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Raphaël, retour à la vie nomade Reprendre la route et ne pas s’attarder au risque de s’attacher. Dénouer les liens tissés et partir la larme à l'œil, sans se retourner. Voilà bien à quoi nous sommes voués, à ne laisser derrière nous que des souvenirs. C’est ainsi, nous sommes de passage, mais peut-être qu’un jour nos chemins se croiseront à nouveau, qui sait ? Durant notre séjour sédentaire, les conseils recueillis nous ont aidé à peaufiner notre aventure indonésienne. En ce mois d’élection présidentielle, la stabilité du pays risque d’être mis à mal. On nous conseille vivement de nous cantonner à Bali, loin de Java et surtout de Jakarta. Nous suivons donc le conseil et attendons le dépouillement avant de filer, le nez dans le guidon, vers Sumatra. La reprise du vélo est rude, surtout que ça grimpe sec. À pied, nous parvenons au sommet de la côte, après six kilomètres de marche, encore un raccourci de Valé… Le dénivelé est tel que même les motos peinent à monter. Le pourcentage de la pente est si élevé que je ne vois plus Valérie. Elle est masquée par son vélo, jambes et bras tendus poussant son fardeau sous trente-cinq degrés à l’ombre. Trois mômes, hauts comme trois pommes, vêtus de l’uniforme d'écolier réglementaire aux couleurs nationales nous accompagnent. Ils marchent aussi vite que nous pédalons, à moins que ça ne soit le contraire. Douze kilomètres par jour pour aller à l’école, c’est certain ça muscle les guiboles. Nous profitons de l’occasion pour pratiquer nos rudiments d’indonésien, mais timides plus que méfiants les enfants gardent la distance. L’ananas offert par Martini pour notre départ brise la glace. Partagé en cinq parts égales, il fait le bonheur des bambins. Joueurs, ils nous lancent de larges sourires, marchent devant en faisant les pitres, nous attendent, repartent de plus belle. Un moment formidable. À l’approche du kampung, ils détalent ventre à terre et disparaissent entre les baraques de bambous. Nous les retrouvons plus loin agrippés aux sarongs de leurs mères. Plus loin ce sont d’autres gamins qui nous accostent. Ceux-ci ne vont pas à l’école. L’uniforme troqué contre des guenilles, ils se montrent beaucoup moins timides et particulièrement entreprenants. Une dizaine nous tourne autour comme un essaim d’abeilles, essayant de chaparder le moindre truc qui dépasse. Leur vocabulaire se limite à «Money! Money!». Le nôtre à «No money! Don’t touch! No money!». L’un d’eux, pourtant loin d’être le plus grand, profite d’un arrêt pour glisser sa frêle main dans une sacoche. Index pointé en sa direction, je hausse le ton: «Atti Atti!» (Attention!)
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(Extraits) |
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Aujourd’hui, le scénario se répète, la pente demeure raide. Le Fanta n’est pas frais mais l’échoppe valait bien la peine qu’on s’y attarde quelques instants. Point de table ni même de chaise et pourquoi il y en aurait puisque la boutique n’est qu’un bazar. Sur le seuil, l’aïeule, les dents rouges de bétel, nous fait une place. « Asseyez-vous là » semble-t-elle dire en tapant du plat de la main sur le banc. Son visage plissé de mille rides me dévisage. « D’où viens-tu l’étranger ? » paraît-elle me demander à présent. «Putung», répondis-je sans savoir si la réponse satisfait la question. «Ah ! Putung! Putung!» Répète-t-elle en levant le bras en direction du sud. Quel âge peut-elle avoir ? Un siècle ? Moins ? Je ne saurais dire. Mais voilà que d’un coup notre petite vieille se précipite sur mes lunettes de soleil posées sur le banc et les place maladroitement sur le nez de son petit-fils assis sur le muret d’en face. Il paraît aussi surpris que moi par la vivacité de sa grand-mère. Confus, immobile, l’adolescent me jauge. D’un signe je l’encourage à les essayer, sachant que mes lunettes me protègent non seulement du soleil, mais qu’elles corrigent aussi ma vue. Il faut peu de temps pour qu’il les retire, mimant la tête qui lui tourne. Un éclat de rire général ponctue cette brève et joyeuse rencontre. Quelques kilomètres plus loin, attablés dans un warung, deux chiens galeux à nos pieds, nous dégustons l’unique plat servi : un nasi campur, un petit peu trop épicé. Plus haut, encore plus haut devrais-je dire, à la sortie d’un virage, d’un coup d’un seul, le paysage s’ouvre devant nous. Grandiose ! Le belvédère surplombe un lac de cratère de dix kilomètres de diamètre dominé par deux volcans : le mont Abang, et le mont Batur, avec son panache de fumée blanche portant les stigmates laissés par ses coulées de lave. Quelle formidable récompense après deux jours d’ascension ! En contrebas, sur les berges du lac, Kedisan, où nous poserons nos sacoches ce soir. Pour y parvenir, cinq kilomètres de descente vertigineuse en lacets. La route est étroite et défoncée. Les camions peinent à monter et crachent une fumée noire. Leur cargaison de sable et de rochers issus des volcans sème sur la chaussée nombre de gravillons. Chaque virage est à négocier avec la plus grande prudence. Pêcheurs, montagnards, artistes peintres, cohabitent dans ce village paisible dont nous parcourons, le long du lac, les fertiles terres agricoles. Néanmoins notre quiétude est de bien brève durée, une fois dans le cœur de la bourgade, nous sommes aussitôt sollicités par les rabatteurs de losmens, les multiples revendeurs en tout genre et des pseudos guides certifiant pratiquer le meilleur prix pour l’ascension du volcan. Le revers de la médaille des lieux touristiques. |
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