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le guide de lectures > Routes de la soie >> Bernard Ollivier


C’est peut-être le périple à la mode ; ou bien c’est peut-être l’aventure moderne. Ce périple, cette fameuse Route de la soie qui en fait rêver plus d’un, la marche à pied, et ces récits de voyage par Bernard Ollivier, par étapes en quatre ans. Et sans doute d’autres voyageurs sillonnent-ils cette route, plus anonymes, non publiés. Sur cette page:

Bernard OLLIVIER - Longue marche (I) - vers Samarcande (Longue marche II). Le Vent des steppes

Autres pages sur les routes de la soie

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«Qu'est-ce que je fous ici? Il y a dans le monde des endroits de rêve aussi beaux que ceux-ci où marcher est un pur bonheur. Il y a d'autres routes légendaires où l'on peut cheminer sans risquer sa peau à chaque pas.» Bernard OLLIVIER


 

Bernard OLLIVIER - Longue marche. A pied de la méditerranée jusqu'en chine par la Route de la Soie

Au printemps de 1999, Bernard Ollivier, retraité de 62 ans, décide de partir avec un sac à dos sur la Route de la Soie. De Istanbul à Xian le parcours est d'environ 12000 kilomètres. Le périple est prévu sur 4 ans en 4 étapes, si tout va bien. Une véritable aventure. Un des meilleurs récits de voyages contemporains.

Peut-on aller d'Istanbul à Téhéran en traversant la Turquie en une période troublée de son histoire (été 1999) quand on est retraité, qu'on a «faim, dans cette troisième vie, de lenteurs et de silences», que l'on pense que «la marche est porteuse de rêve», et que l'on décide de partir avec un sac à dos pour la première partie d'un périple en quatre étapes (quatre ans) sur la Route de la Soie?

Pas évident. Et d'abord il faut réviser le bagage. A la baisse. Parce qu'on a décidé de refuser systématiquement les propositions des automobilistes. Et parce que «depuis que règne la voiture, la notion de distance s'est pervertie et ne s'exprime plus qu'en terme de kilomètres-heures. Le marcheur doit savoir décoder des expressions comme "pas loin", "à coté" ou "à dix minutes". C'est une appréciation d'automobiliste. "Dix minutes", une fois analysé, est traduit par dix à douze kilomètres, soit deux heures de marche.» Une fois qu'on a compris ça... D'autant plus que dans ce pays les villages sont espacés «à journée d'homme», ce qui correspondait autrefois au trajet quotidien «d'une caravane au pas lent d'un chameau bâté.» Et même si dans les villages il n'y a pas d'hôtel, il y a au moins des maisons. Donc un abri potentiel. Car l'un des bonheurs de ce voyage est certainement l'hospitalité des Turcs. Et les attroupements curieux autour de ce voyageur, véritable apparition en ces contrées désolées. «Quel bonheur de donner du plaisir aux gens rien qu'en existant!» Même si c'est parfois un peu compliqué.

Mais les inconvénients et les dangers d'un tel voyage sont nombreux. Il y a d'abord l'isolement dû à la langue. Pas facile de communiquer. Il y a les petits bobos aux pieds. Et l'on sait que «pour le marcheur, quand le pied va tout va». Plus grave: les agressions des kangals, des chiens redoutables, et celles des hommes. Tout aussi traîtresses. «Marcher seul, sac au dos, c'est se livrer entièrement aux dangers et aux hommes. Il n'y a nulle possibilité de fuite comme à vélo, ou d'abri comme avec une voiture. (...) Chaque jour, chaque rencontre, était une fête. Et voici que la peur arrive, insidieuse, rampante.» La peur des jandarmas comme des terroristes kurdes, et de la guerre qu'ils se livrent. Il faut beaucoup de sang froid au randonneur pour se tirer de situations critiques. Et parfois il doute. «Qu'est-ce que je fous ici? Il y a dans le monde des endroits de rêve aussi beaux que ceux-ci où marcher est un pur bonheur. Il y a d'autres routes légendaires où l'on peut cheminer sans risquer sa peau à chaque pas.»

Car il faut le savoir: le «bonheur itinérant n'est pas éternel.» Et une «méchante aventure» arrêtera Bernard Ollivier à quelques kilomètres de l'Iran, l'empêchant d'atteindre le but fixé. Mais il repartira. Et l'on saura peut-être mieux, dans le prochain livre, pourquoi il marche ainsi, pourquoi ces détours en ces contrées difficiles. Mais «les détours ne sont-ils pas aussi des façons d'aller droit à autre chose?»

Les premières lignes. «6 mai 1999. Mes enfants, sur le quai, me font un dernier signe. L'aiguille sur la grande horloge de la gare bascule sur le départ. Le train m'arrache. La ville, ses bruits et ses lumières s'éloignent. Pénombre de la banlieue pavillonnaire, nuit profonde de la campagne percée de lampes fugitives. Je suis, enfin, parti pour ce long voyage de la route de la Soie.» (Éditions Phébus 2000.)


«Tout est trop hostile, cette humanité grossière et ces flics avides, ce soleil assassin, ces étendues immenses et déshumanisées…»


 

Bernard OLLIVIER - Vers Samarcande (Longue marche II)

Ce qui est passionnant dans ce récit c’est que ça se passe en l’an 2000. On ne rêve pas : les scènes de la vie quotidienne, locale, il est vrai perturbée par le passage de cet étranger ; les dialogues de sourds, à cause de la barrière de la langue, mais aussi des différences de culture, de sociétés… tout ça se passe bien en Iran, au Turkménistan, en Ouzbékistan, de nos jours.

Bernard Ollivier a repris «au mètre près» son voyage à la frontière entre la Turquie et l’Iran, là où il l’avait laissé un an plus tôt (voir Longue route). Question de projet, et d’intégrité, dit-il. Le but de cette année 2000 était de faire 3000 km et d’atteindre Samarcande. Ce qui sera réalisé. Avec au passage les signes tangibles qu’il est bien sur la Route de la soie : les ruines des caravansérails. Ces palais pour caravaniers qui remontent à vingt-cinq siècles, là où une foule de marchands bigarrés débarrassaient les chameaux de leurs ballots d’encens d’Arabie, de verrerie de Venise, de soie et de pierres précieuses.

Autres signes tangibles : les noms des villes, qui ont tant fait (et qui font toujours) rêver les voyageurs. Tabriz, où l’on verra comment les Iraniens draguent dans un jardin public, en tenant un petit mouton en laisse (puisque le Coran interdit de tenir un chien). Nichapour, plusieurs fois détruite par des tremblements de terre et les invasions. Merv, là où auraient été rêvés et contés pour la première fois les Mille et Unes Nuits de Schéhérazade. Boukhara, l’une des plus vielle citée du monde, marché capital sur la Route de la soie, hélas transformé en musée à ciel ouvert pour les touristes. Samarcande, enfin, et son «ciel turquoise».

C’est aussi la route des déserts, avec le Dasht e Kavir où «la route, impeccablement rectiligne, s’enfonce comme une traînée de poudre dans l’immensité plate, si loin qu’on ne distingue plus ces limites» ; et le Karakoum, impossible à traverser en été. Et pourtant... On croisera en route les fantastiques paysages de l’Asie centrale, les gens la plupart du temps accueillent facilement le voyageur (au contraire des autorités, plutôt véreuses) ; de nombreuses célébrités historiques, comme Hasan Sabah, fondateur de la secte des hashishins, Omar Khayyam, Gengis Khan ou Tamerlan. Et quelques célébrités actuelles, comme Zidane !

Ollivier décrit également très bien l’ivresse du marcheur. «La marche me saoule. L’ivresse des grandes distances me porterait, si je n’y mettais bon ordre, à marcher, marcher encore. Une sorte d’excitation, de désir d’aller plus loin, plus vite… mon corps veut filer de l’avant avec une sorte de jouissance… C’est devenu une drogue. Si je n’y porte pas remède, cette euphorie physique me conduira jusqu’à l’épuisement. Il me faut à tout prix me faire violence et m’arrêter, maîtriser mon esprit enivré par l’aventure.» Autre difficulté : la solitude. Surtout dans des pays où «tout est trop hostile, cette humanité grossière et ces flics avides, ce soleil assassin, ces étendues immenses et déshumanisées…» Le marcheur rencontre beaucoup de problèmes avec les autorités, et ses conseils seront sans doute d’un grand secours pour les suivants. Retenir notamment le mutisme, comme position de pouvoir.

Un grand livre. Le deuxième volume d’un voyage qui restera à mon avis comme un classique du genre, un voyage dans le temps, à cheval sur deux millénaires.

Les premières lignes : «Le chauffeur du bus ne comprend pas. -Tu veux descendre ici ? C’est la steppe, il n’y a rien. Nous serons dans un quart d’heur à Dohoubayezit… -Non, je veux m’arrêter maintenant. Je veux marcher.» Éditions Phébus 2001.


«Que reste-t-il de cette mythique route de la Soie ? En moi les livres l’avaient magnifiée et elle existait bel et bien. La réalité l’a réduite à néant.»


 

Bernard OLLIVIER - Le Vent des steppes (Longue marche III)

Ce dernier volume réunit les récits du troisième voyage (Samarcande – Turfan, été – automne 2001) et du quatrième : Turfan Xi’an, avril – juillet 2002. Et si on se demandait pourquoi, début 2002, on ne pouvait pas lire la suite de cette aventure (l’auteur nous avait habitué à un volume tous les 3000 kilomètres), on comprendra vite pourquoi : rien n’est plus comme avant. «Dans les jours qui suivent, sur mon carnet je n’ai noté que RAS. Je suis devenu un être dénué de sensibilité, un automate qui avance parce qu’on l’a programmé pour marcher, je suis sec, dépourvu de rêves, d’imagination. Je suis aveugle au monde.»

Certes, la magie des paysages de l’Asie centrale est toujours là : «l’immense et plate vallée du Ferghana dans la lumière qui décline», un coin de paradis avant «les pentes violentes et glacées du Pamir» et «les sables brûlants du Taklamakan.» Le contact avec les nomades est chaleureux. Certains endroits sont proprement surréalistes, comme le Taklamakan, un désert grand comme la moitié de la France, ou comme Torug Art, une grande arche de quinze mètres de haut peinte en rose qui marque la frontière avec la Chine. Mais c’est justement là que le moral baisse, et la motivation avec. Pour plusieurs raisons, qui finissent par faire douter le marcheur de 63 ans.

La déception d’abord de ne plus trouver de trace de cette route antique, et de parcourir des milliers de kilomètres sans le moindre vestige. «Les pays d’Asie centrale effacent leur mémoire.» Sauf peut-être Tash Rabat, un caravansérail du Xe siècle dans un cirque sauvage du Pamir. Mais surtout, c’est le changement dans le comportement des gens à son égards qui va le surprendre, et le démoraliser. Certes, il y aura bien encore quelques curieux sympathiques et des rencontres agréables, mais rares.

La Chine «adieu le pain, bonjour le riz» n’est peut-être pas le meilleur endroit pour marcher seul. Fini la politesse et les contacts spontanés des habitants. «Du promeneur que j’étais je suis devenu randonneur. Marcher, camper, manger, dormir, puis marcher encore, tel est aujourd’hui mon voyage. En Asie centrale, je me promenais chez des amis. Me voici maintenant chez des fournisseurs.» L’ambiance n’est plus la même. En partie en raison de la barrière de la langue. Le désert devient «d’une platitude déconcertante» et les Monts Célestes une chimère. «Comment occuper mon esprit dans ce vide cosmique, au milieu de nul part, où rien n’accroche mon intérêt ?» Rien ne va plus : des pans de la Grande Muraille datent de 1987 ! Sans joie, l’auteur ne comprend plus ce qui le fait avancer et est à deux doigts de renoncer. «Que reste-t-il de cette mythique route de la Soie ? En moi les livres l’avaient magnifiée et elle existait bel et bien. La réalité l’a réduite à néant.» Il ira pourtant jusqu’au bout de son rêve : après quatre ans de marche et 12000 kilomètres c’est bien Zhang Lou, la tour de la Cloche, qui se dresse au centre d’un carrefour de Xi’an.

On l’aura compris : ce récit n’a pas la même tonalité que les deux volumes précédents. Il n’est est pas moins intéressant. Peut-être même est-il plus poignant, en raison des difficultés, notamment en Chine, dans la dernière partie. Il reste que l’ensemble est à mon avis l’un des plus grands récits de voyage contemporains, une aventure folle mais réussie. Et un exemple pour nous, lecteurs. Oserons-nous un jour ?

Lespremières lignes : «Le plus difficile, dit-on, est de partir. Mais repartir est pire encore. Voilà deux jours que j’ai repris, depuis Samarcande, cette route de la Soie qui tout à la fois m’obsède, m’enchante et m’effraie depuis maintenant deux ans.» Éditions Phébus 2003.


Carnets d'une Longue marche. Nouveau voyage d'Istanbul à Xi'an. Phébus 2005.


 

Bernard Ollivier - François Dermaut - Carnets d'une Longue marche. Nouveau voyage d'Istanbul à Xi'an.

L'auteur, après avoir arpenté pendant trois ans la légendaire Route de la Soie d'Istanbul à Xi'an en Chine - soit près de douze mille kilomètres de marche solitaire au cœur de l'Asie -, a eu la nostalgie des paysages et des passants du Grand Chemin. Surtout il voulait en fixer, pour lui et quelques-uns de ses lecteurs, les images fuyantes avant que l'oubli et les progrès de la mondialisation, qui tuent à la fois les lieux des hommes et leur mémoire, ne fassent leur œuvre. Piètre photographe, il a décidé de refaire le chemin - à bord de divers véhicules, cette fois - en compagnie d'un illustrateur adepte comme lui de la marche: François Dermaut.

Reconnu aujourd'hui comme l'un des meilleurs illustrateurs et aquarellistes de son époque, François Dermaut s'est formé à l'école de la BD (Souvenirs de Toussaint, Glénat, 1990-1996; et surtout la célèbre série Les Chemins de Malefosse, 1983-2004), il s'est pleinement révélé en publiant en 2003, chez Glénat, un livre illustré inspiré par sa "longue marche" à lui, sur les chemins de Saint-Jacques : Carnets de Saint-Jacques de Compostelle.

Nous suivons nos deux compères le long de la même piste, au plaisir de rencontres plus ou moins attendues (encore que ce voyage-là non plus n'ait pas été sans surprises), retrouvant avec eux, mais avec un tout autre regard, les âpres montagnes d'Anatolie, les ruelles du vieux Tabriz, les coupoles de Samarcande, les cavaliers - et les cavalières - du Ferghana, les crêtes du Pamir, les bazars déjà chinois de Kashgar... mais évitant cette fois les terribles vents du Gobi qui rendent fou...


Pour aller plus loin

Un entretien avec Bernard OLLIVIER :http://www.construire.ch/SOMMAIRE/0024/24entre.htm et sur le site manuscrit.com

Mon entretien avec l'auteur. J'ai rencontré Bernard Ollivier le 02/11/03 au festival le Grand bivouac à Albertville. Je lui ai demandé:

L.B. Avez-vous emporté un livre dans son sac à dos, et si oui, lequel?
- B.O. Je n'avais pas la place ni le choix (trop lourd!) d'emporter d'autres livres que le guide XXX, seul ouvrage indispensable pour ce genre de périple.

L.B. Si vous aviez pu en emporter un? Quelles sont vos lectures? Lisez vous des écrivains voyageurs, ou d'autres?
- B.O. Je suis surtout passionné par l'histoire. Et si j'avais eu la place d'emporter un livre... peut-être un livre de Fernand Braudel, par exemple.

L.B. Je vous ai consacré une page sur mon site perso, en compagnie de Philippe Valéry. Vous n'y voyez pas d'inconvénients?
- B.O. Aucun! Mais je ne suis pas certain de mériter tout ça. Quant à Philippe Valéry, c'est un ami!


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