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textes divers > portraits et entretiens >> Georges Bogey


Les récits de voyages sont faits pour être lus. Voici des textes, des extraits de récits de voyages, d'auteurs connus ou non, publiés ou du domaine public, et aussi des dossiers thématiques, des chroniques, des citations. Bonnes lectures.

> Sur cette page: un portrait de Georges Bogey, le voyageur immobile, et un texte de cet auteur.

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Les Vertus du Voyage immobile

Georges BOGEY

Dire où l’on va ne dit rien du pourquoi. Nicolas Bouvier souligne bien ce paradoxe: «C’est le propre des longs voyages que d’en ramener tout autre chose que ce qu’on y allait chercher». Ainsi, dans la plupart des cas, les réponses que découvre le voyageur à son retour n’ont rien à voir avec les questions qu’il s’était posées au moment de partir. Ce postulat pourrait faire naître la tentation de s’en aller sans se poser de questions. Puisqu’on a la quasi-certitude de ne pas obtenir les réponses, du moins pas les réponses attendues, à quoi bon les questions? Partir plus qu’à l’aventure, au hasard... Mais chacun sait bien «qu’il n’y a pas de vent favorable pour qui ignore son port de destination» et que le balancier du savoir ne vaut que par l’infinie et parfois infime oscillation non entre questions et réponses mais entre questions et questions. C’est là toute l’exigence mais aussi tout le bonheur de connaître. (J.H Favre nous dit que «le dernier mot du savoir est le doute »). L’improvisation ne peut donc en aucun cas être aveuglement. Le hasard est souvent imbécile. Le laisser-aller, pour qui perd la maîtrise du laisser-aller n’est pas liberté mais aliénation. (L’apprenti sorcier en sait quelque chose). Ainsi, on comprend bien que la question du pourquoi ne peut que se poser, encore et toujours.

Même s’il a la capacité d’accueillir des moments de passivité, même (et surtout) s’il est pragmatique et qu’il accepte ou décide en route de «changer de port de destination» le voyageur doit garder la maîtrise absolue de son destin de voyageur. C’est pourquoi il faut en revenir à la question des raisons qui poussent à partir ou à rester. Curieusement, toutes les raisons de voyager se reflètent dans un miroir qui nous montre leurs images inversées. Les raisons de voyager seraient-elles autant de raisons de ne pas voyager ? Pourquoi voyager? Pour s’évader? Pour fuir? Pour se détendre? Pour se distraire? Pour travailler? Pour venir en aide aux autres? Pour explorer? Pour découvrir? Pour connaître? Pour comprendre?

Traiter dans le détail chacune de ces questions ne saurait entrer dans le cadre de cet article, on s’en doute. Nous nous contenterons d’aborder, et de façon sommaire, trois types de voyage : le voyage en toc, le voyage exploratoire, le voyage immobile.

Confondre l'écume et la vague

Si les villes n’étaient pas des camps de concentration, les routes, que celles-ci soient aériennes, terrestres ou maritimes, ne ressembleraient pas à celles de l’exode! Et puis, fuir une concentration citadine pour une concentration touristique, balnéaire ou montagnarde, hexagonale ou étrangère, quel gain? Ce type de voyage n’est en fait qu’un «déplacement de soi vers soi». Un voyage dans lequel n’entre nul désir de profondeur. Nulle envie d’accéder à l’Autre. Un voyage en surface. L’apparence d’un voyage. Un faux voyage. Un voyage en toc. De l’évasion, de la fuite ainsi que de leurs corollaires, la détente et la distraction, il n’y a rien de bon à attendre. Celui qui a la «chance» de ne pas partir s’afflige de l’effervescence de ces glorieux voyageurs qui accumulent kilomètres et heures de vol et qui comptabilisent, avec minutie, tous les pays qu’ils «font». Il a la certitude qu’il vaut mieux méditer dans sa bibliothèque sur le temps qui passe, que courir le monde pour voir le temps qu’il fait. Aux agités du voyage, placide il demande qu’avez-vous vu en terre étrangère? Qu’avez-vous vu de l’étrange étranger? Qu’avez-vous vu réellement et véritablement de l’Autre? Et surtout que savez-vous de plus et de mieux sur l’altérité? La réponse ne peut être qu’un composite de clichés et de lieux communs qui ne constituent ni la description des paysages ni la narration de ce qu’est l’Autre mais seulement des souvenirs de carte postale. Un aperçu sans consistance du «paraître» des choses. Ce qui est véritablement échappe à ces vrais faux voyageurs, et à jamais. Aveugles et sourds ils confondent l’écume et la vague, le feu d’artifice et le ciel étoilé. Ils reviendront magnifiquement bronzés. Ils entameront alors une nouvelle période de travail pendant laquelle ils se fatigueront pour pouvoir se reposer et amasseront de l’argent pour pouvoir repartir. Rythme binaire d’une vie dédiée au travail et aux loisirs. Les seconds ne trouvant leur justification que par le premier. Le travail est la cause, l’évasion l’effet. Se requinquer pour pouvoir travailler, travailler pour pouvoir se requinquer: n’appelle-t-on pas cela un cercle vicieux? Ici, on voit bien que la finalité n’est pas le voyage proprement dit. Il s’agit d’un masque souriant qu’on met devant le visage grimaçant de la vie. Contre ces voyage factices qui, par nature, sont stériles, il y a la fertilité d’autres voyages, bien sûr...

Le pied dans la réalité

«Comme tout le monde, je n’ai à mon service que trois moyens d’évaluer l’existence humaine, l’étude de soi, la plus difficile et la plus dangereuse (...); l’observation des hommes qui s’arrangent toujours pour nous cacher leurs secrets (....) ; les livres avec les erreurs particulières de perspective qui naissent entre leurs lignes». Ce propos de l’Hadrien de Marguerite Yourcenar fait apparaître le lien et la complémentarité entre l’expérience de terrain et la théorie. Prendre pied dans la réalité, prendre fait et cause pour elle, c’est l’explorer. Tout voyage digne de ce nom est exploratoire. Les plus enclins à l’expérimentation directe, partent au loin, les sens en éveil, à la rencontre de ce qu’ils ignorent. Le nez dans les livres, (les moins aventureux sans doute) demeurent sur place pour tenter une approche théorique de la vérité. Le nez, ils le relèveront au retour des voyageurs! De même qu’ils ouvriront toutes grandes leurs oreilles afin d’écouter les récits de voyage, confrontant ainsi le réel lu au réel perçu. (Un exemple... Celui qui revient de son exploration en pays pauvre démontre le pourquoi et le comment de la honte. Le sédentaire n’éprouve pas le besoin d’aller au bout du monde pour découvrir cette honte. Il sait qu’il fait partie des nantis. Il n’ignore rien du monde des démunis. Il exprime sa honte en étayant sa théorie sur l’expérience qu’on lui délivre). S’opposant au voyageur en toc décrit précédemment, qu’il refuse et récuse, le  voyageur immobile veut et doit être le partenaire du «voyageur de terrain». Ils ont le même objet : connaître et comprendre. Avec une curiosité avide, il saisira la connaissance du voyageur- explorateur et la fera sienne. Il entendra la narration fervente et pertinente de l’exploration et l’assimilera. Alors, chaque mot, chaque image pourra être retransmis, par lui avec d’autres mots, d’autres images, mais toujours fidèlement. Une subsidiarité en somme. En aucun cas une substitution. Il ne peut y avoir confusion des genres. Celui qui n’est jamais allé dans le pays ne se hasardera pas à rivaliser avec la rigueur «scientifique» de qui a exploré le pays en profondeur. En revanche tout l’autorisera à exprimer l’émotion qu’il ressent, et sa propre perception des choses en fonction de ce qu’il aura lu et entendu des experts. Ainsi grâce aux apports conjugués de l’explorateur et de «celui qui n’est jamais allé dans le pays», le pays (avec paysages, êtres et choses) sera éclairé sous divers angles et de ce fait réellement mieux connu.

Entre nomadisme et sédentarisation

Tous les scientifiques le savent: la présence de l’observateur perturbe l’objet de l’observation. On pourrait dire que l’on ne voit jamais les choses telles qu’elles sont en réalité mais toujours déformées par le prisme de l’observation. Le réel toujours nous échappe. Les scientifiques honnêtes, comme les voyageurs scrupuleux, s’attachent à établir des frontières lisibles entre leurs convictions subjectives et leurs certitudes objectives. Pour limiter les risques d’erreur et pour ne pas se limiter au spectaculaire et à l’apparence le voyageur doit mettre un terme à ses errances et se sédentariser, un certain temps, dans le pays qu’il observe. Voyager pour ne plus voyager? La contradiction n’est qu’apparente, car rien ne se construit ni dans le mouvement perpétuel, ni dans la précipitation. Rien ne se perçoit sans l’attention soutenue à l’Autre. Rien ne se sait, sans les rencontres multiples et approfondies avec les paysages et avec les gens que ceux-ci soient anonymes ou porteurs d’un grand nom. Rien ne se connaît sans le choc de l’émotion immédiate certes, mais il faut, pour donner forme à la connaissance, la patience de l’intelligence. Le vrai voyage est toujours un voyage de longue durée entre nomadisme et sédentarisation. Entre l’immédiateté de la perception et la maturation de la compréhension.

Encore une fois: ne pas vivre l’expérience de l’explorateur qui tour à tour se fait géographe, politologue, historien, sociologue, artiste, n’interdit pas au voyageur immobile de se référer à cette expérience pour exprimer ses sentiments et donner sa propre vision d’un pays qu’il n’a jamais vu. Partant du réel qu’il ne voit pas, par le truchement des yeux de qui voit, le voyageur immobile dit ce que lui-même voit, ressent et comprend. Et qui est bien la réalité. Une réalité éclairée autrement. Exprimée autrement. Non une réalité autre. Et moins encore un rêve. Rien, ne limite les moyens d’expression du voyageur immobile dès lors qu’il demeure fidèle à l’esprit de l’explorateur et au précieux réel.

Nous avons commencé avec Nicolas Bouvier, nous terminerons avec lui ... et en le paraphrasant. Il dit ...

Sans le voyage je n’aurais pas écrit
Sans les livres je n’aurais pas voyagé

Nous disons...

Sans le voyage des autres je n’aurais pas écrit
Sans les livres des autres je n’aurais pas voyagé

Ainsi se fonde la dialectique féconde entre ce qu’on lit et ce qu’on écrit. Entre ce qu’on lit dans les livres et dans le monde d’une part et d’autre part ce qu’on dit du monde dans les livres. L’écriture du monde ne peut être que le voyage dans le monde... ou dans les livres sur le monde. Qui voyage sans lire ni écrire son voyage dans le monde et parmi les autres n’apporte rien ni au monde ni aux autres. Il n’apporte rien au monde et aux autres celui qui lit et écrit sans voir ni le monde ni les autres.

L’écrivain qu’il soit nomade ou sédentaire peut aussi du réel faire son camp de base pour partir sur les voies infinies de l’imaginaire. Mais cela est une autre aventure. Un autre voyage. Une tout autre histoire. L’histoire de la création d’un monde différent. Un monde qu’ont exploré, explorent, et exploreront jusqu’à la fin des temps, tous ces voyageurs immobiles que sont les écrivains. Qu’elle traite de la fiction ou de la réalité, l’écriture (et donc la lecture qui en est faite), permet assurément de mieux comprendre et de mieux ressentir le monde dans lequel nous vivons, celui que nous nommons le « monde réel ». Ce monde-là, même s’il est bien le notre, soyons en assurés, nous n’aurons pas assez d’une vie pour l’explorer.

© Georges Bogey, mai 2007


Entretien

Georges BOGEY

Le voyageur immobile

Né en 1942, Georges Bogey, a été professeur de judo de 1968 à 1972. Cette discipline exigeante lui a, indirectement, ouvert l’accès de la philosophie et de la poésie de l’Extrême-Orient. Il a exercé de 1972 à 2002 des fonctions de cadre dans le secteur du Tourisme et de l’Éducation Populaire. Il écrit depuis l’adolescence. Il publie depuis la fin de ses activités professionnelles. Ce qu’on nomme « retraite » n’est pas cessation mais changement d’activités. Il partage son temps entre lecture, écriture, interventions diverses autour de la lecture (écoles, bibliothèques) et engagements bénévoles divers. Il est marié, père et grand-père, et vit en Haute-Savoie.

EV.INFO - Georges BOGEY, le dossier Japon de ce webzine présente deux livres que vous avez écrits. Dans Quelques pas aux japon il est question du Japon, certes, mais pour les «quelques pas» il faudra revenir: vous n’y avez jamais mis les pieds! Expliquez-nous: comment peut-on écrire sur un pays sans y être jamais allé? Et avant de parler de l’écrivain, commençons par le voyageur: quel voyageur êtes-vous? Quel est pour vous le sens du voyage?

G.B. Pour expliquer ma position sur la notion de voyage, je voudrais partir d’une phrase prise dans un édito de votre webzine:  «les pensées de l’écrivain voyageur ont le spectacle du monde pour objet. Le casanier est à lui-même son propre sujet d’étude». (Thierry Tahon, Petite philosophie du voyage. Milan). Cette phrase semble vouloir établir  la ligne de partage entre objet de l’observation et sujet observateur. Cette ligne est plus fluctuante qu’il n’y paraît. Le casanier, s’il se coupe du monde et des autres, ne peut rien étudier du tout, ni le monde, ni lui-même. Inversement, il est impossible au voyageur d’ignorer qui il est s’il veut découvrir le monde. Je suis un voyageur immobile dans le sens ou n’ayant jamais effectué de longs séjours en pays «étranger» je puise mon information à diverses sources que j’estime fiables. Les critères de fiabilité de ces sources sont davantage de l’ordre de la science que de la conviction. Je fais, entre autres, confiance à ces témoins qui ont pratiqué assidûment un pays, qui ont rencontré longuement la population et qui connaissent la langue, l’histoire, la culture, la religion, la situation politique du pays en question. Je n’attache que peu de crédit aux certitudes de ceux qui ont «fait» un pays en quelques semaines, voire quelques jours. Par contre je suis très attentif à ce qu’ils ont ressenti.

Si j'avais à établir  une typologie sommaire  des voyageurs, je dirais qu'à une extrémité du spectre du voyage il y a le «touriste» et à l'autre «l'explorateur». Chacun rendant  compte de son voyage à sa façon. Le premier dit l'apparence, l’événementiel, le factuel. Il a une propension à parler  sous le choc de l’émotion, ce qui dans le meilleur des cas donne la poésie et des photographies magnifiques, et dans le pire, le laïus de qui croit savoir et la banalité des cartes postales. Il n’a pas assez de recul pour se détacher, en tant que sujet de l’objet qu’il décrit. L'explorateur lui sert de bien plus près la réalité. Il parle des autres, de l'altérité. En tant que sujet, il s'efface devant l'objet de sa recherche. En revanche, l’émotion n’est pas toujours son fort.

EV.INFO - Mais alors, Georges Bogey, vous êtes lequel de ces voyageurs?

G.B. Vous l’avez bien compris, je ne suis pas un voyageur  «de grands chemins». Mes voyages sont plutôt intérieurs. Sédentaire, je parcours néanmoins de grands espaces. Pour écrire, et j’écris depuis l’adolescence, je me sers du savoir que j’appréhende, des émotions que je ressens, et bien sûr de ce que je vois et entends. Ce que je ne vois pas directement des paysages et des gens, je le perçois dans la lecture des photographies, des tableaux, et des livres. Par ce biais là, je me sens véritablement au coeur du monde, au milieu des autres. Tout mon travail d'écriture est un combat contre l'apparence, sur les voies du réel; contre l’égocentrisme, sur les voies de l’Autre. Je n'ai pas  la prétention d'être un découvreur de merveilles jamais vues ou jamais dites. Je voudrais seulement être un «révélateur» de ce qui est. Dire ce qui advient quand je ne suis pas là. L’écriture doit éveiller l’attention des lecteurs,  ni sur ce qui est écrit, ni sur l’auteur, mais sur le monde et les êtres...

A ceux qui devant mon livre «Quelques pas au Japon» me reprochent (parfois insidieusement, parfois avec courtoisie) de ne pas avoir fait le voyage au Japon, je donne l’exemple du Douanier Rousseau qui a peint la jungle sans avoir bougé de son atelier.


 

EV.INFO – Donc vous êtes un grand voyageur… immobile. Vous puisez dans votre imagination ou dans ce que d’autres ont rapporté. Et vous écrivez à partir de ce matériau. Peut-on dire que Georges Bogey est un écrivain (immobile) voyageur?

G.B. A ceux qui devant mon livre «Quelques pas au Japon» me reprochent (parfois insidieusement, parfois avec courtoisie) de ne pas avoir fait le voyage au Japon, je donne l’exemple du Douanier Rousseau qui a peint la jungle sans avoir bougé de son atelier. Et  que, à part quelques  génies, dont Roland Barthes, qui peuvent comprendre un pays sans y avoir séjourné longtemps, dire un pays, pour le commun des mortels, implique d'y vivre plus que quelques semaines !!! Et qu'enfin (et surtout), cet ouvrage est un livre sur la poétique du Japon et non un rapport de voyage.

EV.INFO – Dans la définition classique du genre littéraire «récit de voyage» entre toujours une part autobiographique. Il n’est pas seulement question de décrire ou de raconter, mais aussi de dire comment cela a été ressenti, par exemple. Est-ce que l’on peut trouver un peu de Georges Bogey dans ses livres?

G.B. Le clivage entre «avoir le spectacle du monde  pour objet» et «être à soi-même son propre sujet d'étude» ne se situe pas, comme je vous l’ai déjà dit entre nomadisme et sédentarité, mais dans la capacité et la volonté que l'on a (ou que l'on n'a pas) de pénétrer dans le mystère du Monde Réel. Cela implique, d'une manière ou d'une autre de marcher avec constance sur les chemins de la connaissance. D’abord, connaissance de soi. Ensuite, connaissance du monde. Enfin et surtout, connaissance des autres. Pour que cette connaissance  soit aussi pure que possible, il faut procéder comme les orpailleurs et rejeter beaucoup de gravats à la rivière. Cela dit, qu’on le veuille ou non, notre marque personnelle, notre empreinte pourrait-on dire, se retrouve sur tout ce que nous trouvons et que nous décidons de livrer au public, que ce soit pépites ou cailloux. Je ne dirai pas que cette marque est une part autobiographique mais certainement une parcelle indélébile et plutôt invisible de soi. Dés lors qu’à nos écrits nous voulons des destinataires, il faut que ce que nous écrivons leur soit utile, sinon à quoi bon écrire? Néanmoins, afin d’écrire le plus judicieusement possible pour les autres, il importe de se connaître tout de même un peu soi-même. C’est cette connaissance qui nous permet de laisser le sujet que nous sommes en retrait de l’objet que nous montrons afin de ne pas brouiller son image.

EV.INFO – Vous écrivez que «le haïku ne donne pas à penser, mais à voir.» Serait-ce l’une des formes littéraire idéale pour un écrivain voyageur ?

G.B. Le lecteur n’attend pas du voyageur, un compte-rendu de ses états d’âme mais un récit de ses «explorations». La poésie que je défends relève de la même logique. Nombrilisme, transe de l’ego, sentimentalisme, émoi larmoyant, apitoiement sur soi, (ou mise en valeur de soi, ce qui revient au même) sont autant de pièges qui coupent l’accès au monde et aux êtres. Se laisser prendre dans ces pièges, et ce serait la fin et du voyage et de la poésie. C’est ici que le voyageur s’enlise ou fait un grand détour. C’est ici que la poésie s’englue ou se dépasse. Le haïku est un langage poétique qu’on pourrait considérer comme étant le paradigme de cette poésie qui tend à se libérer de l’ego pour accéder au réel. Cela commence par une sorte de coup de foudre provoqué par ce qu’on voit. Une émotion fulgurante devant l’évidence. Un éveil soudain au réel derrière l’écran des apparences. Ensuite, il y a la nécessité de dire. Notre témoignage sera lapidaire: trois vers de cinq, sept et cinq syllabes, chacun. Il s’agira d’une mise en lumière de l’ordinaire et non de sa mise en scène. Le haïku n’est pas un chant, pas un spectacle, pas un discours, c’est seulement le récit épuré de «ce qui est», de «ce qu’il y a». La poésie, et particulièrement celle du haïku, est donc bel et bien un voyage exploratoire au cœur de la réalité. Peut-être qu’en définitive écriture et voyage ne sont que deux mots qui disent la même chose et qui est l’aventure du réel. C’est dans cet esprit de connexion et d’échanges fructueux entre l’altérité et soi, entre l’émotion et la connaissance que le voyageur se déplace et que le poète demeure immobile. On l’a compris: pas plus que le poète ne doit céder à la tentation de l’immobilisme, le voyageur ne doit papillonner.

Propos recueillis en Mai 2007 par Lionel BEDIN


Quelques pas au Japon, ouvrage avec photos et textes poétiques.

La Roche et le Torrent, recueil d’haïkus. Éditions de l’Astronome.

Bibliographie

Quelques pas au Japon

Le point de vue de l'éditeur. Dialogue entre des photographies prises au Japon et la poésie qu'hors du Japon ces photographies ont inspirée, cet ouvrage est une invitation à marcher, tantôt conversant, tantôt en silence, toujours recueillis, sur le chemin qu'images et mots dessinent et désignent. Nous avançons, chacun avec notre propre perception des choses, contemplant, écoutant, sur la voie sans fin des splendeurs du monde. Cette voie passe par le Japon. Qui pourrait en douter ? Et même si marcher au cœur de ses paysages ne nous permet pas de circonscrire le Japon, cela contribue à le mieux connaître. «Je n'ai jamais, en aucun sens photographié le Japon. Ce serait plutôt le contraire: le Japon m'a étoilé d'éclairs multiples...» dit Roland Barthes. C'est à la lumière de ces «éclairs multiples» illuminant le chemin, que nous vous proposons de faire aujourd'hui ces quelques pas au Japon. Éditions L'Astronome 2006

La roche et le torrent. Haïkus

Le point de vue de l'éditeur. Le haïku est une forme poétique d'origine japonaise de trois vers, au rythme de 5/7/5. Dix-sept syllabes en tout et pour tout. Conçu donc avec une grande économie de moyens, le haïku délivre une image, ou un fait, de sa gangue de banalité. Une image décrite, non décrite. Le haïku ne donne pas à penser, mais à voir. Il dit ce qu'il voit. Et il le dit simplement. Pas de sens voilé. Pas de trésor caché. Pas d'état d'âme. Le haïku montre. Il ne démontre pas. Un éclair de lumière sur l'éphémère. C'est tout. Langage poétique ancestral, il est toujours d'une grande actualité. Georges Boney nous invite à la rencontre des saisons, des nuits et des matins, des oiseaux et des éléments. Éditions L'Astronome 2005

Cambodge et Khmers rouges - Une tragédie oubliée

L’ouvrage donne un aperçu de ce qu’une jeune cambodgienne - Méas Pech-Métral - a vécu sous le régime des Khmers rouges, avec sa famille et son peuple, et ce qu’il advint d’eux par la suite. Avec Méas PECH-METRAL.

Autres publications

En 2002,  Vacances à Sinandaz, roman. (Édition des Écrivains). Le renard des Villards, conte illustré pour enfants. (Auto- édition) Le voyage de Clopinette, conte illustré pour enfants. (Auto- édition) À paraître en 2007, Pépin le Lapin, conte illustré pour enfants. (Auto -édition)


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