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Alexandra NOVOSSELOFF et Franck NEISSE – Des murs entre les hommes. La Documentation française.
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Alexandra NOVOSSELOFF et Franck NEISSE – Des murs entre les hommesC’est un récit de voyage un peu particulier, original, que proposent les deux auteurs, qui ont voyagé durant deux ans (2005-07) pour visiter huit murs encore en «activité» et en ont rapporter ce reportage, ce témoignage sur ces «symboles d’échec et de repli sur soi.» Si les murs protègent, ils séparent. Les communautés n’arriveront-elles donc jamais à se frotter les unes aux autres sans haines et sans peurs? Les zones de frontières peuvent avoir de bons cotés, comme celui de permettre aux animaux sauvages de trouver un territoire relativement calme. En certains endroits il n’y a pas un coup de feu tous les cent ans. «Un coup de feu dans la DMZ (la zone démilitarisée entre les deux Corées), même contre un animal, pourrait conduire à une escalade de la violence dont personne ne veut.» Autre intérêt des frontières: les murs qui les matérialisent. Ils sont rarement réussis du point de vue de l’architecture, mais sont très souvent le support d’un «art de la frontière», un «border art», un art engagé qui dessine et peint la peur, la souffrance, l’espoir, avec des symboles appropriés. Certaines frontières sont donc de bons coins pour les animaux et les murs pour les artistes. Mais ce sont bien leurs seuls atouts. Si les frontières existent depuis la nuit des temps –depuis la plus haute antiquité, aurait écrit Alexandre Vialatte – le mur en est l’un des accessoires, lui aussi très ancien. Il est également intéressant de constater que l’existence d’un mur peut se trouver confortée par le temps qui passe. Là comme ailleurs, il faut donc laisser les choses s’installer sans trop faire de bruit. Et au bout d’un (long) moment, arrive ce qui était espéré: séparer. Ainsi de part et d’autre de la «ligne verte» à Chypre: «D’autres se désintéressent de ce qui se passe au Nord: les jeunes principalement, qui n’ont pas connu la vie avec leurs voisins turcs, ni la guerre, et qui n’ont pas besoin de la réunification pour continuer de vivre confortablement.» Le mur a atteint son objectif lorsque deux communautés finissent par penser que la meilleure façon de s’entendre est de vivre de chaque coté… Pour rester amis, restons séparés. Et notons au passage que Nicosie est en Europe. Pas bien loin. Pas bien loin non plus les «peacelines» construits à Belfast au cours des années 70 et qui sont toujours là, malgré la «réconciliation durable.» Et que dire des barbelés des enclaves espagnoles de Melilla à Ceuta ? Sans compter que le mur n’est pas toujours vu de la même façon des deux cotés. Ainsi le mur frontière entre les Etats-Unis et le Mexique: «pour beaucoup de mexicain, la frontière est une «ligne imaginaire» qui peut être traversée et retraversée librement, mais pour la majorité des Américains, elle est une barrière physique qui les protège de «l’autre», de l’inconnu, du pauvre, de celui qui menace.» Un mur peut en cacher un autre. Un mur hier destiné à contenir une hypothétique attaque de l’ennemi juré devient aujourd’hui – l’ennemi étant désormais plus civilisé – un rempart bien pratique contre l’immigration clandestine. Fonction principale du «Berm» du Sahara occidental, au but initial détourné. D’autres murs sont faits pour être franchis. C’est ce qu’on appelle de la dissuasion. Une frontière, un mur, mais 45 000 véhicules et 200 000 personnes y passent dans une journée, dans un sens ou dans l’autre. C’est à Tijuana. On comprend bien que le problème est celui de la frontière. Le mur n’en étant que la matérialisation visible. Du mur d’Hadrien aux fortifications de Vauban, du mur de l’Atlantique au mur de Berlin, de nombreux murs qui ont bercé les illusions de leurs inventeurs sont tombés. Ce qui n’empêche par d’autres d’en construire. Plusieurs projets sont à l’étude, en Afrique, en Asie. La dernière réalisation en date, ce fameux mur en Palestine, qui sépare l’Etat d’Israël des territoires occupés palestiniens, ne doit cependant pas faire oublier que les murs tombent tous un jour ou l’autre, à Berlin ou ailleurs. Le point de vue de l’éditeur. Presque vingt ans après la chute du mur de Berlin, de nombreux murs subsistent et séparent encore les peuples, tandis que d'autres se construisent.Ces murs « en activité » sont le signe tangible de la permanence de tensions à l'actualité souvent brûlante et de conflits inextricables gelés par l'histoire. Au gré d'un périple autour du monde de deux ans qui les a menés de Tijuana à Jérusalem en passant par le Cachemire, Alexandra Novosseloff et Frank Neisse sont allés à la rencontre des peuples vivant près de ces murs pour mieux comprendre de quoi était faite leur existence.Ils en ont rapporté un récit, riche en anecdotes et observations, qui allie le ton alerte du carnet de voyage au recul d'un essai de géopolitique. Ils ont réalisé en même temps un reportage photographique inédit et insolite. De cette belle aventure est né cet ouvrage particulier qui permettra au lecteur de mieux saisir la réalité brute des huit murs choisis. Les blocs de béton et autres barbelés révèlent ainsi au détour d'une page, la beauté particulière d'une fresque ou d'un dessin plein d'espoir et d'humour.Avant-propos de Jean-Christophe RUFFIN. La Documentation Française. |
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Arto PAASILINNA – Le lièvre de VatanenLe Lièvre de Vatanen est une œuvre un brin autobiographique, publiée en 1975 par un journaliste qui s’ennuyait à voir en couverture des journaux «visages oisifs, miss, mannequins, nouveaux bébés de famille de musiqueux.» Jusqu’à ce que survint cette histoire. Il était une fois… «Sur une petite colline exposée au soleil, un jeune lièvre s’essayait à bondir. Dans l’ivresse de l’été il s’arrêta au milieu de la route, debout sur ses pattes de derrière.» Et que pensez-vous qu’il arriva? Il faillit bien se faire écraser. Heureusement Vatanen le vit à temps, et le blessa seulement. Pour se faire pardonner, et alors que d’autres auraient poursuivi leur route sans se retourner, Vatanen prit le lièvre dans sa poche, et pansa ses plaies. Aider à la rééducation d’un lièvre montre toute la fraternité dont l’être humain est capable. Et ensuite, pourquoi l’abandonner? Pourquoi ne pas faire un bout de chemin ensemble ? «Que faites-vous par ici? demanda la femme d’un air soupçonneux. – Rien de précis, je me promène un peu partout avec ce lièvre, pour le plaisir… » Commence alors une autre vie pour Vatanen. Peau de lèvre, peau neuve! Ça pourrait être un slogan facile pour résumer ce récit, ce conte philosophique, ce roman de formation, l’histoire d’un homme, une sorte de Candide finnois, un Robinson des forêts finlandaises, qui redevient honnête avec lui-même, qui dénonce, qui égratigne, souvent avec humour, la société et ses travers, et qui trouve une place, sa place dans l’existence. «On a le temps, au fond des bois.» Le temps et la nature, deux éléments qui tiennent désormais une place importante dans la nouvelle vie de Vatanen, dont les épisodes sont racontés dans ce récit. Tous les jours de la semaine je me rends à mon travail. Mêmes horaires, même adresse. Même chemin matin et soir. Même pizzeria à midi. Tout ça pour faire chauffer la marmite. Le samedi c’est un peu plus variable, comme le dimanche. Les vacances d’été apportent un brin de surprises et d’aventures. Pour Vatanen c’est le contraire. Tous les jours sont différents, les surprises sont courantes, la routine ne s’installe que de temps et temps et pour une durée limitée: celle nécessaire à renflouer les poches. Devrais-je trouver mon lièvre et prendre la fuite? Les premières lignes : «Deux hommes accablés roulaient en voiture. Le soleil couchant agaçait leurs yeux à travers le pare-brise poussiéreux. C’était l’été de la Saint-Jean. Sur la petite route de sable, le paysage finlandais défilait sous le regard las; aucun d’eux ne prêtait la moindre attention à la beauté du soir.» Éditions Denoël 1989, puis Gallimard 2004, collection Folio ou La bibliothèque. |
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Laurent GRAFF – Voyage, voyages«A l’échelle d’une carte, le monde est un jeu d’enfant.» Avant de partir il faut se concentrer sur le départ. C’est l’étape 1. A ce stade peu importe la destination, ce qui compte c’est la promesse du voyage. Action 1: acheter le bagage adéquat, idéal. Une valise ce sera. La valise est «l’attribut distinctif de l’homme sur le départ. Prendre une valise en main, c’est un peu comme chevaucher une moto vrombissante: la même émotion vous envahit. D’ailleurs, aujourd’hui, tous les modèles ont des roulettes.» La valise sera rouge parce que «le noir paraissait lugubre, austère, tandis que le rouge était franchement pimpant, presque plus léger à porter.» Action 2: faire le point avec son médecin. Le monde est plein d’incertitudes, mieux vaut prévenir que guérir. Vaccins et traitements préventifs sont de rigueur. Action 3: acheter un livre pour «avoir un livre sous la main, que l’on ouvre dans le train entre deux escales.» Action 4: ouvrir un atlas et l’étudier. Il y a des signes. Et passer régulièrement dans les agences de voyages, prendre les catalogues. Le but est de finir par se décider sur une destination. Pas simple. «Or, le monde ne paraît jamais aussi grand et difficile à aborder que vu de son lit.» Faites l’expérience vous-même : situez approximativement votre rue sur un planisphère, et, «de là, considérons la vastitude terrestre qui s’offre à nous.» Action 5 : acheter un couteau de survie. Action 6 : s’entraîner. Passer le bermuda, mettre le livre dans la valise, le couteau de survie accroché à la ceinture, prendre la valise et arpenter l’appartement d’une démarche alerte. Sourire devant le miroir et prononcer «Hello, baby ! You want a drink ?» Ca n’est pas encore ça ? Persévérez. Pour toujours avoir le sentiment d’être en partance. Petit livre aux chapitres courts, enlevés, aux descriptions méticuleuses, aux portraits irrésistibles. Quant à la situation du narrateur… c’est peut-être «partir sans aller nulle part, sans destination.» A lire vite fait. Mais bien fait. Laurent Graff est né en 1968 à Bonneville (Haute-Savoie), il est archiviste. Il est l’auteur de Caravane (Le Rocher 1998), une parodie de roman noir, une sorte de road movie du pauvre en Normandie ; de Il est des nôtres (J’ai Lu 2002) et Les Jours heureux (J’ai Lu 2003). Les premières lignes : «Je partirai. Je ne sais pas, le jour venu, où j’irai ; dans un pays lointain, à coup sûr. Il me reste à définir précisément où, sur quel continent, dans quelle région du monde.» Éditions Le Dilettante 2005. |
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- Mais toi, Mario, tu écrits toujours ?
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Mario RIGONI STERN - Sentiers sous la neigeOn ne peut dire que l’auteur soit un écrivain voyageur. Pourtant il y a quelques notions propres à ce genre littéraire dans ses récits : l’errance (même si elle est forcée) et la poésie des paysages. Il trouvera donc sa place dans les «autres voyages / autres voyageurs» avec Sentiers sous la neige, un très beau livre. Mario Rigoni Stern vit sur le Plateau d’Asiago, dans les montagnes de la Vénétie. C’est là qu’il est né en 1921. Pendant la Première Guerre mondiale, Italiens et Autrichiens s’y sont massacrés. Aujourd’hui «là-haut, la montagne est silencieuse et déserte. La neige qui est tombée en abondance ces jours-ci a effacé les sentiers des bergers, les aires des charbonniers, les tranchées de la Grande Guerre et les aventures des chasseurs. Et c’est sous cette neige que vivent mes souvenirs.» Cette Grande Guerre «qu’il avait vécue du premier au dernier jour et qu’il avait refusée depuis bien longtemps» est la base de tous ses récits. Le retour au pays est le thème de Sentiers sous la neige. Après le Il du premier récit, comme pour dépersonnaliser le souvenir, vient le Je des textes suivants, pour bien marquer le retour de l’enfer et la redécouverte de son passé. Avec Polenta et fromage, c’est bong... et Auberge de frontière, par exemple, se déroulent des histoires de bergers, de chemins, de lieux magiques, de sorcellerie, «d’hivers toujours très long.» - Mais toi, Mario, tu écrits toujours ? On apprendra comment la neige était désignée autrefois dans cette région, et beaucoup d’autres choses sur une culture montagnarde qui survit grâce à des auteurs comme Rigoni Stern, sans qui la modernité contemporaine emporterait tout sur son passage. «Je me contente d’être un narrateur qui suit quelques trace de sa terre natale.» Suivons le, sur ces Sentiers sous la neige, à l’écriture dense mais très belle, très chantante, comme, on l’imagine, les paysage d’hier. Les premières lignes : «Désormais le Lager est loin. Il n’y pensait même plus, bien que peu de jours aient passé. Maintenant il gravissait les montagnes en direction de la frontière ; il marchait la nuit, et le jour il se terrait au bord du fleuve comme un animal nocturne.» Éditions La Fosse aux ours, 2000.Mario Rigoni Stern, né en 1921 à Asiago, est un des plus grands écrivains italiens contemporains. "Histoire de Tönle, Le Sergent dans la neige, La Chasse aux coqs de bruyère, L'Année de la victoire, Arbres en liberté, Les Saisons de Giacomo, Retour sur le Don, Le Livre des animaux, sont traduits en français. |
Emmanuel RATOUIS - Le Mont Artamare. Éditions Tupilak. |
Emmanuel RATOUIS – Le Mont Artamare«Je me souviens parfaitement de mes premiers mètres d’escalade sur la face ouest du mont Artamare… Le grain du rocher! Plutôt rugueux mais rassurant car solide.» Ce livre est le récit d’une expédition qui, en 1974, va tenter la première ascension du mont Artamare, la plus haute paroi rocheuse du monde, située au Groenland. Evacuons les points faibles: l’auteur, qui se déclare passionné par les mécanismes psychologiques qui conduisent à la prise de risque, se laisse parfois entraîner dans des digressions inégales. Par ailleurs le texte est rédigé dans un langage parlé qui ne conviendra pas à tout le monde, et la mise en page est moyenne. C’est l’histoire d’une ascension, un récit d’escalade, une brève histoire du petit monde de l’alpinisme, avec ses codes, ses rites. Et son jargon, présent mais pas trop. Nous suivons donc des grimpeurs, sans que les longueurs, cordes fixes ou autres cordes statiques, dans lesquelles nous nous empêtrons parfois, ne soient cependant trop lourdes à porter. C’est aussi l’histoire de la vie quotidienne d’un groupe d’hommes, loin de leurs bases, avec leurs joies et leurs peines, les moments de bonheur (la pêche au saumon) et les moments de tension, quand les difficultés rencontrées par ce groupe non homogène, proche de l’échec, imposeront des choix qui ne seront plus discutables. Sans compter qu’«en montagne, les moins expérimentés s’en sortent toujours moins bien en cas de pépins.» Manque d’expérience? Accident? Destinée? La mort va frapper cette équipe, ces «infimes marionnettes» sur cette paroi gigantesque. Et lorsque dans la rivalité la course au titre sera en jeu, les alpinistes fermeront les yeux sur les «entorses éthiques» qui n’étaient jusqu’alors pas tolérées. La fin est absolument épique. On ne sait plus si on est dans une histoire vraie – «étions-nous dans la vraie vie ?» – ou dans un récit fantastique, avec les Dieux, le destin, les élus, les perdants, les éclairs, les pierres, les cris, le silence, enfin. Les premières lignes : «Le temps s’est écoulé. C’était il y a près de 30 ans maintenant. L’histoire de la première ascension du mont Artamare s’est peu à peu éloignée de mon esprit. Pourtant j’y pense toujours régulièrement.» Éditions Tupilak 2006. |
Olivier ROLIN - Paysages originelsComment les lieux de la jeunesse des écrivains apparaissent-ils dans leurs livres, et quelles empreintes secrètes ou durables déposent-ils dans l’œuvre ? Telle est la question à l’origine de ces reportages consacrés à « cinq écrivains nés il y a un siècle aux cinq coins du monde. » Le premier récit nous conduit à Oak Park, « une sorte de Vésinet du Middle West (...) là où les saloons s’arrêtent et où commencent les clochers des églises. » Paysages d’enfance que Hemingway n’a jamais aimé : « les pelouses y étaient larges et les esprits étroits », est-il supposé avoir dit un jour, et dont il parlera peu dans ses écrits. Ce n’est pas le cas de Up in the Michigan (là-haut dans le Michigan), à Mindermere, le chalet de la famille rejoint pour la première fois en 1917, au bord du Walloon Lake, où « la brise se lève dans le feuillage », là où les aiguilles de pin ont une odeur particulière et seront, dans l’oeuvre, les émissaires des grandes heures de la vie, et spécialement de l’amour ; là enfin, écrit Olivier Rolin, où « je ne crains pas de dire que la truite est à Hemingway ce que les papillons sont à Nabokov, l’animal emblématique, dispensateur de plaisirs érotiques. » Le Saint Pétersbourg de Nabokov est justement le sujet et la destination du deuxième récit. Le troisième est consacré à la « mystérieuse » Buenos Aires de Borges. Rolin entraîne le lecteur dans de subtiles comparaisons géographiques et littéraires, du zoo de la ville à un barrio, un faubourg populaire, autre zoo ; de la bibliothèque paternel « aux livres anglais illimités » à celle, immense, de Buenos Aires dont Borges sera le directeur. Les deux derniers récits conduisent vers Namur, à deux pas du confluent de la Sambre et de la Meuse, puis à Bruxelles, dans la Belgique de Michaux ; et à Tokyo et dans le Japon de Kawabata. Un dernier chapitre tente quelques comparaisons ou relations entre ces cinq immenses écrivains du XXème siècle (dont deux prix Nobel). Ces triples voyages, dans les textes, dans l’espace et dans le temps, intéresseront divers lecteurs : ceux qui aiment l’histoire littéraire, ceux qui aiment les récits de voyage. En somme, ceux qui aiment la littérature. Les premières lignes : « L’idée des « paysages originels » m’est venue à l’improviste : j’avais, dans un roman (Méroé), écrit une phrase où il était question des paysages de l’enfance que, sa vie durant, on ne quittera jamais complètement - quelque chose comme ça. Je dois reconnaître que, lorsque j’écrivais cette phrase, je n’étais pas tout à fait certain qu’elle eût un sens précis, dont je pusse répondre. » Textes parus dans Le Monde en août 1999, repris aux éditions Le Seuil, collection Points.A lire aussi: des récits et des romans, toujours un peu voyageurs: Bars des flots noirs; Méroé; En Russie, tous eu Seuil. |
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Réunion des Musées Nationaux - Les figures de la marche / un siècle d'arpenteursLe musée Picasso d’Antibes a réuni, de juillet 2000 à janvier 2001, plus d’une centaine d’œuvres diverses, peintures, sculptures et autres assemblages des grands courants artistiques du XXème siècle, sur le thème de la marche. La marche dans l’art, et même parfois la marche comme art tout simplement. L’ouvrage publié par la Réunion des musées nationaux donne la reproductions des oeuvres exposées, une vaste iconographie de la marche dans les arts visuels, ainsi que des photos de nombreuses autres, pour étayer les textes. Car si les oeuvres sont déjà toute une lecture du thème, des auteurs ont rédigé des textes d’un intérêt certain, et pour quelques uns d’une haute intelligence. Je retiens notamment l’introduction à une histoire de la marche, de Daniel Arasse, qui montre comment le pèlerin est devenu randonneur, puis flâneur. Ou le Pied arpenteur, de Maurice Fréhuret, avec ses renvois aux écrivains ou philosophes (Nietzche, Benjamin), qui se sont «fréquemment livrés aux plaisirs piétonniers», et ses notes sur les artistes du XXème siècle, qui ont réservé une place importante au thème de l’homme qui marche. L’homme qui marche, de Giacometti, bien sûr, fabuleuse sculpture si dépouillée mais si parlante, mais aussi Jean Hélion, chez qui la marche est d’une insistance artistique avérée. On découvrira également la marche comme art, avec des artistes de la fin du siècle qui laissent des traces de pas en marchant sur leurs toiles, ou d’autres, plus «abstraits», qui utilisent la nature comme support d’une oeuvre parfois éphémère (balayer un sentier dans une vallée du Népal pour le débarrasser de toute présence de feuilles ou de brindilles). Ouvrage riche de reproduction et de textes pénétrants, souvent lumineux, parfois un brin abscons, mais indispensable (il faut néanmoins accepter de se laisser entraîner par l’art visuel contemporain) par rapport au thème de ce site. Même si on parlera plutôt de peintres que d’écrivains voyageurs... Éditions Réunions des musées nationaux 2000. |
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