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Pierre Deveaux - Je suis né au Japon |
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«Le voyage, c'est aussi une aventure de la conscience où l'on est amené à dépasser ses propres limites, parfois au seul compte de la survie…» Le site Je suis né au Japon |
Extraits 1- Les plus beaux W.C. du monde Au Japon, on entrait parfois dans un W.C. comme dans le sanctuaire d’un temple. Le chœur, composé d’un éden de verdure, était animé par des jeux de lumière qui rendaient les couleurs plus douces, plus apaisantes, plus sensuelles aussi. Mais le jardin idyllique ne renfermait ni pommier ni serpent perfide. De petits oiseaux invisibles gazouillaient des mélodies innocentes qui vous invitaient à vous détendre et à prendre position sur le trône où régnait le tabernacle-ordinateur, destiné à prendre en charge tous vos besoins : lavage, shampooing, rinçage ( l’essorage demeure encore un programme à haut risque) et, bien sûr, le séchage. Très perfectionniste dans le détail, il composait même le murmure du ruisseau afin d’étouffer le glouglou impudique que nous émettions en assouvissant nos vénérables besoins transcendantaux… Cependant, même les plus beaux W.C. du monde n’offraient pas toujours une expérience aussi euphorique. Papa se souviendra toujours de cet hiver 93 où il m’avait emmené dans un grand magasin de Tokyo. Il cherchait désespérément des toilettes et un employé avait eu la gentillesse de le conduire jusqu’à la frontière de ce royaume intime. Le design futuriste et l’impressionnant tableau de bord du W.C. laissaient supposer que nous étions certainement en présence de l’un des tous derniers modèles dont le prix devait dépasser les 4500 €. Un peu intimidé, papa s'était confortablement installé sur son trône luxueux et commençait à satisfaire un besoin légitime et pressant. Tout à coup, la chaleur diffusée dans le couvercle du siège, jusqu'alors fort douce et agréable, s’éleva brusquement pour atteindre la limite du supportable. Poussé par un réflexe de survie tout à fait compréhensible, papa souleva vivement son auguste postérieur pour échapper à la fournaise. Mais à ce moment précis, les jets de lavage, surgissant de l’intérieur de la cuvette, se mirent en action et arrosèrent généreusement slip et pantalon. Sous l’impulsion d’un mouvement d’autodéfense, d’ailleurs certainement très mal adapté, il se rassit aussitôt pour colmater l’inondation. Hélas, dans sa précipitation, il prit maladroitement appui sur le tableau de bord, ce qui déclencha la panique totale au niveau du cerveau électronique déjà affecté par une surchauffe anormale. Ce fut le branle-bas de combat : lances à jets d’eau, souffleries, aspirations, grondements caverneux, sifflements hystériques... le tout accompagné d’une épaisse fumée qui empestait le roussi. S’agissait-il en fait d’une nouvelle technologie d’incinération d’excréments? Devant l’ampleur du cataclysme, papa hésitait entre la fuite et la curiosité d’assister à l’apocalypse du plus beau W.C. du monde. Il demeurait fasciné par le couvercle sur lequel il s’était posé avec tant d’aise et qui venait de se transformer en une énorme crêpe boursouflée. Il imagina avec stupeur ses tendres hémisphères calcinées dans cet étau diabolique...
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2- le sens du voyage Voici un autre extrait plus personnel qui donne une certaine dimension au sens que les voyageurs accordent au voyage. Il se situe au moment où leur périple à vélo touche à sa fin. Régine fait part de ses impressions: «…Je souhaiterais que notre voyage ne se termine jamais. C'est la première fois que je découvre le vrai sens du mot vivre. Jusqu'à présent, j'avais toujours eu l'impression d'exister pour quelque chose d'extérieur à moi-même: le travail, la famille, les amis… Oh! Je ne renie pas pour autant ce genre de vie dans lequel on parvient sans doute à s'épanouir, mais il impose une multitude d'exigences qui ne nous permettent pas d'être assez disponibles pour nous ouvrir à d'autres valeurs tout aussi essentielles. Ce que je croyais être fondamental hier ne l'est plus aujourd'hui et, cependant, je me sens heureuse… Oui, heureuse et libre. Libre de décider moi-même de ce qui est important sans que la raison sociale me le dicte, libre de profiter de la nature autrement que par acomptes, libre de choisir la solitude sans que ce soit elle qui viennent me traquer… libre de t'aimer comme jamais je n'aurais pu l'imaginer… Le partage de l'effort, de la souffrance, de l'incertitude, de l'enchantement, du bonheur, a créé entre nous une complicité que nous voulons conserver comme notre plus belle richesse. En mettent fin à ce voyage, nous avons peur de la profaner, de la corrompre et finalement de la détruire. Mais, à présent que nous avons goûté à ce nectar de vie, plus rien au monde ne nous empêchera de revenir à sa source.» © Pierre DEVAUX |
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