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«Je regardai autour de moi et vis qu’il n’y avait rien de plus haut.»
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Albert SMITH - Le mont Blanc à la mode«Je regardai autour de moi et vis qu’il n’y avait rien de plus haut.» Nous sommes en 1851. Pour l’anecdote nous retiendrons que Smith s’apprête à réaliser le 36ème ascension du mont Blanc. La première date de 1786. La montée se passe sans problèmes particuliers, sinon les frayeurs habituelles : « il est à certains moments difficile de marcher sur la glace lorsqu’elle est à plat, mais quand celle-ci est basculée presque à la verticale ; avec une profondeur insondable au dessous, cela devient une affaire assez angoissante. » Le paysage est à l’ hauteur, coloré, et incite à la poésie : « on peut voir d’immenses icebergs d’une délicate couleur de mer vert pâle. » Et, encore plus haut : « à présent qu’une brume bleutée emplissait les vallées, les sommets des plus hautes montagnes semblaient tels des îles émergées d’un océan vaporeux, un archipel doré. » La descente est épique : « Glissant, dégringolant, avançant en titubant, nous moquant de tous les zigzags en prenant des raccourcis directs, nous asseyant au sommet des descentes pour nous lancer sur les fesses les pieds en avant, jusqu’à ce que, victimes de l’imprécision de notre course, nous fassions un tour complet pour nous retrouver la tête devant. » Ce récit apparemment sans histoire est pourtant un régal, car il contient nombre d’informations sur des traditions aujourd’hui disparues. Par exemple : Comparé à nos fines barres de céréales d’aujourd’hui, le contenu des sac à de quoi étonner : 35 petites volailles, 11 petites, 6 rôtis de veau, 60 bouteilles de vin ordinaire, 30 de bon vin, 2 champagnes... la liste est interminable. Il faut dire que 16 guides et 18 porteurs (pour 4 voyageurs) ça mange ! Autres sujets d’étonnement : à la veille d’une ascension les habitants de Chamouni discutent sur la place du village des chances de succès. « Les gens nous montraient du doigt. Ce soir-là nous étions des gens importants. » Les canons tonnent pour saluer l’arrivée aux Grands Mulets, « ce qui prouvait qu’on nous observait du village, et cela renouvela notre ardeur. » Le retour est triomphal, toute l’équipe sur des mules. Enfin, la dernière salve d’artillerie est tirée du toit du nouvel Hôtel Royal en l’honneur des vainqueurs... Ce petit livre est aussi un hymne à la gloire des guides de Chamouni, qui « faisaient les sauts les plus extraordinaires sur des pentes sur lesquelles leurs pieds semblaient s’accrocher comme les pattes des mouches. » En l’occurrence il s’agit à cette époque de « bonnes grosses chaussures avec une double rangée de clous. » Albert Smith eut beaucoup de succès en Angleterre avec ce récit, qu’il débita en articles et conférences, et il est considéré comme étant à l’origine de la mode anglaise pour la montagne. Les premières lignes : «Il y a vingt-sept ans, lorsque les livres pour enfants étaient des présents rares et donc très prisés, on lisait et relisait ces ouvrages, jusqu’à ce qu’on en sache la moindre ligne par cœur. On m’offrit au Bazar de Soho un petit livre qui s’appelait Les Paysans de Chamouni.» Éditions Guérin 1999. (12/05/02) |
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«Nos bicyclettes sont là qui piaffent dehors (...) je pédale. C’est si agréable ! (...) Nous filons, nous filons (...) la bicyclette devrait être inventée uniquement pour cela : pour filer à la descente quand au surplus le vent vous pousse.»
Charles-Albert Cingria en roue libre, par Nicolas Bouvier, éditions Zoé 205 |
Charles Albert CINGRIA - Florides helvètes et autres textesNé et mort à Genève (1883-1954), CINGRIA est un écrivain suisse de langue française. Et la première chose que l’on peut dire sur ces textes c’est la qualité de la langue. «Le retour, je l’envisage naturellement avec épouvante. Ce sera comme l’aller dans les dernières étapes, donc sur les mêmes précipices glaçant le cœur et consternant l’âme, sauf qu’au lieu d’aller au pas, les chevaux iront au trot et parfois au galop.» Belle phrase. Et beau récit que ce «Parcours du Haut-Rhône», pérégrinations valaisannes de 1944. La verve et l’humour de la montée du Simplon méritent le détour. La peur, aussi. «En effet, nous venons de sortir de la galerie, et ce que mesure l’œil dépasse tout ce qu’on peut imaginer en épouvante. Les chevaux eux-mêmes tournent la tête contre le mur de neige, du coté opposé à celui où il ne faut pas regarder. J’admire leur sublime intelligence.» Le recueil offre d’autres itinéraires, des «routes tonitruantes d’inconnu» ou d’autres plus célèbres, comme cette promenade dans la ville de Lausanne, où l’auteur pense que «le tort, quand on veut parler d’un lieu, est de faire de la géographie, c’est-à-dire aussi de l’histoire, et tout de suite on est perdu. Car l’histoire est vivante dans, par exemple, une jambe qui monte.» Pourtant on lira plus loin : «Et puis voir - seulement écarquiller les yeux - n’apprend pas grand chose.» Encore fallait-il découvrir que «l’itinéraire prémédité réserve parfois bien plus de surprise que l’aventure qui s’inscrit telle.» Les descriptions sont parfois hardies : «On se croirait je ne sais où dans le Midi, dans une ville d’agréables blagueurs» ou sur ce sentier «qui mène à ces échelles qui dans d’affreux escarpements sont l’unique moyen d’accéder à un village où, de mon autorité décuplée par l’expérience, je puis d’ores et déjà garantir que s’il existe des pianos à queue sur cette planète il ne doit pas s’en trouver un seul dans ce village.» Histoire, érudition, humour, le tout dans une langue riche et agréable : ce recueil est quasi indispensable dans la poche du voyageur. Il est léger, il peut également tenir dans la sacoche du vélo, ustensile que l’auteur utilisait volontiers et qu’il appréciait : «Nos bicyclettes sont là qui piaffent dehors (...) je pédale. C’est si agréable ! (...) Nous filons, nous filons (...) la bicyclette devrait être inventée uniquement pour cela : pour filer à la descente quand au surplus le vent vous pousse.» Les premières lignes de «Impression d’un passant à Lausanne» : «Il y a des villes, sur la mappemonde, qui incarnent par excellence le mystère. Mais on ne s’en aperçoit pas tout de suite, ou on dit que leur attrait est différent (consiste dans la curiosité ou un site). Marseille, par exemple, ou Saigon. Et peut-être bien aussi Lausanne, ville terriblement mystérieuse quand on comprend qu’on ne sait pas à qui elle appartient.» Éditions de l’Age d’Homme, Lausanne.Charles-Albert CINGRIA en roue libre, éditions Zoé 2005. Ce livre, une commande restée inachevée, reprend les conférences et les articles donnés par Nicolas Bouvier sur les œuvres de Charles-Albert Cingria (1883 - 1954). Une partie du livre, «Charles-Albert Cingria en roue libre», se compose d’une anthologie des textes que Nicolas Bouvier relit sans cesse. Une introduction situant les deux auteurs, une chronologie, une bibliographie et un cahier d’illustrations complètent le livre, qui propose le double portrait de deux pèlerins du monde et des mots. |
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Montagne et littérature - est le thème du numéro 26 de l'Alpe, la revue publiée par les éditions Glénat et le Musée Dauphinois. Récits ou fictions, des «sublimes horreurs» aux sommets rêvés, articles et portraits des écrivains de l'Alpe. Très belle revue, très beau numéro, comme d'habitude.
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Victor HUGO - Fragment d’un voyage aux AlpesC’est en 1825 que Victor HUGO découvre les Alpes de Sallanches à Chamonix. Depuis Rousseau, et surtout depuis Saussure (ascension en 1797) les Alpes intéressent les écrivains. C’est d’ailleurs en compagnie de Nodier que Victor et Adèle voyagent. Et contrairement à Chateaubriand (lire note de lecture consacrée au Voyage dans les Alpes) Victor HUGO se laisse fasciner par les paysages. La route est rude, mais bientôt «comme la pierre du serment dans un cercle druidique, le mont Blanc s’élève royalement avec sa tiare de glace et son manteau de neige.» Vers Passy et le lac Vert, des enfants vendent des verres d’eau fraîche : Hugo écrit qu’il faut laisser ce peuple vendre «en détail les beautés du pays qu’il habite (car) ces malheureux n’ont que leurs Alpes pour vivre.» C’est déjà une certaine forme d’économie locale liée au tourisme... Plus loin, une montagne écroulée «effraye le regard et la pensée.» Mais ailleurs la majesté des lieux inspire : «combien les monuments de l’homme semblent peu de choses près de ces édifices merveilleux.» En effet, ces monument s’useront probablement moins vite que d’autres édifices bâtis par l’homme. Suit une traversée au bord de l’Arve. Le chemin est parfois vertigineux. Torrent, gouffre, escarpements effrayants... c’est le lot de tout voyageur en ces contrées. Chamonix, enfin. Et une description hugolienne du glacier des Bossons. «Qu’on se figure d’énormes prismes de glace, blancs, verts, violets, azurés, selon les rayons du soleil qui les frappe.» La Mer de Glace, les Drus. Et torrent, cascade, ouragan, avalanche qui font que «tous les bruits des Alpes se déployaient dans la vallée.» Les premières lignes: «A Sallanches, on quitte sa voiture. De ce bourg au prieuré de Chamonix, le trajet se fait dans des chars à bancs, attelés de mulets, et formés d’une seule banquette transversale où l’on est assis de coté sous une façon de petit dais en cuir, dont les quatre pans peuvent se baisser en cas d’orage.» Éditions Laffont, collection Bouquins, œuvres complètes, tome voyages. On peut aussi lire ce texte, accompagné de commentaires et d'illustrations, dans la belle éditions de poche Guérin: Victor Hugo et le mont Blanc. |
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G.W.F. HEGEL - Journal d’un voyage dans les Alpes bernoisesJusqu’au XVIIIe les Alpes ne sont qu’un obstacle sur les routes du voyage vers l’Italie. On les traverse en vitesse et personne n’y porte les regards émerveillés d’aujourd’hui. C’est La Nouvelle Héloïse de Rousseau, en 1761, qui déclenchera tout, et qui influença probablement le voyage que fit HEGEL en juillet 1796. Mais contrairement à Saint-Preux, Hegel ne partage pas du tout le point de vue de Rousseau sur la montagne et les montagnards… Peut-être en premier lieu parce que la montagne que Rousseau admirait et célébrait était ce qu’on appelle aujourd’hui la montagne à vaches, les pâturages verts et riants, les torrents calmes et limpides, les fleurs, les arbres et les herbes folles, alors que Hegel sera confronté à la haute montagne, rude, sauvage. «Pour l’habitant des plaines, l’étroitesse des vallées où les montagnes dérobent toute perspective, a quelque chose d’étouffant, d’angoissant.» Rien ne va, ni les torrents ni les cascades ne trouvent grâce à ses yeux. «Ce bruit lasse finalement le voyageur qui n’y est pas habitué et qui doit le supporter durant plusieurs heures.» Dépaysement trop fort : «les deux Eiger et la Jungfrau ne nous donnèrent pas l’impression ni n’éveillèrent le sentiment de grandeur et de sublime auquel nous nous étions attendus.» La vision des glaciers «ne présente rien d’intéressant ", la glace est sale et couverte de boue. Bref : «rien de grandiose ni de gracieux.» Désenchantement : les bergers ne sont ni bons ni généreux comme le racontait Rousseau, ils font payer leurs services comme ailleurs. En conclusion : «La vue de ces masses éternellement mortes ne suscita rien en moi, si ce n’est l’idée uniforme, et à la longue, ennuyeuse : c’est ainsi.» Récit à connaître si l’on s’intéresse à l’histoire du voyage dans les Alpes, ce livre vaut également pour la très intéressante préface «Hegel et Turner dans les Alpes» dans laquelle est expliquée l’évolution de la perspective artistique par rapport à ce thème. Les premières lignes: «J’ai quitté Berne lundi, le 25 juillet 1796, à 4 heures du matin, en compagnie de trois précepteurs saxons, Thomas, Stolde et Hohenbaum. Comme nous avions déjà fait une pause pour le petit déjeuner, nous sommes arrivés à 10 heures à Thoune.» Éditions Jérôme Millon, 1997. |
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