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les récits et reportages > voyage et écrivain voyageur


Les récits de voyages sont faits pour être lus. Voici des textes, des extraits de récits de voyages, d'auteurs connus ou non, publiés ou du domaine public, et aussi des dossiers thématiques, des chroniques, des citations. Bonnes lectures.

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Le portrait de l’écrivain-voyageur

Voyager c’est, dans le sens prosaïque du mot, partir ailleurs, faire un parcours, un trajet mais c’est encore la propre manière de voir, de penser, de juger, de présenter et de déchiffrer le monde.

Premièrement, on se propose d’ébaucher un tout petit peu la typologie du voyageur, galerie où se crayonnent les diverses attitudes envers l’Autre et envers l’espace-autre. Un premier terme proposé, d’ailleurs le plus important, est celui de J. Lacarrière «voyageur» - personne qui se déplace pour s’instruire et s’enrichir du point de vue spirituel, personne qui suit un itinéraire, surenchéri par la curiosité inhérente à l’espèce humaine. Il a un itinéraire préétabli mais il peut fort bien errer, s’égarer en faisant une dérogation de celui-ci. Le deuxième portrait que nous proposons est celui du «voyageant», le terme appartient toujours à Lacarrière, « personne qui se déplace plus pour son travail, que pour son plaisir ». Finalement, voilà le terme «voyagé» - le touriste des voyages organisés, la personne qui se laisse conduire par des guides sans avoir aucune initiative, portrait qui se colle parfaitement à l’image de l’individu contemporain.

L’écrivain-voyageur contemporain au XIXe siècle fait beaucoup de voyages de découverte de nouveaux espaces sans en chercher une autre utilisation que celle de la perception de l’ailleurs et de l’autre, grâce à sa curiosité et à sa passion de connaître de nouveaux gens et lieux. Donc il s’inscrit sans doute dans la catégorie du voyageur. Il est l’image parfaite de ce qu’on appelle homo viator, en disposant du « prurit de l’explorateur, la fantaisie du joueur et la frénésie créatrice de l’artiste » qui sont indispensables à un routard. Ses voyages sont une errance partiellement établie, car il sait où il doit arriver.

En ayant assez du moi-ici-maintenant, l’écrivain-voyageur essaie le moi-ailleurs et en deviennent dépendant. Il vit, chaque fois, l’expérience de l’ailleurs-«vaste monde du non-moi», l’expérience de la perte de soi et de l’angoisse produite de nouveaux lieux, coutumes, civilisations.

Il est plus qu’un voyageur, il se déplace, il connaît des expériences nouvelles, il découvre de nouveaux mondes et des lointains séduisants, et puis il relate ses histoires d’errance et de plaisir, en devenant un voyageur- écrivain. Gautier, par exemple, se nomme « touriste descripteur » (à l’époque, on ne faisait pas encore une différence saillante entre le terme voyageur et celui de touriste, ici les deux sont synonymes). Il tient tout comme un capitaine de navire un «journal de sol» dans lequel il note attentivement tout détail lié à son voyage. De cette manière il fait du voyage une pratique culturelle en lui enlevant toute fonction utilitaire.

Chaque voyage est un nouvel échange et une nouvelle provocation car il présuppose chaque fois une aventure. L’écrivain- voyageur ressente partout le sentiment de « l’étranger », il fait toujours preuve du sentiment de la distanciation et de la différence. Pourtant il n’y renonce jamais, il continue ses départs et ses retours. Parfois il fait même des gestes qui démontrent son impulsion de s’intégrer et d’assimiler les nouvelles habitudes découvertes.

On a observé que cet écrivain a, en général, une vision francocentrique, en faisant toujours appel aux repères français, connus aux lecteurs, en accordant au modèle français de la supériorité utilisant l’analogie, chaque nouveauté étant rapportée à une réalité française. Il a une double position : d’un côté, il est un centrum mundi et il situe les choses et les gens par rapport à soi et, d’autre côté, il change l’attitude et il essaie la localisation de soi-même par rapport au monde, une localisation de sa propre identité au milieu d’un monde inconnu, une découverte de ses propres limites en se soumettant à des expériences uniques.

L’écrivain-voyageur se réserve le droit d’apprécier et de juger l’ailleurs et autrui par rapport à soi-même. Le voyageur raisonne le nouveau en tenant compte de ses propres grilles qui sont strictement liées à son identité, à sa culture et à son peuple. Il est à la fois anthropologue, ethnologue, psychologue et écrivain et son désir est de préserver l’ailleurs en le décrivant.

On observe que, dans le cas de cet écrivain, la frontière entre les verbes « découvrir » et « créer » est ambiguë parce que le voyageur qui découvre est aussi l’écrivain qui dépose l’effort de rédiger la réalité sans renoncer quand-même aux tropes qui sont l’apanage de la littérature. Alors on se pose la question si ses livres sont de la littérature ou bien de l’anthropologie. La réponse serait, à mon avis, que ces livres sont des constatations auxquelles le voyageur imprime un caractère littéraire. Ce qu’ils présentent ce n’est pas un espace illusoire dessiné par l’écriture et abstrait par rapport à l’espace géographique, il est un espace vécu qui communique, pourtant, une vision de celui qui écrit, sollicitant l’imagination de celui qui lit. Ce contact déclenche une tension, ayant comme conséquence des mutations au niveau de notre relation primaire à l’espace.

(1) Abraham Moles, Elisabeth Rohner, Labyrinthes de vécu. L’Espace: matière d’actions, Librairie des Méridiens-sociologie du quotidien, Paris, 1982, p. 138.

(2) Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpantier, Libraire-Editeur, Paris, 1859, p. 149.

Mirabela FATU



Essai sur le voyage

Démarche

Magie du voyage, mais en même temps, beaucoup d’énergie dépensée pour des raisons qui paraissent parfois futiles… ai-je vraiment un droit illimité au voyage ? Interpellé par cette question, un couple présente ici le fruit des ses réflexions et recherches et propose des pistes dans une démarche individuelle (et non collective) de responsabilité.

Présentation du document

Les techniques de transmission des images ainsi que nos modalités de déplacements transforment la représentation que nous avons de la Terre, qui apparaît comme «rétrécie». Le voyage, tel que nous le vivons en Occident, répond à un mythe, entretenu à partir du XIX° siècle par de grands auteurs, puis relayé par l’industrie touristique et médiatique. La complexité du désir de voyage n’empêche pas l’identification de grandes attentes du voyageur, dont trois principales: mieux se connaître, mieux connaître les autres, mieux connaître le monde. Toutes ces dimensions s’entremêlent et les motivations et/ou effets sont souvent croisés. Si l’on considère le voyage comme généralement positif, toujours bon à vivre, il n’en demeure pas moins que des tentations de toute puissance ou de domination peuvent nous animer.

Pour autant, le voyage nécessite de l’argent et du temps. Le coût actuellement réduit des déplacements, du fait de l’utilisation des énergies fossiles, donne l’illusion d’une démocratisation du voyage définitivement acquise. Dans la perspective d’une limitation des possibilités de déplacements, les profits sont-ils à la hauteur des objectifs? Des pistes sont proposées pour que chacun puisse interroger sa façon de voyager: reconsidérer la distance, cerner le mythe tout en le faisant fonctionner, et au final se poser la question des alternatives au voyage.

Odile et Yves TRESSON

Voir le site: http://odileyves.neuf.fr/


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