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1 - Rencontre avec Catherine Ricoul |
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Nous avons rencontré Catherine Ricoul au salon du livre de la Plagne le 5 août dernier. Catherine est volubile. Rien d’étonnant: elle a des tas de choses à raconter. Son voyage en Arctique, ses créations, et le voyage en train entre Paris et Chambéry avec les artistes écrivains voyageurs invités à ce salon. Catherine est volubile mais ça n’est pas grave: c’est intéressant. Il y a plein de gens autour d’elle. Pour en savoir plus le mieux est de s’approcher et de lui demander… EV.Net – Vous proposez de superbes illustrations, des photos, des montages? Expliquez-nous ce que vous faites, et dans quel but? Ou bien, autre façon d'aborder les choses: c’est quoi pour vous le voyage? Et pourquoi avoir choisi l’illustration pour raconter le voyage, l'ailleurs, l’autre?C.R. Je collecte, je découpe, je photographie, je colle, je pense, je peins parfois, je laisse émerger en moi mes émotions, se révéler mes sensations, j’assemble, laisse les images et les mots trouver leur place dans une recherche graphique que je veux aussi poétique. Je souhaite inviter au voyage ceux qui feuillettent mes carnets, afin que ma vision du monde fasse écho à la leur, que des correspondances se tissent. Du rêve au réel Le voyage, longtemps, est resté quelque chose de mystérieux. Cela signifiait surtout la disparition pour moi de mon père, marin, quelque part sur une mer lointaine… C’est la curiosité pour ce lointain invisible qui m’a poussé à aller voir moi-même ce qui se trouvait derrière la ligne de mon horizon. Une manière de sortir de mes atlas et de mes cartes où j’ai commencé à voyager en rêve. Maintenant, j’ai toujours cette dimension onirique mais reliée au réel, celui des pays où je vais et aux personnes que je rencontre. Je continue à voyager de manière immobile puisque j’enseigne une partie de l’année le français aux étrangers à l’université d’Aix-en Provence. La classe devient alors un microcosme cosmopolite où chacun, porteur de sa langue et de sa culture, rencontre celle de l’autre et la reconnaît en tant que telle. Pour beaucoup de mes étudiants, c’est la découverte de la véritable altérité.
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Inviter au voyage ceux qui feuillettent mes carnets, afin que ma vision du monde fasse écho à la leur. |
La vagabonde et le vagabond EV.Net - Vous présentez un journal de bord et des photos prises lors d'un voyage e Arctique. Dans quelles circonstances avez-vous été amenée à voyager en Arctique ?C.R. Cela a commencé en 2001, au Groenland, une semaine à bord du voilier polaire Vagabond. Et puis de ce voyage, une amitié très forte est née entre Éric BROSSIER, le capitaine, sa compagne skipper France PICZON du SEL et moi-même. Les paysages arctiques m’ont littéralement coupé le souffle. Les rencontres avec les Groenlandais, leur humour, leur regard sur le monde m’ont poussé également à réembarquer à bord du Vagabond pour tenter le Passage du Nord-Ouest. C’est à Barrow, en Alaska que j’ai donc rejoint le bateau et à Gjoa Haven, cinq semaines plus tard que j’ai été remplacée par de nouveaux équipiers. A bord, surtout lors d’une expédition, être artiste ne suffit pas pour tenir sa place. Alors j’étais l’artiste-cuisinière et la créativité que je mets dans mes oeuvres, je l’utilisais en cuisine. Cuisiner en expédition, avec peu de produits frais et souvent avec les mêmes ingrédients de base, demande justement de l’imagination, l’art de créer des plats différents chaque jour à partir de la même chose. E.V.Net - Qu’est-ce qui a déclenché la vocation «artistique»?Comment vient-on à l’art me demandez-vous ? Parce qu’enfant j’habitais derrière un musée d’art contemporain et qu’avec ma soeur jumelle, on profitait de l’entrée gratuite et de confortables fauteuils en cuir pour discuter des heures durant tout en jetant un œil curieux, parfois moqueur, méprisant ou admiratif aux oeuvres. Plus sérieusement, par une nécessité intérieure, un désir de dire le monde, de l’entendre, de le retranscrire dans une sorte de médiation. Être artiste c’est pour moi entretenir un rapport au monde différent de la plupart des gens. Récemment, un artiste reconnu m’a parlé du devoir de l’artiste, qui, doué d’une «parole» doit l’utiliser au nom de ceux qui n’ont pas cette capacité là.
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Une nécessité intérieure, un désir de dire le monde, de l’entendre, de le retranscrire dans une sorte de médiation. |
L'Amazone Bottée E.V.Net - Que souhaitez-vous faire de votre avenir artistique? Quelles voies? Que diriez-vous si un éditeur lisait cet entretien?C.R. Mon avenir artistique, pour reprendre vos termes, se poursuit. Je pense qu’il sera toujours difficile d’en vivre mais ma vie est bien là, dans la création. Ici, sur ce salon, vous ne voyez qu’une partie de mon travail: je viens de remonter un labo photo noir et blanc, l’écriture est de plus en plus présente et j’ose enfin aborder la peinture, avec laquelle j’entretiens un rapport de fascination qui m’empêche parfois de prendre les pinceaux. Le plus difficile est de laisser à chaque médium sa place, faire de la photo et de la peinture dans le même atelier, c’est parfois difficile à gérer. C’est donc par période que je travaille. En ce moment, je finis un petit carnet à la sensibilité érotique où se mêle texte et photos «Le Dit de l’Amazone Bottée». Une autre forme de voyage. Je vais d’ailleurs chercher pour la première fois un éditeur … A un éditeur, je lui dirais, venez feuilleter mes carnets, lire et découvrir mon univers sensible et offrez-moi une carte blanche! Il y a quelques années, la revue d’art Incidences m’en a donné une, ainsi qu’à deux autres artistes pour un numéro sur Beyrouth. C’est un défi que j’ai trouvé ardu et stimulant à relever. Mais c’est vrai que lorsque je fais un carnet, je ne pense pas à une contrainte éditoriale. Je me permets de fabriquer des pages à systèmes, des languettes à soulever, mon choix d’utiliser la technique du « cut-up», c’est-à-dire des mots découpés, a de quoi «effrayer» certains éditeurs. E.V.Net - Vous avez été invitée par la salon de la Plagne à illustrer votre voyage et train entre Paris et La Plagne. Racontez-nous ça.C.P. En réalité c’est plutôt le contraire. Quand j’ai eu connaissance de ce train des artistes voyageurs, j’ai proposé à deux autres artistes, Carla Talopp et André Theubet, de réaliser 3 carnets de train. Ils ont dit oui tout de suite, tout comme l’organisation du salon. On a donc fait circuler entre nous trois carnets moleskines, en accordéon, et nous y avons écrit, dessiné, collé, photographié et nous les avons échangé tout au long du voyage et pendant le salon. L’idée n’était pas de faire se succéder nos pages mais bien d’intervenir, retoucher, ajouter quelque chose aux propositions de chacun. Puis nous sommes repartis chacun avec notre petit carnet. Créer, c’est du travail mais c’est jouer aussi, avec légèreté, avec les autres. Au Groenland, je me rappelle avoir retrouvé les jeux de ficelle de mon enfance avec une jeune fille: nous avons croisé nos doigts et dessiné des tours Eiffel et des parachutes pour moi, des traîneaux et des tipis pour elle. Ce fut notre langue commune, un art éphémère, un jeu d’enfant qui nous a relié en un instant donné dans un certain lieu sur notre petite planète. Site : http://blackscreen.deviantart.com/ Propos recueillis par mail du 6 au 20/08/2007 |
2- Journal de bord poétique |
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Expédition Passage du Nord-OuestBarrow, Alaska - GJoa haven, Nunavut, Canada - juillet - août 2003 |
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Artiste plasticienne, conteuse et diseuse d'histoires, les images et les mots sont ses matières premières, la photographie et le collage sont ses médium favoris. Sa technique est avant tout une combinaison associant photos, peintures, écritures, découpages... Carnets, tableaux, installations, actions poétiques sont les formes privilégiées que prennent ses oeuvres. |
Les yeux grand ouverts Et le soleil, frappé au coeur, naufragé, s’ensommeille sur la mer comme un galet poli. A perte de vue La mer, quelque part à l’horizon, secoue lentement A fleur de glace Les jours de grand tumulte Dans le sillage de la nuit qui penche Des heures passées sur la banquise et son silence de glace Un hublot taché de sel tenait parfois lieu de boussole Comme un rêve blanc troué de bleu fragile
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Dans la cabine Le coeur noué, Une île paysage De petites îles perdues dans la mer s’éloignent au-delà des
lignes orageuses Quand passe le bateau-courrier chargé de marchandises, En regardant derrière soi, juste avant l’inventaire du silence Regarder en arrière Les yeux rivés vers la nuit Je voudrais qu’il ne s’arrête plus. La nuit fragmentée se cherche et se dérobe et c’est le sommeil qui l’emporte Ici, c’est une terre où histoires de marins et de navires disparus
à jamais resurgissent Était-ce dû au soleil, à l’éloignement, mais les paysages et les éléments traversés révélaient plus que jamais une autre image de moi-même: sa partie immergée Le voyage s’achève |
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Notes |
Dans le retour d’une expédition, il y a toujours dans la mémoire de tous ces paysages instables et des images lentement accumulées, des visions imaginées, pour renouer avec les souvenirs, s’ouvrir à de nouveaux territoires, dans cet ailleurs où le lointain et le proche s’affrontent en lignes de fuite possibles. Quelque chose nous quitte, presque rien, tissant une trame invisible de liens, et c’est encore le miroir du monde qui se déploie à l’envers des voiles écarlates de Vagabond. Et si la mer parfois, parle d’errance, d’isolement, d’attente A l’approche de nos paysages intérieurs L’autre versant, rêvé, désiré ou remémoré, parfois insaisissable, se dévoile. © Catherine Ricoul 2007 |
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