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«Les Chinois n’aiment pas aller vite. Ils trouvent que la tortue voit plus que le lièvre en cours de route.» A.van DIS
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Adriaan van DIS - Sur la Route de la soieC’est vrai que dans ce récit la Chine est «plus humaine que monumentale». Mais ce voyage de l’auteur, essentiellement dans le Xinjiang, en 1986, ne me laisse pas de grandes émotions. Il paraît que «Les Chinois n’aiment pas aller vite. Ils trouvent que la tortue voit plus que le lièvre en cours de route.» Plus loin l’auteur donne son point de vue, pas vraiment original, sur cette lenteur : «Le manque de hâte et d’efficacité s’expliquerait aussi par une notion d’éternité. Pourquoi travailler plus dur, atteindre des quotas de production plus élevés si votre pays est le plus parfait du monde et si l’effort personnel compte autant qu’un grain de sable dans le désert ?» Cette lenteur, «ce pays de gens qui comptent au boulier, remplissent des formulaires et font triste mine», tout cela finirait pas exaspérer. Attention toutefois à ne pas sortir de ses gonds. Ce n’est pas la meilleure solution, surtout si l’on veut éviter pire. On apprendra donc dans ce récit quelques us et coutumes à connaître et à respecter si l’on voyage en Chine. Sinon, les routes, le désert, les cols sont aussi difficiles à franchir que dans d’autres livres. On gardera cette phrase, état d’esprit de ce voyageur : «quand je voyage, je me comporte un peu comme un chien. Je renifle et passe mon chemin. Même si la rencontre est passionnée, je cherche du nouveau derrière chaque montagne. Personne ne peut m’approcher de trop près.» Pas un grand livre, à mon avis, mais on peut se laisser tenter. Les premières lignes: «Quand j’ai demandé à la serveuse du Shanghai Noodle, un restaurant du Molensteeg à Amsterdam : -Comment est la Chine ?, elle m’a répondu : -Very big, China. Elle m’a aidé à étaler la carte sur la nappe en papier tachée et je me suis recueilli un instant.» Éditions Actes Sud 1990. |
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Daniel ARSAND - La Province des TénèbresCouronné à sa sortie (1998) par le prix Femina du premier roman, la Province des Ténèbres est l’histoire d’une caravane sur la Route de la Soie. L’an 1294 comme si vous y étiez. Les principaux protagonistes : un roi qui souhaite établir des relations avec le Khan, Montefoshi, un marchand vénitien «taillé dans l’orgueil et la cruauté» qui fait office d’ambassadeur et qui conduit la caravane, Vartan, moine, enlumineur et miniaturiste célèbre en Cilicie, l’accompagne, ainsi qu’une petite troupe de marchands âpres au gain. Sur ces routes les obstacles sont nombreux : déserts, plaines interminables, bandes de brigands, montagnes enneigées. «Dans Balkh pullulaient le scorpion et le coléoptère, le rat et le lapin, la vipère et le rapace. (...) Dans toutes les anfractuosités de la pierre, des espèces animales, dès le coucher du soleil, s’épiaient, s’égorgeaient, couinaient, râlaient, s’accouplaient. Des cris se répercutaient aux quatre coins de la ville; cris de panique ou de ralliement, cris d’assouvissement ou de fureur.» Il y a la terrible traversée du Pamir. «Le ciel s’assombrissait et la neige s’épaississait. Un interprète et un soldat s’effondrèrent à la sortie d’une passe particulièrement difficile. Le cœur avait lâché. On ne les ensevelit pas. On marchait droit devant soi, c’était tout.» Autres villes et régions : Sis, Tabriz, Kashgar, le désert du Sin Kiang, où les tribus craignent plus la malice des esprits que la morsure des vipères ; Ganzhou ; Pékin, devenue sous l’influence de Kubilaï «le symbole du renoncement des Mongols à l’errance (…) , qui maintenant pour la plupart préféraient la vie de cour aux chevauchée. L’amollissement était général» ; Karakorum, le Gobi et les plaines de Mongolie, cette «Province des Ténèbres, steppe à l’herbe rase, tranchante, glacée, où le soleil ne perçait jamais un ciel de couleur de limaille, où le vent vous labourait sans cesse le corps, où les nuits semblaient devoir durer toujours.» Mais le principal danger vient surtout des démons, des croyances, des tentations, des rêves, de la peur, de l’existence même de cette communauté essentiellement masculine qui survit loin de ses repères. C’est donc aussi une histoire d’errance, de liaisons, de passions, de crimes, de vengeances. Un livre âpre, aux couleurs sombres et violentes parfois illuminées par l’éclat d’un poignard, loin des fastes de la légende. Les premières lignes : «Héthoum II, roi de Petite Cilicie et roi franciscain, oscilla sans cesse entre le monastère et le trône. En moins de douze années, il abdiquera deux fois et trois fois se saisira du sceptre. Et lorsqu’il régnait, il avait le visage tourné vers la croix.» Éditions Phébus 1998, repris en Libretto. |
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Amin MAALOUF -SamarcandeCe livre est un roman, et son titre est un peu trompeur. Certes, on y parle de Samarcande, et même une partie de l’histoire s’y passe. Cependant c’est aussi et surtout une sorte de biographie romancée d’Omar Kayyam, un des plus célèbres poète de la Perse. Un savant, aussi. Un homme, enfin, en avance sur son temps et les morales et religions de son époque (l’histoire commence durant l’été 1072, les Persans sont sous le joug des Turcs) ne lui permettaient pas toujours de dire ou faire tout ce qu’il voulait. Car il y avait du bruit et de la fureur. «On peut penser qu’à l’époque les habitants d’une ville n’avaient aucune raison de préférer tel souverain turc à tel autre. Ils priaient, pourtant, car ce qu’ils redoutaient, c’était le changement de maître, avec son cortège de massacres, de souffrances.» C’est aussi l’époque d’un autre personnage resté dans les mémoires, Hassan Sabbah, qui, à la tête de l’ordre des Assassins, souhaite tout simplement détruire la puissance turque. Le nom du repère à partir duquel il lancera ses troupes vous dira sans doute quelque chose : Alamut. Ce roman est enfin l’histoire d’un manuscrit, celui dans lequel Khayyam notait ses poèmes. Une histoire en deux partie. La première sur fond de XIIe siècle, la seconde au tournant de XXe siècle. Et qui se termine par une nuit de 1912 quelque part dans l’Atlantique. Mais je ne vous raconte pas tout… Un roman à lire si vous vous intéressez à l’Asie centrale, par exemple. Les premières lignes : «Au fond de l’Atlantique, il y a un livre. C’est son histoire que je vais raconter. Peut-être en connaissez-vous le dénouement, les journaux l’ont rapporté à l’époque, certains ouvrages l’ont consigné depuis : lorsque le Titanic a sombré, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, au large de Terre-Neuve, la plus prestigieuse des victimes était un livre, exemplaire unique des Robaïyat d’Omar Khayyam, sage persan, poète, astronome.» Éditions Lattès 1988, Livre de Poche.A lire aussi: dans la même veine du roman historique et de voyage, on lira: La Périple de Baldassare; Les Échelles du Levant; Le Rocher de Tanios; Léon l'Africain; Les Jardins de lumière. |
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René CAGNAT - La Rumeur des steppes - Aral, Asie centrale, RussieUn excellent ouvrage pour faire le point sur l’Asie centrale. Que sont devenus aujourd’hui les célèbres oasis de la route de la soie ? A partir d’une analyse du passé, quel présent et quel avenir possible ? L’auteur connaît bien ces régions. Ancien diplomate, il vit et enseigne à Bichkek. Son analyse est pertinente, compréhensible. L’écriture mêle anecdotes, portraits, et critique. Premier point : «voici une région et une humanité absolument superbes… et totalement sinistrées.» La cause peut se résumer dans cette boutade : Le Sahara est devenu soviétique… Cinq années plus tard, le sable vient à manquer ! Deuxième point, en forme de contradiction : la «persistance d’un passé étincelant sous une plaie soviétique qui, dix ans après l’effacement de l’URSS, ne cesse de suppurer. " Un islamisme pas toujours sincère progresse ; la culture de certaines drogues s’intensifie ; la vodka fait toujours des ravages dans ce monde clos, géographiquement, qui génère des pollutions particulières, et humainement, qui développe un sentiment de repli et de solitude. Ne pas oublier diverses famines plus ou moins organisées, quelques explosions nucléaires, centres d’expérimentations bactériologiques, dans ces pays un temps considérés comme une poubelle. Aujourd’hui les écarts sont considérables : mode de vie et salaires des occidentaux les font considérer comme des extra terrestres. Enfin, parmi la population, la norme semble est à la passivité, la résignation, à l’arbitraire. L’État, l’Administration, pratiquent encore un peu partout les fâcheuses habitudes du passé. Les voyageurs ont souvent parlé de ces fonctionnaires qui semblent faits pour compliquer la vie. «Il faut savoir qu’au désastre externe, perceptible dans les paysages centre-asiatiques, correspond au tréfonds de chaque individu, un désastre interne :celui du renoncement.» Mais tout n’est pas mort. Malgré la disparition de la mer d’Aral, point d’orgue d’une kyrielle de désastres et d’épreuves, aspect le plus visible (et qui ne date pas d’hier, puisque plusieurs fois dans le passé la mer disparut et réapparut, notamment au XVe siècle), les peuples de ces régions, apparemment soumis à leur destin, sont peut-être comme le roseau : ils plient mais il demeurent. Cosaque, Kazak en russe, signifient l’errant, l’homme libre. Un livre nécessaire pour tous les voyageurs de ces régions. Les premières lignes : «Étais-je devenu chamaniste ? J’avais pris l’habitude de venir me recueillir auprès de cette source chaque fois que je passais par la grand-route, à proximité. En vérité, son eau abondante était la plus pure et la plus rafraîchissante qui soit. Dans la touffeur de la steppe kazakhe, abruti par la poussière et le soleil, je buvais à même l’onde et mon cheval, que je tenais par la bribe, faisait de même à coté de moi.» Éditions Payot, petite bibliothèque voyageurs.A lire aussi: René Cagnat, ancien diplomate, vit aujourd'hui dans cette zone de fracture qu'est l'Asie centrale et enseigne à l'université de Bichkek, en Kyrghyzie. Profondément attaché à cette région du monde, il raconte les grands bouleversements du passé, les figures de Gengis Khan et Tamerlan, le clivage entre nomades et sédentaires, le désastre écologique de la mer d'Aral, la dégradation des conditions de vie après les espoirs des indépendances, la montée de l'islamisme dans des pays où le développement majeur est aujourd'hui celui de la drogue et de l'instabilité. Son témoignage, sensible aux paysages et aux hommes, donne à voir aussi des réalités sociales et écologiques dont les conséquences sont loin d'être épuisées. |
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Falk van GAVER - La Route des steppes22 000 km en 4L à travers l’Asie centrale«Nous sommes des bohèmes, c’est-à-dire organisés et désinvoltes: prêts à tout.» C’est en quelque sorte la devise du tandem Falk van Gaver et Jean-Baptiste Warluzel à l’aube d’un sacré périple : une traversée de l’Asie en 4L, de la Turquie à la Mongolie. Cinq mois et 22 000 km plus tard, après les plateaux anatoliens, les déserts ouzbeks, les montagnes kirghizes, les steppes kazakhes, le massif altaïque et les plaines russes: ce récit. >>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.Les premières lignes «C’est l’hiver. Avec mon vieil ami Jean-Baptiste, nous sommes dans son chalet familial au dessus du petit village alpin de Saint-Nicolas de Véroce, face au mont Blanc. Une montagne enneigée, en dessous du sommet européen, nous apparaît dans sa beauté. Nous ignorons son nom mais nous partons arpenter cette belle anonyme, avec une bonne paire de chaussures. La descente est gaie et animée, nous discutons grand départ. Il faut partir! Où? Vers l’Est et ses immensités, bien sûr!» Presse de la Renaissance 2006. |
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Thierry ZARCONE - La Route du JadePour nos mémoires d’occidentaux, la Route de la Soie est un peu comme un mythe. Pour les Chinois, qui ne voient pas les choses sous le même angle, la Route du Jade fut autrement importante. Si la première entraînait les caravanes vers l’Orient pour commercer, la seconde transportait les Chinois de la Grande Muraille vers les confins de l’Iran actuel, pour échanger des chevaux et surtout le jade, pierre sacrée qui conférait la puissance. C’est l’histoire de cette route qui nous est contée dans ce numéro de la revue Autrement. Ainsi que les lieux et le travail du jade, de la nuit des temps à nos jours. Les oasis de Khotan et Yarkand sont les endroits clés. Autours il y a des villes comme Kachgar, et les déserts du Takla Makan. Livre documentés, croquis, cartes… tout ce qu’il faut pour une leçon d’histoire et un voyage. Éditions Autrement, collection Mémoires, N° 72, avril 2001. T. Zarcone est également l'auteur de Boukhara l'interdite 1830-1888, aux éditions Autrement. |
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