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«Le touriste perché est une espèce très rare. Solitaire et muet, il part de grand matin un livre sous le bras, marche quelque espace, puis, sautant sur un roc ou sur une branche, il y perche des heures, grugeant des paragraphes et avalant des chapitres.» Rodolphe TOPFFER
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Rodolphe TOPFFER - Nouveaux voyages en zigzag«A moi, ma gourde : à moi, mon havresac : et partons toujours !» Telle pourrait être la devise de ce groupe turbulent, mais les yeux grands ouverts sur une nature pas toujours facile à apprivoiser. Partir loin, là où il faut faire un effort pour revenir, ce qui a toute les chances de guérir votre âme, telle pourrait être la théorie. Tout moment à bon à prendre, bon à vivre, des frayeurs au bord des précipices, aux copieux soupers dans une auberge isolée. En 1833 Albertville s’appelle encore l’Hôpital, mais près de Chambéry on peut déjà visiter les Charmettes. Comme souvent le voyageur est déçu : «c’est une chose intéressante que de visiter la demeure des grands hommes, et toutefois ces pèlerinages sont le plus souvent une occasion de déception et de mécomptes, tant il faut de choses pour satisfaire à l’attente de l’imagination et aux exigences de l’enthousiasme.» En 1842, TOPFFER conduit sa bande de gamins dans uns sorte de grande classe verte, en «excursion pédestre» autour du mont Blanc. Dans ce décor grandiose, loin de tout, il n’y aura pas de déception. Le groupe est soudé, malgré les rivalités et les comportements parfois individualistes. «Avantage qui résulte du grand nombre de voyageurs faisant troupe commune : l’amadou est dans une poche, le briquet est dans une autre, un troisième apporte sa pierre, et finalement tout le monde a du feu.» Par sécurité on prendra un guide de Chamonix, et vogue la galère. Les Bossons, les Houches, Saint Gervais, Notre Dame de la Gorge, le val Ferret, le Grand Saint Bernard. Le circuit est bien connu. A partir de Martigny le voyage se poursuit en Suisse (Zermatt, Interlaken…) On suivra la vie quotidienne de cette troupe (le récit est découpé en journées), ses rires et ses larmes, sa progression au milieu de réelles difficultés, ses humeurs selon le temps. Les dessins sont de toute beauté. Cette manie de dessiner appelle une grande observation, et, en quelques traits, on découvre des paysages sauvages, ou un touriste (et les types de touristes sont nombreux) croqué sur le vif. Par exemple celui-ci, dessin à l’appui, dans lequel nous serons plusieurs à s’y reconnaître… «Le touriste perché est une espèce très rare. Solitaire et muet, il part de grand matin un livre sous le bras, marche quelque espace, puis, sautant sur un roc ou sur une branche, il y perche des heures, grugeant des paragraphes et avalant des chapitres.» Il y bien d’autres touristes, voyageurs, plus ou moins sympathiques, tout au long de ce tour. Vous les découvrirez en lisant ce chef-d’œuvre. Lecture indispensable, surtout si vous faites le tour du mont Blanc. Les premières lignes du Voyage autour du mont Blanc : «Où irons-nous cette année ? Après Venise, après le Bernina, et lorsqu’on ne peut aspirer ni aux Pyramides, ni au Caucase, le mieux, ce semble, c’est de borner là sa course et de suspendre pour toujours à la muraille son havresac et sa gourde. Non, le mieux, c’est de réagir contre cette tyrannie des souvenirs, c’est de brusquer de passagers dédains.» Édition Slatkine, Genève, 1998. Cette édition comprend le voyage à Gênes, le voyage à la Grande Chartreuse de 1833, et le voyage autour du mont Blanc de 1842, deux ans avant la mort de l’auteur ; une notice de SAINTE-BEUVE et les dessins originaux de l’auteur. Également disponible chez Hoëbeke, sans les illustrations.A lire aussi: Connu de son vivant comme écrivain, Rodolphe Tôpffer (1799-1846), notre époque découvre en lui un artiste dont le talent étonne tant il est varié. Forcé de renoncer à la peinture, il ne cessera jamais de dessiner : ses innombrables croquis témoignent de son génie du trait, de son humour, de son sens de la caricature. Chef de pensionnat, il organise des excursions alpestres dont il fait le récit, illustré par ses soins, puis selon ses indications, dans les Voyages en zigzag, avec lesquels il inaugure un nouveau genre littéraire, ce qui le consacrera inventeur d la bande dessinée. Esthéticien, il donne une synthèse de sa pensée dans les Réflexions et menus propos d'un peintre genevois, un traité d'une rare originalité, comme lui inclassable. Dernière pirouette de ce Protée aux multiples palettes, la littérature en estampes, qu'il a théorisée dans son Essai de physiognomonie, et qu'il a pratiquée dans plusieurs albums drolatiques (M. Crépin, M. Jabot, Voyages et aventures du Docteur Festus...) riches en situations grotesques et surprenants de cocasserie. |
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Evelyne REYMOND - L’Alpe romantiqueSi vous aimez les Alpes, le voyage et la littérature, si vous débutez dans le genre littérature de voyage, ou si vous voulez relire vos classiques, ce livre vous enchantera. De Jean-Jacques Rousseau à Gustave Flaubert, en passant par Stendhal, Chateaubriand, Byron, Lamartine, Balzac, Hugo, Musset, George Sand... une flopée d’écrivains ont séjournés ou traversé les Alpes à une époque que l’on appelle «romantique». Séjours forcés ou de villégiatures, premières ascensions ou lieux à la mode, les Alpes ont inspirés les écrivains. Puisons au hasard. «J’étais si heureux, en contemplant ces beaux paysages et l’arc de triomphe d’Aoste, que je n’avais qu’un vœu à former, c’est que cette vie durât toujours» écrit Stendhal lors d’un voyage vers le mont Saint Bernard. Pour Balzac c’est le lac du Bourget : «Ce lac est le seul où l’on puisse faire une confidence de cœur à cœur. On y pense et on y aime. En aucun endroit vous ne rencontreriez une plus belle entente entre l’eau, le ciel, les montagnes et la terre.» Je ne vais pas citer tous les extraits d’œuvres de ce livre, ni les commentaires de son auteur. A mettre dans le sac à dos : anthologie indispensable à tout marcheur dans les Alpes du nord. Les premières lignes. «Jean-Jacques (ROUSSEAU) fit entrer la montagne dans la littérature. A sa suite les romantiques et leurs descendants s'éprirent des cimes.» (Presses universitaires de Grenoble 1988, collection l’Empreinte du temps.) |
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Eric Emmanuel SCHMITT – Guignol aux pieds des AlpesL’auteur nous convie à un voyages dans les Alpes, mais les Alpes au sens large, puisque dans la première partie de ce récit il nous conduit à Lyon et aux alentours. Et à la rencontre des Lyonnais. Qui se reconnaîtront peut-être, car l’écrivain semble les avoir bien cernés. « Il faut être d’ailleurs pour décrire ici. Je n’ai appris ce qu’est la ville de Lyon qu’après l’avoir quittée. » Nous traverserons l’Ain, «une sorte de paradis terrestre où les quenelles poussent sur les arbres, où les fromages sont bleus, les poulets dorés, où les murs donnent des fleurs, où les grenouilles sautent dans les poêles à frire et où les grands cuisiniers naissent dans les choux. » Détours par Saint Etienne puis l’Ardèche, qui ne trouve pas grâce aux yeux de l’auteur. Risquer de se fracasser le crâne contre des rochers, engoncé dans un canoë incontrôlable, n’est pas son truc, dans cette région où « aucun animal n’accepte de vivre, à part quelques choucas braillards et monotones, sans doute payés par le syndicat d’initiatives. » Quelques mots sur la Drôme, et les Alpes, enfin, le « pays du grand silence d’en haut. » Il ne s’agit ni d’un reportage ni d’un guide touristique. Le point de vue est original et personnel, comme le ton du récit, souvent tendre, parfois un brin caustique, toujours juste. « Je ne vous cacherai pas la vérité : c’est un Lyonnais qui va vous parler de la région Rhône Alpes. Un Savoyard ou un Ardéchois ne vous la décriraient pas de la même façon. » Les premières lignes : « Guignol a une boussole qui diffère de toutes celles que vous trouverez en France. D’abord elle montre le sud. Car l’habitant de la région Rhône Alpes se pense bizarrement dans l’espace. Sa tête est à Lyon, ses pieds sont en Provence, son corps est composé de la Loire, l’Isère, la Savoie, l’Ardèche et la Drôme. Il ne se voit pas au milieu de la France, non, il se repère au nord du Sud.» National Geographic Society 2002. Photographies et textes extraits de la collection La France. |
«Qui voyage à travers les Alpes s’expose à deux catégories de dangers – les réels et les imaginaires. Jemina MORRELL - Voyages dans les ALpes. Éditions Cabédita. |
Jemima MORRELL – Voyage dans les AlpesEn 1863, Thomas Cook, le célèbre voyagiste londonien, misait sur le chemin de fer pour envoyer ses clients le plus loin possible. Il entreprit de faire un voyage de reconnaissance dans les Alpes savoyardes et en Suisse. On lira ici cette relation de voyage, effectué du 25 juin au 17 juillet 1863, et rédigé par Jemima Morrell, désignée comme «l’artiste» du groupe, le Junior United Alpine Club, et qui agrémentera le manuscrits de ses dessins. De Londres à Paris puis Genève, en train, c’est le temps de la réflexion. «Qui voyage à travers les Alpes s’expose à deux catégories de dangers – les réels et les imaginaires – et l’on s’est aperçu après coup que les nôtres relevaient tous de la seconde catégorie.» Et le temps de constater que les mœurs varient d’un pays à l’autre. La France est le pays du baiser. «Ils s’embrassent à maintes reprise sur les deux joues, et les voici qui recommencent autour du petit enfant.» Après un court séjour à Genève sous l’orage, premier circuit : la vallée de l’Arve. Premier bourg important : Bonneville, dans « une chaleur immobile, blanche, étincelante, qui se réverbère sur ces maison de stuc blanchies à la chaux.» Puis Cluses, puis Saint-Martin, là où se trouve «le panorama dont Murray assure qu’il vaut le déplacement depuis Londres.» De Sallanches, le chemin serpente et grimpe vers Servoz, les Houches, jusqu’à Chamonix. «Dès cet instant, nous n’avons plus d’yeux que pour le Mont-Blanc, car dans la lumière vespérale qui faiblit nous avançons sous sa colossale ombre d’ébène.» Après les Alpes occidentales, le voyage se poursuit dans l’Oberland bernois, et le retour à Paris permet de lire quelques anecdotes sur la société de l’époque. On dira, en reprenant l’avant-propos de L. TISSOT, que cette relation offre trois niveaux de lectures : une vision de la montagne, des Savoie et de la Suisse touristiques, avec tous les inconvénients et arnaques (déjà) du tourisme ; le témoignage sur une époque qui voit le passage du tourisme élitiste à un tourisme plus industriel, avant le tourisme de masse ; un témoignage enfin sur l’histoire des femmes, notamment celles de la société victorienne, qui trouvèrent dans le voyage un moyen de s’échapper. Une lecture intéressante, au ton un peu démodé mais charmant. Les premières lignes : «Quelle source de tracas devient cette expédition annuelle ! Tout le monde est allé en Écosse, certains d’entre nous sont allés à la pointe de Cournaille, l’Irlande ne fait pas l’unanimité, l’Exposition universelle nous a fatigué de Londres (…) Quelle sera donc notre prochaine destination ?» Éditions Cabédita 1995, collection Archives vivantes. |
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