Accueil
Actualité
Guide de lectures
Bibliothèques
Histoire
Textes et citations
Liens
Contacts


les récits de voyage > Valérie Mathez et Raphaël Favrat > Du Pacifique au Mont-Blanc

C’est en 1997 qu’avec leurs vieux VTT, Valérie Mathez et Raphaël Favrat s'attèlent à leur première expérience cyclotouriste: le tour du lac Léman en deux jours, soit 200 kilomètres. Une révélation. Entre 1999 et 2003, ils s'envolent pour la Tunisie, la Turquie, la Martinique. Sac au dos, ils sillonnent la Thaïlande et le Vietnam. Cependant ces voyages de quelques semaines leur semblent bien superficiels, ils éprouvent le besoin d’authenticité, de s'immerger dans le monde... de ne plus être spectateurs mais acteurs de leurs voyages. C’est ainsi que naît le projet «Du Pacifique au Mont-Blanc». Un grand voyage à bicyclette sur les routes de la planète qui débute en avril 2004 pour s’achever dix-huit mille kilomètres plus loin. Contrairement à ceux qui partent au bout du monde, Valérie et Raphaël choisissent, eux, de partir du bout du monde! Ils partent donc de Nouvelle-Calédonie, petit bout de France des antipodes, «de l'autre côté» de leur Haute-Savoie d'origine, à la rencontre des peuples, et peut être, d'eux-mêmes.


Extraits 

A vélo du Pacifique au Mont-Blanc
de Raphaël Favrat et Valérie Mathez. Editions Artisans voyageurs.


Du Pacifique au Mont Blanc > le site.


Imaginer de grands espaces, songer tout quitter momentanément, vagabonder à bicyclette sur les routes de la planète. Partir de loin, du plus loin possible et revenir. Quinze mois de pérégrinations et 18 200 kilomètres à sentir souffler le doux vent de la liberté, à découvrir les douceurs et les aigreurs d’une vie de nomade, à se redécouvrir.

Des lagons paradisiaques de la Nouvelle-Calédonie en passant par les steppes de l’Anatolie centrale pour parvenir au toit de l’Europe. Subir la faim dans le désert rouge de l’outback, les pluies torrentielles de la mousson du royaume de Siam, la hantise de l’accident sur les pistes khmères. Cheminer parmi les ethnies du Laos, se perdre dans les campagnes de la Toscane.

Raphaël, retour à la vie nomade

Reprendre la route et ne pas s’attarder au risque de s’attacher. Dénouer les liens tissés et partir la larme à l'œil, sans se retourner. Voilà bien à quoi nous sommes voués, à ne laisser derrière nous que des souvenirs. C’est ainsi, nous sommes de passage, mais peut-être qu’un jour nos chemins se croiseront à nouveau, qui sait ?

Durant notre séjour sédentaire, les conseils recueillis nous ont aidé à peaufiner notre aventure indonésienne. En ce mois d’élection présidentielle, la stabilité du pays risque d’être mis à mal. On nous conseille vivement de nous cantonner à Bali, loin de Java et surtout de Jakarta. Nous suivons donc le conseil et attendons le dépouillement avant de filer, le nez dans le guidon, vers Sumatra.

La reprise du vélo est rude, surtout que ça grimpe sec. À pied, nous parvenons au sommet de la côte, après six kilomètres de marche, encore un raccourci de Valé…

Le dénivelé est tel que même les motos peinent à monter. Le pourcentage de la pente est si élevé que je ne vois plus Valérie. Elle est masquée par son vélo, jambes et bras tendus poussant son fardeau sous trente-cinq degrés à l’ombre.

Trois mômes, hauts comme trois pommes, vêtus de l’uniforme d'écolier réglementaire aux couleurs nationales nous accompagnent. Ils marchent aussi vite que nous pédalons, à moins que ça ne soit le contraire. Douze kilomètres par jour pour aller à l’école, c’est certain ça muscle les guiboles.

Nous profitons de l’occasion pour pratiquer nos rudiments d’indonésien, mais timides plus que méfiants les enfants gardent la distance. L’ananas offert par Martini pour notre départ brise la glace. Partagé en cinq parts égales, il fait le bonheur des bambins. Joueurs, ils nous lancent de larges sourires, marchent devant en faisant les pitres, nous attendent, repartent de plus belle. Un moment formidable. À l’approche du kampung, ils détalent ventre à terre et disparaissent entre les baraques de bambous. Nous les retrouvons plus loin agrippés aux sarongs de leurs mères.

Plus loin ce sont d’autres gamins qui nous accostent. Ceux-ci ne vont pas à l’école. L’uniforme troqué contre des guenilles, ils se montrent beaucoup moins timides et particulièrement entreprenants. Une dizaine nous tourne autour comme un essaim d’abeilles, essayant de chaparder le moindre truc qui dépasse.

Leur vocabulaire se limite à «Money! Money!». Le nôtre à «No money! Don’t touch! No money!». L’un d’eux, pourtant loin d’être le plus grand, profite d’un arrêt pour glisser sa frêle main dans une sacoche. Index pointé en sa direction, je hausse le ton: «Atti Atti!» (Attention!)


(Extraits)

Laborieuses quêtes de nourriture lors du ramadan en Malaisie, pénibles tractations pour dormir en Chine. Retenus par les divinités de Bali, repoussés par les démons du Tibet… les déités exprimeront leur desseins et modifieront le cours de leur histoire. Histoire à deux, histoire partagée avec Antonio, Lanang, Pak, Emel, Dilek, Ozan, Don Franco… et bien d’autres encore qui ont ponctué de bonheur et d’émotions la fabuleuse odyssée de Valérie et Raphaël. Ainsi fut leur voyage, leur grande ballade sur les chemins du monde. Au fil des pages, ils nous donnent une belle leçon d'humilité et d'humanité.

Aujourd’hui, le scénario se répète, la pente demeure raide. Le Fanta n’est pas frais mais l’échoppe valait bien la peine qu’on s’y attarde quelques instants. Point de table ni même de chaise et pourquoi il y en aurait puisque la boutique n’est qu’un bazar. Sur le seuil, l’aïeule, les dents rouges de bétel, nous fait une place. « Asseyez-vous là » semble-t-elle dire en tapant du plat de la main sur le banc. Son visage plissé de mille rides me dévisage. « D’où viens-tu l’étranger ? » paraît-elle me demander à présent.

«Putung», répondis-je sans savoir si la réponse satisfait la question.

«Ah ! Putung! Putung!» Répète-t-elle en levant le bras en direction du sud.

Quel âge peut-elle avoir ? Un siècle ? Moins ? Je ne saurais dire. Mais voilà que d’un coup notre petite vieille se précipite sur mes lunettes de soleil posées sur le banc et les place maladroitement sur le nez de son petit-fils assis sur le muret d’en face. Il paraît aussi surpris que moi par la vivacité de sa grand-mère. Confus, immobile, l’adolescent me jauge. D’un signe je l’encourage à les essayer, sachant que mes lunettes me protègent non seulement du soleil, mais qu’elles corrigent aussi ma vue. Il faut peu de temps pour qu’il les retire, mimant la tête qui lui tourne. Un éclat de rire général ponctue cette brève et joyeuse rencontre.

Quelques kilomètres plus loin, attablés dans un warung, deux chiens galeux à nos pieds, nous dégustons l’unique plat servi : un nasi campur, un petit peu trop épicé.

Plus haut, encore plus haut devrais-je dire, à la sortie d’un virage, d’un coup d’un seul, le paysage s’ouvre devant nous. Grandiose ! Le belvédère surplombe un lac de cratère de dix kilomètres de diamètre dominé par deux volcans : le mont Abang, et le mont Batur, avec son panache de fumée blanche portant les stigmates laissés par ses coulées de lave. Quelle formidable récompense après deux jours d’ascension !

En contrebas, sur les berges du lac, Kedisan, où nous poserons nos sacoches ce soir. Pour y parvenir, cinq kilomètres de descente vertigineuse en lacets. La route est étroite et défoncée. Les camions peinent à monter et crachent une fumée noire. Leur cargaison de sable et de rochers issus des volcans sème sur la chaussée nombre de gravillons. Chaque virage est à négocier avec la plus grande prudence.

Pêcheurs, montagnards, artistes peintres, cohabitent dans ce village paisible dont nous parcourons, le long du lac, les fertiles terres agricoles. Néanmoins notre quiétude est de bien brève durée, une fois dans le cœur de la bourgade, nous sommes aussitôt sollicités par les rabatteurs de losmens, les multiples revendeurs en tout genre et des pseudos guides certifiant pratiquer le meilleur prix pour l’ascension du volcan. Le revers de la médaille des lieux touristiques.


Accueil ] Actualité ] Guide de lectures ] Bibliothèques ] Histoire ] Textes et citations ] Liens ] Contacts ]