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une histoire de la littérature de voyage > les dates clés >> 629 - Le périple de Hsuan Tsang


Selon les époques, les hommes n'ont pas voyagé de la même façon, ni dans le même but. Les contraintes, les idées ont dessiné le rythme des voyages, la destinée des voyageurs, et les récits qui en ont été faits.

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629 - Le périple de Hsuan Tsang

Une date clé: 629. Le périple de Hsuan Tsang 

629 – Le moine bouddhiste chinois Hsuan Tsang (ou Xuanzang) (629 - 664) entreprend un formidable périple pour se rendre en Inde.


Le contexte

Du IVe au XIe, des pèlerins chinois se rendent fréquemment en Inde. Selon les vicissitudes politiques ils empruntent les voies terrestres – Gansu, Khotan, le Pamir – ou maritimes, de Canton, par Java, Sumatra, jusqu’au delta du Gange. Ces pèlerins chinois se nomment Fa-hien, ou Faxian (399-415), Song Yun (518-522), Yi-tsing (653-713).

Le plus célèbre est le moine bouddhiste chinois Hsuan Tsang (ou Xuanzang) qui entreprend en 629 un formidable périple pour se rendre en Inde, la terre natale du Bouddha, afin d'y rechercher l'Ultime Vérité de la doctrine bouddhique. Il revient en avril 645 ramenant un grand nombre de textes en sanskrit, augmentant ainsi la quantité de littérature bouddhique disponible en Chine.

Hiuan Thsang traversa le Gobi, Gansu, la Sogdiane, parcourut les Indes pendant vingt ans, visita la Birmanie pour rentra par le Pamir. Il écrivit les Mémoires sur les contrées occidentales, pleines d’informations sur l’histoire et sur la géographie des Indes au VIIe siècle.


Mémoires sur les contrées occidentales

(Extrait)

(…) Ce jour même, le roi envoya des messagers dans les différents royaumes pour ordonner à tous les religieux versés dans l’explication des livres de se réunir à Kanyâkoubdja et d’assister aux conférences du Maître de la Loi du royaume de Chine.

Au commencement de l’hiver, le Maître de la Loi, en compagnie du roi, remonta le Gange et arriva, dans le dernier mois de l’année, au lieu de l’assemblée. On y vit arriver dix-huit rois de l’Inde centrale, trois mille religieux versés dans le Grand et le Petit Véhicules, deux mille brahmanes et Nirgrantha [les «ascètes nus»] et environ trois mille moines de l’Université de Nâlanda. Tous ces sages, aussi renommés par leur vaste savoir que par la richesse et la facilité de l’élocution, s’étaient rendus avec empressement au lieu de l’assemblée, pour entendre les vrais accents de la Loi. Ils étaient tous accompagnés d’une suite nombreuse. Les uns étaient montés sur des éléphants, les autres étaient portés en palanquin, et chaque groupe était entouré de bannières et d’étendards. La foule grossissait par degrés, comme les nuages qui s’amoncèlent et se déroulent dans les airs, et remplissait un espace de plusieurs dizaines de lieues. Nulle comparaison, si exagérée qu’elle fût, ne saurait donner une idée de leur multitude immense.

Le roi avait ordonné d’avance de construire, sur la place de l’assemblée, deux vastes bâtiments couverts de chaume, pour y placer la statue du Bouddha et y recevoir la multitude des religieux.

Lorsqu’on fut arrivé, ces deux palais se trouvèrent achevés en même temps. Ils étaient à la fois vastes et élevés, et pouvaient contenir chacun mille personnes. Le roi avait fait établir sa tente de voyage à cinq lieues à l’ouest du lieu de l’assemblée. Ce jour-là, il fit fondre en or une statue du Bouddha et, par ses ordres, on équipa un grand éléphant surmonté d’un dais précieux où l’on plaça la statue. Le roi Sîlâditiya, tenant un grand éventail de plumes blanches, marchait à droite, sous le costume d’Indra ; le roi Koumâra, portant un parasol d’étoffe précieuse, marchait à gauche, sous le costume de Brahma. Tous deux portaient des tiares divines, d’où descendaient des guirlandes de fleurs et des rubans chargés de pierres précieuses. On avait équipé, en outre, deux grands éléphants qui suivaient le Bouddha, chargés de corbeilles de fleurs rares qu’on répandait à chaque pas.

Le Maître de la Loi et les officiers du palais reçurent l’invitation de monter chacun sur un grand éléphant et de se tenir en rang derrière le roi. Puis trois cents grands éléphants furent donnés aux rois, aux ministres et aux religieux célèbres des autres royaumes qui, rangés sur les deux côtés de la route, devaient marcher en chantant des louanges. Ces préparatifs commencèrent dès l’aube du jour. Le roi en personne conduisit le cortège depuis sa tente de voyage jusqu’au lieu de l’assemblée.

Lorsqu’on fut arrivé à la porte de l’enceinte, il ordonna à tout le monde de mettre pied à terre, de porter la statue du Bouddha dans le palais qui lui était destiné et de la placer sur un trône précieux.

Le roi lui offrit ses hommages en compagnie de Xuanzang, puis il ordonna aux dix-huit rois de faire entrer les religieux les plus illustres et les plus savants, au nombre de mille ; les brahmanes et les religieux hérétiques, renommés par leurs actes, au nombre de cinq cents ; les ministres et grands officiers des différents royaumes, au nombre de deux cents. Quant aux religieux et aux laïcs qui n’avaient pu être admis à l’intérieur, il leur ordonna de se ranger en troupes séparées hors de la porte de l’enceinte. Le roi ordonna de servir à manger à tout le monde, au-dedans comme au dehors, et donna de riches présents à Xuanzang et aux religieux, à savoir un vase d’or pour l’hommage au Bouddha, une tasse d’or, sept pots à eau en or, un bâton de religieux en or, trois mille pièces de monnaie en or et trois mille vêtements de coton de qualité supérieure. Tous ces dons étaient proportionnés au mérite de chacun.

Après cette distribution, le roi fit dresser, à part, un siège orné des choses les plus précieuses et pria le Maître de la Loi de s’y asseoir pour présider la conférence solennelle, faire l’éloge du Grand Véhicule et exposer le sujet de sa discussion. Xuanzang ordonna alors au Maître de la Loi Vidyâbhadra, moine de l’université de Nâlanda, d’aller faire connaître les principes de son argumentation à la multitude ; de plus, il en fit écrire à part une copie qu’on suspendit en dehors de la porte de l’enceinte afin de les offrir à l’examen de tous les assistants. Il ajouta au bas:

«Si quelqu’un trouve ici un seul mot erroné et se montre capable de le réfuter, je lui donnerai ma tête à couper pour lui prouver ma reconnaissance.»

Cet écrit demeura suspendu jusqu’au soir, sans que personne osât prendre la parole.

Le récit du voyage de Xuanzang, « Mémoires sur les contrées occidentales », a été traduit pour la première fois en français par Stanislas Julien, en 1851. C'est de cette traduction qu’est extrait le passage ci-dessus.

On pourra lire d'autres extraits de cette même traduction dans le livre qu'André Lévy a consacré aux Pèlerins bouddhistes de la Chine aux Indes, éd. J.-C. Lattès, Paris, 1995.


bibliographie

Des livres pour comprendre...

Richard BERNSTEIN - Le voyage ultime

Sur les traces de Hsuan Tsang, le moine bouddhiste qui traversa l'Asie en quête de la Vérité. 

Le point de vue de l'éditeur. En l'an 629, le moine bouddhiste chinois Hsuan Tsang entreprend un formidable périple pour se rendre en Inde, la terre natale du Bouddha, afin d'y rechercher l'Ultime Vérité de la doctrine bouddhique. Depuis Xian, la capitale de l'empire des Tang, en suivant l'antique route de la soie, traversant les déserts et franchissant les montagnes, il se rend jusqu'aux cités saintes de l'Inde et revient en Chine, chargé de textes sacrés, au terme d'un voyage de dix-sept années. Figure Majeure du bouddhisme et de l'histoire de l'Asie, il rédigera des chroniques de son voyage, qui restent la meilleure source de connaissance sur l'histoire de l'Asie de cette époque.

En 1999, Richard Bernstein, qui fut le premier chef du bureau du magazine Time à Pékin dans les années 1980, décide de suivre à son tour le parcours mythique de Hsuan Tsang. Le récit qu'il nous livre ici de son voyage mêle avec grande finesse le passé au présent, la quête du moine et son propre cheminement intérieur, les subtilités de la doctrine bouddhique et l'histoire tumultueuse de l'Asie. Éditions Sully.


Wou Tch'eng-en - Le Singe pèlerin

Les Mémoires sur les contrées occidentales qui, au XVIe siècle, sont devenus sous forme romancée le Xiyou ji, ou, selon le titre français: Le Singe pèlerin.

Le singe pèlerin ou le pèlerinage d'Occident (Si-yeou-ki)

Le point de vue de l'éditeur. La trame de ce célèbre roman chinois est constituée par le récit d'une invraisemblable randonnée, celle qu'un moine chinois, Hiuan Tsang, accomplit au début du VIe siècle en partant pour l'Inde chercher les écritures sacrées du bouddhisme. Wou Tch'eng-en, qui vécut entre 1505 et 1580, reprit à son compte le cycle de légendes qui fleurirent pendant des siècles autour du pèlerinage de Hiun Tsang, appelé Tripitaka dans ce roman. Il y a dans son récit un mélange unique de beauté et d'absurde, de profondeur et de sottise. Le folklore, l'allégorie, la religion, l'histoire, la satire contre la bureaucratie, la poésie... tout s'y rencontre. Un classique de la littérature chinoise. Payot.

>>> C’est ce récit qui est disponible chez Gallimard collection la pléiade sous le titre La pérégrination vers l’Ouest, par Wu Cheng’en.

>>> Sur l'histoire de cette légende chinoise en version abrégée, une présentation de l'auteur Wu Cheng'en et les influences du livre Voyage en Occident dans le monde, consulter ce site.


Domiique LELIEVRE - Voyageurs chinois à la découverte du monde. De l'Antiquité au XIXe siècle

Bien que souvent méconnus en Occident, nombreux sont les Chinois à avoir quitté leur pays et parcouru le monde. De l'Antiquité au XIXe siècle, à l'instar des grands explorateurs européens, un courant inverse de voyageurs partait de la Chine vers l'Ouest. Tout comme ces personnages eux-mêmes, les motifs de leurs périples étaient variés. Ils partaient vers l'inconnu, généralement envoyés en missions diplomatique, commerciale, ou encore religieuse, à la recherche des textes fondateurs du Bouddhisme afin de rapporter la doctrine pure en Chine. L'auteur de cet ouvrage a réuni, pour la première fois, les documents et les témoignages qui relatent ces aventures. En citant leurs textes ou en abordant le sujet du point de vue des voyageurs eux-mêmes, il retrace les relations que ces Chinois entretenaient avec les autres pays, leur regard sur le monde, ainsi que leur rapport avec l'Empire du Milieu. Olizane 2004


Le lac du soleil et de la lune

Peut-être l'attraction touristique la plus réputée à Taiwan est-elle le lac du Soleil et de la Lune. Situé dans le hsien (district) de Nantou, le lac est assez proche du centre géographique de l'île. A 760 mètres au- dessus du niveau de la mer, il s'adosse à de magnifiques montagnes. Là se trouve le temple Hsuan-tsang. Construit en 1965, l'édifice de 3 étages contient une grande statue du Bouddha. Le temple est dédié à un moine chinois Hsuan-tsang, qui fut envoyé en Inde par l'empereur Tai-tsung (règne: 626-649), de la dynastie Tang, pour en ramener les écrits bouddhiques. On attribue à Hsuan-tsang le développement du bouddhisme en Chine. Des cendres de ce moine seraient conservées dans ce temple.

Le bâtiment, édifié dans un style architectural de la dynastie Tang, fait face à l'île Kuanghua. Sur les murs d'enceinte, une longue fresque décrit le voyage du moine Hsuan-tsang vers l'Ouest (Inde) et est accompagnée de panneaux explicatifs gravés sur pierre.


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