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le guide de lectures > littérature de voyage pour la jeunesse


On voyage et on écrit ou on raconte à tout âge. Sinon les grands le font à leur place. La littérature de voyage pour la jeunesse n'est pas qu'un genre mineur: c'est l'occasion de s'évader par et avec d'autres points de vue. Cette page est consacrée aux livres à lire par la jeunesse, donc de 5 à... ans. Sur cette page:

Claude EVENO - Regarder le paysage - Michèle DECOUST - Mon Oncle d'Australie. Jean-Louis GROSMAIRE - Paris - Hanoi. Claire UBAC - Le fruit du dragon.


 

Regarder le paysage.  Claude Eveno est urbaniste et écrivain. Il a publié des livres sur la ville et l'architecture, et il est professeur à l'École nationale supérieure de la nature et du paysage. Aurore Callias est illustratrice.


Pour la jeunesse - à partir de 11 ans -

Claude EVENO - Regarder le paysage

Regarder le paysage, c’est ce que nous faisons tous, depuis notre enfance. «C’est notre façon de prendre le monde, de le parcourir et de le connaître.» Et à force de regarder des paysages, in situ, ou des peintures, ou des photographies, «notre mémoire devient très vite une mémoire de paysages.» Il n’en a pas toujours été ainsi, pour des raisons culturelles essentiellement. Au Moyen Age la notion de contemplation et celle de paysage étaient bien différentes. Les textes et les peintures de cette époque le montrent bien. La foi, les peurs, étaient plus représentées que les lieux. C’est à la Renaissance que le point de fuite structure les tableaux qui représentent des paysages.

On en apprendra également sur les jardiniers, comme Le Nôtre, et les raisons d’être de ces jardins à la française, avant que le XVIIIe intègre le paysage dans sa réflexion sur le monde. Relisons Jean Jacques Rousseau : «La terre offre à l’homme une spectacle plein de vie, d’intérêt et de charme, le seul spectacle au monde dont ses yeux et son cœur ne se lasse jamais.» Plus tard virent Chateaubriand, puis Caspar David Friedrich. Au XXe apparaît la notion de paysage urbain. Les grattes ciel de Manhattan sont aussi « beaux » que les chutes du Niagara.

La photographie et les images de la télévision emplissent encore plus notre mémoire. «Nous croyons maintenant habiter la planète comme nous habitions autrefois une contrée.» Mais si nous en savons plus, tout ceci n’est-il pas surtout virtuel? Le paysage est devenu un patrimoine, qu’il faut apprendre à regarder, à respecter (notion d’écologie et d’environnement). Un petit livre de réflexion, qui permet au jeune public pour lequel il est écrit (à partir de 11 ans) de comprendre pourquoi et comment nous regardons et aimons les paysages.

Les premières lignes : «Je suis au bord de la mer, en haut d’une colline qui descend doucement sur la plage. Le chemin qui mène à celle-ci serpente entre les fougères et les oyats qui permettent à la dune de résister à l’assaut des flots pendant l’hiver.» Dessins d’Aurore Callias. Gallimard jeunesse 200, collection Giboulées.


Michèle DECOUST – Mon oncle d’Australie

A lire les carnets d’Hector et de Fanny dans ce pays « où tout ce qui vous arrive est tellement surprenant, nouveau, extraordinaire qu’il faut se pincer pour être bien sûr qu’on n’a pas la berlue», on comprend très vite qu’à travers le regards de deux enfants du vieux continent, l’Australie est un pays très exotique, et le dépaysement garanti.

Tout est là, tout est raconté, comme si on y était. Lézards et spinifex, crocodiles et palétuviers. Les falaises sont « rouge sang » et le dingo à « un regard étrange et sauvage. » Le dreamtime, ou temps du rêve est expliqué aux enfants, qui s’écarquilleront les yeux devant les crabes de boue et les surfeurs. Mais tout n’est pas facile dans « cette nature si belle et en même temps si cruelle. Le paradis se change en enfer, la vie et la mort ne tiennent qu’à un cheveu. » L’alcool fait des ravages chez les grandes personnes, surtout chez les Aborigènes, les autochtones du bush, les adeptes de la danse du kangourou.

Il se passe mille chose, et les enfants se posent mille questions. C’est un peu étrange à lire pour un adulte. Mais pour un ado ça doit être passionnant. Comme l’est ce grand pays : l’Australie. Précisons que Michèle Decoust est une spécialiste de ce pays, cinéaste et auteur du numéro Australie de la revue Autrement et de Les Pistes du rêve, chez Lattès.

Les premières lignes : «Vingt-deux heures d’avion, c’est franchement un record ! Le plus dur est passé, seize heures jusqu’à Singapour, moi qui n’ai jamais été plus loin qu’Edimbourg, deux heures de vol maximum, je n’en mène pas large : comment font ces drôles de coucous pour tenir en l’ai si longtemps sans tomber ?» Illustrations de Marc DANIAU. Editions Métailié et du Seuil 2000.



Jean-Louis GROSMAIRE – Paris – Hanoi

Le Loup est un jeune garçon de quatorze ans, «mais il me semble que je suis plus vieux que ça», du genre pacifiste, et «un peu trop curieux.» Une curiosité qui va l’entraîner dans une histoire dangereuse, mais qu’il aurait été dommage de rater.

Il y a d’abord la joie de voyager : «hier, déjà hier, nous étions à Maisons-Alfort» ; puis celle de rencontrer des visages déjà croisés dans les cours de collèges, mais aussi ses coreligionnaires : «repérer des français de loin, pas compliqué, ils traînent tous le même livre – guide.» Enfin, la découverte : «les touristes devraient se lever tôt le matin, le réveil d’une ville est un spectacle fascinant.»

Pas vraiment récit de voyage, Paris – Hanoi emmène Le Loup dans un pays exotique, aux mœurs et aux paysages différents. Et c’est un achat banal (la montre d’un G.I.) qui va l’entraîner dans une aventure extraordinaire, à la rencontre d’un étrange soldat américain qui ne rêve que de la majestueuse baie d’Ha Long. Et là il faut saluer le romancier : ce personnage d’un ancien GI complètement perdu dans le Vietnam d’aujourd’hui, victime d’un secret, obsédé par le passé, est vraiment une réussite. Les dialogues sont rapides, les scènes (et les décors) dignes d’un scénario de cinéma. Il y a de l’émotion, du suspens, les poursuites sont haletantes… bref ; tous les ingrédients d’un roman populaire pour ado. Et pour adulte aussi.

L’aventure se terminera bien. Avec cependant cette réserve pour Le loup : «la vie des grands est si complexe, je ne veux pas être grand tout de suite.»

Les premières lignes : «Dans le monde moderne, on ne peut pas survivre sans amis ni calepin. A qui voulez-vous raconter vos histoires ? Personne ne prête attention. En plus, quand tu as quatorze ans, on pense que chaque fois que tu ouvres la bouche, c’est pour dire des bêtises. » Les éditions du Vermillon (Ottawa) 1998.

En savoir plus: le site de l'auteur.


Claire UBAC – Le fruit du dragon

« Il y a des choses qu’on ne supporte plus en grandissant », comme par exemple que les filles de votre âge ne grandissent pas comme vous. C’est ce que pense Margaux, qui est entraînée dans un périple qui ne l’inspire pas beaucoup.

Pour cause de dépression paternelle et de mère absente, Margaux se retrouve à voyager avec des amis de la famille, presque des étrangers. En tout cas une «famille de location» contre laquelle elle va passer une grande partie de son temps à rouspéter et dépenser une grande partie de son énergie à freiner des quatre fers, bien décidée à n’apprécier sous aucun prétexte les charmes de l’Orient. En effet, comment aimer Bangkok ou le Vietnam quand on doit supporter «Supernigaude», une ado de treize ans, et Aline, sa mère possessive, qui remarque à peine la présence de Margaux?

Dans son journal intime, qu’elle tient tout au long du voyage, Margaux la rebelle invente Lia la captive, son double, pour écrire le récit du cinéma qu’elle se fait. Margaux ne manque pas d’humour : « le bouddha d’or couché se contemple dans un silence recueilli et une odeur de panards à tomber raide», ni de lucidité : «c’est marrant d’aller si loin pour se retrouver en compagnie des mêmes touristes qui se baladent à Paris !» Un autre exemple : les WC communs, qui rebutent la famille, mais pas elle, qui fait son affaire sans s’occuper des autres, notant au passage que «chez agnès b. aussi la cabine d’essayage est commune.»

Finalement, tout au long de ce voyage «qui aurait pu être féerique si j’avais voyagé seule avec mon père», Margaux apprendra à mieux connaître sa famille de location, qui, en retour, en apprendra beaucoup sur Margaux et sur elle-même. Voyage intéressant, à travers le regard d’une ado qui n’a pas froid aux yeux, et qui remarque plein de détails qui nous échappent, à nous touristes blasés des gens et des choses.

Les premières lignes : «Qu’est-ce que je fous là qu’est-ce que je fous là qu’est-ce que je fous là ? Depuis de longues minutes je fixe le mur rose douteux de la chambre d’hôtel. Si on peut appeler ça un hôtel. Quand les trois kidnappeurs reviendront, ils me secoueront telle une poupée de chiffon mais je continuerai à fixer le mur d’un air idiot.» Édition l’École des loisirs / Médium 2003.


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