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«Amis inconnus, vous allez tourner les pages d’un livre inconnu: prenez garde! Il y a de la magie, blanche et noire, dans tout écrit, même le plus modeste.» SAMIVEL - Contes à pic. Couverture des éditions Arthaud 1984.
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SAMIVEL – Contes à pic«Amis inconnus, vous allez tourner les pages d’un livre inconnu: prenez garde! Il y a de la magie, blanche et noire, dans tout écrit, même le plus modeste.» Et c’est vrai qu’à première lecture les écrits de Samivel semblent bien modestes: histoires simples, vocabulaire simple, imagé mais pas trop; on y parle de gens simples, voire d’animaux ou de cailloux… Et pourtant, quelle magie, en effet! Quelles aventures, du fond des âges à nos jours. Pour Samivel il n’y a qu’un seul univers: la montagne. Et qui d’autre que lui sait parler de cette montagne, des alpinistes, de leurs joies et de leurs frayeurs, des marmottes et des choucas, du Diable, «le grand Bouc d’enfer aux longs poils englués de glaçons », du vent, de l’orage, de l’alpe, des bergers, des saisons – «le lendemain, la première gentiane ouvrit son œil bleu-bleu-bleu, et tout se passa bien. Et dès le jour suivant un bon millier d’autres gentianes, encouragées par cet exemple, ouvrirent aussi leur œil bleu-bleu-bleu. Ainsi vint le printemps cette année-là»; et même des rochers. Car les cailloux de la montagne ont aussi une vie, monsieur! Neuf contes composent ce recueil. A la recherche d’une situation raconte l’histoire d’un caillou «pas satisfait de sa situation dans le monde.» Après quelques péripéties il trouvera finalement sa place. Les Marmottes du Bego propose l’histoire de «Marmottard le père, Marmottaine la mère, et deux petits marmotteux nés du printemps: Marmottin et sa sœur Marmottine.» La vie suit son cours, les journées passées à se prélasser au soleil sont à peine troublées par Job le Choucas, ou par un bipède bien connu: l’homme, qui en ce temps-là vient graver quelques signes étranges sur de grandes dalles, un dérangement qui déclenche les coups de sifflet étranglés de la marmotte de garde pour signifier l’alerte générale sur le territoire. Dans Le Crystallier de Chamouni on suivra le dur mais lucratif métier de ces aventuriers des hauteurs «pas tant bien vus du vulgaire et plutôt considérés comme têtes brûlées, esprits forts et garçons de fortune» qui devaient prendre bien des risques pour trouver le four qui leur apportera la fortune. Et l’amour, bien sûr. Dans La Première fois nous suivons la première et tragique ascension du Cervin le 14 juillet 1865. Originalité: le point de vue, les angles et les pensées sont celles d’un choucas qui habite dans le coin. «En route! s’écria Whymper. Plus de temps à perdre… Tiens! Un choucas!» Ce qui donne une vision très cinématographique des choses (pour les images) et sans pathos (pour les textes) car les choucas n’ont quand même pas, devant la mort, la même culture que l’homme! Dans Le Passage du Grand Saint-Bernard nous suivons la caravane d’un certain Général la nuit du 30 Floréal, An VIII. Mélange d’histoire, de légendes, de réalités, de suppositions, de réel et de merveilleux, tous ces Contes, qui ont la montagne comme lien, sont, à mon avis, de la même universalité que les autres Contes, de Perrault ou d’Andersen par exemple. Non seulement un «classique» de la littérature de montagne, mais un chef-d’œuvre tout court. Les premières lignes du premier conte: A la recherche d’une situation. «Ceci est une histoire hautement morale. Oh là là oui, qu’elle est hautement morale. Vous allez voir. Un. Deux. Trois. Partez! Il y avait un certain temps après le commencement des temps un petit caillou qui n’était pas satisfait de sa situation dans le monde. Cependant c’était une situation élevée, pas d’erreur ! Juste en haut d’une grande montagne d’où l’on apercevait l’Asie, l’Europe et l’Afrique, et aussi l’Amérique (par temps clair).» Édition Arthaud 1984 illustré de 10 lavis de l’auteur. |
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«Nulle par ailleurs qu’en montagne la nature ne révèle par de plus saisissants contrastes les terribles dimensions de l’univers et la fragilité, l’impermanence des êtres qui se nomment eux-mêmes les vivants.» SAMIVEL - Nouvelles d'en haut.
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SAMIVEL – Nouvelles d’en hautLa montagne est «un livre où chacun peut découvrir sa vérité.» La montagne est au centre de recueil. Samivel est l’écrivain de la montagne, et notamment des Alpes. Samivel a plusieurs credo ; l’un d’eux est l’alpinisme, une «énigme», «un sport consistant à parcourir les montagnes d’accès difficile sans le secours d’un moyen mécanique.» Et avant de devenir un loisir, seuls quelques farfelus se risquaient en montagne, et le plus souvent pour des raisons utilitaires. Exception : Antoine de Ville, qui gravit le mont Aiguille sur ordre du roi Charles VIII en 1492. C’est l’acte de naissance de l’alpinisme «si l’on tient compte que l’exploration du monde a commencé au XVIe siècle et par nos soins.» Il faudra attendre Paccard et Balmat, le 8 août 1786, pour entendre dire que l’on grimpe sur les montagnes pour le plaisir. On connaît mal la montagne. On se souvient de l’exploit d’un Lindbergh, mais qui se souvient de «Stoffer gravissant seul la formidable paroi de la barre des Ecrins ?» En 1947 Samivel écrivait déjà que la pratique de la montagne, «cette inversion complète de l’existence citadine qui projette l’individu dans le milieu naturel le plus sauvage et le moins domestiqué qui soit» était d’utilité publique, y compris le danger de mort qu’elle comporte, et justifié sur le plan social car elle tend à « rétablir l’équilibre dangereusement compromis des individus et à maintenir une notion humaniste de l’homme.» Samivel n’est pas toujours aussi grave dans ses écrits. Il utilise rarement les phrases choc, et préfère manier souvent l’humour, la poésie constamment. Samivel écrit une musique fine et reconnaissable. «Nulle par ailleurs qu’en montagne la nature ne révèle par de plus saisissants contrastes les terribles dimensions de l’univers et la fragilité, l’impermanence des êtres qui se nomment eux-mêmes les vivants.» Impossible de faire en quelques lignes le tour de ces histories, de ces contes, de ces essais et de ces récits, la plupart publiés dans des revues entre 1937 et 1986. On y apprendra bien des choses sur le ski, la neige, les bonshommes de neige, l’alpe, les choucas, les chamois et les bouquetins. Autant de sujets que l’on retrouve dans toutes les œuvres de l’auteur. On lira qu’en 1954 Samivel se battait déjà contre les pylônes des téléphériques et les bars d’altitude, et qu’en 1966 il rédigeait les commandements du parc national de la Vanoise. Samivel parle également de quelques uns de ses maîtres : Topffer, ou Ramuz. On ne peut quitter Samivel sans citer ce «quelque chose qui prit de la consistance et se révéla une truffe frémissante et un œil rond, apparemment emprunté à une ancienne paire de bottines à boutons.» La marmotte. Les premières lignes des commandements du parc national de la Vanoise : «Le parc national protège contre l’ignorance et le vandalisme des biens et des beautés qui appartiennent à tous. Les défenseurs de la vie sont les amis du parc national. Les amis du progrès et de la paix sont les amis du parc national. Les sportifs, les artistes et les savants sont les amis du parc national. Voici l’espace, voici l’air pur, voici le silence… » Éditions Hoëbeke 1995. |
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«Ce monde de rêve n’admet point, hélas, les rêveurs.» SAMIVEL
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SAMIVEL – L’Amateur d’abîmesA dix neuf ans d’âge «et du vide plein les poches», les obstacles n’ont guère d’importance hors celle que nous leur attribuons. C’est le credo des alpinistes, « les vrais, les purs, les recuits, ceux qui rentrent en traînant la patte, les lèvres tuméfiées et la culotte en dentelle.» La montagne se mérite, donc. Soit le narrateur et ses deux amis, une petite bande d’amateurs venus à Chamonix pour s’initier à l’alpinisme. Départ avant l’aube pour les premières heures de montée. «Soudain, coup de cymbales frappé au plus haut point mélodique, une flèche incandescente jaillit de l’horizon sonore.» Le soleil ! «C’est le début de tout, la première, la pure, l’enthousiasmante aurore du monde.» Avancer toujours, et regarder où l’on met les pieds. «Ce monde de rêve n’admet point, hélas, les rêveurs.» Tout du moins durant l’escalade. Nous suivrons ces alpinistes dans le val Montjoie et ses aiguilles, sur les glaciers des dômes de Miage, sous le soleil mais aussi dans les terribles tempêtes et orages qui s’abattent quasiment sans prévenir… Bref : des scénettes, du théâtre, des dessins, de l’humour et même des chansons, tout est bon pour raconter les péripéties, souvent cocasses parfois tragiques, de la cordée, et faire passer le message : la montagne c’est fantastique, et ça serait bête de l’abîmer. La vraie montagne est derrière «des portes invisibles que les foules ne franchiront jamais.» Pas sûr que les foules apprécient les paysages de haute montagne, pensait Samivel en 1940. C’est encore valable aujourd’hui. La montagne se mérite. Et celui qui arrive à 4000 mètre en télé truc ne ressentira jamais la même chose que celui qui grimpe avec son compagnon de cordée dans la solitude, le silence et l’angoisse du vide. Les téléphériques ne servent qu’à transporter des troupeaux et à faire de l’argent avec «un étalage surprenant de bibelots en bois sculptés, où les ours, les aigles, les chamois et les vaches se disputent l’honneur de vous tendre un encrier ou un pot de moutarde.» Pour l’auteur «c’est une erreur sociale, un vandalisme et une maladresse aussi de sacrifier impitoyablement les plus beaux paysages au tourisme automatique.» Rappelons que ce roman a été publié en 1940. L’Amateur d’abîmes est écrit dans une langue facile mais belle (qui se télescope parfois avec un morceau de rude patois savoyard.) C’est un hymne à la haute montagne, à sa blancheur, à sa pureté, une invitation à la comprendre et à l’aimer. Enfin, il est impossible de parler de Samivel sans y adjoindre l’une de ces bestioles favorites. «A peu près les seuls habitants des grandes altitudes. Ce sont les mouettes des alpinistes et peu de souvenirs de courses qui ne soient mêlés de leurs pirouettes et de leurs cris. » Les choucas, bien sûr. La quatrième de couverture parle de classique de la littérature alpine et de chef-d’oeuvre. Je veux bien, mais alors tous les livres de Samivel sont des chef-d’œuvres. Les premières lignes : «La jeune personne qui occupait le coin depuis Dijon, et dont la robe était tellement pareille à celle de ma sœur, se leva tout à coup et passa dans le couloir. Quelques secondes plus tard, Alain bredouilla qu’il allait fumer une cigarette dans le couloir et d’en fut. » Stock 1940, 1981. Hoëbeke 2002. |
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SAMIVEL - L’œil émerveillé - ou la nature comme spectacle«Le magicien demeurait invisible.» Dans un ouvrage remarquable, «L'Oeil émerveillé, ou la Nature comme spectacle», Samivel fait part de ses expériences et de ses contacts avec la nature au cours de ses divers voyages. Il se souvient qu'enfant il pouvait être émerveillé par une feuille, les nuages, les étoiles. Il parle du «caractère libre et gratuit» de ces expériences initiales, d'une «vision pure et cristalline», antérieure à tout jugement conditionné, et regrette que plus tard divers préjugés viennent perturber le contact, faisant que l'esprit sélectionne les informations et diminue ainsi l'émotion esthétique. Cette «cécité mentale acquise» entraînerait la disparition de nombreuses sources de joie. Il nous incite alors à retrouver cette attitude de modestie, de simplicité, ce «mental nettoyé de toute accoutumance, en état provisoire de candeur et de naïveté» qui doit provoquer une nouvelle euphorie visuelle et permettre de mieux apprécier «les jeux de la Nature, gratuits, et inconnus dans les oeuvres humaines. S’émerveiller. «L’émerveillement est un cadeau des fées.» Cette «attitude modeste» n’est pas facile ni habituelle. Pourtant elle ne coûte rien. Et réserve d’immenses surprises. Car si les terra incognita ne sont plus courues, restent des «étendues esthétiquement inexplorées.» Comme le Groenland ou les Hespérides. La beauté des plongées sous marines. Et les montagnes, bien sûr. Les steppes et les déserts, aussi, les grands espaces, dans lesquels «vertus majeurs des étendues désertiques, l’espace et le silence ont d’ailleurs partie liée.» Samivel nous entraîne également du coté de Brocéliande, ou dans des paysages inconnus mais enneigés. «La neige s’apprend, comme la mer.» Ce livre n'est pas un manuel du parfait contemplateur ébahi, ni un recueil poétique, pas un roman ni un récit. C'est tout cela à la fois, et autre chose. Il y a des passages sidérants, et même sidéraux, des mots qui chantent, de la métaphysique, de la prose enchanteresse. Bref, un ouvrage éblouissant, pour tout amateur de la Nature. Le «sens de la nature» serait-il le septième sens? Les premières lignes: «Je suis né dans une très grande ville, assez vaste pour laisser subsister ici et là dans son enceinte, avec une sorte d’indifférence, des lambeaux de campagne. Nous habitions l’un des quartiers où les frondaisons et les toitures se partageaient équitablement l’espace, en sorte que les saisons à bonne époque y déroulaient encore leur mystère.» Éditions Albin Michel 1976. |
A lire aussi...
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L'opéra des picsPrésentation de l'éditeur. On reconnaît une montagne dessinée par Samivel au premier coup d'œil. La poésie, l'élégance, l'intelligence, l'humour noir ou cocasse de son trait la rendent à nulle autre comparable. Se demander ce que les hommes viennent chercher en montagne... Trouver ce que la montagne offre lorsqu'on est en elle... Cette quête évoquée par Giono dans la préface est au cœur de l'œuvre de Samivel. Opéra de pics a été publié pour la première fois en 1944 par les éditions Arthaud. Cette édition comportait la préface de Jean Giono et le «Boniment» de l'auteur. Dans une deuxième édition, fin 1945, la préface de Giono avait laissé place au texte de Samivel: La réponse des hauteurs. En 1980, les éditions Didier- Richard ont réédité cet ouvrage en rassemblant tous les textes des publications précédentes. «Et j'ose écrire ici, parce qu'il n'y a rien de tel qu'une page imprimée et jetée aux quatre vents pour bien garder un secret, que même les Choses, oui, que même les pierres, même ces grands êtres de terre, de pierre et de glace, qu'on appelle montagnes, sont capables de rendre amour pour amour, car tout n'est qu'un jeu perpétuel d'échos.» Samivel. |
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Hommes, cimes et dieuxLes grandes mythologies de l'altitudes et la légende dorée des montagnes à travers le monde. Ce livre comble une lacune car son sujet est pratiquement inédit: le rôle majeur joué par la fascinante Altitude, par les montagne dans l'aventure humaine et le développement des civilisations. Elles apparaissent en fait au centre d'une foule de traditions, dont une infinité de légendes nous transmettent l'écho. C'est ce monde fantastique, presque inexploré, dont l'auteur nous ouvre les portes. Arthaud. (Réédition 2005) |
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Dessinateur et peintre, mais aussi cinéaste, photographe et conférencier, Samivel fut avant tout un merveilleux écrivain. Il n'existe aucun genre qu'il n'ait tenté avec succès, du conte humoristique à l'essai philosophique, de la chanson au roman, de la bande dessinée à l'étude historique. La montagne a suscité peu d'écrivains dont la curiosité soit aussi universelle, les connaissances aussi vastes, le style aussi fin et évocateur. Dans sa diversité même, Samivel déploie toute la palette de ses talents, mise ici au service d'une seule cause : l'amitié des montagnes. Lire les récits ou romans: L'amateur d'abîme (Hoëbeke 2002); Nouvelles d'en haut (Hoëbeke 2002); La Grande ronde autour du mont Blanc (avec S. Norande, Glénat 1998); mais il faut absolument lire les dessins et bandes dessinées comme Samivel des cimes; Tartarin sur les Alpes, chez Hoëbeke. >>> Le site des amis de Samivel >>> l'article Samivel sur Wikipeda >>> |
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