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Bernard MATHIEU - Un Cachalot sur les brasUn gendarme est muté sur une île des Caraïbes parce qu’il a fait une connerie. Là-bas la vie est à la fois de tout repos - il ne se passe rien - et en même temps compliquée, pour les mêmes raisons. De plus les habitants ne sont pas vraiment vivables. «Eux qui bouffent des syllabes entières, ils refusent la conversation ; ils s’esquivent, s’enfuient dans ce patois en bouillie qui leur tient lieu de langue.» Il faut dire qu’habiter là n’est pas une sinécure. «Derrière leur sacré bonne humeur ils cachent une amère solitude, l’inépuisable déception de leur vie échouée à jamais sur ce bout de rocher.» Comment alors faire partie, au moins temporairement de ce monde clos ? Et comment retenir Caro, la femme aimée, mais un peu tard, alors qu’il n’a jusque là été pour elle «que le partenaire d’un jeu absurde et très ancien auquel il s’était prêté par conformisme et pour tâcher d’accéder à l’âge adulte en grillant les étapes.» Arrive l’une de ces tornade du siècle. Qui va jeter un cachalot sur la plage juste devant la gendarmerie. Et il n’y a plus qu’à faire avec ça. Seul, bien sûr, et en dépit des hurlement démentiel du cyclone. Car ce n’est pas le problème des îliens. Sans compter que ça n’est pas clair : «Y sortent pas de la mer comme ça ! Y leur faut une raison !» Roman mélancolique, tranche de vie, brève mais agitée, ce court roman a été écrit par un auteur dont il faudra un jour reparler. Bernard MATHIEU a beaucoup voyagé : en cargo vers Valparaiso, ce qui donna le roman Cargo paru chez Denoël, au Sahara, au Brésil, aux Açores, sur les chemins de halage entre Paris et Nevers... Les premières lignes : «Seigneur ! il prie, seigneur !… Puis il se tait, incapable de poursuivre. C’est le vent, cet ouragan terrifiant venu de la mer qui refoule les mots dans sa gorge, qui l’empêche de penser plus loin que : Seigneur ! Seigneur !» Éditions Joëlle LOSFELD 2002. |
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Bernard MATHIEU – Jusqu’à la merLa ville est un enfer, avec ses «caillots d’immeubles bâtis à la hâte, et ses rues sinueuses et minces comme des serpents étranglés.» Pour tromper l’ennui et la solitude, un homme enfourche sa bicyclette et file «droit devant, cap à l’est, sur le soleil montant.» Vers la campagne, la Seine et ses berges. Et ses péniches. «Une colonie de péniches accolées de la proue et du cul, qui ressemblaient à un troupeau de bêtes mastoc.» Et puis la rencontre. Inespérée. Comment savoir «qu’une fille brune m’attendait en fumant une cigarette sur le pont d’une péniche?» C’est l’histoire d’une passion qui dure le temps d’un voyage sur l’eau tranquille, entre un homme qui pédale sur les chemins d’écluse en écluse, pendant que la marinière vogue à coté. C’est l’histoire d’une errance sans but et sans raison, dans la campagne nivernaise, une histoire de vélo, de péniche, d’écluses. La vie du canal et tout au long. Un bistrot dont «la devanture creusait un trou au néon dans les ténèbres» où «les gens accoudés au comptoir échangeaient des phrases squelettiques.» Un village «aux maisons massives, presque aveugles, posées sur la terre grasse de la prairie.» Un petit roman charmant, à emporter absolument si vous naviguez sur un canal. Même si les péniches ont disparu. Les premières lignes : «Je m’ennuyais. Chaque matin je rayais un jour sur le calendrier avec un plaisir équivoque et les semaines, lentement, noircissaient sur le rectangle de carton accroché à un clou, au revers de la porte de la cuisine. Au milieu de l’été, on avait arrêté un type dans le métro, à la station Auber.» Collection Arcanes, éditions Joëlle Losfeld.A lire aussi: Bernard Mathieu est né en 1943 près de Saint-Etienne. Grand voyageur, il a notamment découvert le Brésil qui fut une grande rencontre et qui l'a inspiré pour une trilogie parue dans la Noire aux éditions Gallimard. Il est aussi l'auteur de nombreux romans dont Cargo aux éditions Denoël, réédité aux éditions Joelle LOSFELD en février 2005. |
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«Les bateaux vivants ne sont jamais silencieux, il y a toujours, dans un endroit de la coque, un moteur qui tourne, de l’eau qui dégouline sur la tôle du flanc.»
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Bernard MATHIEU - CargoUn homme embarque sur un cargo en route vers Valparaiso. Sur ce bateau se croisent des marins et quelques passagers. «Les bateaux vivants ne sont jamais silencieux, il y a toujours, dans un endroit de la coque, un moteur qui tourne, de l’eau qui dégouline sur la tôle du flanc.» Un bateau n’est jamais silencieux, il y a toujours quelqu’un qui a quelque chose à raconter. Durant cette traversée, les passagers racontent et se racontent à leurs tours: des histoires de marins, des fantasmes, des cauchemars, la mer des Sargasses, les algues, les anguilles – «il paraît que c’est vrai» – ; des histoires de naufrages, de folie – «elle dit: je regarde le coucher de soleil chaque soir. On voit des villes dans les nuages.» –, de morts. «Les épaves attirent toujours les gens, elle sentent le secret, la mort, la pourriture, leurs structures démantibulées renferment encore le souvenir des richesses qu’elles ont transportées d’une mer à l’autre, qu’on a vendues, échangées, troquées. Elles font rêver à l’or…» Bernard MATHIEU n’explique pas, il montre. Son écriture, en courts chapitres, est très cinématographique. Il décrit une ville, une rue, un quai, un navire, ses passagers, son capitaine. «La mer est grise, le bateau est engagé dans un chenal entre un archipel montagneux et l’île principale. Le sommet du volcan est dissimulé par les nuages.» L’eau est «graisseuse.» Dans la nuit, «l’odeur de mazout.» Il décrit, il raconte la vie à bord, comme à l’extérieur. «Une loutre a saisi les pattes de l’oiseau dans sa gueule. Le pélican ne crie pas, son grand bec ridicule s’ouvre et se ferme silencieusement.» Une scène terrible, en écho à d’autres scènes, comme ce qui se passe lors des escales dans les ports de Colombie ou d’ailleurs, quand des marins rencontrent la misère et la violence locale. «On croit visiter des pays en passant le nez à la fenêtre des ports qu’on accoste. Si quelque chose ne va pas on quitte le quai, on va attendre en mer la fin d’une émeute, le rétablissement de l’ordre après un coup d’état.» L’auteur recréer les sons, les couleurs, les dialogues. «Par ici c’est souvent comme ça, dans les Caraïbes ça mouille d’un coup, sans prévenir ça passe comme c’est venu.» Il ajoute un peu de mystère: des bateaux russes dans un port péruvien; une épave en plein milieu d’un chenal; des tentations: drogues, armes et filles, «des métisses, les yeux peints en bleu électrique.» Un récit d’expérience et de souvenirs. Un beau récit, âpre, comme les récits de mer, violent, comme le sont les hommes entre eux. Les premières lignes : «Il flâne sur le quai pendant qu’on charge le cargo. Il l’a vue de loin, immobile au pied de la passerelle de grand paquebot soviétique en partance pour l’Espagne, le Portugal ; elle attend les passagers. Il s’approche.» Editions Denoël 1986, repris cher Joëlle LOSFELD en 2005. |
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