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une histoire de la littérature de voyage > les dates clés: 1816 - Stendhal et le voyage sentimental


Selon les époques, les hommes n'ont pas voyagé de la même façon, ni dans le même but. Les contraintes, les idées ont dessiné le rythme des voyages, la destinée des voyageurs, et les récits qui en ont été faits.

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Stendhal et le voyage sentimental

Une date clé: 1816 - Stendhal et le voyage sentimental

> Dossier Stendhal
> Page Stendhal (notes de lecture)

Stendhal n’est pas seulement «l’explorateur implacable du cœur humain» (JL), il aimait bouger. Il ne pouvait rester en place très longtemps. Il était «incapable de séjourner très longtemps au même endroit sans connaître l’ennui ou la lassitude.» (CE) Les routes d’Europe n’eurent pas de secrets pour lui. L’Angleterre, l’Autriche, l’Espagne, la Prusse, l’Italie, bien sûr, et la Russie… Lacouture parle de «cette fringale de départs et de flâneries audacieuses qui le prend entre deux amours et deux livres – lesquels y ont souvent beaucoup à gagner.» (JL, p 210) Pourtant le voyage est quasiment absent de son œuvre romanesque. Et Stendhal n’a jamais entrepris un voyage dans l’intention de le décrire. La rédaction du récit est toujours postérieure et s’accompagne d’un travail de recomposition. (CE, p 87). Alors Stendhal dans une histoire de la littérature de voyage? Stendhal écrivain voyageur?

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Le voyage et les écrivains à l’époque de Stendhal

Qu’est-ce qui distingue Stendhal des écrivains voyageurs précédents?

Au XVIIIe, le Siècle des Lumières, Rousseau célébrait le voyage pour le voyage, glorifiant le plaisir physique de la marche et l’éveil à l’émotion procuré par la contemplation d’une nature majestueuse et sauvage.

En ce début du XIXe, la conception du voyage qui s’impose à cette époque c’est le voyage comme dépaysement, la recherche de l’exotisme, de la différence. Mais à l’encontre de Nerval ou de Chateaubriand, Stendhal ne recherche pas une « terra incognita » (CE)

Ne recherchant ni le plaisir physique, n’étant pas à la recherche de l’exotisme, Stendhal s’intéressera plus aux gens qu’aux objets ou aux décors. «Pour peu que l’homme qui me répond soit emphatique et ridicule, je ne pense plus qu’à me moquer de lui, et l’intérêt du paysage s’évanouit pour toujours ».

D’autre part, Stendhal sera le premier à raconter comme il se promène : avec liberté, prenant et racontant les choses comme elles lui viennent, et les abordant sous un angle subjectif, le fameux « Je » cher à l’auteur des « souvenirs d’égotisme ». Stendhal fut l’un des premiers à écrire un récit de voyage personnel, c'est-à-dire incluant ses propres sentiments et perceptions des choses, et leurs effets sur lui-même.

Stendhal raconte, il digresse, il suit sa pensée. Le récit, qui n’a rien voir avec un guide de voyage classique, et qui prend la forme du journal intime, bien connue de l’auteur, montre une totale liberté dans l’écriture, signature du récit de voyage. (DS)

«Un journal de voyage doit être plein de sensation. Car  je voyage non pour connaître […] mais pour me faire plaisir ».

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Stendhal et le voyage sentimental

L’expression «voyage sentimental» a été popularisé par le roman éponyme de Lawrence Sterne: Voyage sentimental en France et en Italie, paru en 1768. (BNF)

Sous le nom de Yorick, l’auteur y visite la France. Dans la préface, Sterne définit ainsi le voyageur sentimental : «autrement dit moi-même, moi qui ai voyagé, et qui m’assieds à l’instant même pour vous raconter comment j’ai voyagé autant par nécessité, par besoin de voyager».

Le récit semble s’abandonner aux circonstances. Il passe d’un sujet à l’autre, trace des portraits, alterne les anecdotes. On n’apprend pratiquement rien sur la France mais beaucoup sur ses habitants. Et surtout sur le voyageur.

Ici le voyage n’est important qu’en tant que révélateur de l’homme. Il est inutile, selon Sterne, de sillonner des terres étrangères dans le seul but d’apprendre (on peut le faire aussi bien chez soi), ni de tenter de comprendre d’autres sociétés si on reste centré sur ses propres préoccupations. Voyager, être ailleurs, c’est au contraire être déstabilisé, bousculé dans ses habitudes de pensée. Pour cela, il faut s’ouvrir aux autres, provoquer les rencontres imprévues, laisser se développer les événements fortuits, favoriser les contacts entre les gens.

Dans cette veine, le successeur de Sterne est bien Stendhal.

Lui aussi aime l’impromptu. Ses relations de voyage (Mémoires d’un touriste (1838), Voyage dans le Midi de la France) possèdent cette écriture au premier abord discontinue.

Stendhal, dans la retranscription de ses visites, veut avant tout être «nature», ce qui signifie raconter comme on se promène, de son point de vue (texte à la première personne), au fur et à mesure que les choses surviennent (récit chronologique), avec de nombreuses digressions (en balade on n’est pas forcément tout entier tendu vers un but). (BNF)

Mais derrière cette nonchalance étudiée se profile une écoute attentive de soi, permettant de fixer ses pensées et faire le point sur ses sentiments. Le panorama réel est beaucoup moins important que la perspective qu’en a le voyageur. Importe essentiellement le regard, non ce qu’on voit. La description s’efface devant l’analyse.

« Je ne prétends pas dire ce que sont les choses, je raconte la sensation qu’elles me firent ».

Avec Stendhal, le voyage n’est plus seulement une découverte du monde, mais une expérience intime. Le voyageur est devenu le centre du récit, en lieu et place du voyage.

Après Stendhal il est deux types de récits bien différent : ceux des voyageurs, censés retranscrire le réel; et ceux des écrivains, retraçant une expérience personnelle en jouant sur l’écrit, la langue, la construction du récit.

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Le voyage touristique

Si c’est avec Stendhal qu’il est «sentimental», c’est avec le même que voyage est aussi considéré comme un plaisir, et que les paysages sont autant remarqués que les monuments. «Les rives de la Saône, à deux lieus au-dessus de Lyon, sont pittoresques, singulières, fort agréables.» (Mémoires d'un touriste) En voyage vers Barcelone il parle du « délicieux plaisir de voir ce que je n’ai jamais vu » (JL p 220)

Stendhal peut être considéré comme «l’inventeur» du guide touristique. Les Promenades dans Rome (1829) furent écrites pour proposer des itinéraires, accompagner et guider le voyageur dans sa visite de la Ville éternelle. (CE)

Et si Stendhal n’a pas inventé le touriste, ce mot existant depuis le Grand Tour, il y participe en1838, par la publication des Mémoires d’un touriste, qui popularise ce terme. Et c’est en 1841 qu’apparaît le mot tourisme, quand Thomas Cook ouvre en Angleterre la première agence de voyages. © LB 2007.

------ Références -------(JL) Stendhal, le bonheur vagabond, par Jean Lacouture, Le Seuil. - (CE) Stendhal, par Clément EGGER, Albin Michel - (BNF) Site Internet Gallica / BNF - (DS) Editions Diane de Selliers. Quatrième de couverture ou informations de l’éditeur.

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