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une histoire de la littérature de voyage > les dates clés >> 982 la Saga des Groenlandais


Selon les époques, les hommes n'ont pas voyagé de la même façon, ni dans le même but. Les contraintes, les idées ont dessiné le rythme des voyages, la destinée des voyageurs, et les récits qui en ont été faits.

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Les Sagas, des récits de voyage?

Une date clé: 982. La saga des Groenlandais 

Saga: récit historique ou mythologique de la littérature médiévale scandinave. Les sagas sont des transcriptions de traditions orales.


D'après une saga, un certain Erik le Rouge, proscrit d'Islande, cingle vers l'ouest en 982, découvre la pointe sud du Groenland, puis va continuer la chasse et la pêche sur une côte qui est peut-être la terre de Baffin. Si la saga dit vrai, Erik serait ainsi le premier découvreur de l'Amérique.

La Saga d'Éric le Rouge et la Saga des Groenlandais sont deux récits rédigés en Islande au XIIIe. Ils nous apprennent comment les Vikings ont colonisés le Groenland, avant de s'élancer sur les mers jusqu'en Amérique.

Banni d'Islande à la suite d'un conflit, Éric le Rouge prend la mer avec vingt-cinq navires et cinq cent personne. Le Gulf Stream rend une partie du Groenland habitable pour ces hommes et ces femmes habitués aux rigueurs climatiques. Nous sommes vers l'an 1000. Cinq siècles plus tard cette communauté n'a plus les ressources nécessaires et va s'éteindre. Entre temps elle sera à l'origine d'une aventure extraordinaire: la découverte de l'Amérique, par Leifr, l'un des fils d'Éric le Rouge.

Avec une poignée d'hommes, Leifr part vers l'ouest et découvre une terre aride et venteuse. Peut-être le Labrador. Il poursuit sa route, navigue deux jours et deux nuits. Nous somme en 1300 et quelques.


La Saga des Groenlandais

Ouvrage de référence

Sagas islandaises.  Par Régis BOYER. Pléiade Gallimard.

«Là, ils jetèrent l'ancre, sortirent du bateau leurs hamacs et firent des baraques; ils prirent ensuite le parti de se préparer à paser là l'hiver et érigèrent une grande maison. Il ne manquait pas de saumon, ni dans la rivière, ni dans le lac, et des saumons plus grands que ceux qu'ils n'avaient jamais vus. Le terrain était d'une telle qualité, à ce qu'il leur sembla, que le bétail n'aurait aucun besoin de fourrage en hiver; il ne gela pas en hiver et l'herbe ne flétrissait guère. Le jour et la nuit étaient de longueur plus égales qu'en Groenland ou en Islande.»(1)

Puis les explorateurs explorent leur nouvelle région. «J'ai une nouvelle à vous dire: j'ai trouvé de la vigne et des raisins. (...) Et lorsque vint le printemps, ils se séparèrent et s'en allèrent, et Leifr donna à ce pays un nom selon ses propriété, il l'appela Vinland.»(1)

Il y a eu des contactes entre Esquimaux et Indiens. C'est certain. «C'étaient des hommes noirs et hideux qui avaient de vilaines chevelures. Ils avaient de grands yeux et des pommettes larges. Ils restèrent là un moment, s'émerveillant des gens qu'ils avaient devant eux.»(1)

A son retour au Groenland Leifr fut fêté et comblé de biens et d'honneur. «On faisait de grandes discussions sur le voyage de Leifr au Vinland et Thorvaldr, son frère, estimait que le pays n'avait pas été assez largement exploré. Alors Leifr dit à Thorvaldr: tu iras avec mon bateau, si tu veux, frère, jusqu'au Vinland; toutefois je veux que le bateau aille auparavant chercher le bois qui appartenait à Thorir sur l'écueil. E c'est de qui fut fait.»(1)

(1) Saga des Groenlandais, Gallimard La Pléiade.


bibliographie

Régis BOYER

Les sagas islandaises

Les sagas islandaises, composées aux XIIe et XIIIe siècles, sont un fleuron des lettres européennes médiévales. Qu'elles s'intéressent aux premiers colonisateurs de l'Islande ou à l'histoire des grands rois de Norvège, ou encore à détailler la chronique des XIIe et XIIIe siècles islandais, voire à rapporter les hauts faits légendaires du Nord et de la Germanie antiques, elles posent directement le problème de la création littéraire. Leur origine reste cependant l'objet de controverses: sont-elles nées d'une longue et vivante tradition orale ou, comme il est plus vraisemblable, doivent-elles le jour à une sûre élaboration de tout un ensemble de données littéraires et artistiques apportées par l'Église? Ce sont ces questions qui sont traitées dans le livre aux éditions Payot.


Saga de Bardr

Suivie de Saga des hommes de Holmr

Le point de vue de l'éditeur. Ces deux sagas brillent ainsi d'un éclat rare et insolite dans la littérature scandinave médiévale: tandis que la Saga de Bardr, un conte fantastique en somme, met en scène les tréfonds mythologiques des pays du froid, la Saga des hommes de Holmr, d'une extraordinaire facture romanesque, raconte l'inexorable descente d'un héros pourtant glorieux vers les enfers du bannissement. Et toutes deux, ancrées dans l'histoire et les temps légendaires de la colonisation de l'Islande, sont parcourues du sentiment tragique du destin. Traduction de l'islandais ancien par Régis Boyer. Éditions Anacharsis 2007.


H.K. Laxness - La Saga des Fiers-à-bras

Le point de vue de l'éditeur. Dans l'Islande médiévale, deux jeunes gens à l'imagination fertile, Thorgeir et Thormod, élevés à la mamelle de l'esprit héroïque qui sera plus tard celui des grandes sagas, se mettent en tête de devenir des héros de poèmes anciens. L'un se voit en féroce guerrier, l'autre aspire à la renommée poétique des scaldes... Ces dangereux imbéciles vont s'employer à équarrir de paisibles pêcheurs ou à tenter de circonvenir des femmes captivantes, avant d'emboîter le pas à de grotesques vikings partis à la conquête de terres nouvelles, en Normandie, en Russie ou au Groenland. Avec ce roman picaresque drolatique - un véritable Don Quichotte scandinave-, Laxness compose une magistrale parodie des grandes sagas classiques. Mais il parvient aussi, sous une ironie de surface, à imprégner en profondeur son récit d'une poignante gravité, d'une tendresse et d'un amour de la vie simple qui élèvent le roman très au-delà de la satire. Ici encore, la vigueur du style de Laxness - inspiré comme par hommage de celui des sagas médiévales - fait merveille à portraiturer la bêtise née de l'ambition, de la gloriole et du cynisme des brutes, des politiques et des religieux. Anacharsis.

Halldór Kiljan Laxness (1902-1998), Prix Nobel de littérature 1955, est l’auteur d’une œuvre prolifique et très diverse, et on le considère parfois comme «l’enfant terrible» des lettres islandaises contemporaines. Diversement engagé dans sa vie mouvementée, grand voyageur, il a construit un monde littéraire unique, dont les derniers titres parus en France sont notamment La cloche d’Islande (GF, 1991) et Gens indépendants (Fayard 2004). La Saga des Fiers-à-Bras a été publiée en 1952 en Islande.


Les Vikings...

Qui étaient les Vikings - ces Scandinaves qui déferlèrent sur le monde connu de leur époque et qui en reculèrent les limites, à l'Ouest comme à l'Est? Bibliographie.


Régis BOYER - Les Vikings. Histoire et civilisation

Le point de vue de l'éditeur. Pourquoi et comment les Vikings purent-ils se déplacer dans toute l'Europe, de 800 à 1500 environ? Dans quelles circonstances se sont-ils installés du Groenland à la Normandie et à l'Angleterre? Comment ont-ils fondé l'État russe? Auraient-ils pu découvrir l'Amérique? Grâce à des sources archéologiques strictement contemporaines de la civilisation viking, Régis Boyer démêle les confusions et les erreurs qui s'attachent au mythe du Viking cruel et sanguinaire. S'ils n'étaient pas les guerriers invincibles que l'on croyait, il demeure que leur migration est un des temps forts de l'histoire de l'Occident, et qu'elle continue de surprendre. Perrin / Tempus.


L'Islande des Vikings

Seigneurs sanguinaires, maraudeurs sillonnant les rivages de l'Europe du Nord et pillant tout sur leur passage, les Vikings n'ont pas bonne réputation. Et pourtant ils ont fondé, en Islande, sur cette île demeurée quasi vierge de toute présence humaine jusqu'au IXe siècle, une société unique: basée sur un État libre et indépendant, elle est en grande partie exempte des hiérarchies sociales habituelles - y compris dans les rapports entre hommes et femmes - et fait reposer le règlement des conflits davantage sur le consensus que sur la violence et la guerre.

Entre festins de raie pourrie et manuel de survie en milieu hostile, conflits juridiques et méthode de construction des maisons en mottes de terre herbeuse... c'est la vie quotidienne des Vikings à l'époque médiévale qui nous est ici dévoilée. En entrelaçant ses propres recherches historiques et archéologiques avec ses interprétations magistrales des sagas, ces récits littéraires typiquement islandais, Jesse Byock fait revivre cette civilisation avec brio. Par Jesse BYOCK. Éditions Aubier 2007.

A lire aussi

Collectif - Les Vikings, premiers européens VIIe-XIe siècle. Les nouvelles découvertes de l'archéologie. Autrement. AUssi: Atlas des Vikings, même éditeur.

L'Europe des Vikings Un album collectif, avec des écrits de Régis BOYER ou Michel Le BRIS. Hoebeke.


L'or de l'Islande

L'or de l'Islande, Arthaud 1963, p23-24.

Voici raconté, selon Samivel, le voyage de Pythéas, rapporté par Strabon trois siècle plus tard. La découverte de l'Islande?

«Pythéas donc met à la voile vers 340, accompagné des voeux de ses concitoyens. Il suit d'abord les côtes de la future Provence, puis l'Ibérie, saluant au passage Rhodanusia, Narbo, Tarrace, Sagonte et enfin Himeroscopion et Alomé, dernières vigies grecques sur ces rivages. Au delà les flots sont infestés de vaisseaux puniques. Il parvient à les éviter, force le seuil de Kalpé et d'Abyla (Gibraltar) et débouche enfin dans Okéanos, en mer libre. Le péril carthaginois est à peu près dépassé.

Désormais ce sont les longues houles de l'Atlantique qui soulèvent la proue du navire. Il borde, d'assez loin sans doute, les plages de Gadir (Cadix), avant garde atlantique des Puniques, double le Cap sacré (Saint Vincent), remonte les côtes d'Ibérie, puis de Celtique. Plus haut deux repères identifiés: le cap Kalbion (Pointe du Raz) et Occislor (Ouessant). De telles survivances géographiques indiquent assez la sombre réputation de ces granits. D'ailleurs Ouessant était aussi la première des Thulé. (Du Celte: Thul-ar: nord.) L'île a dû marquer u certain temps le point extrême atteint par des expéditions dont il n'est pas resté la moindre trace.

Mais cette Thulé là n'intéressait pas Pythéas. Elle avait cessé d'indiquer les bores du monde. Au delà son itinéraire devient davantage conjectural. Il est mogique de supposer qu'il a d'abord pointé vers le Septentrion, c'est-à-dire les rivages de l'étain, la Cornouaille, les îles Cassitérides. Puis butant sur la côte anglaise, il a dû suivre vers l'Est, dépasser Ictis (île de Wight) et s'échapper à nouveau vers le Nord en franchissant les colonnes d'Hercules boréales qu'on appelle à présent Gris Nez et Dungeness. Au delà s'entrouvrait un autre monde: une mer plus grise et plus houleuse, des archipels de brume, des crépuscules qui n'en finissaient pas. La bise rude chassait des giclées d'embruns sur le navire, piquant dans la plume; la mâture grinçait; et l'on imagine sans peine ces grecs courageux à plus de neuf mille stades désormais de leurs plages dorées et de leurs oliviers, groupés frileusement à l'avant, s'exclamant, montrant du doigt le dôme luisant de leur première grande baleine arctique, jetant d'instinc le cri que tant de braves marins répèteraient après eux: elle souffle!

Les monstres étaient au rendez-vous.»


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