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les dossiers thématiques > chroniques japonaises


Le Japon, les écrivais voyageurs, un dossier thématique, paru e partie dans le webzine Ecrivains-voyageurs.info N°4 de juillet 2007,  avec des contributions d'auteurs ou de photographes amateurs ou professionnels. Au sommaire:

> Ouverture: Éternel Japon > Un printemps au Japon. Photographies de François Xavier Prévot > Histoire littéraire: Donald RICHIE - Les honorables visiteurs > Chronique: Le regard occidental sur le Japon et ses habitants > Notes de lectures > Kipling: Lettres du Japon > Du Japon et de la bonne humeurReportage photo autour des 88 temples de l'île de Shikoku.

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Éternel Japon


Pour d'autres références en plus  de toutes celles citées sur cette page, consulter la bibliothèque virtuelle Japon sur ce site.

Sans doute ne peut-on comprendre vraiment Molière sans connaître la vie de la Cour de Louis XIV. Sans doute ne peut-on pas comprendre certains écrivains ou peintres japonais sans connaître les modes de vie de la Cour ou du peuple japonais. Voici en quelques lignes bien serrées un résumé de l’histoire de ce pays, qui contient quelques éléments clés pour aborder les arts japonais, et notamment sa littérature voyageuse.

Comme tous les pays du monde, l’origine du Japon se perd dans la nuit des temps. Les archéologues ont des traces qui ne remontent que vers 11 000 avant JC. Et comme dans tous les pays du monde, des croyances sont apparues et se sont transformées en religions. Le shintoïsme, issu de la vie de l’homme avec la nature, apparaît au VIIe siècle et va s’imposer jusqu’à devenir l’identité et la permanence du peuple japonais, qui a «la certitude d’une fragilité éphémère des formes soumises au temps.» L’homme fait partie du cosmos. Le culte shintô génère une architecture en correspondance avec la nature. Il en sera longtemps ainsi avec l’architecture japonaise. Bientôt, avec le shintoïsme, qui a plutôt à faire avec les ancêtres et la nature, cohabite le bouddhisme, originaire de l’Inde, qui a plutôt à voir avec la discipline intérieure.

Au XIIe, au Japon comme ailleurs, la vie de la Cour est bien différente de la vie du peuple. Misère et famines d’un coté, luxe et raffinement de l’autre, dans les vastes palais décorés de peintures aux feuilles d’or. A peine ressent-on «une sorte de mélancolie devant le prix inestimable des moindres aspects d’un monde fragile et éphémère.» Les femmes de la Cour s’ennuie, et c’est tant mieux: elles écrivent. Le Dit du Genji date du XIe. C’est une chronique de la vie quotidienne et des amours du Prince, et ce récit est considéré comme le chef-d’œuvre de la littérature japonaise. D’autres Dames écrivent des récits de voyages, et tous ces textes influencent la peinture: c’est la naissance de l’emaki, ce rouleau composé de peintures et de calligraphies. Un artiste majeur de cet art est Toba Sôjô.

Autre création de ces temps: le jardin, dont l’une des fonction essentielle est d’être destiné à être contemplé. Iles, cascades, torrents, et diverses essences d’arbres composent des paysages qui entourent des villas construites sur le principe de la «parfaite harmonie.» Au XVe siècle la Cour produit les premières pièces du théâtre Nô, une mise en scène codifiée, qui est aussi complexe à décrypter que celle de nos opéras.

Pendant que les arts évoluent, la vie continue. Les propriétaires des terres, les familles, les clans, arment leurs guerriers et se livrent à des batailles sanglantes par samouraïs interposés, bardés de leur code d’honneur et de leurs impressionnantes armures. Chez les guerriers japonais, l’arme de combat est aussi un élément de transmission de l’esprit. En dehors des boucheries des champs de bataille, la «voie de l’arc» est un passionnant exercice spirituel. Au cours d’une dernière bataille, à Sarashino, en 1575, l’un des groupes de belligérants est décimé par l’autre, qui bénéficia d’un effet de surprise, cadeau de jésuites portugais et prosélytes: des fusils. Les vainqueurs deviennent les shoguns et s’installent à Edo, le futur Tokyo, pour mener les affaires du pays. En 1637 ils massacrent les Chrétiens, et ferment le Japon, qui n’aura plus de contact avec le monde extérieur, excepté une petite colonie hollandaise installée sur un îlot en face de Nagasaki.

Autre élément incontournable de la culture japonaise: le zen, secte du bouddhisme, qui s’introduit au Japon dès le Vie siècle. Le zen prône «l’ellipse, la paradoxe, la contradiction, les questions sans réponses, l’incohérence apparente qui sont autant de chocs censés provoquer l’Éveil.» Le Zen est à l’origine de pratiques artistiques comme la calligraphie, l’aménagement de jardins, dont le «jardin sec», la cérémonie du thé et la peinture à l’encre, et une certaine poésie, dont le haïku, une forme brève et elliptique rendue célèbre par Bashô.

En 1661 apparaît un mouvement qui va bouleverser l’art japonais: l’Ukiyo-e, ou «images du monde flottant», dont la source d’inspiration est le monde réel et les scènes profanes, en réaction aux scènes religieuses ou aux sujets nobles. Tous les artistes sont concernés par ce courant: peintres, graveurs, écrivains et poètes. C’est la naissance de ce que nous appelons les «estampes japonaises», qui représentent les scènes de la vie quotidienne des courtisanes puis des geishas, des acteurs, la vie des des hommes et des femmes, parfois dans leur intimité. D’autre part, au XVIIIe, dans ce pays renfermé sur lui-même, et à défaut de pouvoir aller voir ailleurs, les artistes circulent sur les routes et à travers les montagnes. L’une de ces routes est le Tokaido, qui relie Edo à Kyoto. Au bord de ces routes, la nature devit un atelier pour des peintres comme Hokusai ou Hiroshige.

En 1853, les bateaux de Perry pointent le bout de leur nez. Les Japonais d’abord réticents finissent par ouvrir leurs ports et leurs portes. La culture occidentale va envahir le pays. Les japonais vont pouvoir s’ouvrir au monde et devenir pendant un temps le premier pays d’Asie. © LB 2007

Source : Le Japon éternel, par Nelly DELAY. Gallimard Découvertes.


Un printemps au Japon

François-Xavier Prévot

Photographies

Revenu un beau jour complètement transformé des dunes du Sahara, François-Xavier PRÉVOT décide de tout quitter et de changer de vie à 41 ans pour arpenter le monde, transmettre et témoigner. Devenu marcheur- photographe, accompagnateur, journaliste et conférencier engagé, poète et comédien, il parcourt depuis des milliers de kilomètres pour célébrer la Beauté des grands espaces et de ses peuples et nous faire partager sa passion de l'Aventure et du Dépassement de Soi, et sa vision de notre vie de tous les jours à travers l'image d'un Chemin. «Vivre et marcher, c'est la même chose», aime-t-il à rappeler, d'un sourire entendu. Avant d'ajouter: «Celui qui montre le Chemin doit d'abord le prendre. Et, qu'on le veuille ou non, nous ne pouvons qu'avancer : ça tombe bien, il n'y a pas de limite...» Des dunes du Sahara aux sommets de l'Himalaya, des rizières du Népal aux rives du fleuve Niger, des temples shintoïstes du Japon aux montagnes de Roumanie, il continue, inlassablement, d'explorer de Nouveaux Chemins et d'Ouvrir sa Route...

Beaucoup plus de choses sur ce personnage, ses récits, ses reportages et des centaines de superbes photos sur le site de François Xavier ou sur son blog. Voir notamment les reportages Un printemps au Japon, et Lost in Japan.


Donald RICHIE - Les honorables visiteurs

«-On dirait un pays à la Tchékhov, dit Isherwood.
- Non, répond Auden. Plutôt à la Ibsen.»


 

Histoire littéraire

On le sait: le Japon fut un pays fermé au monde, du XVIIe au milieu du XIXe. Ce qui eut évidemment une influence considérable sur l’accueil des visiteurs, et sur la façon dont les visiteurs ont cru comprendre ce pays. On peut même dire que cet état de fait a sas doute compliqué voire faussé les relations : pour un occidental, à l’époque en pleine expansion, voire colonisation, que penser, en effet, de cette «fermeture», et qu’imaginer de richesses potentielles. C’est en 1853 que l’amiral américain Perry entre dans le port d’Edo (aujourd’hui Tokyo), y jette l’ancre, et que cette fois aucun étranger n’est exécuté. « C’est ainsi que la grade métamorphose du Japon débuta ; les tout premiers visiteurs du Japon purent contempler le spectacle le plus extraordinaire qui soit dans l’histoire de l’humanité : celui d’une culture qui se transforme délibérément sur le modèle d’une autre. C’était une collision culturelle comme le monde n’en avait encore jamais connue.»

Les écrivains allaient être l’une des catégories de visiteurs influencés par leurs visites au Japon. Visites qui n’allèrent pas sans provoquer quelques incompréhensions… Et pour un Gontcharov qui, en 1856, fut l’un des premiers à rapporter ce que, hélas, il n’avait rien vu du Japon, d’autres auteurs écrivirent le récit de leurs voyages. C’est l’objet de ce livre. Isabella Bird fut l’une des premiers écrivains voyageurs reconnue – elle avait déjà publié Six mois aux Îles Sandwich et Une anglaise au Far West- à fouler le sol du Japon, en 1878. Elle alla jusque dans le Hokkaido et rencontra les Aïnous.

Pierre Loti arriva lui en 1885. Le Japon commençait à être perçu comme « une contrée propice aux idylles. » Ce qui tombait bien car Loti avait la réputation de dragueur, dirions nous aujourd’hui. On lui apporta une Madame Butterfly qui généra beaucoup d’incompréhension. Loti, le chantre de l’exotisme, se plaignit que la femme avait la peau trop blanche. «Elle est comme nos femmes françaises, et moi j’en désirai une jaune pour changer.» Ce à quoi l’entremetteur ne put répondre «mais c’est la peinture, monsieur, en dessous je vous assure qu’elle est jaune.»

Kipling est u jeune journaliste de vingt quatre ans quand il arrive au Japon en 1889. Il venait de l’Inde et se rendait en Angleterre en faisant étape aux Etats-Unis. Il ne s’arrêta pas longtemps, mais «écrivit quelques lettres et devint le premier voyageur occidental à décrire le pays avec honnêteté et à raconter vraiment ce qui s’y passait.» En réalité Kipling fut un simple curieux. Et si contrairement à beaucoup de ses prédécesseurs il se mit à remarquer les gens, il décrivit les japonais en les considérant comme des gens ordinaires, sans complications, donc en passant à coté, sans vraiment les comprendre.

«L’air est froid et sent la suie» fut la première remarque d’Aldous Huxley, au printemps 1926. Il détesta le Japon. «Kyoto ressemble à un de ces camps de mineurs qu’o voit au cinéma, mais deux ou trois cent fois plus grands qu’aucun original du Far West.» Il faut dire qu’Huxley écrivait des récits de voyages pour vivre, et qu’il finissait pas ne plus voir la beauté des sites qu’il visitait. Reste qu’il est peut être «plus facile et plus amusant de parler de ce qu’on déteste.» Le titre français de son récit est «Tour du monde d’un sceptique»!

Ayant fait le pari qu’il ferait le tour du monde en quatre vingt jours, aventure financée par France soir, Cocteau s’arrêté au Japon en 1936 et fut peut-être le premier a relever les contradictions de la société japonaise, alors largement occidentalisée. Le banal et le sublime. L’ancien et le moderne. « Au premier abord les japonaises ont l’air d’un anachronisme. On dirait des déguisements de carnaval. Le contraste entre les buildings et leurs kimonos est si vif qu’on est tenté de mettre leurs mines et leurs fous rires sous des ombrelles plates sur le compte d’une gêne à sortir en costume.»

Août 1955. William Faulkner descend d’avion à l’aéroport de Tokyo. La même année que Truman Capote, qui rencontra Mishima. En 1969, Angela Carter souhaita vivre quelques temps «au cœur d’une culture qui n’avait jamais été judéo chrétienne.» Elle commence par cette ville. «Les toits sont couverts de lourds bardeaux qui leur donnent la forme et la couleur de vagues figées, par un jour de temps gris.» Et c’est à l’âge de soixante neuf ans que Marguerite Yourcenar entreprend le voyage au Japon, en 1982, fascinée par l’art dramatique et le théâtre nô. Tous ces «honorables visiteurs» et quelques autres touristes occidentaux cité dans le livre ont découvert et parcouru un pays riche, étrange, étonnant, et en ont ramené des récits ou des anecdotes le plus souvent conforme aux canons et visions que l’occident avait de ce pays. © LB 2007

Les premières lignes: «Aller au Japon : aujourd’hui encore, en cet âge de voyages organisés et d’avions gros porteurs, un tel projet a un petit goût d’exotisme. Le pays dans lequel vous vous rendez a quelque chose d’étrange, de différent. Cette différence-là, cet inconnu, vous pouvez le vivre comme un attrait à savourer pleinement ou comme un inconfort à déplorer. Ca ne dépend que de vous. Quoi qu’il en soit, le Japon sait depuis longtemps satisfaire les envies des touristes, toutes tendances confondues: ceux qui souhaitent se frotter à l’étrangeté comme ceux qui désirent y échapper.» Éditions du Rocher 2006.

De nationalité américaine mais vivant au Japon depuis 1947, Donald Richie est considéré comme un des meilleurs spécialistes occidentaux du cinéma japonais. Il est aussi l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages en langue anglaise sur le Japon, sa société et sa culture. Ont notamment été publiés en français Tôkyô ; l'extravagante et humaine (Autrement, 2000) et Le Cinéma japonais (Le Rocher, 2005)

Parmi les ouvrages et auteurs cités par Donald Richie, on peut trouver en français :

> L’Honorable partie de campagne, par Thomas Raucat, chez Gallimard l’Imaginaire. Sous pseudonyme, un aviateur français envoyé au Japon comme instructeur raconte une escapade pleine de charme et compliquée.

> Tour du monde en 80 jours – Mon premier voyage, de Cocteau, serait disponible chez Gallimard, collection Idées.

> Les chiens aboient. Souvenirs, sites, silhouettes, de Truman Capote. Gallimard l’Étrangère.

> Feux d’artifice, de Angela Carter, chez 10/18.

> Le Tour de la prison, chez Gallimard, rassemble des récits de voyages de Marguerite Yourcenar.


Le regard occidental sur le Japon et ses habitants

Chronique

Ingrid LIETAER

Aujourd’hui, qu’évoque le japon pour vous?

Certains parleront des nouvelles technologies, d’autres des «no life» ou des «fashion victims» et quelques uns penseront au Japon ancestral, aux règles strictes qui entourent les traditions, les coutumes d’un pays insulaire, à l’instar de Henri Michaux.

Henri Michaux découvre le Japon en 1931. C’est un pays qui est en conflit avec ses voisins chinois et russes depuis plusieurs années. Il décrit les japonais en des termes peu glorieux: ils ont une «mentalité d’insulaires fermée et orgueilleuse», une attitude de servant, un amour de la discipline. Le climat humide et traître en fait le pays où l’on trouve le plus de tuberculeux. Les villes sont bruyantes car le klaxon est utilisé à tord et à raison.

Michaux offre son propre point de vue d’occidental, presque de colonisateur. Il porte un regarde acerbe et cruel sur un pays qu’il considère involué. Cinquante ans plus tard, il annotera son livre d’un mea culpa saisissant, il écrira alors que le «Japon d’aspect étriqué, méfiant, sur les dents est dépassé». Entre temps, la seconde guerre mondiale et la croissance rapide du pays auront bouleversé les habitants.

A contrario, Jacques Cornet découvre le Japon en janvier et février 1957 au volant de sa 2CV et en compagnie de Georges Kihm.

Il est certes déçu car il fantasmait sur les estampes japonaises et arrive à Tokio (orthographe utilisée dans son livre) dans des ruelles sales, grises au cœur de l’hiver.

Néanmoins, il s’efforce de décrire avec justesse et détails ses découvertes culturelles et humaines. Les japonais sont des gens cultivés, souriants et aimables, les hommes portent un costume gris avec un chapeau et les femmes sont habillées du kimono traditionnel et sont fardées. Il explique que la femme japonaise était esclave encore quelques années auparavant mais qu’elle est en passe d’obtenir son autonomie.

L’économie du pays est en plein essor, la guerre est un mauvais souvenir, le commerce et les exportations sont en hausse (250 camions vendus au Brésil en 1956). Le niveau de vie augmente, la télévision fait son entrée dans le foyer et lui permet même d’être un ambassadeur reconnu au volant de sa fidèle voiture en d’être reçu comme tel dans les hôtels!

Ainsi, Cornet brosse un portrait du Japon comme il le vit avec son œil de «touriste», son livre est un journal de bord, on sent une volonté de découverte de l’inconnu, d’apprendre de l’autre sans jugement. Cinquante ans après, son récit se lit avec délectation, il n’a pas pris une ride malgré les transformations opérées depuis sont séjour japonais. © IL 2007

Sources : Henri MICHAUX - Un barbare en Asie. Édition Gallimard collection l’Imaginaire, revue et corrigée en 1967. Jacques CORNET – Deux hommes 2cv en Asie » édition Pierre Horay 1957. Se trouve d’occasion. Informations sur l'exposition


Notes de lectures

 Proposées par Guy FEQUANT

Guy Fequant est professeur d'histoire- géo. Il part cet été terminer sa carrière sur l'île de la Réunion qui, dit-il,  comme Madère ou les Açores, ressemble à s'y méprendre au Sud japonais... Il a publié quelques livres depuis une vingtaine d'années - dont un essai sur Saint-John Perse et un journal ornithologique baptisé L'Aigle pêcheur - et de nombreux articles dans des revues françaises ou belges: le Courrier de la nature, Antaios, Maugis,etc. Sa grande passion littéraire: les récits de voyages anglais, les poètes antiques ou extrême Orientaux.


Aventure Japon

de Roger Guillain

Le point de vue de l'éditeur. Riche des expériences uniques qu'il a vécues au Japon, dépositaire d'images, de sons, de paysages et d'amitiés précieuses, hanté de surcroît par la crainte de voir disparaître ce patrimoine ignoré parfois des Japonais eux-mêmes, Robert Guillain passe en revue les différents Japon qu'il a connus : le Japon d'avant-guerre, le Japon militariste - jusqu'à la bombe d'Hiroshima -, et le Japon supergrand des décennies d'après guerre. Ce témoignage sans équivalent fait revivre les métiers d'avant-hier, les gaijin - les étrangers au Japon -, toutes les îles de l'archipel, ainsi que les hommes et, surtout, les femmes de ce pays que sauvera peut-être ce que Guillain nomme la bicivilisation. Arléa 1998, réédition 2003

L'HELLADE JAPONAISE DE ROBERT GUILLAIN

Robert Guillain, mort nonagénaire en 1998, fait partie de ces grands journalistes dont toute la vie s'identifia avec le métier et, au-delà, la passion d'informer. Spécialiste de l'Extrême-Orient, il laissa des centaines d'articles (surtout dans le Monde) et quelques livres qui marquèrent l'historiographie contemporaine. C'est ainsi qu'il est difficile, de nos jours, d'évoquer la montée en puissance économique du Japon dans la seconde moitié du 20ème siècle sans évoquer Le Japon,troisième Grand, paru en 1967. Mais pour les amateurs de récits de voyage, son chef d'oeuvre est Aventure Japon

Dès 1937, Guillain fut envoyé par l'agence Havas en Chine, pour couvrir la guerre sino-japonaise qui ravageait le nord et l'est du pays. Il passa contraint et forcé toute la seconde Guerre Mondiale à Tokyo et vécut donc de très près une histoire dramatique qui se termina par la double apocalypse de Hiroshima et de Nagazaki. Il dit avoir connu 4 Tokyo successifs depuis celui qui se reconstruisit après le grand tremblement de terre de 1923. En ce temps-là, qui semble antédiluvien, les Japonais n'étaient que 70 millions. Ils marchaient lentement, étaient de très petite taille et vivaient dans les maisons de bois verdies par l'humidité. Mais l'auteur ne se laisse jamais aller aux dérisions de la nostalgie exotique, cette tare de la Belle Époque. Il évoque avec un égal bonheur les ombrages estivaux de Kyoto et les rivages paradisiaques d'Okinawa. Dans les vergers d'oliviers qu'on rencontre ici et là sur les îles de la Mer Intérieure, il hume la fameuse Hellade japonaise dont parlait René Grousset. Loin de ceux qui s'autoproclament intellectuels et qui, sur les 5 continents, ne savent monter que la mayonnaise fade de leurs idées toutes faites, Robert Guillain nous livre une somme d'intelligence, de vieille culture humaniste et de sensualité nomade. De ce récit illuminé, il n'y a que le titre tintinesque qui soit mauvais! A lire absolument! © GF 2007.


Les chemins de Sata

Alan Booth

Alan Booth est, comme Bruce Chatwin, une étoile filante au ciel de la littérature de voyage. Né en 1946, il décède prématurément en 1993, vaincu par le cancer. Dès la fin des années 60, il s’était fait un nom dans le milieu théâtral en tant qu’acteur puis directeur du Théâtre National de la Jeunesse Britannique. Au Japon, où il vécut par la suite, il fut journaliste d’agence et chroniqueur cinématographique à l’ Asahi Evening News. Il écrivit deux livres seulement, et un seul fut traduit en français, Les Chemins de Sata, en 1988.

LE LONG CHEMIN DU CAP SOYA AU CAP SATA

Pour que le voyage au Japon ne tourne pas au poncif rempli d’extases convenues, Alan Booth a choisi la recette la plus efficace : marcher à pied. Il s’inscrit par là même dans la grande tradition d’Ella Maillart, de Jacques Lacarrière, de Bernard Ollivier.

Du cap Soya, à l’angle nord-ouest de ce grand cerf-volant qu’est Hokkaido, jusqu’au cap Sata, à l’extrême sud de l’archipel, à l’entrée de la baie de Kagoshima, Alan Booth parcourut 3300 kilomètres en tout, à raison de 30 kilomètres par jour en moyenne. La grande qualité de son récit tient à son parti pris de réalisme et d’ironie, et au choix de son itinéraire : non pas le Japon de l’Endroit, celui des grandes métropoles et des sites historiques encombrés de visiteurs, mais le Japon de l’Envers, autrement dit celui de la côte occidentale, là où les Japonais ne sont ni informaticiens ni moines zen mais tout simplement, comme vous et moi, paysans, garagistes, petits fonctionnaires, aubergistes, etc. Il s’ensuit toutes sortes d’aventures et de rencontres, relatées avec cet humour british d’Eric Newby faisant sa petite balade dans l’Hindou Kouch…Et certaines pages, mystérieusement, s’assombrissent, comme si Alan Booth leur confiait en filigrane la préscience de son destin. La couverture de Myles Hyman, avec son portique shintoïste, est un petit chef d’œuvre de sensibilité paysagère dans la tradition des estampes d’Edo. © GF 2007.

Alan Booth, Les chemins de Sata, Actes Sud, 1988 (trad. De Alain Labau).


Lettres du Japon

«Tout bien considéré, il n’y a que deux genres d’hommes dans le monde : ceux qui restent à la maison et ceux qui en partent. Ces derniers sont beaucoup plus intéressants.» Kipling.

Rudyard Kipling

Le point de vue de l'éditeur. Kipling est déjà un nouvelliste reconnu, en 1889, lorsqu'il envoie ces esquisses japonaises au Pioneer d'Allahabad. Entre l'Inde qu'il quitte après sept ans de carrière journalistique et la fruste Amérique qu'il appréhende, cette escale au Japon est pour lui un enchantement de tous les instants. L'apesanteur qu'il ressent dans le «pays artiste [...] habité par de petits enfants», déclenche en lui un état de grâce qui l'arrache à la causticité de ses premiers récits. Loin de prétendre au statut de témoignage ethnographique, ces crayonnages sur le vif sont l'œuvre d'un faux naïf qui s'adonne avec brio à l'écriture égotiste. Il est accompagné dans ses pérégrinations par un professeur- photographe, contrepoint à la fois réel et rhétorique, qui lui permet de libérer sa plume des clichés et des lourdeurs livresques. Flânant avec un humour désinvolte entre les chromos, Kipling montre qu'un écrivain en voyage peut éviter la bêtise s'il est assez artiste pour voir sans savoir, assez humain pour aimer sans comprendre et assez modeste pour rire de son ignorance. C'eût été trahir Kipling que de réintroduire dans le texte la matière qu'il avait pris soin d'écarter. Seuls de brefs rappels historiques, accompagnés de commentaires littéraires ou culturels, ponctuent ces lettres illustrées. Éditions Elytis.

Extrait d’une lettre de Kipling - Tokyo, 1889.

«La moitié de la ville était sortie faire une promenade. Tous les vêtements étaient indigo, tout comme les ombres, et la plupart des lanternes de papier luisaient comme des gouttes de sang. A la lueur des lampes à huile fumantes, des gens vendaient des fleurs et des arbustes – de méchants pis touchés de nanisme, des pêchers, et des pruniers rabougris, des pieds de glycine rachitiques, qui se contorsionnaient d’un air grotesque et ne ressemblaient plus à rien, tous perchés dans de gros pots vernissés d’où ils jetaient un regard torve sur le monde environnant. Dans la lumière dansante des flammes jaunâtres, ces pauvres estropiés et les visages jaunes qui les entouraient se joignaient à un ballet fantastique, puis les flammes d’immobilisaient et ils faisaient à nouveau semblant d’être des plantes, jusqu’à ce qu’une tiède bouffée d’air nocturne passant sur le feu renvoie toute la rue à sa danse insensée, et leurs ombres faisaient des cabrioles sur les façades.» 


Du Japon et de la bonne humeur

Chronique et notes de lectures

Géraldine BENESTAR

Voyageuse, Géraldine est également l'auteur de Hautes vallées du Pakistan, Visions de montagnards, publié aux éditions Transboréal.

«Allo la terre... ici Tokyo!» et «Pourquoi les japonais ont les yeux bridés», deux titres d’ouvrages pas banals pour des contenus qui le sont tout autant ! Des livres à avaler d’un seul coup et surtout à diffuser à son entourage... bonne humeur garantie!

Allo la terre... ici Tokyo! Nadège Fougeras. Éditions Mettis 2006.

 

Alors qu’Internet envahit notre espace littéraire, et que la dématérialisation totale du livre et de la presse semble imminente (cf cet excellent webzine...), «Allo la terre... ici Tokyo!» en prend le contre-pied avec un «book-mail», livre compilant une correspondance internet d’une jeune française expatriée au Japon pendant 3 ans. Attention, nous ne sommes pas là sur le mode egocentrico- ennuyeux de certains blogs. «Un jour je prendrai le temps de vous parler de la cérémonie du thé et du théâtre No.» martèle Nadège Fougeras tout au long de son séjour. Pourtant elle ne se résigne pas à rentrer dans les clichés, tant la société japonaise qu’elle découvre dans son quotidien «métro, boulot, dodo» l’amuse. Et c’est sur le mode de l’humour, un brin moqueur mais jamais hautin, le tout abondamment illustré de photos bien choisies, que la française nous emmène à la découverte de ce pays étonnant dans lequel elle a aimé vivre. Un livre à mettre en main de tous ceux que le Japon fascine mais aussi de tous ceux qui l’imaginent «ennuyeux». Vous rirez à sa lecture et faites l’expérience, passez-le à quelqu’un... vous l’entendrez pouffer à son tour!

A quand un book-mail sur notre chère patrie à destination des japonais (car entre nous... il y aurait de quoi faire...) ?

Pourquoi les japonais ont les yeux bridés. Keiko Ichiguchi. Dargaud 2007.

Keiko Ichiguchi est japonaise, auteur de Manga, et vit à Bologne en Italie depuis plusieurs années. «Pourquoi les japonais ont les yeux bridés» reprend le titre de l’un des chapitres les plus truculents de l’ouvrage... (mais... dont nous ne vous dirons rien!) Parce qu’elle a constaté que ses amis européens éprouvaient un réel intérêt pour la culture japonaise, Keiko s’est décidé à transcrire ce qu’elle qualifie de «bavardages» sur son pays natal. Mais loin de descriptions superficielles c’est bien des aspects très pointus d’une société japonaise moderne pétrie de traditions anciennes et respectées qu’elle dépeint. Les descriptions, toujours tirées de son vécu, parsemées d’anecdotes et de touches humoristiques sont relevées de magnifiques dessins tantôt drôles tantôt poétiques. Si cet ouvrage n’est pas un récit de voyage à proprement parler, c’est en tout cas un excellent prétexte pour aller plus avant dans la découverte de ce fascinant pays. © GB 2007


Photos

Un pèlerinage autour des 88 temples de l'île de Shikoku.

reportage Éric Rechsteiner

Pèlerinage autour des 88 temples de l'île de Shikoku. © Éric Rechsteiner 2007

 

Éric Rechsteiner est aussi parti sur les routes de Nicolas Bouvier, des Balkans au Japon. Son recueil de photos Indigo Street - Sur les routes de Nicolas Bouvier, préface de Gilles LAPOUGE, est paru en novembre 2005 aux éditions de la Boussole.


© Éric Rechsteiner 2007


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