient le disputer à toutes avec avantage.» Et plus loin: «On les invitait (les marins) à entrer dans les maisons, on leur y donnait à manger; mais ce n'est pas à une collation légère que se borne ici la civilité des maîtres de maisons; il leur offrait des jeunes filles...» que Bougainville nomme plus loin des «victimes du devoir hospitalier», avant de conclure avec un clin d'œil: «Ils (les tahitiens) étaient surpris de l'embarras qu'on témoignait; nos mœurs ont proscrit cette publicité. Toutefois je ne garantirais pas qu'aucun (des marins) n'ait vaincu sa répugnance et ne se soit conformé aux usages du pays.»

En résumé : un livre bien écrit, à mon goût un peu longuet sur la navigation, mais passionnant sur les mœurs des peuples rencontrés. A emporter pour une traversée vers Tahiti, mais pas dans le sac sur un sentier des Alpes.

Les premières lignes. «Sire, le voyage dont je vais rendre compte est le premier de cette espèce entrepris par les français et exécuté par les vaisseaux de Votre Majesté.»(Gallimard 1982. Folio 1385.)

A lire aussi: Supplément au Voyage de Bougainville, de Denis Diderot (Magnard 2003, ou Gallimard). Un an après la publication remarquée du Voyage autour du monde de Bougainville, Diderot imagine ce " supplément ", réflexion malicieuse, voire audacieuse, sur les institutions et les mœurs françaises. Dans le sillage de Bougainville et de Lapérouse, par Yves CAZAUX, éditions Albin Michel 1995.


«Ici la réalité satisfait l'imagination.» Marcel SCHWOB


 

 

Marcel SCHWOB -Le voyage à Samoa

«Ici la réalité satisfait l'imagination.»

Je suis un peu déçu. La quatrième de couverture est un brin trompeuse : seules deux ou trois lignes évoquent brièvement R.L. Stevenson, un nom qui m'avait incité à me procurer ce livre.
A part ce petit problème, le voyage à Samoa est un journal de croisière. Si vous aimez la houle, le tangage et le roulis vous en aurez pour votre argent. «... mais bientôt la grande ondulation australe nous saisit et le vaisseau roule bord à bord. Presque lancé hors de ma couchette, j'assiste avec horreur à la sortie de toutes les malles qui glissent sur le plancher et se heurtent... un affreux chaos qui me désole et où les cancrelats trouvent leur bénéfice.» A cet occasion Schwob nous raconte «la meilleure distraction des tropiques dans les mers du Sud. On prend un cancrelat et on le peint en vert. Sitôt lâché, il est mis en pièce par les autres immondes insectes. Tels sont les plaisirs des îles.»

Sur terre (Ceylan) ça ne va pas mieux. «Vers minuit, par la grande porte-fenêtre qui ouvre sur la véranda, se précipite un torrent de pluie. La chambre entière est recouverte d'un pouce d'eau. (...) L'aube est affreusement noire. Même les corbeaux croassent piteusement...» Cependant, en dehors du fait que les temples indous se ressemblent tous, les paysages et les passagers sont sans surprise: «La sottise des passagers, comme la beauté de la mer Ionienne, satisfait l'imagination.» 

Les premières lignes. «A bord de la Ville de la Ciotat. Lundi 21 octobre 1901, dix heures du matin. Ma Marguerite adorée, je commence aujourd'hui cette lettre que je ne pourrai t'envoyer que de Port-Saïd.» Éditions Ombres 1990.)

A lire aussi: Au tournant du XIXe et du XXe siècle, Marcel Schwob (1867-1905) faisait figure d'écrivain majeur, tant par la perfection unanimement reconnue de ses oeuvres (Cour double, Mimes, Le Livre de Monelle, Vies imaginaires...) que par son rôle de traducteur et de « passeur » des littératures étrangères. Son érudition, ses amitiés littéraires (Jules Renard, Paul Claudel, Alfred Jarry, André Gide, Henri de Régnier, Colette, Paul Léautaud, R.-L. Stevenson...) firent de lui pendant quelques années « le centre du monde cultivé ». Sa disparition prématurée entraîna un relatif oubli dont il commence enfin à sortir.

Les éditions Ombres ont publié: Vers Samoa. Lettres à Marguerite Moreno (octobre 1901 - mars 1902), de Marcel SCHWOB. Par rapport à l'édition de 1990, cette réédition comprend des lettres inédites et est augmentée des lettres de Robert Louis Stevenson à Marcel Schwob. On peut lire la préface et deux lettres sur la Revue des ressources. On trouvera les oeuvres de Marcel rassemblées par les éditions Phébus, collection Libretto, et une biographie: Marcel Schwob ou Les Vies imaginaires, par Sylvain GOUDEMARE, aux éditions Le Cherche Midi 2000.


«Si vous voyez un cactus et des rochers par quarante degré à l’ombre, ça a neuf chance sur dix de parler espagnol.» ANTOINE


 

ANTOINE - Bord à bord

D’abord : pourquoi lirait-on un livre d’Antoine, ce chanteur élucubré des années 60 ? Et puis on se dit que d’autres ont voyagé dans les mers du sud, et qu’un autre point de vue serait sûrement intéressant. On craint le pire, mais on s’y colle. Et l’on aurait eu tort de na pas ouvrir ce livre, ces carnets de voyages «d’un gars parti trouvé la solitude, et découvrant qu’on ne rencontre jamais autant de monde que lorsqu’on est seul.»

Dans les premiers chapitres on se perd un peu parmi tous ces gens qui vagabondent plus ou moins provisoirement sur toutes les mers, les «flotteurs» comme il les appelle. Et on a l’impression de lire l’un de ces romans de gare. Il semble que dans la chaleur des Antilles les corps se rapprochent assez vite, à deux ou à plusieurs. Sans doute parce que le vagabond des mers n’a pas le temps de connaître l’amitié. Et puis on s’installe avec Antoine, à bord, sur terre, dans ses considérations géographiques, ou littéraires. Avec toujours un humour certain. «Si vous voyez un cactus et des rochers par quarante degré à l’ombre, ça a neuf chance sur dix de parler espagnol.» Alors que s’il pleut c’est que l’on est dans un endroit où les anglais se sont installés. Quant à la littérature, il faut choisir le bon livre. «Mais que ce mec est pénible à lire (...) je le reprendrai plus tard, dans une longue traversée comme celle du Pacifique, le genre de situation où l’on arrive à lire même Proust !»

Et puis on se laisse entraîner dans ce récit, non linéaire, agréable à lire (malgré un vocabulaire parfois réservé aux marins), qui réserve parfois de belles pages. On y croise quelques héros, comme Moitessier et Tabarly. On navigue des Antilles au canal de Panama. Puis dans le Pacifique et ses îles aux noms magiques : Tahiti, Bora-Bora, Tonga, Louisiade... Et l’on conclut avec la philosophie de l’auteur. «Alors ? Est-ce la même folie qui me pousse à quitter un pays, une escale, au moment où tout est bien, tout est rose, parce que, après, ça ne peut être que moins bien ? Figer un instant de bonheur en le voulant éternel, c'est se priver de toutes les autres formes de bonheur que l’on pourrait connaître.» Un bon récit de voyage, donc, surtout pour les navigateurs et autres vagabonds des mers. Qui savent que «les rendez-vous à dates fixes c’est ce qui fait le plus mauvais ménage avec la navigation à voile.»

Les premières lignes. «Le monde n'est plus ce qu'il était, ma bonne dame! Les navigateurs, autrefois, quittaient un jour leur pays natal, voyageaient, rencontraient, dans des pays différents, des gens différents. Devant leurs yeux défilaient une succession quasi linéaire de contrées, de peuples, de coutumes, de traditions, de fois, de musiques.» (Arthaud 1997. J'ai Lu 4364.)

A lire aussi: Voyage aux Amériques, par Antoine, chez Arthaud. Sur les canaux de France, au travers de l'Atlantique jusqu'au Brésil, puis jusqu'aux Antilles; vers les États-Unis et le Québec, pour retrouver ensuite les tropiques aux Bahamas. Traversées, escales, rencontres: en ce temps-là, au sortir des années 70, l'horizon s'ouvrait, immense et libre, devant l'étrave de quantité de navigateurs.


Anthologie: Plages

La plage comme lieu fondateur, ou lieu sacré. Le rivage comme endroit mystérieux, comme endroit de catastrophes. La plage comme cadre de tragédies. Le rivage comme lieu idyllique.

Ce petit recueil propose des textes en rapport avec ce lieu particulier : la plage. On lira Homère, l’Evangile selon saint Marc, Racine, Chateaubriand, un extrait du journal de Delacroix, Hugo, Flaubert, Maupassant, Daudet, Proust. Une bonne anthologie, à emporter sur… la plage, évidemment. A lire bercé par le ressac et le cri des mouettes. Avec cette phrase de Balzac : «Les sites les plus beaux ne sont que ce que nous en faisons. Quel homme un peu poète n’a dans ses souvenirs un quartier de roche qui tient plus de place que n’en on pris les plus célèbres aspects des pays recherchés à grands frais !»

Les premières lignes de la préface de Humbert K. «La plage est désormais le lieu de la fin de l’Histoire. Une fin de l’Histoire fantasmée où le soleil serait toujours à son zénith, où les corps disponibles, languis, désirables et désirants seraient rendus, enfin, à leur innocence des commencements, à leur fraîcheur lustrale des origine.» Éditions Librio 2001.


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