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le guide de lectures > autres voyageurs >> p3


En vrac : d'autres récits de voyage, des livres d'aventure, des compilations, quelques oeuvres romanesques... Tout un tas de bouquins qu'on peut lire également. Les commentaires n'engagent que moi...

Sur cette page: Alain LALLEMAND – N’oubliez pas le guide. Brigitte KRULIC - Europe, lieux communs. Jean SOUBLIN - Le second regard: voyageurs et barbares en littérature.  Galsan TSCHINAG - Ciel bleu, une enfance dans le Haut Altaï. Alberto MANGUEL - Dictionnaire des lieux imaginaires. Alberto RUY-SÁNCHEZ – 9 fois 9 choses que l’on dit de Mogador. Sayd Bahodine Majrouh - Le suicide et le chant.


«Il est des heures où le journaliste, submergé par le chaos qu’il est censé décrire, n’est plus qu’un être humain, ballotté comme les autres par les mouvements de troupes et la peur des balles.»


 

Alain LALLEMAND – N’oubliez pas le guide

Que savons nous des journalistes qui couvrent les guerres? Nous voyons ou lisons leurs reportages. Mais qui se cache derrière les images ou les mots? Comment vivent-ils tout ça? Ce livre donne l’occasion de voir l’envers du décor, et de suivre une amitié, hélas brutalement interrompue, entre un journaliste et son guide.

Irak. Printemps 2004. Un journaliste y est encore plus déplacé, «pièce rapportée, humain dépareillé et orphelin», qu’un touriste en Patagonie.

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Les premières lignes «Comment évoquer le pire sans exhumer, dans un même mouvement le meilleur ? Dans le lit de la rivière, il y avait des cailloux et des galets, secs et blancs au soleil, et l’eau était roide, et fuyait, rapide et bleue dans les courants. J’ai revisité ces pages ensoleillés jusqu’à brûler leur souvenir, et cependant : quel qu’en soit le jugement de l’Histoire, mai 2004 demeure à mes yeux le temps de l’adieu aux armes, un printemps de brocard faufilé des ors d’un amours neuf.» Luce Wilquin 2006.


Brigitte KRUKIC – Europe, lieux communs

Cet essai se propose d’explorer les «lieux communs» facilement identifiables (la gare, le café, le jardin public…) et de rechercher, au delà des variantes nationales, les contours d’un patrimoine européen. Ces lieux communs, qui semblent bien banals, sont importants pour la compréhension d’une culture, et renvoient aux «représentations culturelles communes à un ensemble de sociétés.» Au-delà des fonctionnalités qu’ils remplissent, ce qui peut définir les lieux communs c’est «la portée symbolique et la force de l’investissement affectif qui s’y rattachent.»

Le café est le bon exemple d’espace commun de sociabilité, mais pas toujours égalitaire.

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.

Les premières lignes du chapitre Parcs et jardins publics : «Quand, à Paris, le piéton franchit la grille du Luxembourg, il devient promeneur. Laissant derrière lui l’asphalte luisant du boulevard, le crissement des pneus des voitures, les klaxons des automobilistes énervés, il change brusquement de décor et pénètre dans un monde au ralenti où tout mouvement semble obéir à un temps mystérieux.» Éditions Autrement 2004, collection Mutations N° 227.



Jean SOUBLIN - Le second regard. Voyageurs et barbares en littérature

D’une part il faut bien constater, avec Montaigne, que «chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage.» D’autre part : que se passe-t-il après la première rencontre, le premier regard, au minimum plein d’étonnement, mais souvent de mépris, entre un voyageur civilisé (vous et moi ?) et l’autre, le barbare ? C’est à ces questions que Jean Soublin tente de répondre dans cet essai, à partir d’analyses de récits ou de romans d’écrivains confrontés au problème.

Partout et de tous temps il y eut des voyageurs, et donc des rencontres entre personnes de mondes différents. L’exemple le plus connu est probablement la rencontre du « sauvage » du continent sud américain, notamment avec l’expédition de Villegagnon dans la baie de Rio en 1555, et les récits qu’en firent Thevet et Jean de Léry. Deux siècles plus tard l’aboutissement en sera le «bon sauvage» de Rousseau. L’indien avait servit de comparaison avec la société européenne, et au final sa conception du monde fut acceptée, voire reconnue, pour certains.

Hérodote, grand voyageur, eut, selon Soublin, «un frisson de dégoût, le frisson d’un civilisé» lors de sa rencontre avec les Scythes, avant de reconnaître des qualités chez ces barbares. Idem pour Tacite envers les Germains. Les qualités ou valeurs rencontrées puis finalement appréciées sont d’ailleurs celles qui souvent sont absentes dans la société du «civilisé»

Walter Scott promènera son héros Edward Waverly parmi les sauvages d’Ecosse, dont il finira par comprendre la conception du monde. James Fenimore Cooper proposera des récits dans lesquels des civilisés adopteront des modes de vie amérindiens.  Les nomades, de l’Asie ou d’Afrique du Nord, ont également souvent été considérés comme des barbares.

L’essai se poursuit avec d’autres écrivains et d’autres rencontres : Mérimée et les Gitans, Tolstoï et les Cosaques, entre autres. Ainsi que Herbert, avec Dune, pure fiction, bien entendu, mais dans laquelle on retrouve la rencontre, le premier regard, puis le second.

Car ce second regard existe bien. L’auteur le démontre sans peine dans cet essai très facile à lire. Bien sûr nous sommes tous des barbares les uns pour les autres. Mais « le respect de l’autre naît aisément dans le cœur de l’homme sincère, à condition qu’il accepte de regarder attentivement », écrit l’auteur dans un chapitre consacré à Eugène Fromentin.

Les premières lignes: « J’écris sur un homme et je cherche à comprendre ce qu’il pense en certaine circonstance sur laquelle je m’expliquerai. Pour l’instant, je m’efforce de la situer, de le définir en lui attribuant quelques caractéristiques essentielles à mon propos. Je le regarde gravir une pente dans une contrée qu’il ne connaît pas. C’est un voyageur. » Éditions Buchet Chastel 2001.


Galsan TSCHINAG - Ciel bleu, une enfance dans le Haut Altaï

Galoper à travers ces étendues sans fin, les grandes steppes du Haut Altaï, aux confins du désert de Gobi ; jouer avec un chien autour de la yourte ; écouter les grandes personnes raconter les rêves de la nuit, et les récits des chevauchées et des rencontres au delà des montagnes, et être obligé d’aller à l’école...

Ce sont des souvenirs d’enfance que l’auteur nous raconte dans Ciel bleu.

Il est né en 1944 dans une famille d’éleveurs nomades en Mongolie, et a passé sa jeunesse dans les steppes. Il sait donc de quoi il parle, et le dépaysement est garanti. Travail quotidien, relations familiales, sagesse des anciens - rien à voir avec nos coutumes occidentales - : tout est raconté avec minutie, par un jeune garçon curieux, comme pour sauver ces faits et gestes de l’oubli.

«On disait qu’il ne fallait parler de ses mauvais rêves à personne, mais les dire plutôt pour soi à haute vois, puis cracher trois fois. On disait la même chose pour les rêves agréables. Il ne fallait les confier à personne, les garder pour soi. Ceux qu’on entendait raconter n’étaient-ils donc ni bons ni mauvais ?

La journée dans la yourte commençait en général par le récit des rêves de la nuit, et à en juger d’après le comportement de l’assistance, c’était une source fréquente de joie ou de souci. Bizarre !»

Récit de souvenirs, à emporter évidemment pour un séjour du coté de Oulan-Bator.

Les premières lignes: «Il est possible que cette histoire ait commencé dans un rêve. Était-ce une préparation à ce qui allait suivre, une mise en garde peut-être? Car le rêve était pénible, pénible - un cauchemar.» Éditions Métailié, collection suites.

Pour aller plus loin: Lire Le Monde gris (Metailié), la suite de Ciel bleu. Sur Galsan Tschinag voir: d'Orient et d'occident


Alberto MANGUEL - Dictionnaire des lieux imaginaires

D’Homère à Stevenson, de Rabelais à Swift, de Platon à Calvino ou Jules Verne, la littérature mondiale a inventé une géographie imaginaire sans doute aussi riche que la géographie réelle. L’Atlantide, le mont Analogue, l’île des Pingouins, Avalon : autant de contrées fictives plus vraies que nature. Pour les visiter, inutile de prévoir le sac à dos ! Il suffit de lire, et de fermer les yeux. Un bon canapé fera donc l’affaire. Et le voyage peut commencer.

A la lettre A : l’Atlandide, bien sûr, de Platon à Pierre Benoit ; j’aime aussi beaucoup le Royaume d’Aphania, un pays résolument littéraire, dans lequel il existe un code pénal pour les fautes de style, et où les salaires ne sont versés qu’à ceux qui ne font rien ; s’il en était autrement, on pourrait penser que ceux qui travaillent le font davantage par esprit de lucre que par un sens inné du devoir.

>>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.



A la lettre B : la terre de Brodie, de Jorge Luis BORGES, quelques part en Afrique du Nord. En guise de salut, les habitants, qui portent rarement un nom, se jettent au visage une poignée de bouse ou se roulent sur le sol en gémissant.

Écrit en collaboration avec Gianni GUADALUPI. Éditions Actes Sud 1998, repris en Livre de Poche 2002.

A lire aussi: Manguel a écrit des choses très intéressantes: Une Histoire de la lecture (J'ai lu 2001), fabuleux, Stevenson sous les palmiers (Actes Sud), Le Livre d'images (Actes Sud), et a préfacé le Journal parisien de Humboldt (Actes Sud)



Alberto RUY-SÁNCHEZ – 9 fois 9 choses que l’on dit de Mogador

On dit… On dit aussi que… Voilà pourquoi… Vérités ou légendes? «Mogador existe-t-elle vraiment ou n’est-elle qu’un portrait de femme en port marocain?» Pourquoi l’appelle-t-on aussi la «ville du désir»? Aurait-elle été créée par des marins en quête d’un port en eau calme? Ou par les caravaniers d’un autre désert, de sable, eux aussi à la recherche d’un havre? L’histoire de Mogador est très ancienne. Elle remonte à l’époque des Phéniciens.

Ruy-Sanchez, à l’époque jeune écrivain mexicain en devenir, découvre Essaouira en 1975. Une ville d’ombre et de lumière. Dans ce livre, Mogador - Essaouira est décrite comme la ville de tous les sens, de tous les désirs. Tous les sens en éveil. Comme l’ouie, ou le toucher. Le hammam propose un massage « instrumental » où le corps est l’instrument qui doit produire la musique. Ce qui est expliqué un peu plus loin, si besoin était : «les bruits produits pendant l’amour font la plus délicate des musiques.» Ce qu’il vit à cette époque n’existe sans doute plus aujourd’hui. D’où ce mélange de réel et d’imaginaire. D’où cette description de la ville comme celle d’une femme rencontrée, rêvée. D’où Mogador comme métaphore du désir. D’où, enfin, ce petit livre enchanteur.

Les premières lignes «1- On dit que la ville de Mogador n’existe pas, que nous la portons en nous. 2- Mais on dit aussi qu’elle existe, justement parce que nous la portons en nous. 3- On dit encore, avec un air d’en savoir beaucoup plus long, que Mogador existe aussi sur la côte atlantique du nord de l’Afrique, déguisée sous un nom arabe auquel certains attribuent des pouvoirs magiques: Essaouira.» Les éditions les Allusifs 2006.



Sayd Bahodine Majrouh - Le Suicide et le Chant

Le landay est un poème très court, de deux vers libres en neuf et treize syllabes, sans rimes obligatoires. Il dit quelque chose de simple et d’essentiel, est un instantané d’émotion, «un coup de dague entre les épaules». Cette anthologie présente des poèmes populaires écrits par les femmes pashtounes avant avril 1978, sans illusions sur l’amour, la liberté, ses désirs, ou l’avenir. Il ne faut donc pas s’étonner si cet univers impitoyable donne une poésie sensuelle, foudroyante et révoltée. Choisir entre le suicide ou le chant.

En secret je brûle, en secret je pleure,
Je suis la femme pashtoune qui ne peut dévoiler son amour.

On y croisera le «petit affreux», le mari imbu, ventru, couard et peu intéressant, dont on ne peut pas se débarrasser. Alors on s’adresse à l’amant, que l’on attend, que l’on espère :

Ouvre une brèche dans le mur, embrasse-moi sur la bouche,
Le " petit affreux " est maçon et saura le réparer.

Amour, désir... et révolte. Quitte à jeter aussi la religion par dessus bord.

Je deviens de plus en plus folle,
Quand je passe près du tombeau d’un saint, je lui jette des pierres, pour tous mes vœux inexaucés.

Une superbe anthologie, présentée par André Velter, chez Gallimard, collection Connaissance de l’Orient.


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